REPONSE À ANSOUMANE DORE

Par respect pour les quelque 200 signataires de l’Appel, pour ceux qui ont assisté à la réunion du 10 Mai, et pour M. Ansoumane Doré lui-même qui me fait l’honneur de m’interpeller, mon silence friserait le mépris. En effet, d’aucuns ont vite fait de confondre respect et couardise. Je ne crains que Le Tout Puissant, Lui seul était témoin de ce qui s’est dit entre Ansoumane et moi. (Figurez-vous qu’en privé il m’appelle Saïdou et moi je l’appelle Ansoumane). Voici cependant ce qu’il écrit, quand il commente son propre communiqué, paru il y a à peu près une semaine dans guinee.net (le site de M. I Kylé) :

« Dans les discussions téléphoniques que j’ai eues avec Bokoum, il ne semblait préoccupé que par la constitution de la liste des 15 délégués devant se rendre au Forum sur la Transition. L’organisation des Guinéens de l’Extérieur ne m’a pas paru comme le thème dominant de la réunion. »

Je ne jouis pas de l’autorité ni de la sagesse de Baobab dont est paré l’immense Ansoumane Doré, pour me permettre de divulguer des conversations privées. A preuve les témoignages de ses nombreux laudateurs, étalés ici et là en rubriques commentaires. Je ne parlerai même pas des injures associées, répandues sur d’autres sites, que je partage avec mes compagnons d’infortune, organisateurs de cette maudite réunion du 10 Mai.

Ici je vais juste dire des faits. Rien que les faits. Voici donc le communiqué publié qui a inspiré à M. Doré son contre-communiqué de guineeactu, avec mention de l’ordre du jour de cette réunion. Souffrez donc d’avoir à relire ce qui suit.

« Chers compatriotes,

Nous avons l’honneur et le plaisir de vous informer que le Ministre Secrétaire permanent du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (C.N.D.D.), M. Moussa Kéita, au nom du chef de l’Etat, Président de la République, Président du C.N.D.D., en réponse à notre requête l’informant de notre intention de tenir des Assises des Guinéens de l’Extérieur, nous prie d’assurer « tous les Guinéens de l’Etranger, de quelque bord qu’ils soient, la place de choix qu’il accorde à leur présence dans le Forum qu’il organise.., forum qui définira le Présent et l’Avenir, dans la conduite de la Transition et des élections qui devront mettre en place les nouvelles institutions. »

 En conséquence, les soussignés, conformément au souhait du chef de l’Etat et du C.N.D.D., invitent tous nos compatriotes, à commencer par la C.A.G.F. ( et ses adhérents associatifs), Le Conseil Supérieur des Guinéens de France , la F.A.G.A.F, l’A.C.T.O.G., l’A.J.G.F., B.D.M.T.V. , toutes les associations guinéennes, africaines et ami(e)s quelque vocation qu’elles aient (on ne saurait les citer toutes), sans oublier tous ceux qui étaient venus des Provinces de France, de Suisse, de Hollande de Belgique, et pourquoi pas, d’Espagne et d’Italie, à une grande réunion de rassemblement.

En conséquence, les soussignés, conformément au souhait du chef de l’Etat et du C.N.D.D., invitent tous nos compatriotes, à commencer par la C.A.G.F. ( et ses adhérents associatifs), Le Conseil Supérieur des Guinéens de France , la F.A.G.A.F, l’A.C.T.O.G., l’A.J.G.F., B.D.M.T.V. , toutes les associations guinéennes, africaines et ami(e)s quelque vocation qu’elles aient (on ne saurait les citer toutes), sans oublier tous ceux qui étaient venus des Provinces de France, de Suisse, de Hollande de Belgique, et pourquoi pas, d’Espagne et d’Italie, à une grande réunion de rassemblement.

L’objectif final reste bien entendu une fédération des Guinéens de l’Extérieur dans une structure unique, intégrant des regroupements (ou délégations) par grandes zones d’implantions : par exemple, Afrique de l’Ouest, Amérique du Nord, Asie, etc. Il appartient à ceux qui sont domiciliés dans ces régions, d’initier ce que nous avons commencé le 17 janvier 2009, pour une zone France, Belgique, Suisse et Hollande. 

Ordre du jour :

  • 1) Proposition pour un bureau provisoire des Guinéens de l’Extérieur
  • 2) Participation au Forum national 
    • Proposition pour la délégation des Guinéens de l’Extérieur
    • Participation au C.N.T. 
  • Questions de finances de notre participation, le cas échéant. »

Oui, le ca échéant, M. Doré, cette expression clé ne vous échappera pas, qui prouve bien que nous ne sommes même pas obnubilés par cet « honneur » qui nous est fait par le CNDD. 

