Petits génies devenus grands

C'est un superlatif dont ils se voient tout à coup affublés. Une étiquette difficile à décoller. Rarement revendiquée, parfois assumée, souvent lourde à porter. "Plus jeune bachelier de France." Le titre est purement honorifique. Et vaut, chaque année, à ceux ou celles à qui il est décerné, les dithyrambes de la presse régionale, voire nationale. Selon le ministère de l'éducation nationale, en moyenne, tous les ans, une vingtaine d'élèves passent le baccalauréat avant 15 ans. En juin 2012, parmi ces candidats, six avaient moins de 14 ans. Doués, surdoués, enfants à haut potentiel ou manifestant des aptitudes particulières : les formules ont peu à peu évolué pour désigner ces élèves. La dénomination actuelle retenue par l'éducation nationale, "élèves intellectuellement précoces" (EIP), ne fait pas non plus l'unanimité. En France, on estime aujourd'hui à 400 000 le nombre de ces enfants scolarisés (de 6 ans à 16 ans), soit 2,3 % de la population générale, parmi lesquels la proportion de garçons et de filles est à peu près identique.

"Je suis impatient de savoir ce que je ferai à 20 ou 30 ans, en espérant ne pas perdre l'avance que j'ai prise." C'était en 1996. Le jeune bachelier de 14 ans qu'il était se confiait devant les caméras venues l'interroger chez lui, près d'Orléans. Aujourd'hui, à 31 ans, Samuel Sené – quelques cheveux en moins, la barbe en plus – est à la fois chef d'orchestre et metteur en scène. Et il peut être rassuré : cette avance, il l'a conservée. En témoigne son CV, qui rappelle qu'après avoir décroché l'agrégation de mathématiques à 20 ans au sortir de l'Ecole normale supérieure de Cachan, la carrière artistique qu'il a finalement choisi d'embrasser n'a rien d'un parcours classique. Encore moins laborieux.

Directeur musical, metteur en scène, compositeur... En dix ans, il a sans doute accumulé autant d'expérience que d'autres en vingt ans de carrière : de la mise en scène d'opéras (Carmen, en 2001 ; Hamlet, en 2004) ou de pièces de théâtre (La Leçon de Ionesco, au Théâtre Mouffetard, en 2010) à la comédie musicale (Fame, en 2008) en passant par la direction d'un orchestre symphonique (Star Wars, au Grand Rex, en 2005). Un profil atypique comme les médias en sont friands. Dans son appartement de La Courneuve où il reçoit avec sa compagne, musicienne elle aussi, Samuel Sené ne cache pas avoir lui-même nourri le cliché. "Pendant des années, j'étais décrit comme "le jeune génie chef d'orchestre". Donc je me suis défini comme ça." Un aveu de suffisance, à la limite de la mégalomanie. Sur son site Internet, la mention "plus jeune bachelier de France" apparaissait dès la première ligne de sa biographie. Il l'a ôtée il y a seulement deux ans. "Dans mon métier, elle n'avait plus d'intérêt. Et puis, confesse-t-il, j'ai mis des années avant de réaliser que ça n'était pas nécessaire pour me faire aimer." Une prise de conscience synonyme de maturité... tardive pour ce précoce. "J'ai ressenti un passage à l'âge adulte à 28 ans. Le jour de mon anniversaire, j'ai fait un "reset" de ma vie." Une profonde remise en question et un divorce plus tard, il a pris un nouveau départ. Et relégué au second plan sa précocité, qu'il voit comme "une grande vitesse d'intégration, presque algorithmique" : "J'organise très vite mes connaissances et je structure très vite, un peu comme un ordinateur."

Mais comme pour beaucoup d'élèves diagnostiqués précoces, cette faculté s'est rapidement doublée d'une hypersensibilité. Chez lui, elle se traduisait par des malaises déclenchés à la moindre contrariété. Spasmophilie ? Catalepsie ? Catatonie ? Les médecins n'ont jamais tranché. Ces crises, il ne nie pas en avoir longtemps souffert. Surtout en fin de collège – ce qui l'incitera à suivre les cours de troisième par correspondance – et au début du lycée, où sa différence suscitait railleries et mise à l'écart de la part de ses camarades. Lui-même recherchait instinctivement la compagnie des adultes. "Je n'ai jamais eu envie de me lier d'amitié avec des gens de mon âge, admet-il. Nous n'avions pas les mêmes préoccupations." Dix-sept ans après avoir passé le bac, celui qui voit dans sa vie une succession de signes du destin avoue, sibyllin, garder "une peur panique de rater le chemin". Manière de dire que, malgré son équilibre professionnel, l'avenir reste pour lui source d'angoisse.

