POUR MICHAEL JACKSON

Publié le dimanche 12 juillet 2009 16:25

I’m bluesy tonight

I don’t know why

J’ai le spleen

 

Je laisse aux spécialistes, aux critiques, musicologues, aux fans, aux mélomanes et aux biographes, le soin de rendre les hommages qu’il sied à ce génie du 20è siècle.

Je voudrais juste dire que la disparition de ce grand nègre m’a fait réentendre la fameuse malédiction biblique.

 Maudit soit Cham, qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères !

Ses frères Japhet, l’ancêtre des Blancs, Sem, le Père des Sémites.

Je sais, depuis la mort des derniers philosophes français (Foucault, Derrida, Deleuze, les vivants sont devenus inaudibles pour défaut d’audimat), non on n’aime guère entendre dans le microcosme pseudo-philo de l’Hexagone, les lamentos, ressentis comme des couteaux dans la plaie de la Repentance. Du moins en France. Contrairement à l’Allemagne et même à l’Italie de Berlusconi qui a déroulé le « paillasson de la République » au Guide de la Jamahiriya, Mouamar Al Ghadafi.

Pourtant, l’élection d’Obama, qui ferme par la sortie des dieux le crâne écalé de l’humaine servitude au sens latin du terme (servus), je veux dire l’ère de l’esclavage, ce bond historique ne doit pas nous faire oublier que la douleur du Peuple noir d’Amérique est un voyage du Nègre hors du Temps humain, une descente dans la grotte de la bestialité. Que donc l’élection de ce Nègre au pays des sous-hommes n’est pas une simple sortie de la grotte des mystères de la transindividuation de la bête qui devint homme. Il s’agit d’une sortie hors du cosmos, à la manière hindouiste dite de la sortie par la porte des devas, pour entrer dans l’état inconditionné, transcendantal de l’Homme véritable des Chinois et des Africains, voire de l’Homme universel tout court.

Ce n’est qu’un parallélisme entre l’ascension d’Obama avec la quête spirituelle vers l’Homme universel des initiés de la grande Tradition. C’est cela la grandeur de l’Amérique, ce pays à nul autre pareil, sinon à la Grèce antique mère de ces Grands initiés qu’étaient Platon ou Socrate, par ailleurs et hélas, pères de la Raison, source de la production par l’Histoire de toutes les blessures, de toutes les violences et même des horreurs de l’Esclavage, de la Shoa ! Grandeur mais aussi Misère de l’Amérique des prisons remplies à 60% de Nègres esclaves des chaînes et du crack.

L’ascension et la chute de Michael Jackson fut un parcours initiatique à l’envers. Il était sorti de la condition humaine pour goûter à la vie divine côté paradis artificiels, pour quelques décennies, et encore ! C’était pour mieux être rattrapé par la malédiction noachique. Le maudit soit Cham était tout à la fois des coups de chat à neuf queues, ce fouet pour Nègres marrons, avant la consumation sur un bucher par les flammes de la haine en Alabama, Nashville ou Birmingham.

Charlie Parker était passé par là, mort à trente cinq ans, après avoir bu sa vie à plusieurs gorgées d’humiliations, entrecoupées de hoquets dus à l’overdose, elle aussi alpha et oméga de la pure création d’un génie carburant au tropisme mortifère d’une récurrente malédiction.

Nat King Cole, le crooner, la divine voix délavée, décolorée peut-être pour mieux être entendue par le Blanc. Elle fut plus qu’entendue, elle fut pillée par The Voice, La Voix, la coqueluche mondiale du charme canaille, Frank Sinatra, le chef de gang du célébrissime Rat Pack (Dean Martin, Sammy Davis Junior, etc.). Nat King Cole noyé, emporté par les vaps et les rasades d’un cancer aussi langoureux que les stases d’un whisky jutant d’un piano de tripot. Il n’y a pas de tripot qui ne rappelle les podiums de ventes aux enchères de Négrilles fraîchement débarqués des galères océanes sur le bitume de la Nouvelle Orléans.

Coltrane. Je sais, on me dira qu’il fut emporté à quarante et un ans, par un cancer. Quoi de plus naturel ! Oui mais c’était un cancer du foie, du peu de foi en l’homme que la Révolution culturelle de 68 allait faire exploser l’année d’après.

Miles Davis qui à 18 ans faisait déjà des moulinets géniaux avec la septième diminuée, cet accord, cette "note sale", qui blessait les Zoreilles (les Blancs ainsi nommés par nos frères des Antilles) sans lequel le jazz ne serait pas le jazz. C’est à cet âge qu’il avait rejoint le Big Band des deux plus grands de l’époque, Dizzy Gillespie et Charlie Parker. Ce génie précoce aura l’outrecuidance de mourir vieillard, si on veut, à 65 ans. Cancer et maladie du siècle. Même diagnostic même pronostic. Ces derniers concerts, il jouait dos au public. Peut-être pour ne pas savoir si ce dernier était blanc ou noir.

Un jour à Angers, le grand Sonny Rollins, rassurez-vous il est encore vivant, (?) me disait dans sa loge : « You know brother, that’s all we got, make them wait downstairs. » C’est le seul luxe que nous ayons, les faire poireauter une heure. Il avait fait attendre plus d’une heure, le public qui avait rempli la salle municipale. Venu exprès en retard. Le même grand Sonny, littéralement sonné, resté sans voix près de deux ans, le sax magique disparu, emporté par le choc de cette météorite nommée Coltrane.

