EN GUINEE TOUJOURS LA CONFUSION

Le chef de la junte militaire a été opéré vendredi, à Rabat, avec succès, par les médecins marocains. Sa vie est désormais hors de danger, assure le gouvernement guinéen. Mais à en croire Rfi, le Capitaine Dadis Camara se trouverait dans un coma artificiel. 

Plus de 48 heures après l’intervention chirurgicale des médecins marocains appuyés, par une équipe médicale mixte sénégalo-guinéenne, des informations contradictoires continuent de circuler sur l’état de santé du Capitaine Moussa Dadis Camara. Le gouvernement guinéen a déclaré, samedi, par la voix de son ministre de la Communication, Idrissa chérif, par ailleurs, porte-parole de la présidence de la République, que l’opération s’est déroulée avec succès et que la vie du chef de la junte militaire est ‘hors de danger’. Des sources indépendantes, contactées par Rfi, indiquent, toutefois que le Capitaine Camara se trouverait, en ce moment, dans un ‘coma artificiel’. En tout état de cause, les prochains jours édifieront les observateurs sur l’état de santé du dirigeant guinéen.

En attendant, c’est le ministre de la Défense, le général Sékouba Konaté, 2e vice-président du Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd) qui a été choisi pour assurer l’intérim. La décision a été prise, quelques heures seulement, après l’évacuation médicale du chef de la junte militaire au Maroc. Le général Konaté, numéro 3 de la junte, se trouvait au Liban lors des affrontements survenus jeudi dernier au camp Koundara. Il a dû écourter son voyage pour regagner précipitamment Conakry, par vol spécial, vendredi nuit. Il a été accueilli à sa descente d’avion à l’Aéroport international de Conakry Gbessia par un demi-millier de soldats lourdement armés, selon nos informations.

La marge de manœuvre du président par intérim de la Guinée est très étroite. Il hérite d’une situation politique chaotique sur fond de crise économique et financière. Mais, le plus urgent des défis auxquels il doit faire face aujourd’hui est, sans nul doute, la restauration de l’autorité de l’Etat, mise à rude épreuve par la tentative de meurtre du Capitaine Dadis Camara et la réunification de l’armée. Il doit, en outre, neutraliser le fougueux Lieutenant Aboubacar Toumba Diakité qui, quatre jours après son forfait, continue de narguer la junte militaire. L’ex-aide de camp de Moussa Dadis Camara, qui refuse de porter seul la responsabilité des crimes commis lors de la sanglante répression du 28 septembre dernier, s’est fondu dans la nature avec des dizaines de ses partisans lourdement armés.

La traque organisée, depuis jeudi, par la junte militaire pour le capturer n’a encore rien donné. Le gouvernement a promis samedi une forte récompense à toute personne qui contribuerait à sa capture, sans en préciser le montant. Le Lieutenant Diakité a déclaré, pour sa part, avant-hier, qu’il se trouvait, quelque part, en Guinée, ‘en lieu sûr’, avec ses hommes, sans donner plus de détails sur ce qu’il comptait faire pour sortir de la situation dans laquelle il se trouve.

De toute évidence, le nouveau chef de l’Etat devra, aussi, faire les concessions nécessaires afin de faciliter la recherche d’une solution négociée à la crise politique que traverse son pays. Le prochain round de négociations, prévu à la mi-décembre à Ouagadougou, au Burkina Faso, sera donc un test majeur pour vérifier la volonté réelle du nouvel homme fort de Guinée de sortir son pays de la crise.

Tout en déplorant les affrontements tragiques ayant opposé, jeudi dernier, militaires loyalistes et soldats insurgés, les Forces vives ont indiqué, dimanche, par la voix de leur porte-parole, Jean-Marie Doré, qu’elles maintenaient leurs exigences à propos du départ de l’armée. ‘Nous déplorons tout recours à la violence. Mais, nous maintenons nos exigences que nous avons remises au médiateur dans la crise guinéenne, sur le départ de l’armée et la dissolution du Cndd’, a-t-il ainsi déclaré.

BILAN DES AFFRONTEMENTS DE JEUDI : Une cinquantaine de morts dont le frère du Capitaine Camara et sept de ses gardes du corps

De sources militaires, on indique que les affrontements survenus, jeudi dernier, entre les partisans du Lieutenant Aboubacar Toumba Diakité et des soldats loyalistes ont fait une cinquantaine de morts dont le frère du Capitaine Moussa Dadis Camara et sept de ses garde-corps. Le Commandant Tiégboro Camara, ministre des Services spéciaux, chargé de la lutte contre la drogue et le grand banditisme, a également été grièvement blessé au dos et au cou, par la déflagration d’une bombe placée, dans sa voiture. Son chauffeur a eu moins de chance que lui, puisqu’il a été tué sur le coup par l’explosion. Le Commandant Tiégboro Camara a été évacué vendredi, au Maroc, en même temps, que le capitaine Dadis Camara. Ils sont, tous deux, admis dans la même clinique, à Rabat.

Après les affrontements sanglants de jeudi, de nombreux militaires, notamment des proches du Lieutenant Tomba Diakité, auraient tenté de prendre la poudre d’escampette pour échapper à d’éventuelles purges. C’est le cas du Commandant Bégrè, du Bataillon autonome de la sécurité présidentielle (Basp). Il a été arrêté, vendredi, en milieu de matinée, à Pamelap, une localité située à la frontière entre la Guinée et la Sierra Léone par des soldats loyalistes. Il est interrogé, depuis lors au camp Alpha Yaya Diallo, par la junte militaire qui cherche à déterminer son degré d’implication dans la tentative de meurtre du chef de l’Etat guinéen.

Il y aurait aussi, parmi les fugitifs, de nombreux Officiers proches de l’ancien président Lansana Conté. La plupart d’entre eux étaient incarcérés, depuis plusieurs mois, à la tristement célèbre prison de Kassa, une petite île, située à quelques kilomètres au large de Conakry. Ils auraient été libérés, jeudi dernier, peu après les affrontements survenus au camp Koundara, par le Lieutenant Toumba Diakité.

Mamadou Aliou DIALLO

Wal Fajri (sénégal)

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