SENTIMENT D'EXCLUSION ?

Comme Samuel, de nombreux enfants et adolescents précoces s'épanouissent malgré leur singularité et poursuivent une scolarité sans heurts. Certains, en revanche, "sont en échec. Pas seulement sur le plan scolaire, mais aussi personnel, psychologique ou social", constate la psychologue Jeanne Siaud-Facchin (L'Enfant surdoué : l'aider à grandir, l'aider à réussir, Odile Jacob, 2002). Les difficultés d'identification ou de communication rencontrées peuvent parfois les conduire au redoublement et à un désinvestissement progressif de l'école. "Tous ne sont pas en échec scolaire, insiste la psychologue. Les surdoués qui vont bien sont ceux qui ont eu la chance de grandir dans un environnement affectif stable. Ceux à qui on a donné la possibilité de développer une bonne image d'eux-mêmes."

Si l'adjectif n'avait rien d’éculé, on serait tenté de qualifier l'existence de Julien Accili de "normale". Enfin, autant que peut l'être l'itinéraire de quelqu'un qui connaissait l'alphabet à 18 mois, savait lire à 3 ans, entrait au lycée à 12 ans pour finalement sortir major de Centrale Paris à 19 ans. Le jeune homme de 29 ans que l'on rencontre dans une brasserie à deux pas de la place de l'Etoile, à Paris, a gardé cet air juvénile dévoilé par les images du reportage que lui avait consacré France 2, en 1998, à l'heure où il passait le bac scientifique. L'accent chantant de son Lot-et-Garonne natal, lui, s'est totalement évaporé.

Le sentiment d'exclusion ? Julien Accili, aujourd'hui directeur de projet chez Altran, groupe français de conseil en technologies et ingénierie, ne l'a jamais ressenti. Si ce n'est en maternelle, où, raconte-t-il à demi sarcastique, les enseignants avaient cru déceler à travers l'ennui qu'il manifestait la marque d'un enfant... attardé. Mais une fois le bon diagnostic posé, le futur jeune bachelier n'a plus éprouvé aucune difficulté de socialisation.

Que ce soit au primaire – qu'il digère en trois ans –, au collège ou plus tard au lycée, son avance ne se traduit ni par un mal-être ni par un quelconque rejet de la part de ses camarades. "A partir de la quatrième, j'étais plus vu comme le "petit frère"", explique-t-il. "Spontanément" (un adverbe qui émaille régulièrement son récit, comme pour réfuter toute singularité), les autres élèves "avaient plutôt une attitude de protection vis-à-vis de moi". Ses parents, en revanche, subissaient de temps en temps la jalousie des autres, voire de certains membres de la famille.

Mais n'allez pas imaginer que ses facilités le poussaient à l'indolence. "Je travaillais vraiment, même si je n'arrivais pas au même résultat que les autres", proteste Julien Accili. Au lycée – "des années de pur bonheur", se souvient-il –, son intégration s'est faite sans heurts. Epanouissement favorisé, selon lui, par un environnement protégé : une petite ville de province (Tonneins, près d'Agen), un entourage parental stabilisant, des enseignants compréhensifs. La médiatisation dont il a fait l'objet en fin de terminale ne l'a pas perturbé : il obtient 17,89 de moyenne à l'examen. Le bac en poche, le jeune étudiant enchaîne maths sup/maths spé au lycée Fermat de Toulouse. Deux ans de prépa qu'il considère, avec le recul, comme "les deux plus mauvaises années de [sa] vie". La séparation d'avec sa famille à 15 ans, la découverte de la pression, la concurrence avec des élèves certes plus âgés mais d'un niveau comparable... La situation a été complètement nouvelle pour l'adolescent, contraint de se remettre en question. "C'était compliqué d'un point de vue scolaire, explique celui qui affectionne aussi bien Chateaubriand que les jeux vidéo. Le contexte émotionnel chargé a joué sur mes résultats, qui n'étaient pas exceptionnels." Une "moindre réussite" qui se soldera par... une admission du premier coup à Centrale Paris.

