La banalisation des crimes de Sékou Touré, par sa fille.

Dans une récente interview, la fille de Sékou Touré a indiqué que les crimes commis par son père étaient des erreurs justifiables par la difficile mission d’ériger une nation et de prétendus sabotages de la France.

L’AVCB condamne cette déclaration qui banalise des crimes contre l’humanité du PDG qui hantent encore la conscience de notre pays. Notre organisation rejette catégoriquement les excuses fallacieuses qui veulent faire de la France la responsable de la barbarie dont se sont rendus coupables Sékou Touré, sa famille et leurs acolytes.

En Juillet 1985, la junte militaire du CMRN commit l’erreur grave de ne pas traduire en justice les criminels de la famille de Sékou Touré et leurs complices. Un procès ouvert aurait édifié le peuple de Guinée sur l’ampleur des crimes du PDG. La fille de Sékou Touré a certes séjourné dans des cachots où les victimes de son père ont péri. Même si elle n’a pas subi les traitement inhumains et dégradants infligés aux victimes du PDG, elle a vu les affres du système légué par son père. Il faut une dose de cynisme sans limite pour qu’elle ose qualifier d’erreurs ce système inique.

Le temps de revisiter le règne macabre des siens est inscrit sur les murs de notre histoire future. Les populations éplorées de notre pays prennent bonne note de sa mauvaise foi et de son cynisme qui cherche à enterrer et semer la confusion dans la mémoire collective de la nation. Dernier résidu du règne par mensonges, complots et crimes dans lequel elle a grandi, la fille de Sékou Touré se trompe d’époque. Les Guinéens conscients cherchent à tirer les leçons de leurs échecs. A l’exception des criminels, ils font courageusement face à leur histoire. Ils savent faire la part des choses.

Certes, la puissance coloniale que fut la France a des responsabilités historiques par rapport à ses colonies. À travers les générations et les âges, des processus permettent d’élucider le passé colonial, retenir et encourager ce qui a été bénéfique, cataloguer les crimes des occupants pour se projeter vers l’avenir.
Le fait que la mafia du PDG continue à rejeter sur la France ses tares tout en se proclamant avant-garde de la libération de l’Afrique est une forme de politique criminelle et irresponsable.

La réponse adéquate aux prétendus assauts du colonialisme français contre le régime de Sékou Touré eut été de construire une Guinée viable et non de décimer le potentiel humain précieux. La mafia du PDG préfère encore de nos jours la pratique facile, éculée et malhonnête du bouc-émissaire. Elle cherche à s’évader de ses responsabilités et à rejeter sur la France les crimes par elle commis. Mais elle ne trompe personne.
• Ce n’est pas la France qui a mandaté la Tchécoslovaquie de former la police et les milices guinéennes aux techniques de tortures pratiquées sous le règne de Sékou Touré,
• Ce n’est pas la France qui a créé les camps Boiro,
• Ce n’est pas la France qui a organisé des simulacres de procès de foules, de tortures de détenus privés de toute assistance juridique et affamés dans le but de leur faire lire des aveux préfabriqués,
• Ce n’est pas la France qui a creusé des charniers à travers tout le pays pour ensevelir des dizaines de milliers de guinéens, fusillés, pendus ou enterrés vivants, en violation de toutes croyances ancestrales et de bienséance morale,
• Ce n’est pas la France qui a décimé l’intelligentsia guinéenne qu’elle avait contribué à former ; ni la classe d’hommes d’affaires et de politiciens qui commençait à émerger après l’abolition de l’indigénat,
• Ce n’est pas la France qui a instauré un système de terreur, de délation et de prostitution politique de mineures qui détruisit le tissu social et familial de notre pays.

Etendus sur une période de plus de 26 ans, avec des répétitions systématiques, ces actes ne peuvent être des erreurs. Ce sont des crimes imprescriptibles, prémédités. Ils sont inspirés par une barbarie impossible à appréhender qui a cherché à détruire les fondements de notre société et de notre histoire. Trente-cinq ans, après la mort du dictateur, la Guinée reste profondément marquée par ce règne barbare sur tous les plans économiques et social: manque d’électricité, d’eau, de routes avec de surcroît une éducation en ruine et des élites prédatrices.

