Place je vais (re)naître !

Voici vingt ans, après ma dernière création que je me faisais l’illusion de devoir lever l’hypothèque de l’impasse politique guinéenne, avant de continuer un travail commencé au seuil des années 60 avec la création de Kaloum Tam Tam en compagnie d’Ahmed Tiddiane Cissé, Souleymane Koly, Soriba Kaba, etc. Après 5 créations à Abidjan, 1983-1990, me voici le 8 mars 1991 à Conakry, entré en politique comme par effraction. Revenu en 2000 en France, comme un greffon rejeté par le corps d’un certain Guinéen de l’intérieur formaté par une certaine Ecole guinéenne (« Le PDG plus le libéralisme » dixit Somparé), ma plume "politique" s’est encore cassée comme en juin 2006.

Donc, pour moi, après l’obtention du récépissé de création du Conseil National des Guinéens de l’Extérieur (CNGE) objet de mon premier engagement qui était de contribuer à l’amorce de la fédération de la 5ième région guinéenne disséminée sur la planète, pour moi donc c’est Mission terminée (Mongo Béti), du moins comme cela avait commencé par l’envol d’un certain vaisseau « Manifeste Guinée, Odyssée 2010 ».

Il me semble que c’est toujours l’Odyssée de l’impasse pour ce Bateau ivre (Rimbaud)

Bref, le changement social, la politique, ce fut hélas, faire la culture par d’autres moyens. C’était mettre la charrue devant les bœufs.

En effet, le changement social passe d’abord par le développement culturel. C’est dire que la culture est l’alpha et l’oméga du changement social.

Voilà,  mon Odyssée continue, in chââ Allah !

Wa Salam,

Saïdou Nour Bokoum

www.nrgui.com

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Guinée -Ebola : point de situation au 07 avril 2015. La France demande la suspension de tout projet de voyage en Guinée, au Sierra Leone, et le Liberia

Sauf raison impérative, il est recommandé aux Français de suspendre tout projet de voyage dans les pays où des cas de fièvre hémorragique à virus Ebola sont avérés (Guinée, Sierra Leone, Liberia). 

Les ressortissants français en mission pour raisons professionnelles en Guinée et en Sierra Leone sont invités à se signaler auprès de l’Ambassade de France à Conakry.

Contact : (+224) 631 354 210 ou (+224) 664 570 192 - 
 

GUINEE

 Nouveaux cas enregistrés (bilan du 07 avril) depuis le dernier bilan du 02 avril :
16 nouveaux cas (Conakry 7 cas, Dubreka 1 cas, Forécariah 4 cas, Coyah 1 cas, Kindia 3 cas) 13 décès.

 Bilan Global : 3089 cas confirmés, 1919 décès confirmés répartis comme suit :

Conakry (527 cas, 263 décès) ; Guéckédou (269 cas, 203 décès) ; Macenta (718 cas, 475 décès) ; Dabola (8 cas, 8 décès) ; Kissidougou (100 cas, 71 décès) ; Telimélé (40 cas, 17 décès) ; Boffa (34 cas, 24 décès) ; Kouroussa (18 cas, 11 décès) ; Siguiri (26 cas, 16 décès) ; Pita (7 cas, 3 décès) ; N’Zérékoré (213 cas, 138 décès) ; Yomou (11 cas, 5 décès) ; Dubréka (116 cas, 69 décès) ; Forécariah (296 cas, 188 décès) ; Kérouané (160 cas, 97 décès) ; Coyah (230 cas, 129 décès), Dalaba (9 cas, 2 décès) ; Beyla (46 cas, 27 décès) ; Kindia (77 cas, 49 décès) ; Lola (93 cas, 66 décès) ; Boké (1 cas, 0 décès) ; Mali (5 cas, 3 décès) ; Faranah (46 cas, 31 décès) ; Kankan (31 cas, 20 décès) ; Fria (6 cas, 1 décès) ; Tougué (2 cas, 1 décès)

SIERRA LEONE

 Nouveaux cas enregistrés (bilan du 30 mars) :

 Bilan global : 8545 cas confirmés, 3433 décès confirmés

1. Veille sanitaire de l’Ambassade de France

  L’Ambassade de France continue de suivre en temps réel l’évolution de la situation, en liaison avec le ministère guinéen de la Santé, l’OMS et les ONG présentes sur le terrain, ses partenaires européens, et, à Paris, avec le Centre de Crise du Ministère des Affaires étrangères.

2. Desserte Air France

  La desserte par Air France est régulièrement assurée.
  Des mesures de contrôle sanitaire sont appliquées en France (prise de température) à l’arrivée des vols en provenance des pays touchés par l’épidémie d’Ebola, dont la Guinée. Les passagers doivent également remplir une fiche de localisation qui permettra aux agents de santé publique français (INVS) de prendre contact avec eux le cas échéant.

Les vols vers Freetown sont temporairement suspendus.

3. Conseils pratiques et recommandations

  Ne pas se déplacer dans la zone du foyer principal de l’épidémie en Guinée forestière.
  Ne pas manger de viande de brousse.
  Se laver les mains fréquemment.
  Ne pas toucher de façon prolongée des malades ayant une forte fièvre ou une gastro-entérite.
  Quand une personne présente de la température, la conduite à tenir reste la suivante : recherche du paludisme, examen médical et surveillance pour suivre l’évolution de la maladie.

En cas de symptômes (fièvre, douleurs musculaires, etc.), vous êtes invités à prendre contact avec les services de l’ambassade de France, le centre médico-social au (+224) 656.44.87.45 (du lundi au vendredi de 08h30 à 12h00 et de 14h à 17h15 et le samedi de 09h à 12h) et au (+224) 631.35.42.10 ou (+224) 664.57.01.92 en dehors des horaires d’ouverture.

ambafrance-gn.org

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Premiers tests d'un anti-virus mi-décembre à guéckédoudou annonce MSF ?

INTERVENTIONS DE MSF

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Pour toute demande presse, contactez Samuel Hanryon : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.">Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou +33 (0)1 40 21 28 23

Le soir et le week-end, contactez le +33 (0)6 81 27 74 71

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Guéckédou, en Guinée Conakry, avril 2014. © Sylvain Cherkaoui/Cosmos

L’Institut National (français) de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) mènera une étude clinique sur l’antiviral favipiravir à Guéckédou, en Guinée. L’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers (IMT) effectuera une étude sur le traitement par plasma ou sang total convalescents dans le centre Ebola de Donka, à Conakry en Guinée. L'université d'Oxford conduira quant à elle, au nom du Consortium International des Infections Respiratoires Aiguës Sévères et Emergentes (ISARIC), une étude clinique sur l’antiviral brincidifovir dans un site qui reste encore à déterminer, et financée par le Wellcome Trust. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et les autorités sanitaires des pays affectés participent à cet effort collectif.

« C’est un partenariat international sans précèdent qui représente un espoir pour les patients d’avoir accès à un véritable traitement contre cette maladie qui tue aujourd’hui entre 50% et 80% des personnes infectées, explique le Dr. Annick Antierens, qui coordonne les partenariats de recherche pour MSF. MSF étant l’un des principaux acteurs dispensant des soins médicaux aux patients infectés par le virus Ebola en Afrique de l’Ouest, nous prenons part à ces études cliniques accélérées dans le but de donner de meilleures chances de survie aux personnes touchées par l’épidémie actuelle. »

Les protocoles de ces essais sont en phase finale de développement et ont été conçus avec un objectif simple de survie à 14 jours, et avec de larges critères d'inclusion. Ces protocoles s’attelleront à perturber le moins possible les soins aux patients, à respecter les normes éthiques et de bonne pratique médicale internationales, et à faire en sorte que les données scientifiques soient solides et partagées en tant que bien commun. Les principes essentiels et les méthodologies ont été partagés avec les autorités éthiques des pays respectifs, avec l’objectif de commencer les premiers essais cliniques courant décembre 2014. Les premiers résultats pourraient être disponibles en février 2015.