La réunion a eu lieu malgré le communiqué de M. Doré, annonçant qu’il ne viendrait pas, et qu’il se rendrait à celle de l’ACTOG le 9 Mai. 

Moi j’étais à celle de l’ACTOG aussi. Je n’y ai pas vu M. Doré.

Je termine cet aspect de cette mise en cause, en précisant que de CNDD, de Forum, de 15 délégués, il n’en a presque pas été question, faute de temps. Mais nous avons mis en place l’embryon d’une Commission d’investitures non pas seulement pour désigner 15 délégués pour aller on ne sait où, puisque de Forum on en parle de moins en moins, mais pour mettre en place une procédure de proposition de bureaux provisoires de cette organisation de la Diaspora pour laquelle je me bats depuis plus d’un an, après avoir initié il y a près de cinq ans, l’idée d’Assises nationales de la société civile des Guinéens, pas seulement ceux de l’Extérieur. C’était alors une question presque taboue, elle ne l’est plus avec l’annonce de ce Forum national. Les arrière-pensées politiques des uns et des autres ne m’intéressent pas. C’est le changement social des esprits qui m’intéresse, jusqu’à ce que le peuple de Guinée parle encore, et surtout, qu’il se parle sans dévoiements. Il y a un temps pour les pneus brûlés et les kalachnikovs, un temps pour la parole libérée qui va jusqu’au bout de cette mémoire quasi-gâteuse de cinquante ans. 

Je ne suis pas un sage aux brillantes idées désincarnées. Je ne suis qu’un quidam dont les idées prennent corps ça et là, modestement, la main dans le cambouis, le visage éclaboussé par le charbon bouillant de ceux qui ne savent pas ce qu’ils disent en disant que « Bokoum et les autres ne cherchent que des postes ». 

A présent, je vais me permettre certaines « privautés ». 

Mon salaire est beaucoup plus élevé que celui d’un agrégé guinéen, théoriquement le meiux payé par la Fonction publique guinéenne (ce qui n’a rien à voir avec les « salaires » « de nos 200 bandits en col blanc, véritables junkies du bien public), et je gagnerai encore plus après ma retraite. Nous sommes des centaines de milliers à bénéficier à l’Extérieur de cette relative faveur. Comment accepterais-je donc un poste de ministre avec des francs glissants en renonçant à mes avantages actuels ? Puisqu’il est prouvé que je ne suis pas un patriote ! 

Cela je ne l’ai pas commencé hier, avec Ansoumane . En 1985, plusieurs délégations de Guinéens de l’Extérieur ont défilé à Conakry, reçues par Diarra Traoré alors Premier ministre, par tel ou tel ministre ou par tel éminent gradé du CMRN, peut-être par Lansana Conté soi-même. Mais, et ce n’était que pur hasard, je fus au cœur de la première rencontre entre le Général Lansana Conté et des Guinéens de l’Extérieur qui étaient en vacances. Rencontre plus ou moins improvisée. On ne sait jamais avec les Politiques. Toujours est-il que je me suis démené à la demande de Jean-Claude Diallo alors secrétaire d’Etat chargé des Guinéens de l’Extérieur, pour rassembler quelques Guinéens en vacances. Je me rappelle surtout ma visite à Barry Bassirou entrain de faire rénover sa villa à Dixinn et je lui ai demandé s’il pouvait être à 8h au bureau de Jean-Claude Diallo le lendemain. Il fut même en avance. Il était accompagné de quelques autres, connus de lui. J’avais fini de rédiger le « discours » à l’adresse du Général. Jean-Claude a marmonné quelques mots à mon adresse. Quelqu’un de l’entourage de Bassirou a dit et je cite de mémoire, comme dirait mon frère Galéma, « le Doyen pourrait le lire ». Jean-Claude suggéra :

« Nous n’avons pas le temps de faire taper ça à la machine (il n’y avait pas encore « Word »..), il ajouta « c’est simple, que Thierno Saïdou déchiffre sa prose ». 

« Je peux le lire », s’essaya le Doyen Bassirou. 

« Bien sûr », dis-je, pour rassurer tout le monde. 

J’avais écrit ce papier de la première à la dernière ligne, entre la veille au soir, à la bougie, et l’essentiel le lendemain avant 8h dans le bureau de Jean-Claude. Il n’y avait que deux ou trois lignes que Bassirou avait ajoutées de son crayon Bic, c’était une référence au « coup Diarra » que j’avais « oublié ». 