Feu René Alsény Gomez, ancien détenu du Camp Boiro résumait le règne de Sékou Touré en ces termes: « Dans le domaine des droits humains, vingt-cinq (25) complots ou purges politiques en vingt-six (26) années de pouvoir, dix-huit (18) séries d’exécutions, huit (8) séries d’éliminations par inanition, des prisons à travers tout le pays qui étaient en réalité de véritables camps de la mort, dont le tristement célèbre camp Boiro était le symbole. Tout cela avait contribué à la liquidation sans procès de plusieurs milliers de guinéennes et de guinéens, et à la fuite de plusieurs centaines de milliers d’autres ainsi contraints à l’exil (un tiers de la population). Pour tous les survivants, ce fut une longue et pénible traversée du désert, parsemée de faits et de pratiques qui ont portés de graves préjudices et un rude coup aux fondements même de notre société dont les principales caractéristiques sont entre autres : -la cohésion familiale et le respect des anciens, la croyance et la pratique religieuse, le respect de la personne humaine et le respect et la commémoration des morts".

Il est plus que jamais impératif pour tous les Guinéens épris de progrès, non seulement de rejeter le système aberrant qui fut érigé par Sékou Touré, mais aussi de travailler à éradiquer ses séquelles qui, encore enfouies, permettent non seulement la résurgence de ces avatars, mais empêcheront tout progrès dans notre pays.

L’AVCB s’est donnée pour mission de contribuer à cette lutte à travers la recherche de la vérité et le rétablissement des victimes dans leurs droits bafoués. C’est la seule voie pour permettre une réconciliation des Guinéens avec leur histoire et ce à quoi ils aspirent.

PLUS JAMAIS ÇÀ

Le Bureau Exécutif
Conakry, le 18 septembre 2019

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Dansa Kourouma du CNOSCG : « On ne peut pas se prononcer sur une Constitution qu’on n’a pas vue »

« On ne peut pas se prononcer sur une Constitution qu’on n’a pas vue », telle est la réaction du président du Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG), Dr. Dansa Kourouma après sa rencontre ce mercredi 18 septembre avec le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana dans le cadre des consultations des forces vives de la nation.

Le président du CNOSCG a déclaré à la presse que deux questions lui ont été posées durant cette rencontre et la première concernait les élections législatives. « Nous avons répondu que le CNOSCG dans son communiqué en date du 16 avril dernier, a mis un accent qu’au lieu de s’enliser dans un débat sur la Constitution, qu’il y a des agendas électoraux inachevés et qu’on devait se concentrer sur leur achèvement. Mais très malheureusement à ce jour, nous n’avons pas été compris », a-t-il rappelé.

Poursuivant, Dr. Dansa Kourouma a affirmé qu’il a fait savoir au Premier ministre qu’ils sont partants pour l’organisation des élections qui se tiennent cette année. « Parce qu’il faut que l’Assemblée nationale soit légitime pour discuter certaines questions de la nation. Nous ne sommes pas excités par rapport à une question de date. La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) est l’institution compétente qui propose une date. Une autre entité ne peut se substituer à elle. La CENI doit s’assurer que toutes les conditions techniques, matérielles et financières sont réunies pour organiser des élections libres, transparentes et inclusives. Ce n’est pas un parti politique ou une organisation de la société civile qui peut parler à la place de la CENI », a-t-il fait remarquer

Avant de promettre au Premier ministre qu’ils vont rencontrer la CENI soit dans le cadre du dialogue politique inter-parti ou à travers une délégation pour leur poser des questions afin de s’assurer que le chronogramme est déroulable d’ici le 28 décembre 2019. « Nous regrettons le fait que la CENI soit au bord d’une nouvelle crise que nous avons pourtant prévenue quand on faisait une nouvelle loi sur la CENI. Il faut que les commissaires de la CENI, une fois après la prestation de serment, arrêtent de s’identifier aux entités qui les ont envoyés. C’est un parjure, il n’y a pas de commissaires de la mouvance, ni de l’opposition et moins encore de l’organisation de la société civile. Ils sont tous des commissaires de la CENI et ils ne doivent obéir qu’à la loi. Si la CENI est incapable de régler ses problèmes en plénière, elle perd sa crédibilité devant l’opinion (...) », a-t-il fustigé.