Les deux médicaments, le brincidofovir et le favipiravir,  ont été sélectionnés dans la liste des traitements potentiels contre l’Ebola retenus par l’OMS, après un examen attentif des profils d’innocuité et d’efficacité, de la disponibilité des produits, et de la facilité d’administration aux patients.

« Mener des études cliniques sur des médicaments expérimentaux au cœur d’une crise humanitaire est une nouvelle expérience pour nous tous, mais nous sommes déterminés à ne pas décevoir les populations d’Afrique de l’Ouest. C’est un privilège d’être témoin de l’extraordinaire volonté de tous les partenaires dans cette initiative : tous sont sortis de leur zone de confort pour accélérer ces essais, qui sont d’une importance cruciale », a déclaré le professeur Peter Horby, investigateur principal de l’essai mené par l’ISARIC.

« Ces trois essais font partie de la première phase dans la recherche du meilleur traitement pour soigner les patients atteints par le virus Ebola, complète le professeur Denis Malvy, qui conduira la recherche menée par l’INSERM en Guinée. La coordination de ces trois comités scientifiques sera très réactive, afin que tout nouvel élément puisse être rapidement discuté et que les plans de recherche puissent être adaptés en fonction. Renforcer les liens entre nos équipes est essentiel, d’autant que si ces essais donnent des résultats positifs,  la phase suivante pourrait voir des interventions combinées. »

L’essai clinique sur le traitement par sang total ou plasma convalescents consistera à administrer du sang ou du plasma contenant des anticorps de survivants aux patients infectés. Cette approche a également été mise en avant par l’OMS.

« Le plasma convalescent de patients guéris, qui contient des anticorps contre un agent pathogène, a déjà été utilisé en toute sécurité pour d’autres maladies infectieuses, explique Johan van Griensven, coordinateur de la recherche menée par l’IMT. Nous voulons savoir s’il fonctionne pour l’Ebola, s’il est sûr et s’il serait possible d’élargir son utilisation pour réduire le nombre de décès dans l’épidémie actuelle. Une bonne communication avec les personnes ayant survécu à Ebola, et avec toute la communauté, est cruciale pour le succès de cet essai. Nous espérons que le don de sang par les survivants pour aider les malades aidera à réduire la peur et la stigmatisation auxquels les personnes guéries font face. »

Lorsque de nouveaux produits expérimentaux ou d’autres médicaments prometteurs et sûrs seront disponibles, ils seront examinés dans le but de mener de nouveaux essais dans d’autres centres de prise en charge de la maladie Ebola dans la région.

La priorité de ces trois essais sera axée sur l'engagement communautaire et le consentement éclairé des patients ou de leur représentant. Les risques que comporte l’administration d’un nouveau traitement seront expliqués clairement à chaque patient qui consentira à faire partie de l’essai. « Nous devons garder en mémoire qu’il n’existe pas de garantie que ces thérapies soient des traitements miracles, ajoute le Dr. Antierens de MSF. Mais nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour essayer les produits disponibles aujourd’hui afin d’augmenter les chances de trouver un traitement efficace contre Ebola. »

Alors que les essais cliniques sont en cours, MSF exhorte ceux qui développent ces médicaments à augmenter leur production, pour s’assurer qu’il n’y ait pas de délai entre la fin des essais et l’introduction des produits dont l’efficacité et l’innocuité auront été prouvés. MSF demande aussi à ce que les fabricants de médicaments produisent des produits finis abordables et disponibles dans des quantités suffisantes pour lutter contre l'épidémie à son épicentre, en Afrique de l'Ouest. La distribution des produits devrait être dictée par les besoins des patients, quel que soit le lieu où ils vivent et la capacité des pays à payer.

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L’autre urgence guinéenne

Briefing Afrique N°106 Dakar/Bruxelles, 15 décembre 2014

organiser les élections

I. Synthèse

La Guinée est censée organiser une élection présidentielle en 2015. Le passé électo­ral du pays, l’échec du dialogue entre le pouvoir et l’opposition sur cette question et le report sine die des élections locales prévues début 2014 sont de mauvais augure. Avec une scène politique clivée et ethnicisée, en proie à une épidémie d’Ebola qui affaiblit son économie, la Guinée a deux options : établir par le dialogue un cadre cré­dible pour la deuxième élection présidentielle libre de son histoire, cadre qui pour­rait inclure un report négocié, ou prendre le risque de l’instabilité et de la violence interethnique. Pour réduire ce risque, l’exécutif guinéen, qui a la maitrise des institu­tions et du rythme politique, doit impérativement construire avec l’opposition et les partenaires internationaux un consensus minimum sur le dispositif électoral.

Ce consensus doit être plus solide que celui qui avait permis d’organiser, avec presque trois ans de retard, le scrutin législatif de septembre 2013. Ces élections avaient été précédées par de vives controverses et de violentes manifestations. Si la tranquil­lité du jour de vote a été saluée, l’opposition a dénoncé des fraudes et réclamé un temps l’annulation des élections. Bien des observateurs extérieurs n’ont pas caché leurs doutes quant à la qualité du scrutin. Les tensions sont toutefois restées contenues pour deux raisons principales : l’opposition considérait les législativescomme secondaires et les partenaires internationaux ont joué un rôle de facilitation.

Or la situation est différente pour les élections qui s’annoncent. D’abord, la prési­dentielle est le scrutin le plus important dans un système présidentialiste. Ensuite, le pouvoir a déjà indiqué qu’il n’était pas favorable à une implication internationale forte. Enfin, les législatives ont confirmé la forte dimension ethnique du vote : les deux principales communautés du pays, peul et malinké, sont très majoritairement mobi­lisées derrière, respectivement, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, la principale formation d’opposition, et le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) Arc-en-ciel, le parti du président Alpha Condé. Par ailleurs, malgré ou à cause des bricolages des dernières années, le dispositif électoral souffre encore d’un flou normatif et institutionnel important, y compris quant au calendrier. La date de la présidentielle n’est ainsi toujours pas fixée. Même là où des règles claires existent, le système juridique peine à s’imposer comme recours crédible. Manquent des institutions essentielles du point de vue électoral, en particu-


L’autre urgence guinéenne : organiser les élections

Briefing Afrique de Crisis Group N°106, 15 décembre 2014                                             Page 2

En particulier la Cour constitutionnelle, qui doit remplacer la chambre constitutionnelle de la Cour suprême. Quant au dialogue enfin engagé en juillet 2014 entre pouvoir et oppo­sition pour essayer de clarifier ce cadre légal, il a vite échoué, les deux parties ne s’accordant pas sur la version écrite des accords verbaux obtenus à la fin de cette session de dialogue.