Désormais adulte, Julien Accili ne se sent pas plus en décalage avec les autres qu'il y a quinze ans. Il voit simplement dans sa précocité "la capacité à appréhender rapidement la complexité". Au-delà de sa réussite professionnelle, sa satisfaction est ailleurs : "Ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir réussi à canaliser cette précocité pour finalement entrer dans le monde normal." Un silence puis il reprend : "Oui, ma fierté, c'est d'être normal."

RÉDUITS À DES SINGES SAVANTS

Aujourd'hui, les précoces sont mieux repérés, leurs particularités davantage cernées. Mais l'accompagnement de ces élèves est loin d'être systématique. "Malgré les textes de l'éducation nationale les plus récents qui invitent à la prise en compte de leur spécificité et malgré les initiatives de quelques établissements scolaires, il n'existe encore que très peu de structures formées à l'accueil de ces élèves atypiques", observe la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. C'est dans l'un de ces établissements privés spécialisés que Cécile Lefebvre a été scolarisée dès la sixième. Pendant cinq ans, elle a reçu un enseignement accéléré au cours Michelet, à Nice, collège-lycée accueillant des enfants "à haut potentiel intellectuel". Ses détracteurs n'y voient qu'une pépinière d'enfants surdoués. Elle, préfère parler de "cocon", voire de "deuxième famille". Pour autant, la jeune femme se défend d'avoir grandi dans une bulle élitiste. "En dehors des cours, je faisais de l'escrime, de la danse et du théâtre avec des enfants de mon âge, je continuais de voir mes amis..." Aujourd'hui, à 24 ans, elle affiche un détachement non dissimulé à l'égard de sa précocité. "Je ne l'ai jamais cachée, mais je ne l'ai jamais revendiquée, c'est juste une partie de moi", souligne-t-elle. Et rendrait presque anecdotiques ses quatre ans d'avance en la résumant ainsi : "Certains sont plus doués en sport, moi c'était à l'école."

Là où certains parents s'en réjouiraient, ceux de Cécile Lefebvre nourrissaient au contraire des craintes à la voir brûler les étapes. Ils ne s'y sont pas opposés... à une condition : "Que je sois bien dans mes baskets." Son cas, veut-elle croire, n'est pas une exception. "Ce qui m'agace, c'est quand on nous réduit à des singes savants, sans amis, sans vie affective..., déplore-t-elle. Je ne nie pas que certains ont été dans ces situations, mais je ne pense pas que ce soit la majorité. J'ai toujours eu une vie amicale et amoureuse, comme n'importe quelle jeune fille."

Désormais docteur vétérinaire, elle travaille comme assistante hospitalière à l'école vétérinaire Oniris de Nantes. "Les élèves que j'encadre sont parfois plus vieux que moi. Ça les fait sourire quand ils le découvrent, mais je n'ai aucun problème d'autorité." Elle-même n'a pas dit adieu au monde étudiant. Elle envisage une spécialisation, soit trois ans d'études supplémentaires. "Certaines de mes consoeurs y renoncent car, à 30 ans, elles aspirent à fonder une famille. Je n'ai que 24 ans, j'ai le temps..." Un avantage qui lui fait associer sa précocité à une "chance", comme elle le répète depuis sa première interview.

Si Cécile accepte sans aucune lassitude la médiatisation dont elle fait régulièrement l'objet depuis plus de dix ans, il arrive parfois qu'elle soit vécue douloureusement. Arthur Ramiandrisoa demeure à ce jour le plus jeune candidat au bac, décroché en 1989, à 11 ans et 11 mois. Et ce, sans avoir jamais mis les pieds à l'école. Ses parents avaient mis au point leur propre programme d'apprentissage, décrit dans La Méthode Arthur (Fixot, 1990). A travers l'exemple de son fils, Jaona Ramiandrisoa y livrait ses conseils aux parents pour "développer dans l'harmonie les capacités naturelles de [leur] enfant". A l'époque, l'adolescent enchaîne les plateaux télé et publie à son tour son témoignage, dans Mon école buissonnière (Fixot, 1991). Il y est présenté comme le "champion des surdoués français", entré à l'université à 12 ans et détenteur, deux ans plus tard, d'une maîtrise de mathématiques. L'étiquette se révélera trop encombrante. Depuis son doctorat, obtenu à 19 ans, Arthur Ramiandrisoa n'a qu'un souhait : se faire oublier. Contactés à plusieurs reprises, ses proches n'ont pas donné suite à nos sollicitations. Se contentant de nous indiquer qu'"Arthur a gardé un très mauvais souvenir de plusieurs reportages" et "souhaite conserver l'anonymat dans lequel il vit actuellement". Tout juste sait-on qu'il poursuit aujourd'hui une carrière d'urbaniste.