Sur la question relative à une nouvelle Constitution, Dr. Dansa Kourouma n’a pas mâché ses mots. Il dira ceci : « nous avons dit au Premier ministre que nous sommes venus traduire les préoccupations de la population. Nous devons être équidistants de la politique politicienne pour pouvoir traduire l’expression légitime de la population. Nous avons formulé six questions de préoccupation. La première question est de savoir en quoi est-ce que ces consultations sont représentatives de l’opinion du peuple. La deuxième question est que qu’est-ce qu’on reproche à l’ancienne Constitution et qui a porté préjudice au fonctionnement normal de l’Etat. La troisième question est quelles sont les bases juridiques pour parler d’une nouvelle Constitution. Quelles sont les justifications de l’impact du changement constitutionnel sur les conditions à la fois politique, sociale et économique de la Guinée. La dernière question a été, quelle est la procédure d’élaboration d’une nouvelle constitution quand l’ancienne est en vigueur... »

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Alpha Condé, de la démocratie à l'autocratie (ALIX BOUCHER)

Actualités de Guinée Conakry. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com Après avoir rompu avec des décennies de régime autocratique, le progrès démocratique est à nouveau menacé en Guinée. Le président Alpha Condé manœuvre en effet pour réviser la constitution et rester au pouvoir pour un troisième mandat.

Le président guinéen de 81 ans Alpha Condé, qui a été élu en 2010 et réélu en 2015, souhaite réécrire la constitution de son pays afin de pouvoir briguer un troisième mandat en octobre 2020, ce que la constitution actuelle lui interdit. Le gouvernement d’Alpha Condé a souvent sévi contre l’opposition, retardé les élections locales et parlementaires et tenté de limiter la liberté de la presse. Plus récemment, le président s’est efforcé de contourner les obstacles institutionnels à un troisième mandat en manipulant les institutions politiques guinéennes, notamment la Cour constitutionnelle et la Commission électorale.

La neutralisation des institutions, la modification de la constitution et le fait de permettre à Alpha Condé de rester au pouvoir pour un mandat supplémentaire causerait des problèmes profonds et risquerait de déclencher une crise constitutionnelle et l’instabilité politique. La constitution guinéenne stipule clairement que les présidents sont limités à deux mandats, créant ainsi un mécanisme de transition politique pacifique. Les institutions politiques du pays s’appuient sur l’organisation d’élections libres et justes où les divergences politiques sont résolues par l’exercice du droit de vote plutôt que par des décrets, des modifications répétées de la constitution ou des coups d’États et des conflits violents. Le respect de ces processus constitutionnels contribuerait à la consolidation des normes et pratiques démocratiques en Guinée.

Les efforts en cours d’Alpha Condé pour rester au pouvoir risquent cependant de saper le processus de transition démocratique en Guinée et d’engager le pays sur la voie de l’instabilité. En Guinée, le soutien populaire aux institutions démocratiques reste élevé et il n’est pas du tout certain qu’une nouvelle constitution rédigée par Alpha Condé serait entérinée lors d’un référendum. Une enquête d’Afrobaromètre de 2018 révèle que 82 % des Guinéens souscrivent à l’idée d’une limite à deux mandats. En outre, plus de 70 % des Guinéens désapprouvent d’un régime au parti unique, de la dictature d’un seul homme ou d’un régime militaire, soulignant que la démocratie y est préférable. En mars 2018, les Guinéens ont commencé à manifester contre l’éventualité d’une nouvelle constitution. Alpha Condé a essayé sans succès d’interdire ces manifestations. Le leader de l’opposition Cellou Dalein Diallo, qui s’était présenté contre Alpha Condé lors des deux dernières élections présidentielles, a même été empêché d’assister à des manifestations au motif discutable que la police ne pouvait pas assurer sa sécurité.