Si le risque d’une intervention de l’armée n’est plus aussi fort qu’avant, les tensions politiques sont inquiétantes. L’opposition, qui a hésité un temps à organiser des ma­nifestations, officiellement à cause de l’épidémie d’Ebola, a annoncé en novembre 2014 qu’elle allait remobiliser. La controverse autour des élections alimente un climat de communautarisme. Elle contribue à ralentir encore le développement écono­mique et participe de la difficulté de l’Etat à mobiliser la société dans la lutte contre Ebola. Il est encore temps de créer un consensus minimum sur le dispositif électoral. Pour cela, les étapes suivantes sont nécessaires :

i Convier, à la demande du président Condé, le pouvoir et l’opposition à une nou­velle session de dialogue sur le dispositif électoral. Ce dialogue devra être fondé sur un travail préalable de chacune des deux parties, qui présenteront de façon précise, globale et réaliste, les aménagements qu’elles jugent nécessaires. Ce dialogue devra inclure une personnalité de haut rang issue de la présidence de la République.

i Convenir dans le cadre de ce dialogue d’un calendrier électoral réaliste, sans ex­clure un report de la présidentielle s’il s’avérait utile à une réelle amélioration du dispositif électoral ; compte tenu de l’importance des autorités locales dans l’orga-nisation des élections et de leur remplacement controversé par des administrateurs nommés par l’exécutif, prévoir, à titre de mesure de confiance, la tenue des élec­tions locales au minimum trois mois et au maximum six mois avant la présiden­tielle afin de laisser le temps aux élus locaux de s’installer dans leurs fonctions.

i Recomposer la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en recon­naissant pleinement son caractère politique, la totalité des commissaires devant être choisis de façon exclusive et paritaire dans le camp présidentiel et dans l’oppo-sition, et y assurer un fonctionnement par consensus.

i Promulguer par décret présidentiel les lois organiques concernant l’Institution nationale des droits humains (INDH) et la Cour constitutionnelle telles que vo­tées par le Conseil national de transition et prendre les dispositions pratiques, y compris budgétaires, nécessaires à l’entrée en fonction rapide de ces institutions.

i Dépêcher au plus vite, sur une demande des autorités guinéennes appuyée par l’opposition, une mission d’évaluation des Nations unies sur l’état des préparatifs électoraux.

i Préparer, à la demande des autorités guinéennes, des missions d’observation électorale crédibles et de long terme de l’Union européenne et de l’Union africaine, qui couvriront la présidentielle mais aussi, de façon exceptionnelle, les élections locales, au moins à Conakry, en Moyenne Guinée et dans la région de Nzérékoré.


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II. Un passé électoral préoccupant

Les élections libres et concurrentielles sont un phénomène récent en Guinée et les deux scrutins précédents, la présidentielle de 2010 et les législatives de 2013, ont suscité de vives controverses. 1 Sans doute faut-il se féliciter, avec ceux qui suivent la trajectoire du pays sur le long terme, qu’elles n’aient pas donné lieu à des fraudes grossières et violentes le jour même du vote, comme sous le régime Lansana Conté.2

A chaque fois, la préparation, la tenue et les résultats des élections ont suscité des tensions, des protestations qui se sont accompagnées de violences. A chaque fois, la préparation, la tenue et les résultats des élections ont suscité des tensions, des pro­testations qui se sont accompagnées de violences. Chaque fois, les dialogues qui ont suivi ont été confus, partiels et leurs conclusions inégalement mises en œuvre. Chaque fois, les retards ont été considérables – quatre mois entre les deux tours de la prési­dentielle, et presque trois ans de délai pour les législatives. A chaque fois, les acteurs internationaux ont dû s’entremettre directement. En 2010, un groupe de contact formé autour de l’Union africaine (UA), de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest (United Nations Office for West Africa, UNOWA) a assuré une médiation décisive, et c’est un général non pas guinéen mais malien qui a pris la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). En 2013, c’est l’UNOWA qui a mené une médiation entre le pouvoir et l’opposition pour essayer de bâtir un consensus mini­mum sur le dispositif électoral, l’accord du 3 juillet 2013.3 Lors des législatives, les observateurs de l’Union européenne (UE) ont dû passer la nuit devant une des mai­ries de Conakry pour sécuriser les procès-verbaux.4

Ces efforts n’ont pas suffi. En 2010 comme en 2013, les principaux vaincus, l’UFDG et l’Union des forces républicaines (UFR), ont commencé par dénoncer des fraudes puis appelé à l’annulation des élections. Les observateurs électoraux n’ont pas caché leurs interrogations quant à la qualité des scrutins.5 En 2013, l’opposition et l’UE ont

1 Sur l’élection de 2010, voir le rapport Afrique de Crisis Group N°178, Guinée : remettre la transi­tion sur les rails, 23 septembre 2011, p. 3.

2 Entretien de Crisis Group, expert électoral, Conakry, 1er octobre 2013. Sur les fraudes sous Conté, voir par exemple « Guinea. Presidential election report », International Republican Institute, 19 décembre 1993.

3 Les principales dispositions de l’accord étaient les suivantes : un délai de 84 jours pour la tenue des élections ; une révision extraordinaire des listes électorales ; le recrutement d’experts des partis pour suivre le travail de l’opérateur du fichier électoral ; la création d’un mécanisme pour suivre la commis­sion électorale ; la confirmation du vote des Guinéens de l’extérieur ; un appel d’offres international pour sélectionner un opérateur pour le fichier électoral pour 2015 ; des enquêtes sur les violences lors des manifestations politiques et l’indemnisation des victimes. Entretiens de Crisis Group, experts électoraux et diplomates, Conakry, septembre-octobre 2013, et Dakar, 3 décembre 2013.

4 Observation de Crisis Group, octobre 2013.

5 Entretiens de Crisis Group, Conakry, septembre-octobre 2013 et juin 2014, et Dakar, 3 décembre 2013. Sur 2010, voir « Election présidentielle de 2010. Rapport final », Union européenne, Mission d’observation électorale en République de Guinée, février 2011 ; « Observer les élections présiden­tielles de 2010 en Guinée. Rapport final », Carter Center ; « Rapport de la mission d’observation », Electoral Institute for Sustainable Democracy in Africa, 2011. Sur 2013, voir surtout « Rapport fi­nal », Mission d’observation électorale de l’Union européenne; « Rapport final », Mission d’obser-vation de l’Union africaine, 27 novembre 2013. Les missions de l’Union du fleuve Mano, de la Cedeao et de l’Organisation internationale de la francophonie ont avancé que les problèmes dans l’organisa-tion du scrutin ne pouvaient être attribués « à aucun acte délibéré » et ne remettaient pas en cause sa sincérité. « Déclaration préliminaire », Commission de la Cedeao, 29 septembre 2013, p. 3.


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relevé des coïncidences troublantes.6 Dans les deux cas, les partenaires internatio­naux ont formulé des recommandations, guère prises en compte jusqu’à présent.

En 2013, la quasi-totalité de l’opposition a cependant fini par accepter les résul­tats. Comme en 2010, elle l’a fait sous pression internationale, se satisfaisant d’un score honorable et considérant que les législatives comptent peu dans un système présidentialiste.7 Fraudes ou pas, le système électoral n’est toujours pas bâti sur un consensus suffisant, ce qui est inquiétant pour les scrutins que ce pays fragile est censé organiser en 2015.

III. Une scène politique clivée A. Le RPG Arc-en-ciel en quête de bilan

Fort des 47 pour cent des voix obtenus aux législatives de 2013, en nette progression par rapport aux 18 pour cent d’Alpha Condé au premier tour de la présidentielle de 2010, le parti présidentiel s’estime en position de force. Il dispose d’une majorité simple à l’Assemblée nationale, présidée par l’un de ses membres.8 Le RPG Arc-en-ciel jouit aussi de la « prime au sortant ». Certains de ses responsables reconnaissent d’ailleurs que le contrôle de l’Etat est un avantage électoral. Le contrôle des emplois et affectations, des licences et autorisations, des marchés publics, sont autant d’occa-sions de s’assurer la fidélité de bien des fonctionnaires et des citoyens. « Dans un pays pauvre, tout le monde gravite vers le pouvoir », en particulier en zone rurale, où « les préfets sont comme des rois ».9

Ensuite, après trois années difficiles, au cours desquelles l’austérité budgétaire, la stagnation du marché mondial des minerais et les violences politiques de 2013 ont ralenti l’économie, le RPG Arc-en-ciel espère profiter de la maturation d’une série de projets miniers. Ces projets représenteraient 45 milliards de dollars d’investissements, plus de six fois le produit intérieur brut du pays.10 L’austérité budgétaire s’est d’ailleurs

6 « Rapport final », Mission d’observation électorale de l’Union européenne, op. cit. ; « Observations de l’opposition sur le fichier électoral et le découpage des BV », septembre 2013. Pour une discus­sion de ces données, voir Annexe C.