Je me suis toujours félicité de cet oubli et rendu grâce au Tout Puissant de garder le respect que j’ai pour les Doyens. Cette rencontre fut en quelque sorte décisive pour l’entrée massive de civils et de Guinéens de l’Extérieur (sept ou 8) dans ce gouvernement militaire. Pas à cause de mon texte, bien évidemment. C’est pour dire que mon « acharnement » pour notre reconnaissance ne date pas d’hier. Que le hasard fait que mes papelards s’inscrivent dans l’action concrète. Pas pour avoir un poste. 

Je me suis laissé dire, qu’après ce discours, bien que le Général eût rudoyé ou taquiné Bassirou, ils seraient allés se balader à Gbantama ou à Dabola, je ne sais plus. Peut-être que c’est moi qui aurais pu entraîner Fory Coco (mais le Lynx n’existait pas encore) à Dinguiraye mon bled. 

Bassirou est vivant, grâce à Dieu. Nous nous témoignons toujours un respect mutuel, bien qu’il soit de loin mon aîné. C’est Dieu qui a fait de lui un ministre, pas Saïdou Bokoum. Je n’ai eu que « la main divine », pour parler comme Maradona. 

Qu’on aille demander à Bago Joseph Zoumanigui si Bokoum est un chercheur de poste. 

Joseph Bago Zoumanigui est vivant. 

Il est rentré, grâce à Dieu, juste après le coup des Dadis. Demandez à notre ami commun (de l’époque), Mamadou Diawara, actuellement candidat aux présidentielles (il est peut-être toujours « l’invité de la semaine » de Kibarou) qui m’avait présenté au premier, alors tout puissant ministre, président d’une commission ministérielle chargée de réfléchir à une certaine ouverture politique. Il était également président de la commission de la restitution du patrimoine de certains citoyens, séquestré pendant la première république. 

J’ai souvent critiqué Solano en tant que chef d’un Département chargé des fraudes électorales. Demandez-lui si Bokoum « tout puissant conseiller » de Bago, est chercheur de poste. Il avait eu des mots justes à la mort de Siradiou, peut-être un des plus beaux hommages en poular épuré que Siradiou ait eu. Je crois qu’il me rendra malgré tout justice. 

Solano est vivant. 

Ce sont là des faits qui pourraient être vérifiés par n’importe quel correspondant des sites qui en ont un à Conakry. Il pourrait retrouver Chez Madina Bah, nouvelle directrice de Horoya, dans les archives, l’édition où à la une, il y a cette poignée de mains que j’ai eue avec Le Chef de l’Etat d’alors. Edition que Monenembo m’a brandie dans l’avion qui nous ramenait à Paris. Je ne crois pas qu’il était à cette rencontre. 

« Saïdou Bokoum en première page de Horoya serrant les pinces à Lansana Conté ! Saïdou Bokoum, l’auteur de Chaîne ! », s’écriait-il dans les couloirs de l’avion. Je me souviens qu’il arpentait en longues enjambées la cabine. Il portait des baskets. J’ai rusé avec lui pour garder ce numéro. Je l’ai perdu.

Monenembo est vivant.

Ce n’est pas moi qui ai fait de Barry Bassirou ministre, tôt ou tard il le fût devenu. Mais il est constant que par respect du droit d’aînesse, je l’ai laissé lire ce papier, malgré quelque réticence polie de Jean-Claude. D’ailleurs, si je l’avais lu, je n’aurais pas été ministre, parce que moi aussi (suivez mon regard), j’ai horreur qu’on me rudoie, même si c’est le fait d’un Président de la République. Ce n’était pas un geste pour qu’un Doyen me renvoie l’ascenseur, comme cela tend à devenir un jeu favori sur la Toile. Cela chez moi, n’est pas seulement une question d’éducation, c’est ontologique. (A vos dictionnaires, je n’ai pas un autre mot qui convienne mieux). 

Je respecte les Doyens, quitte parfois à avoir à leur rafraîchir la mémoire. Et depuis qu’on a commencé à m’appeler Doyen moi-même, je préfère prendre l’escalier, pour ne pas vieillir trop tôt. Naturellement, j’évite de grimper les marches quatre à quatre, pour ne pas faire comme les jeunes qui souvent vous y poussent au risque de vous faire trébucher, pour ricaner après. Quand je décrypte certains superlatifs que les uns et les autres se gratifient sur la Toile, je pense à ce film, « La stratégie de l’araignée » (2). Mais ici, hélas le mystère demeure dans l’épaisseur insondable de la duplicité. Alors ma méfiance envers ces baisers de la mort s’en trouve aiguisée. 

Le reste n’est que mal de tête. 

Wa Salam Ansoumane. 

Notes : 

  • (1) Philosophe allemand, auteur entre autres grands ouvrages de La critique de la Raison pure éd. Poche (Gallimard ?) 
  • (2) De Bernardo Bertolucci.
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