L’Afrique de l’Ouest possède une réputation solide en matière d’application des limites de mandats et de dissuasion des dirigeants de modifier la constitution de leurs pays. Cela a eu un impact positif sur la stabilité de la région. Sur les 18 pays d’Afrique sans limites de mandats, un tiers est en conflit. En revanche, seuls 2 des 21 pays qui ont des limites de mandat sont en conflit. Les efforts continus d’Alpha Condé pour rester au pouvoir augmentent ainsi les perspectives de conflit en Guinée. Ils représentent par ailleurs un défi pour la norme durement acquise de la région où les limites de mandats sont traditionnellement respectées.

Après 50 ans de gouvernement autoritaire répressif fortement influencé par l’idéologie communiste, la Guinée était un pays pauvre et isolé économiquement quand elle a commencé sa transition démocratique en 2010. Alpha Condé est devenu le leader de la Guinée suite au coup d’État militaire de décembre 2008, au massacre de plus de 150 manifestants et au viol de dizaines de femmes par les forces de sécurité le 28 septembre 2009 et de la tentative d’assassinat de Moussa Dadis Camara, l’auteur du coup, en décembre 2009. Ces événements ont entrainé une transition politique qui a culminé dans l’organisation des premières élections multipartites libres et honnêtes du pays à la fin 2010. Après avoir remporté l’élection lors du second tour, Alpha Condé a pris ses fonctions en décembre 2010. Son élection avait fait naître l’espoir que la Guinée allait résolument s’engager sur la voie de la démocratie et mettre un terme à la répression de l’opposition.

Alpha Condé gouverne cependant plutôt de manière autoritaire et s’efforce systématiquement d’affaiblir l’opposition. Il a souvent empêché les manifestations pacifiques de l’opposition et n’a pas tenu les forces de sécurité redevables de la mort de manifestants. Depuis la réélection d’Alpha Condé en 2015 dans un scrutin entaché par des irrégularités, l’espoir qu’il allait apporter des changements importants a diminué. Son administration n’a pas réussi à faire des progrès substantiels pour améliorer la transparence et la responsabilité et a attaqué les institutions politiques censées servir de contrepoids au sein du système politique guinéen.
Plus important encore, en mars 2018, Alpha Condé a entrepris de destituer le président de la Cour constitutionnelle, Kéléfa Sall, qui avait averti Alpha Condé lors de son investiture en 2015 de « ne pas écouter les sirènes révisionnistes » et de respecter les limites de mandats présidentiels. En octobre 2018, Kéléfa Sall a été évincé par ses collègues pro-Condé. (Kéléfa Sall est décédé en juillet 2019 des suites d’une maladie.) Quelques semaines avant ce décès, Cheick Sako, le ministre de la Justice, avait démissionné, en raison de son opposition à une révision de la constitution. Il avait par ailleurs souligné qu’il n’avait pas participé à la rédaction de la nouvelle constitution et condamné l’incapacité du gouvernement à accorder à son ministère un budget pour organiser le procès des auteurs présumés du massacre de 2009.

En septembre 2018, l’administration du président Condé a cherché à réduire au silence l’opposition en lui interdisant de manifester jusqu’à nouvel ordre, une décision que l’opposition a qualifié d’illégale et a bravé trois fois le mois suivant. Le 14 juin 2019, les forces de sécurité ont violemment réprimé une nouvelle manifestation contre les modifications constitutionnelles proposées, blessant au moins 28 personnes. En juillet 2019, l’Assemblée nationale a adopté une loi permettant à la police « de tirer sur tout obstacle ou menace » sans être passible de poursuites judiciaires. Les groupes de droits humains ont immédiatement critiqué la nouvelle loi, alléguant qu’elle permet de nouvelles répressions contre l’opposition.