7 Entretiens de Crisis Group, responsables de l’opposition, Conakry, septembre-octobre 2013 et juin 2014.

8 Ses 53 députés se sont alliés avec les six députés de petits partis (l’Assemblée compte 114 dépu­tés). De plus, quelques partis opposé au RPG Arc-en-ciel lors des élections et ayant obtenu un ou deux députés se réclament aujourd’hui du « non-alignement » mais votent avec le RPG Arc-en-ciel.

9 Entretiens de Crisis Group, responsables du RPG Arc-en-ciel, Conakry, 6 octobre 2013 et 4 juin 2014. L’opposition évoque souvent le problème de l’indépendance de l’administration. Si le pouvoir proteste de son respect – de ce principe, gouverneurs et préfets, qui ne sont pas élus, ne cachent pas leur engagement. Ainsi, le gouverneur de Conakry déclarait-il, lors d’une assemblée générale du RPG Arc-en-ciel : « Quand un parti est au pouvoir, c’est lui qui doit gagner. [...] Nous remercions encore le président de la République d’avoir signé le plus grand projet du monde et du siècle. Il s’agit du projet de Rio Tinto à hauteur de vingt-cinq milliards de dollars. Nous remercions également le président de l’avancée significative du projet Kaléta qui associé à Sowapiti vont donner la lumière à la Guinée [...] ». Voir « Meeting du RPG : “Quand un parti est au pouvoir, c’est lui qui doit ga­gner”, dit Soriba Sorel Camara », Guinée News (www.guineenews.org), 7 juin 2014.

10 « Troisième revue de l’accord triennal au titre de facilité élargie de crédit et revue des assurances de financement », Fonds monétaire international (FMI), Rapport n° 14/63, avril 2014, p. 36-37. Reste à voir si, dans un marché global atone, les miniers ne vont pas chercher à conserver les titres tout en retardant au maximum les investissements lourds. Entretiens de Crisis Group, experts du secteur minier, Conakry, juin 2014.

L’autre urgence guinéenne : organiser les élections

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assouplie en 2014, l’Etat lançant des travaux d’infrastructures, parfois à « haute in­tensité de main d’œuvre », remède temporaire au chômage des jeunes.11 Des techno­crates de bonne réputation tentent d’activer le secteur de l’électricité. Le ministre de l’Energie a déclaré qu’avec la fin prochaine de la construction du barrage de Kaléta, Conakry serait approvisionné en électricité 24 heures sur 24 à partir de mai 2015. Des avancées dans ce secteur très politique, au cœur des mobilisations sociales depuis des années, pourraient être décisives électoralement. 12

Reste à voir l’impact de l’épidémie d’Ebola sur tous ces projets. C’est en Guinée que l’épidémie est apparue en décembre 2013. Elle atteint un pic en juillet 2014, et après plus de 1 200 morts, elle commence à se stabiliser. Mais ses conséquences écono­miques sont considérables. Le colossal projet minier de Rio Tinto dans le Simandou est à l’arrêt. Selon la Banque mondiale, la croissance pour 2014 se situerait autour de 0,5 pour cent, soit quatre points en-dessous des prévisions, et elle pourrait même être légèrement négative en 2015. Pour lutter contre Ebola et contenir son impact économique, l’Etat guinéen a obtenu des partenaires internationaux des appuis et une certaine tolérance en matière de déficit budgétaire. La dépense publique budgé­tée pour 2015 est d’ailleurs en hausse de plus de 4,5 pour cent, et plus de 10 000 fonctionnaires devraient être recrutés.13

Hormis le bilan socioéconomique, l’autre facteur électoral décisif est l’ethnicité. La vie politique s’organise autour d’un face-à-face entre le RPG Arc-en-ciel, appuyé sur son bastion malinké de Haute Guinée, et l’UFDG, centrée sur la Moyenne Guinée dominée par les Peul.14 Pour rompre le face-à-face et bousculer l’UFDG en Moyenne Guinée, le RPG Arc-en-ciel oscille entre la cooptation de certains segments de l’élite peul et la mobilisation des Runde, les descendants des captifs des Peul, aux affiliations ethniques diverses. Certains hauts fonctionnaires et politiciens du RPG Arc-en-ciel soutiennent l’organisation et les revendications des Runde en matière d’accès au foncier et au pouvoir local.15 Mais il est encore difficile de savoir s’il s’agit là d’une véritable force électorale.

11 Courriel de Crisis Group, expert financier international, 7 juillet 2014. Le budget 2014 prévoit que les investissements sur ressources intérieures augmenteront de 1,8 point de PIB par rapport à 2013. « Troisième revue de l’accord triennal », op. cit., p. 12.

12 Face au risque de débordements populaires en cas de coupure des matches de la Coupe du monde de football, une société guinéenne de services miniers, dont le responsable est par ailleurs en pour­parlers avec l’Etat sur un projet minier, a installé à travers Conakry 27 écrans géants alimentés par des générateurs.

13 « Budget 2015 : les chiffres du projet de loi de finances initial », Conakry Online (www.conakryonline. com), 31 octobre 2014.

14 Le dernier recensement comprenant des informations sur l’ethnicité date de 1954. Il décompte 30-34 pour cent de Malinké et apparentés, 29-30 pour cent de Foulah (c’est-à-dire Peul) et appa­rentés, 17-18 pour cent de Soussou et apparentés, et 17-18 pour cent de Forestiers. Voir Bernard Charles, « Les désespérances de l’indépendance : l’unité nationale », in Odile Goerg, Céline Pauthier et Abdoulaye Diallo (éd.), Le NON de la Guinée (1958). Entre mythe, relecture historique et réso­nances contemporaines (Paris, 2010). Mais la bataille des chiffres fait rage. Ainsi, des bons résul­tats de l’UFDG à la présidentielle de 2010, bien des Peul concluent qu’ils représentent aujourd’hui plus de 40 pour cent de la population, et certains glissent de l’idée de leur majorité relative à celle d’une majorité absolue.

15 Un document non authentifié, intitulé « Stratégie de mobilisation des populations du Fouta pour la victoire du RPG Arc-en-ciel aux élections législatives 2013 », a circulé sur le web guinéen, qui dé­taille une stratégie ciblant l’électorat runde. Alors que les Runde sont aujourd’hui de culture peul, il est possible que certains s’engagent dans une (re)malinkisation pour se rapprocher du pouvoir. Dans le recensement de 1954, les Runde représentaient 23 pour cent de la population du Fouta

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Tout se jouera probablement à Conakry et dans les zones-pivots que sont les deux autres grandes régions du pays, la Basse Côte et la Guinée forestière, où dominent d’autres communautés ethniques (avec des minorités peul ou malinké parfois impor­tantes). C’est d’ailleurs ainsi qu’il faut comprendre l’accession d’un Côtier à la primature et d’un Forestier à la tête de l’Assemblée nationale. Le RPG Arc-en-ciel pourrait re­nouer avec la logique du « Tout sauf un Peul » qui l’avait aidé à rattraper son retard au second tour de la présidentielle de 2010 en mobilisant contre l’UFDG et la com­munauté peul, dont le nombre, la volonté d’affirmation et le poids économique in­quiètent une partie des non-Peul. Mais la situation a peut-être changé depuis 2010 et cette stratégie n’est pas une garantie de succès. 16

Malgré la présence de figures de toutes les communautés à de hautes responsabi­lités, beaucoup de Guinéens considèrent que la communauté malinké est privilégiée dans l’accès à l’Etat. Près de la moitié des ministres du gouvernement formé à la suite des législatives seraient malinké, et ils occuperaient les postes clés.17 Dans cette con­figuration et malgré les efforts faits par le RPG Arc-en-ciel, en particulier en direc­tion des Forestiers et des Côtiers, il n’est pas certain que l’UFDG reste un repoussoir pour les non-Peul. Le RPG Arc-en-ciel est donc dans l’incertitude, et plus encore du fait de l’impact économique d’Ebola.