Tous ces illuminés avaient eu maille à partir avec le Blanc, comme Frantz Fanon. Mort emporté par ses globules « blancs ». « C’est finalement le Blanc qui m’aura emporté », aurait-il soupiré dans son agonie.

Bullshitt, m… enfin !

 Que vient donc chercher Frantz Fanon dans ce tableau noir ? Justement ! N’était-il pas un Nègre, un vrai, mort-né puisque suant de tous ces pores de cette révolte géniale qui est propre à sa race, la race des Michael Jackson ? En parlant de Charlie Parker, Miles Davis, Fanon, n’ai-je pas oublié Billie Holiday la femme, la gamine peut-être encore plus géniale, partie emportée par cette peste de la sublimité embaumée dans la déchéance ?

On ne peut pas réentendre certaine plage makossa de Thriller de Michael Jackson nourri de l’Afro-beat de Manu Dibango, sans se rappeler « My favorite things » ou « Giant steps » d’un Coltrane, puisés dans les secrètes sonorités de l’Inde et du bois sacré africain. Nous sommes dans la transe, non pas celle des faussaires, négriers d’un vaudoun pour touristes en goguette chez Matilda Beauvoir à Pigalle ou au « Golden Nugget » à Las Vegas. Il avait « ça », le Sang mêlé, accablé de précocité géniale, et où voulez-vous sinon dans le sang, pardi ! Cet innommable, ce je ne sais quoi, cette entité transmise de façon non humaine, cet « avatara » au sens sanscrit du mot, ce « legba » de nos frères du Golfe du Bénin (Nigéria et Bénin) qui vous possède. Et alors c’est l’élection suivie de folie, à moins d’organiser une séance de dépossession, pour revenir à une médiocre normalité.

Jamais ! disent les génies de la trempe de Michael Jackson. 

« Humain trop humain ! » Ricanait Nietzsche.

Plutôt sombrer dans la folie, que de retomber dans l’inhumaine bâtardise du Nègre. Quitte à se façonner un nez blanc, une peau blanche, une âme blanche, un sexe blanc, un pipi blanc.. Poudres, médocs, fanfreluches, au risque de battre la breloque d’un procès à un autre pour attentat à la pudeur. 

Tout cela dans la vaine quête d’une vie blanche ? Sans détour, ou plutôt par les voies chimiques et non alchimiques de l’individuation de l’âme (C G. Jung). Cette même quête de valeurs authentiques dans une société livrée à la déliquescence de toute valeur depuis Madame Bovary. « Le Blanc pense trop, » disait le sage Dogon au psychanalyste blanc. Je dirais plutôt que le Blanc est plus malin que le Nègre. Flaubert ne disait-il pas « Madame Bovary, c’est moi ». Alors le maître du style, au lieu de se suicider, assassina tranquillement son héroïne. 

Nos Nègres veulent aller jusqu’au bout de leur quête de l’Impossible. Une vie blanche ou plus exactement claire. Translucide. Quitter l’épaisseur, l’épreuve de cette vie indigne de son génie, pour atteindre les sublimités angéliques de la Transcendance ici et maintenant. 

Michael Jackson ne voulait pas devenir Blanc. Hélas, le brouhaha du siècle, soulevé par le dollar roi, en collusion avec son génie, lui a hâtivement bricolé un pantin fantomatique. Une espèce d’Albinos qui ressemble fort aux premiers visiteurs de nos rivages d’avant le grand viol. Quand l’étrange visiteur, l’Etranger qui se crut abordant les plages paradisiaques décrits dans les textes sacrés déjà révélés là-bas d’où il venait, quand donc il s’enquiert du nom de la « peuplade » (un mot qui fit fureur en ces temps bibliques), il s’entendit répondre : 

  • - Nous, nous sommes des humains, » et l’humain poursuivit, « dis-nous O fantôme venu du pays des Ancêtres, comment va mon père qui vient de les rejoindre ?

En donnant dans la comparaison qui vient trop facilement à l’esprit, dans cette « success story », cette montée au firmament d’un Nègre, on pense à Obama. A cette différence près qui est de taille. Obama a dit « américain » certes, mais aussi et surtout Obama tout court. Michael Jackson n’a pas pu nouer le fil de trame de l’universel avec le particulier dans cette Amérique où un nez peut faire se dissoudre tout un mythe dans l’inessentiel c’est-à-dire dans le néant.

Naturellement on l’a beaucoup aidé à déconstruire le fil de chaîne qui l’avait enchaîné depuis la nuit des temps, depuis la Controverse de Valladolid, où l’on s’est demandé dans des débats hautement philosophiques du Peau rouge ou du Negro, lequel avait égaré son âme juste après que le Grand Architecte du monde les eut éjectés du premier moule de la création. Ici je redonne la parole aux spécialistes des questions familiales. Qui est responsable de tout ceci, le Père Jackson ce tortionnaire d’enfants ou Notre Père qui est aux Cieux.

Michael Jackson est le dernier, j’espère, grand lynché de l’Amérique blanche avec la complicité d’un génie qui dominera le siècle en compagnie de tous les martyrs cités ci-dessus et j’en ai oubliés, des Mohamed Ali, Bob Marley, et ces dizaines d’illustres inconnus, suppliciés et réincarnés dans la nébuleuse Hip-hop.

Saïdou Nour Bokoum

Was-Salam

www.nrgui.com

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