D’autres instances de dérive autoritaire d’Alpha Condé comprennent la fermeture de médias et l’arrestation de politiciens de l’opposition. Ainsi, Faya Millimouno, un dirigeant du groupe d’opposition le Bloc libéral, a été arrêté le 5 avril 2019 pour avoir exigé qu’une date soit fixée pour la tenue des élections parlementaires plusieurs fois reportées. Elles auraient dû avoir lieu en février après avoir été déjà reportées en décembre 2018, date de l’échéance légale pour leur tenue. Ces élections restent à organiser puisqu’elles ne pourront l’être lorsque les recommandations issues d’un audit des listes électorales auront été mises en œuvre. Puisque le parti d’Alpha Condé, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), ne détient qu’une faible majorité à l’assemblée nationale, ces retards lui permettent de s’assurer qu’il disposera des voix nécessaires pour entériner une nouvelle constitution et exiger la tenue d’un référendum.

Étant donné le long et difficile héritage de la Guinée en matière d’autoritarisme, les rédacteurs de la constitution actuelle avaient prudemment prévu d’empêcher ce type de manœuvres politiques. La constitution de 2010 (article 27) déclare donc que « la durée du mandat présidentiel est de cinq ans, renouvelable une fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non ». De plus, l’article 154, qui évoque en détail les modalités du changement de la constitution, interdit toute modification de l’article 27 en déclarant que « le nombre et la durée des mandats du président de la République ne peuvent faire l’objet d’une révision ». Ainsi, la seule option qui reste à Alpha Condé est d’écrire une nouvelle constitution, d’obtenir son approbation par la Cour constitutionnelle et l’Assemblée nationale et enfin de faire adopter le texte par référendum.

Les Guinéens s’opposent à un tel changement et perdent de plus en plus confiance dans les institutions chargées de veiller à la démocratie et à la stabilité, dont la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les tribunaux, l’Assemblée nationale et le président. Selon Afrobaromètre, la confiance en la CENI a reculé de 48 % en 2015 à 36 % en 2018. De même, la confiance dans le président a diminué de 59 % en 2015 à 46 % en 2018. La confiance dans l’Assemblée nationale a aussi chuté, passant de 53 % à 38 %. Enfin, la confiance dans le système judiciaire a reculé de 43 % à 34 %. Cette baisse de confiance dans les institutions guinéennes pourrait aussi contribuer à l’instabilité si un référendum a lieu et une nouvelle constitution approuvée dans des circonstances douteuses.

En dépit du manque de soutien populaire, l’opposition craint qu’Alpha Condé puisse néanmoins réussir à faire approuver la nouvelle constitution. Selon elle, des accusations répétées d’irrégularités et de fraudes ont entaché la réélection d’Alpha Condé en 2015, ainsi que les élections locales et parlementaires. Toutefois, l’opposition s’est vue forcée d’en accepter les résultats pour éviter une plus grande instabilité. Aujourd’hui, l’opposition estime qu’Alpha Condé serait en mesure de remporter frauduleusement un référendum grâce à son contrôle accru sur la CENI. En effet, celle-ci a été restructurée sous Alpha Condé pour assurer à son parti majoritaire une plus grande suprématie électorale. La nouvelle CENI n’accepte plus comme membres que les partis ayant participé aux deux dernières élections présidentielles et législatives et détenant au moins deux sièges à l’Assemblée nationale. La plupart des petits partis se retrouvent donc exclus de la CENI alors même que le parti d’Alpha Condé et ceux qui lui sont alliés contrôlent effectivement le processus électoral, y compris un éventuel référendum sur la réforme constitutionnelle.

De même, l’opinion n’a guère confiance dans le secteur de la sécurité guinéen qu’ils qualifient d’hypertrophié et enclin aux abus systématiques des droits humains. Alpha Condé avait commencé son premier mandat en s’engageant fermement à réformer le secteur de la sécurité. L’une de ses premières mesures après son entrée en fonction avait été d’ordonner la mise à la retraite de 4 000 officiers des services de sécurité. Toutefois, l’espoir que le secteur de la sécurité allait être réformé dans le but de protéger les citoyens et la démocratie plutôt que le régime a été anéanti. En dépit d’un programme de réforme du secteur de la sécurité financé par l’Union européenne (UE) visant à rationaliser la taille des forces de sécurité et à renforcer les normes relatives aux droits humain, l’amélioration du niveau de confiance chez la population continue à présenter des difficultés. En 2018, 42 % des Guinéens déclaraient avoir confiance en la police contre 47 % en 2015. En revanche, la confiance dans l’armée reste faible, à tout juste 51 %.