B. Une opposition motivée mais divisée

Encouragés par leurs bons scores aux législatives de 2013 malgré ce qu’ils considè­rent avoir été des fraudes massives, les opposants placent plus que jamais la question du cadre électoral au cœur de leurs préoccupations. Mais si elle peut espérer de bons résultats aux élections locales, l’opposition aura sans doute plus de difficultés au scru­tin présidentiel, puisque l’enjeu rend son unité plus difficile.

L’opposition se structure de plus en plus nettement autour de deux partis princi­paux, l’UFDG et l’UFR. L’UFDG a été de loin le premier parti d’opposition aux légi­slatives, obtenant 30 pour cent des voix à la proportionnelle nationale et 37 députés. Appuyée sur la communauté peul, elle domine en Moyenne Guinée, est puissante à Conakry et présente en Basse Côte. Son chef, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, a été la cible de critiques internes pour son manque supposé de fermeté et pour son incapacité à remporter la dernière présidentielle malgré la mobilisation et le poids de la communauté peul. Cependant, les tensions entre Diallo et son vice-président Amadou Bah Oury, exilé en France, semblent pour le moment apaisées.18 Quant à l’UFR, dirigée par un autre ancien Premier ministre, Sidya Touré, elle a remporté 7 pour cent à la proportionnelle nationale et dix députés. Touré est influent à Conakry et en Basse Côte, parmi les communautés soussou et baga. Mais il a des relais dans la zone de Nzérékoré, en Guinée forestière, et une certaine audience nationale.19

Djallon. Sur la question runde, voir Roger Botte, « Stigmates sociaux et discriminations religieuses : l’ancienne classe servile au Fuuta Jaloo », Cahiers d’études africaines, vol. 34, no. 133-135 (1994), p. 109-136.

16 La stratégie « Tout sauf un Peul » n’est pas sans limite : en 2010, dans les zones pivots, beaucoup d’électeurs s’étaient abstenus une fois leur candidat communautaire battu.

17 Entretien de Crisis Group, diplomate, Conakry, 12 juin 2014.

18 Bah Oury est en exil depuis l’attaque de juillet 2011 contre la résidence du président Condé, at­taque pour laquelle il a été condamné à la prison à perpétuité par contumace.

19 Entretien de Crisis Group, responsable de l’UFR, Conakry, 27 septembre 2013.

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Lansana Kouyaté, chef du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN) et troisième grande figure de l’opposition au président Condé, malinké comme lui, n’a pour sa part remporté que deux sièges. Accusant le camp présidentiel de vouloir monopoliser l’électorat malinké, il a refusé de siéger au parlement. Il faut enfin men­tionner quelques partis avec une base localisée et une petite représentation parle­mentaire, comme le Parti guinéen pour la renaissance et le progrès (PGRP) et le Rassemblement pour le développement intégré de la Guinée (RDIG), ou sans repré­sentation parlementaire, comme le Bloc libéral (BL) ou l’Union des forces démocra­tiques (UFD), qui comptent surtout pour leurs interventions politico-médiatiques.

A la présidentielle, avec une seule place à pourvoir, l’opposition aura plus de mal à être unie que lors des législatives, où l’UFR et l’UFDG avaient trouvé des accords de désistement efficaces dans certaines circonscriptions. Diallo, qui avait obtenu plus de 43 pour cent des voix en 2010, sait qu’il a de bonnes chances d’être au second tour. Mais les partisans de Touré affirment qu’un candidat peul échouera forcément au se­cond tour, comme en 2010, et évoquent une candidature unique de l’opposition dès le premier tour, manière de promouvoir leur candidat. Mais, déjà accusé de tiédeur par ses critiques au sein de la communauté peul, Diallo peut difficilement se désister en faveur de Touré. Un responsable de l’UFR évoque la possibilité de contourner l’UFDG, en rassemblant derrière Touré dissidents de l’UFDG et dirigeants des autres communautés.20 L’UFDG, pour sa part, qui a fait élire à Conakry un député non peul, s’efforce de sortir de son enfermement communautaire.21 L’opposition n’est donc pas au clair quant à son approche pour la présidentielle.

IV. Des fragilités institutionnelles persistantes

La scène politique est d’autant plus tendue que les institutions et les normes censées réguler les élections présentent des faiblesses. Le dialogue engagé en juillet 2014, qui s’est terminé en queue de poisson, n’a pas apporté d’amélioration à ce dispositif ins­titutionnel fragile et incomplet.

A. Un problème de fond : le flou normatif et institutionnel

Un des éléments qui rendent les tensions autour du dispositif électoral difficiles à résoudre est le flou normatif et institutionnel qui caractérise la Guinée. Marqué par une histoire de dictature et une marche difficile vers le pluralisme politique, le pays fonctionne avec un cadre juridique hétéroclite, parfois incomplet et contradictoire.22 Entre la Constitution de transition adoptée en 2010, les différents accords politiques, les lois et règlements hérités de l’époque du général-président Conté, les textes issus de l’ouverture concédée à la fin du régime Conté, ceux du Conseil national de transi­tion (CNT) et ceux qui ont été produits sous Alpha Condé, les contradictions sont nombreuses. Les textes fondamentaux, comme la Constitution de transition, ont déjà été contournés à plusieurs reprises, au fil des contentieux politiques, pour des raisons parfois bonnes et parfois mauvaises, et jouent mal leur rôle de repère.

20 Entretien de Crisis Group, Conakry, 5 juin 2014.

21 « Politique guinéenne: de nouvelles adhésions à l’UFDG de Cellou Dalein Diallo ... », Africa Gui­née (www.africaguinee.com), 6 juillet 2014.

22 Sur l’histoire politique de la Guinée, voir le rapport Afrique de Crisis Group N°74, Guinée : incer­titudes autour d’une fin de règne, 19 décembre 2003.

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Le pouvoir tire d’ailleurs parfois argument de cette situation pour refuser ou limiter le champ du dialogue, soutenant qu’il est temps de respecter les règles, et que l’oppo-sition a une approche opportuniste sur ce point.23 Mais ce faisant, le pouvoir donne trop facilement l’impression de n’être pas moins opportuniste et d’appeler au respect des règles qui lui conviennent et de négliger les autres. En réalité, après des années de controverse et de soupçon, il n’existe tout simplement plus de cadre normatif qui tienne par lui-même et soit susceptible de susciter la confiance.

Des décisions contestables du point de vue juridique sont régulièrement prises.24 Face à ces décisions, il ne semble pas qu’il y ait de recours. La Cour suprême, qui de­vrait trancher, est une institution transitoire, peu active, rarement sollicitée. Sa per-formance lors des élections de 2010 et 2013, où elle a évité de juger le fond, n’a pas amélioré sa crédibilité aux yeux des opposants. Quant au pouvoir exécutif, il a fait peu d’efforts pour clarifier le cadre légal, au point que certains y voient une manière dé­libérée de maintenir le flou pour gagner du temps et conserver des marges d’inter-prétation.25 La méfiance que l’opposition développe, parfois à tort, parfois à raison, n’aide pas. Il n’existe souvent pas de règle de droit incontestable, et « tout devient politique ».26

Manquent par ailleurs encore des institutions essentielles et prévues par la Cons­titution de transition, comme l’Institution nationale de défense des droits humains (INDH), la Cour des comptes et surtout la Cour constitutionnelle, censée remplacer la chambre constitutionnelle de la Cour suprême et avoir le dernier mot en matière de justice électorale.27 Les textes pour la Cour constitutionnelle et l’INDH ont été adoptés en 2011 par le CNT, mais le président Condé ne les a jamais promulgués. La Cour suprême aurait dû, selon la Constitution, prononcer leur entrée en application, mais elle ne l’a pas fait. Alpha Condé souhaite, semble-t-il, amender les textes votés afin de désigner lui-même les présidents de ces deux institutions plutôt que de laisser leurs collèges respectifs les élire.28 Il tenterait ainsi de les placer dans sa dépendance personnelle, et donc de réduire la capacité de ces institutions à fonctionner en con­trepoids à l’exécutif.