"UNE SIMPLE FORMALITÉ"

Contrairement aux autres, le mot précocité ne sera jamais prononcé de toute la scolarité de Françoise Komarnicki. En 1963, à son entrée en sixième, elle n'avait pourtant que 8 ans. A l'époque, les enseignants de Rombas, la petite ville de Moselle où elle était scolarisée, étaient parfois dépassés par son jeune âge. Et leurs réactions pas toujours adaptées. Pour ne pas dire insensées. Aussi avaient-ils décidé, jusqu'en troisième, de dispenser la jeune fille d'activités sportives, jugées trop périlleuses pour elle. Aujourd'hui, cinquante ans ont passé, mais l'anecdote la fait encore sourire. "Jusqu'à 7 ans, j'ai été élevée par ma tante, qui m'avait très tôt appris à lire, raconte-t-elle d'une voix fluette, dans un café de Montparnasse, à Paris, où elle travaille. L'école primaire de mon village champenois ne comptait que deux classes, chacun allait à son rythme. Quand on m'a inscrite dans une école classique, je suis entrée directement en CM2." La notion d'enfant précoce est alors méconnue en France. Il faut attendre les années 1980 pour que s'amorcent une réflexion et un travail de sensibilisation, à l'initiative du psychologue Jean-Charles Terrassier, qui, sur le modèle anglo-saxon, avait fondé en 1971 une Association nationale pour les enfants surdoués. Si son avance a rendu certains professeurs perplexes, les élèves, eux, ne se sont pas posé de questions : "Autrefois, il y avait une bien plus grand tolérance, analyse-t-elle avec le recul. En troisième, certains de mes camarades avaient trois ans de retard, j'en avais trois d'avance et personne n'était stigmatisé. De nos jours, tout le monde doit rentrer dans le moule."

Malgré des facilités évidentes en classe – surtout en maths, où elle excellait – et l'ennui qui en a découlé, sa famille n'y a vu aucun indice de précocité. "On me disait que j'étais grande et que c'était normal que je sache faire ce qu'on me demandait." Une modération jamais transgressée. Y compris après son succès au bac C, en 1970, à tout juste 15 ans. Quand elle y repense, penchée sur les photos de classe qu'elle a soigneusement conservées, elle admet s'y être présentée "avec une certaine insouciance". Sans l'avoir anticipé. Ni préparé. "Je n'avais pas l'impression de passer un examen qui pouvait changer le cours de ma vie, mais de satisfaire à une simple formalité."

Françoise Komarnicki considère que son avance lui a apporté "une bouffée d'oxygène", lui conférant très tôt une autonomie. Même si son jeune âge n'a pas toujours joué en sa faveur, l'empêchant, par exemple, de passer la plupart des concours d'entrée aux grandes écoles à l'issue de son année de maths spé au lycée Fénelon, à Paris. L'adolescente regardera donc, de loin, ses camarades concourir à Polytechnique, aux Ponts et Chaussées ou à l'Ecole centrale. Et se verra contrainte de redoubler sa deuxième année de prépa. Elle garde un souvenir amer de cet épisode, vécu, selon ses mots, comme "une injustice". Finalement, elle renoncera aux écoles d'ingénieurs et intégrera, sans grande conviction – "je ne voulais ni enseigner ni faire de la recherche" –, l'Ecole normale supérieure de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). D'où elle sortira avec un DEA de probabilités.