Le problème est particulièrement aigu dans le contexte actuel car l’armée est très souvent intervenue dans la vie politique guinéenne. En effet, l’ancien président Lansana Conté avait pris le pouvoir après un coup d’État, tout comme Moussa Dadis Camara en 2008. L’incapacité d’Alpha Condé à tenir les militaires responsables du massacre des civils en septembre 2009 est un autre motif de la baisse de la confiance populaire dans les institutions. Le fait que la police a régulièrement eu recours à une force mortelle contre les manifestants et n’en n’a jamais été tenue responsable contribue à renforcer cette perception du secteur de la sécurité. Ces actions et la longue histoire d’intervention militaire dans le domaine politique guinéen laissent suggérer que l’opposition à un troisième mandat pour Alpha Condé continuera à être violemment réprimée.
Si Alpha Condé réussit à accomplir son plan de changer les limites des mandats présidentiels et à rester au pouvoir, il rejoindra deux autres pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui n’ont pas de limite constitutionnelle du mandat présidentiel : le Togo, où la famille Gnassinbé règne depuis plus de 50 ans et la Gambie, où le président Adama Barrow déclare qu’il est en faveur de l’adoption de telles limites après les abus du régime de Yahya Jammeh. Sinon, le leader de l’opposition Cellou Dalein Diallo estime qu’Alpha Condé pourrait s’inspirer de l’exemple de l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, en retardant tout simplement les élections présidentielles afin de prolonger son mandat, comme il l’a déjà fait pour l’Assemblée nationale.
La CEDEAO a joué un rôle important en aidant à renverser les chefs d’États membres qui refusent de quitter leurs fonctions après avoir perdu des élections. Ainsi, l’Afrique de l’Ouest s’est illustrée sur le continent pour sa lutte en faveur du maintien des limites de mandat. En Côte d’Ivoire en 2010, elle a soutenu le renversement de Laurent Gbagbo après sa défaite face à son adversaire Alassane Ouattara. En Gambie en 2017, la CEDEAO a soutenu l’intervention militaire du Sénégal pour limoger le dictateur de longue date Jammeh qui avait perdu l’élection présidentielle face à Barrow. Alpha Condé en personne a d’ailleurs joué un rôle essentiel dans le départ de Jammeh. Pour éviter une rupture institutionnelle en Guinée, les dirigeants de la CEDEAO et les autres partenaires devront souligner l’importance des limites de mandats présidentiels pour assurer la stabilité dans le pays.

Les partenaires externes qui veulent une Guinée stable devront faire passer ce message et dénoncer les déclarations favorables, comme celle de la Russie, au changement de la constitution. L’UE a un rôle crucial à jouer à cet égard.

Les citoyens guinéens, y compris l’opposition, les médias et la société civile, continueront sans aucun doute à occuper les devants de la scène politique pour se faire entendre et contester l’assertion d’Alpha Condé qu’un changement constitutionnel est nécessaire ou même légitime. Outre les conséquences directes sur la stabilité, l’évolution de la contestation aura des répercussions considérables sur la gouvernance de la Guinée, soit en réaffirmant la transition démocratique, soit en revenant à l’anarchie et aux inégalités qui ont caractérisé la longue période d’autoritarisme que le pays a déjà connue.

ALIX BOUCHER
Assistante de recherche au Centre d’études stratégiques de l’Afrique.