B. Un calendrier électoral problématique

Le flou normatif affecte aussi le calendrier électoral. Les dates mêmes des scrutins font débat. Ainsi, puisqu’Alpha Condé a remporté le second tour de la présidentielle en novembre 2010le camp présidentiel semble envisager le prochain premier tour

23 Voir par exemple les propos du ministre Damantang Camara in « Revendications de l’opposi-tion : Réaction du Gouvernement guinéen (Exclusif) », Africa Guinée, 19 novembre 2014.

24 Ainsi par exemple du récent redécoupage de la commune de Kaloum, décidé par décret là où il devrait être l’objet d’une loi. « Erection de Kassa en sous-préfecture – Chronique d’une cascade de violations », Aminata (www.aminata.com), 10 juin 2014.

25 Entretien de Crisis Group, expert international, Conakry, 2 juin 2014.

26 Entretien de Crisis Group, membre de la société civile, Conakry, 12 juin 2014. Il en est par exemple ainsi du règlement intérieur de la nouvelle Assemblée, bloqué par un désaccord sur la composition du bureau et des distributions des sièges de commission : le camp présidentiel réclame la totalité des présidences des commissions au nom du principe majoritaire, alors que l’opposition réclame une répartition proportionnelle.

27 L’INDH compte très directement dans le domaine électoral parce qu’elle doit désigner deux des neuf membres de la Cour constitutionnelle.

28 Entretiens de Crisis Group, militants des droits de l’homme et experts internationaux, Conakry, juin 2014.

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pour la fin 2015. Mais l’opposant Sidya Touré a exigé le scrutin pour juin, arguant que le premier tour de la présidentielle de 2010 avait eu lieu en juin.29 Quant aux lo­cales, les précédentes ayant eu lieu en 2005, elles auraient dû se tenir en 2010, mais la question a été négligée lors de la transition. Une annexe de l’accord du 3 juillet 2013 les prévoyait au premier trimestre 2014.30 Elles ont été reportées sine die. Le débat sur le sujet est bloqué, les autorités renvoyant à la CENI, qui affirme vouloir avancer dans la mise à jour du système avant de proposer au président une date pour qu’il convoque par décret le corps électoral pour l’un ou l’autre scrutin, comme le prévoit la loi. Ce flou alimente les suspicions.

Longtemps, les opposants ont estimé que le pouvoir visait un report. Ils font réfé­rence au précédent des législatives, retardées de trois ans, et au cas du président ivoirien Laurent Gbagbo, resté au pouvoir cinq ans sans élections. Ils pensent que le pouvoir est engagé dans des manœuvres dilatoires afin de toucher les dividendes po­litiques et budgétaires des investissements miniers.31 Le moment venu, il amènerait l’opposition à accepter, sous la pression des partenaires internationaux et du calen­drier, un cadre bancal, dont les faiblesses permettraient des manipulations, ou même la production d’autres controverses et d’autres retards tactiques.32 Récemment, le pouvoir a rompu le silence, commençant à émettre des signaux en faveur d’un re­port, arguant de l’épidémie d’Ebola. Le président Condé a ainsi souligné le 3 octobre qu’il n’avait « pas d’autre calendrier que la lutte contre Ebola », et sa déclaration a trouvé des échos dans des prises de position de proches du pouvoir.33

D’autres pensent que le pouvoir garde ouverte une autre possibilité : prendre l’opposition à contre-pied en organisant la présidentielle à temps, sans chercher de consensus ni faire de concessions, au nom du respect de la Constitution, tentant de placer ainsi ses adversaires dans l’embarras. Les différents segments de l’opposition, en compétition les uns avec les autres, devraient alors choisir entre concourir dans un système électoral qui ne les avantage pas et boycotter, au risque de laisser un autre opposant entrer en lice. L’opposition affirme d’ailleurs que le pouvoir utilise les campagnes de sensibilisation sur l’épidémie d’Ebola pour rémunérer ses parti­sans et mobiliser ses réseaux.34 Le pouvoir a en tout cas pris les opposants dans une contradiction fondamentale : ces derniers veulent la présidentielle à la date prévue, mais aussi une amélioration du système électoral, amélioration qui pourrait prendre du temps.

La seconde question sensible est celle du couplage des deux scrutins. L’opposition souhaite que les locales se tiennent avant la présidentielle, et c’est pour cela qu’elle avait exigé que l’accord du 3 juillet couvre ce point. Elle espère que les locales lui

29 « Sidya Touré : ‘Si les élections n’ont pas lieu le 15 juin 2015, nous entrons dans une transition’ », Guinée News, 9 mai 2014.

30 La validité de cette annexe a été contestée par certains partisans du pouvoir, qui ont souligné qu’elle n’avait été signée que par les facilitateurs du dialogue et pas par les parties.

31 Entretiens de Crisis Group, responsables de l’opposition, Conakry, septembre et octobre 2013.

32 Courriels de Crisis Group, juin et juillet 2014.

33 « Alpha Condé face à la presse: ‘Nous n’accepterons plus la pagaille en Guinée ...’ prévient le chef de l’Etat», Le Diplomate Guinée (www.lediplomateguinee.com), 3 octobre 2014; « Guinea opposition cries foul to Ebola-related election delay », Voice of America, 15 octobre 2014; « Déclaration du RPG Arc-en-ciel relative à certaines réalités du contexte actuel du pays », Radio Kankan, 15 octobre 2014.

34 Voir par exemple le compte-rendu d’une tournée du ministre Tata Vieux Condé par un militant UFDG : « Quand l’épidémie d’EBOLA devient une ‘opportunité’ politique », site internet officiel de l’UFDG (www.ufdgonline.org), 19 novembre 2014.


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permettront de se débarrasser d’une partie au moins des délégations spéciales que l’exécutif a nommées au fil du temps à la place des autorités locales élues en 2005. Les autorités locales jouent un rôle dans l’organisation des élections, de la distribu­tion des cartes d’électeur à celle du matériel électoral, et l’opposition pense que le pou­voir les a utilisées pour « bricoler » les législatives de 2013. Si le camp présidentiel est resté discret sur ce sujet sensible, certains observateurs estiment qu’il souhaite en effet le couplage des deux scrutins.35

C. Le rendez-vous manqué du dialogue

Il aura fallu attendre juin 2014, neuf mois après les législatives, pour qu’un dialogue s’engage sur les questions électorales. Mais il a vite échoué. Après les législatives, les autorités avaient d’abord gelé le débat sur le dispositif électoral. Elles ont imposé en novembre 2013 la dissolution du comité de suivi de l’accord du 3 juillet 2013, bien que plusieurs dispositions clés de l’accord n’aient pas été mises en œuvre. Alors que les opposants multipliaient les appels au dialogue, le pouvoir a soutenu que le débat devait être mené à l’Assemblée. Mais celle-ci n’est entrée en session qu’en avril 2014, et a refusé d’examiner la question de l’accord du 3 juillet.36

Pendant ce temps, Alpha Condé rejetait les interventions de l’UE, qui proposait un appui technique à la CENI pour la préparation du recrutement d’un nouvel opé­rateur privé chargé du fichier électoral, ainsi qu’un soutien à l’Assemblée pour la révision de la législation électorale. En public et en privé, le président soulignait que l’UE n’était plus la bienvenue sur ces questions, et que les élections relevaient de la souveraineté.37

Quant à la CENI, dont l’opposition conteste toujours la légitimité, affirmant qu’ une bonne partie des commissaires qu’elle y a nommés a été achetée par le pouvoir, elle était d’abord sans moyens et est restée discrète.38 Elle a finalement reçu des fonds de l’Etat et a opéré à partir de février 2014 non sans alimenter la controverse. Elle a en effet mené une correction du controversé fichier électoral, officiellement en vue des élections locales. Mais elle l’a fait sans concertation ni communication, d’abord avec l’opérateur sortant, Sabari, que l’opposition affirme lié au pouvoir, puis avec un nouvel opérateur dont la sélection a été contestée.39 Arguant de problèmes de coûts, la CENI a par ailleurs procédé non par ses démembrements locaux habituels mais par des structures ad hoc qu’elle a mises en place, les « cellules électorales préfecto-

35 Comparer « Manifestations et élections en Guinée : le député Baidy Aribot se prononce ... », Africa Guinée, 14 mai 2014 ; et « Manifestations et élections en Guinée : ce qu’en pense Lansana Komara du RPG Arc-en-ciel ... », Africa Guinée, 8 mai 2014. Entretiens de Crisis Group, diplomates et ex­perts internationaux, Conakry, juin 2014.