Depuis, sa vie professionnelle l'a amenée à opérer plusieurs tournants. Le premier dans l'informatique, après des études à l'université Paris-VI poursuivies jusqu'au doctorat. Dans le même temps, elle élèvera ses trois garçons, avant de s'investir, au milieu des années 1980, dans la finance et l'assurance. A 58 ans, cette jeune grand-mère prépare une énième reconversion, "dans le développement durable". Et termine un master 2 dans cette voie au Conservatoire national des arts et métiers. Cette boulimie de savoir visiblement jamais rassasiée, elle la justifie par une "grande curiosité". Une caractéristique qu'elle partage avec Samuel, Julien et Cécile. Mais pas seulement : tous les quatre en conviennent, cette qualité n'est pas réservée aux enfants précoces. Et cela tombe bien. Tous affirment avoir simplement réalisé le souhait qu'ils formulaient à l'heure de passer le bac : devenir des adultes comme les autres.

 

Talibé Barry, le sacre de l'honnêteté (Par Saliou SAMB)

2013/4/24 - 06:19

C'est avec joie et fierté que j'ai accueilli la désignation par le jury du Djassa d'or de Talibé Barry comme journaliste de l'année 2012 en République Guinée. A mon humble avis, avant d'être perçue comme une reconnaissance méritée dans la profession, cette consécration est d'abord la victoire de l'honnêteté. Le Directeur de publication du journal La République est un journaliste honnête qui n'a jamais perdu son sens de la critique. J'estime également, que la pertinence de ses vues et opinions est souvent soulignée dans le milieu ô  combien parsemé de pièges, surtout en ces temps confus où le journaliste,   placé au cœur de la crise politique et objet de pressions de toutes parts, a   du mal à garder son indépendance. Du Diplomate à l'agence de presse panafricaine Panapress, en passant par La République, voilà un jeune homme qui n'a pas changé de cap et qui ne s'est   jamais laissé griser par le succès. Talibé porte en lui depuis que je l'ai connu à ses débuts cette humilité qui fait la marque des grands hommes. Pour tout cela, pour cette attitude noble, je lui rends ici un vibrant hommage et l'encourage à persévérer dans la voie   (l'unique ?) qu'il s'est choisie : le journalisme. Bon courage mon frère.

Saliou Samb

 

Des étudiants français créent leur Courrier international

S’appuyant sur un réseau de jeunes correspondants faisant leurs études aux quatre coins du monde, le Journal International fait appel au financement participatif pour s’exporter à l’international.

Ils ont eu du flair, ces Lyonnais. Surfer sur la mobilité étudiante pour se construire un réseau de journalistes en herbe, et créer très naturellement une sorte de Courrier international, on s’étonne presque que personne n’y ait pensé plus tôt. Aujourd’hui, ils sont 70 au compteur et ce n’est qu’un début. «On tend à s’élargir et quadriller le monde avec un correspondant par pays», explique plein d’ambition Florent Tamet de l’équipe fixe de Lyon. La plupart des étudiants viennent de filières Histoire, Géographie, Sciences Politiques, Info Com ou Journalisme .

Le concept est simple: mettre un frein à l’actu 2.0 et le rythme éffréné des circuits de l’information pour faire une capture d’écran d’un moment, d’un fait ou d’une histoire qui se passe ailleurs que chez soi. «Les journaux qui traitent de l’actualité internationale se comptent sur les doigts d’une main. On voulait combler ce déficit d’internationalité avec une image de qualité et de sérieux, expose fièrement Florent. Chez nous, les angles sont différents et il y a peu d’articles qui font moins de 4000 signes».

Des enfants qui ne connaissent pas leur sexe en Suède à la ville fantôme qui accueille le concours de Miss Monde en Mongolie en passant par la guerre de Bornéo, le journal surprend par ses angles décalés et son professionnalisme. La Une du prochain numéro annonce la couleur: 10 pages de reportage sur le terrain en Corée du Nord. Photos à l’appui. «Le jeune reporter avait planqué sa carte SD dans sa chaussette, c’est passé!», raconte Florent. À l’image du journal: plein d’audace et de talent.

70 correspondants dans le monde

La modeste gazette de fac née en 2008 à l’Université de Lyon a connu une rapide ascension. En septembre 2012, elle passe au numérique avec un site d’information bien bâti. Les 2000 visites du premier mois sont aujourd’hui son pain quotidien. Jackpot: Google Actu les intègre dans son référencement. Depuis fin 2012 le «Journal International» entend maintenant exporter ses 3000 exemplaires au niveau national dans quelques 6000 points de vente mais aussi dans une dizaine de pays francophones, de la Roumanie aux Antilles. Sauf que le projet est devenu trop important et ambitieux pour ne se contenter que de subventions régionales.