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Guinée/ un groto pris en flagrant délit de grossesse à la présidence

Selon la loi de finances rectificative 2019 adoptée par l'assemblée nationale, le budget de la présidence connait une hausse considérable.  De 347 milliards 909 millions 261 mille, il passe à 462 milliards 112 millions 583 mille francs Guinéens.  
Pendant ce temps les départememts stratégiques voient leur allocation baisser,  il s'agit : 
- De la police : - 6 milliards 194 millions de Gnf
- L'agriculture: - 26 milliards 679 millions de Gnf
- La justice  : - 3 milliards 469 millions de Gnf 
- L'action sociale:  - 13 milliards 187 millions de Gnf 
- L'Elévage: - 6 milliards 998 millions de Gnf 
- La culture : - 2 milliards de Gnf 
Où était donc l'opposition pendant que se commettait cet adultère, surtout que faisait-elle pendant la césarienne, gratuite en Guinée, selon la loi, alors que cette loi de finances affiche plus de 462 milliards à la charge du cocubain !
Il était déjà sous perfusion à Bretton Woods, le cocu, le voilà entubé (au sens clinique), à Chèkhoumachinya !
et l'on entend les lamentos de Balakè :
Balakè barawa
Balakè wara
Woïkoï yo
Balakè barawa
A minuit chantez
A minuit..
Shalom Was-Salam,
Saïdou Nour Bokoum
www.nrgi.com 
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Les juteuses affaires de Beny Steinmetz

La Suisse va juger le milliardaire franco-israélien pour corruption dans des transactions minières en Guinée.

Beny Steinmetz, lors de sa comparution devant la cour de justice de Rishon (Israël), en 2017.
Beny Steinmetz, lors de sa comparution devant la cour de justice de Rishon (Israël), en 2017. JACK GUEZ / AFP
Après six ans d’instruction et plusieurs dizaines de commissions rogatoires en Israël et aux Etats-Unis, la justice suisse a annoncé, lundi 12 août, le dépôt d’un acte d’accusation et officialisé sa décision de renvoyer l’homme d’affaires franco-israélien Beny Steinmetz devant le tribunal correctionnel de Genève. Pour la première fois de son histoire, la Suisse s’apprête à juger un responsable présumé d’un réseau de corruption internationale. Dans cette affaire, qui défraie la chronique judiciaire de Genève à New York ou Tel-Aviv depuis 2010, M. Steinmetz est soupçonné d’avoir voulu mettre la main sur la plus grosse réserve mondiale de minerai de fer, en Guinée. Poursuivi en Suisse pour « corruption » et « usages de faux », il risque entre deux ans et dix ans de prison.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Affaire Steinmetz : quand Nicolas Sarkozy joue les intermédiaires d’affaires
Ce sexagénaire au regard bleu acier est né en Israël en 1956. Son père, Rubin, tailleur de diamants, s’était installé vingt ans plus tôt en Palestine, où il fut l’un des pionniers de l’industrie des gemmes. Héritier de l’entreprise, Beny Steinmetz a fait fructifier l’affaire, de Madagascar à la Sierra Leone en passant par la Namibie, l’Angola, le Botswana, la République démocratique du Congo. Autant de terrains de chasse aux affaires, autant d’Etats où la mauvaise gouvernance autorise bien des coups. Outre les mines, le groupe est présent dans l’immobilier, la finance, le pétrole, le gaz... Un empire organisé autour d’une fondation familiale au Liechtenstein et une ramification de sociétés souvent estampillées « Steinmetz », mais dans l’organigramme desquelles il n’apparaît généralement que comme « conseiller ».

Le sous-sol guinéen regorge de minerai de fer, dont les réserves se mesureraient en milliards de tonnes

Le cœur du scandale a pour nom Simandou, une montagne recouverte d’une forêt dense située aux confins de la Guinée. Son sous-sol regorge de minerai de fer, dont les réserves se mesureraient en milliards de tonnes. Ces dernières années, ce trésor a nourri bien des fantasmes. Des rêves de richesse qui n’ont toujours pas été exaucés à ce jour, le gisement demeurant inexploité...

En 1997, le gouvernement guinéen accorde des permis de recherche à Rio Tinto, l’un des leaders mondiaux dans les mines, qui voit dans l’Afrique un nouvel eldorado. En 2007, toutefois, le gouvernement guinéen lui retire brusquement une partie de ses concessions, officiellement à cause de « progrès insuffisants » sur le site.

Le Monde

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