36 L’opposition a écrit le 2 mai 2014 au Premier ministre, qui a mis deux semaines pour faire une réponse évasive et renvoyer l’opposition vers l’Assemblée. Lettre du Premier ministre à Monsieur Aboubacar Sylla, porte-parole des partis politiques membres de l’opposition républicaine, Conakry, 19 mai 2014.

37 « Alpha Condé, president of Guinea, embodies hopes for reform », The Financial Times, 29 no­vembre 2013 ; et entretiens de Crisis Group, diplomates, Conakry, juin 2014. Un assistant technique un temps déployé par l’UE a ainsi été employé sur un sujet moins sensible : l’éducation électorale.

38 Entretiens de Crisis Group, responsables de l’opposition, Conakry, juin 2014. Selon un opposant, seuls quatre des dix commissaires issus de l’opposition refusent de faire le jeu du pouvoir. En mars 2014, l’UFR a exclu de ses rangs le commissaire qu’elle avait désigné.

39 Sabari dément pour sa part tout biais partisan. Sur la controverse autour de Sabari, voir le rap­port Afrique de Crisis Group N°199, Guinée : sortir du bourbier électoral, 18 février 2013, p. 11.


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rales ». La Commission affirme que tous les partis y sont représentés, mais l’opposi-tion conteste ce fait et maintient que la « correction » vise à affiner les dispositifs de fraude dans des zones clés.40

Pour protester contre l’absence de concertation, l’opposition s’est retirée de l’As-semblée nationale le 9 juin.41 Le 21 juin, le ministre de l’Administration territoriale a finalement convié l’opposition à une « évaluation des Accords politiques du 3 juillet », en dehors du cadre parlementaire. Non sans tensions, un dialogue a été mené en présence de trois des principaux partenaires internationaux du processus électoral de 2013, l’UE, les Etats-Unis et la France, mais en l’absence de tout représentant de la présidence de la République.42 L’ordre du jour adopté par les deux parties le 26 juin portait sur l’ensemble du cadre électoral mais il a été rapidement resserré, proba­blement sur instruction de la présidence, autour du contenu de l’accord du 3 juillet 2013. Dès le 5 juillet, un an après l’accord de 2013, un nouvel accord était annoncé par le ministre de la Justice.

Mais la situation s’est vite compliquée. L’opposition a annoncé que la transcription de l’accord proposée n’était pas fidèle aux débats. Parmi les points ainsi négligés, l’exclusion des deux opérateurs privés impliqués dans la gestion du fichier électoral en 2013, Sabari et Waymark, et la mise en place de comités chargés de suivre le travail de la CENI. L’opposition a donc refusé de signer le texte, soumettant sa propre version. Par ailleurs, elle a renouvelé son appel à une approche globale du débat, demandant que soient traitées la « réorganisation » de la CENI et l’installation de la Cour consti­tutionnelle, ainsi que l’amélioration du cadre légal des élections. Cette première phase de dialogue n’a donc pas permis au pouvoir de convaincre l’opposition de sa bonne foi en matière électorale.

Depuis lors, le débat est suspendu. La CENI a fait d’autres avancées dans la pré­paration des élections, annonçant la sélection d’un nouvel opérateur, la compagnie française Gemalto, pour la révision du fichier qui doit précéder la présidentielle.43 Si la CENI a souligné que ce nouveau recrutement était prévu par l’accord du 3 juil-let et qu’elle a respecté les procédures de passation des marchés publics, l’opposition et quelques-uns de ses commissaires n’ont pas caché leur méfiance à l’égard de ce processus.

40 Entretiens de Crisis Group, commissaires de la CENI et membres de l’opposition, Conakry, juin 2014.

41 Profitant d’une perche tendue par le pouvoir, qui a annulé une réunion autorisée de l’UFR dans les locaux de l’Assemblée, l’opposition s’est retirée peu avant la ratification d’un cadre d’investis-sement pour un énorme projet minier, pour lequel la compagnie concernée, Rio Tinto, espérait un vote unanime de l’Assemblée. Le camp présidentiel accuse l’opposition de liens avec BSG Resources, entreprise rivale de Rio Tinto, et de vouloir saboter le bilan du régime Condé.

42 Le fonctionnement même du dialogue révèle également les problèmes suivants : le débat a été convoqué par le ministre de l’Administration territoriale, figure controversée pour ses allusions ethnicistes, et non par le Premier ministre ; les délais initiaux étaient très courts ; le pouvoir a tenté d’inclure des partis « non-alignés » dans le quota des représentants de l’opposition ; le gouverne­ment et le RPG Arc-en-ciel y disposent chacun d’une représentation et sont donc plus nombreux que l’opposition ; les travaux sont présidés par un ministre ; et les facilitateurs nationaux de l’ac-cord du 3 juillet ont été invités, mais pas le facilitateur international. Sur ce dernier point, le dérou­lement du dernier dialogue semble indiquer cependant que l’opposition défend plus fermement ses positions en l’absence de facilitateur international.

43 Il importe de distinguer ici entre la correction du fichier, qui vise à régler différentes erreurs con­cernant les inscriptions déjà faites, de la révision, qui vise à l’inscription des citoyens accédant nou­vellement au droit de vote.


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Le 7 novembre, l’opposition a réitéré ses exigences : la signature du relevé de con­clusions du dialogue de juillet 2014 et la mise en place des comités chargés de surveil­ler le travail de la CENI et la mise en œuvre des accords, la définition consensuelle d’un calendrier électoral pour la tenue rapide des élections locales, la réforme de la CENI, et la mise en place immédiate des institutions manquantes.44 Le 21 novembre, le ministre de l’Administration territoriale Alhassane Condé a soutenu que le relevé des conclusions de l’accord du 5 juillet 2014 serait signé au plus vite. L’opposition a rappelé que ses exigences dépassaient le contenu de cet accord. Elle craint visible­ment une manœuvre dilatoire, et elle a annoncé le 25 novembre qu’elle donnait au pouvoir jusqu’au 15 décembre pour satisfaire ses revendications, faute de quoi elle lancerait des manifestations à travers le pays. Le président Condé a répliqué qu’il ne tolérerait pas de manifestations en pleine épidémie d’Ebola.45

V. Des risques toujours présents A. La violence de rue

L’opposition a une véritable capacité de mobilisation, à Conakry en particulier. Les autorités semblent d’ailleurs préoccupées, puisque les seuls recrutements prévus dans la fonction publique dans le budget initial de 2014 concernaient la police.46 Même si, avec raison, les autorités avaient arrêté d’utiliser l’armée pour le maintien de l’ordre à Conakry et interdit officiellement à la police et à la gendarmerie l’usage d’armes létales, les manifestations de 2012 et 2013 ont fait plus de cinquante morts, essentiel­lement parmi les manifestants, et souvent du fait d’armes à feu. Une reprise des mani­festations pourrait susciter de nouveaux dérapages.