Rédigée de A à Z par des étudiants bénévoles, le journal a lancé une campagne de financement participatif sur My Major Company pour l’aider à exporter son prochain numéro..

.Lucile Quillet

Le Figaro

Ce qu'il faut pour sortir de la pauvreté

Il appartient à chaque pays d’inventer son propre modèle de développement.

Comment aider les pays les plus défavorisés à lutter efficacement contre la pauvreté? Telle est la question à laquelle tente de répondre le tout nouveau rapport européen sur le développement.

Le document, présenté le 9 avril dernier, à Bruxelles, s’intitule: «Après 2015: une action mondiale pour un avenir inclusif et durable». Tout un programme, en réalité. Mais aussi un vrai plaidoyer pour soutenir les efforts des pays pauvres en matière de développement.

Le rapport reconnaît un point essentiel: il appartient d’abord aux pays concernés de donner, eux-mêmes, l’impulsion. Mais il souligne aussi l’impérieuse nécessité d’un environnement mondial favorable à la réalisation de leurs projets. Surtout, ce rapport 2013 définit ce qui devrait constituer les axes majeurs pour un meilleur partenariat mondial.

Au-delà des Objectifs du millénaire

En termes plus clairs, pour éradiquer la pauvreté dans le monde, et donc s’efforcer de réaliser l’essence même des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), il faudra attaquer le problème à la racine. Et pour cela, quatre axes sont proposés, pour aller au-delà de ce que prévoient les OMD.

Il y a, tout d’abord, selon les auteurs du rapport, la nécessité de définir un programme de transformations économiques et sociales qui mette l’accent sur la création d’emplois et sur la lutte contre les inégalités.

Comme l’explique Pedro Martin, co-auteur du rapport c’est ce que font, par exemple, le Rwanda et la Côte d’Ivoire, deux des quatre pays qui ont servi de base de travail:

«Les défis que doivent relever ces pays en matière de lutte contre la pauvreté sont considérablement affectés par les politiques internationales. D’où la nécessité d’un vrai agenda-post 2015 [date-butoir pour les OMD] et de transformations structurelles.»

En ce qui concerne le Rwanda, le rapport indique l’influence bénéfique qu’ont eue les OMD dans l’amélioration des conditions socio-économiques du pays. Et s’agissant de la Côte d’Ivoire, le rapport souligne qu’il est en train de progressivement se relever d’une grave crise sociopolitique.

Deuxième point, et non des moindres, que souligne le rapport: veiller à ce que les objectifs mondiaux s’accordent avec les priorités des politiques des pays concernés.

«Nous avons notamment observé ce qu’a fait l’Union européenne et comment les OMD ont influencé le débat sur la question du développement en Europe», fait savoir Niels Keijzer, également co-auteur du rapport.

En effet, souligne-t-il, il est indéniable que les politiques européennes en matière de gestion des flux migratoires et d’échanges commerciaux ont un impact considérable sur les choix et les priorités définis dans les pays en développement.

Ensuite, le rapport européen 2013 propose que les pays les pays les plus riches accroissent leur soutien dans des domaines-clés (santé, éducation, droits de l’homme, bonne gouvernance), mais surtout qu’ils augmentent leur aide.

Le quatrième axe proposé est une nouvelle manière de «mesurer» le développement. Car, si cette notion peut aussi dépendre d’un certain nombre de spécificités liées à chaque pays.

De quoi ont besoin les pays pauvres?

Maintenant que l’on sait que la dead-line de 2015 fixée pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement ne sera jamais respectée, il est impérieux de réfléchir à un agenda pour les prochaines décennies. C’est ce que tente de faire ce document. Seulement qui mieux que les pays le plus durement touchés par la pauvreté peut définir ce dont ils ont réellement besoin?

C’est, peut-être, pour cette raison que le commissaire européen pour le Développement, Andris Piebalgs, a indiqué que ce rapport 2013 est une piste de travail et ne saurait être perçu comme la seule voie possible:

«Le rapport de cette année complète le travail de la Commission. Son message ambitieux contribuera à stimuler le débat sur le programme de développement pour l’après 2015, tant au niveau européen qu’à l’échelle mondiale.»

R.M.