Si l’opposition venait à se retirer du processus électoral, comme elle l’a fait en août 2012, elle pourrait essayer de faire obstacle à la tenue des élections, comme elle en avait alors fait la menace. Dans ses bastions, la Moyenne Guinée, certains quartiers de Conakry et certains secteurs de la Basse Côte en particulier, à différentes étapes du processus, des incidents autour des sièges des autorités locales, des missions de la CENI ou des bureaux de vote pourraient se produire.

Plus largement, la tension politique complique le développement économique et entretient un climat social tendu. Il ne se passe pas de semaine sans manifestations locales, de faible ampleur mais parfois violentes, à Conakry ou dans certaines grandes villes, autour de l’accès à l’eau et l’électricité, ou des abus des forces de l’ordre. Certes, ni l’opposition, ni le mouvement syndical, sur lequel le pouvoir a conquis une in­fluence significative et qui est traversé par de vives divisions, n’ont pu jusqu’à présent encadrer et faire monter en échelle ces mobilisations. La routinisation de la violence politique de rue est cependant bien un problème de long terme pour la Guinée.

44 L’opposition exige aussi la reprise du recensement et l’arrêt de ce qu’elle dénonce comme le har­cèlement de ses responsables, mentionnant l’assassinat non résolu d’un responsable UFDG de Conakry et la présence non expliquée de membres de la garde présidentielle autour de la résidence de Sidya Touré.

45 « Menaces de l’opposition : Les répliques d’Alpha Condé », Guinée Conakry Info (www.guinee conakry.info), 26 novembre 2014.

46 « Troisième revue de l’accord triennal », op. cit., p. 11.


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B. L’ethnicisation du politique

La tension sur la scène politique alimente également l’ethnicisation du débat, bien au-delà de Conakry, ce qui rendrait d’autant plus préoccupantes la reprise des manifes­tations et la tenue d’élections dans un cadre non consensuel. La communauté peul de Conakry a été très active en 2012 et 2013 derrière l’UFDG, et la quasi-totalité des victimes civiles des violences liées à ces mobilisations portent des patronymes typi­quement peul. L’identité ethno-régionale est plus que jamais l’une des grandes forces qui organise les affiliations politiques en Guinée, en particulier au sein des deux com­munautés les plus importantes, malinké et peul.

Les résultats des législatives de 2013 l’ont d’ailleurs confirmé de façon nette.47 Certes, l’usage explicite des arguments ethniques par les hommes politiques est plus rare qu’en 2010, chaque dérapage suscite une vive controverse, et chaque camp insiste sur son absence de biais ethnique et dénonce le favoritisme ethnique de l’adversaire. Mais la question est toujours là. 48

Preuve en est la controverse suscitée actuellement par la publication, en juillet 2014, des résultats du recensement. L’annonce que la région de Kankan, où domine la communauté malinké, est maintenant la plus peuplée du pays a été reçue par les opposants comme une manipulation visant à justifier un accroissement frauduleux du nombre d’électeurs en zone malinké.49 Quelle que soit la qualité du recensement, un universitaire guinéen confiait à Crisis Group que les Guinéens ont assurément « appris que la démocratie est un dénombrement », et que ce sont bien les commu­nautés ethniques qu’il s’agit de compter.50

La controverse électorale peut donc alimenter les tensions à travers le pays. Un peu partout en effet, les relations peuvent se dégrader entre les communautés, en particulier entre celles qui, au nom de leur identité malinké, espèrent un traitement spécial de la part des autorités, et les autres. Les élections locales peuvent par ailleurs susciter des tensions particulières entre les groupes se considérant comme autoch­tones et qui, bien que parfois minoritaires dans certaines circonscriptions, estiment en être les détenteurs, et les groupes vus comme allochtones.

La crise la plus extrême est survenue à l’été 2013, autour de Nzérékoré et Beyla. Le meurtre d’un jeune d’ethnie konianké (un groupe assimilé aux Malinké) accusé de vol par un gardien d’origine guerzé (un groupe forestier supposé autochtone) a dé­clenché des affrontements intercommunautaires qui ont fait plus de deux cent morts.51

47 Dans la région malinké de Kankan, le RPG a remporté entre 86 et 96 pour cent des voix. Dans la région peul de Labé, l’UFDG a remporté entre 77 et 87 pour cent des suffrages.

48 En avril 2014, le ministre de l’Administration territoriale invitait Cellou Dalein Diallo à aller en Somalie s’il n’était pas content de la situation en Guinée, allusion à l’origine est-africaine, donc non-nationale, parfois prêtée aux Peul. Le chanteur Elie Kamano, opposant déclaré, affirmait en octobre 2014 que le président Condé était « un Mossi balafré du Burkina Faso et de mère malienne», donc un étranger.

49 Voir par exemple le communiqué de l’UFR à ce sujet : « Le recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) vise à justifier la fraude électorale », Le Jour Guinée (www.lejourguinee. com), 17 juillet 2014. Les autorités expliquent, elles, cette évolution démographique par l’attractivité de l’exploitation minière en Haute Guinée.

50 Courriel de Crisis Group, universitaire, 17 juillet 2014.

51 Ce chiffre, supérieur au bilan officiel, est issu du rapport suivant : « Rapport d’évaluation con­jointe de la situation humanitaire suite aux violences intercommunautaires dans la région adminis­trative de Nzérékoré les 15, 16, 17 et 18 juillet 2013 », République de Guinée et Système des Nations unies.


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Les forces de l’ordre ont ramené le calme, Alpha Condé est venu à Nzérékoré souli­gner qu’il était le président de tous les Guinéens, et s’est efforcé de donner des gages aux Guerzé, et des chefs militaires influents ont arrangé la signature d’un pacte entre les communautés. Mais la situation reste tendue. Des Guerzé affirment que les nom­breux bureaux de vote supprimés dans la région lors des législatives étaient en zone guerzé, manière de censurer un vote hostile au pouvoir.52 Il existe des risques ailleurs, comme par exemple en Moyenne Guinée, où la question runde a suscité des conflits localisés, à la violence encore limitée.53

Quant au potentiel explosif du croisement entre les tensions communautaires, les rumeurs liées à la politique et celles se rapportant à Ebola, les violences survenues en Guinée forestière, où l’épidémie a été très vive, le laissent deviner. L’épisode le plus spectaculaire est intervenu en septembre 2014 à Womey, un village guerzé. Une équipe de sensibilisation à la maladie, dirigée par le gouverneur de la région, a été attaqué par des habitants qui l’accusaient de venir propager le virus. Huit personnes avaient alors trouvé la mort. Cet épisode exprime bien la méfiance des Guinéens en­vers leur Etat. Cette méfiance est plus intense encore en Forêt, pour des raisons de courte et de longue durée. Cette zone est ainsi précisément celle qui a connu des vio­lences communautaires massives à l’été 2013 et l’annulation d’un nombre important de votes aux législatives de septembre 2013.54

C. L’armée, un risque réel ?

De tous les dangers, le risque militaire est peut-être aujourd’hui le moins direct. Les rumeurs au sujet d’un coup d’Etat n’ont certes jamais cessé depuis l’arrivée au pou­voir du président Condé, mais hormis l’attaque manquée de juillet 2011 contre sa ré­sidence privée, probablement anticipée et infiltrée par les services de sécurité, il ne s’est rien passé.55 Il faut dire qu’Alpha Condé gère l’armée avec prudence. Il a procé­dé à la mise à la retraite de plusieurs milliers de soldats âgés, mais il n’a guère touché au budget et aux privilèges des militaires. Progressivement, il a éloigné de la capitale une partie des unités et le matériel lourd, et il a créé à Kindia, à la sortie de Conakry, une sorte de camp-verrou. Il n’empêche, l’armée guinéenne reste fragile, et des troubles politiques prolongés pourraient ouvrir la voie à ceux des militaires que la redistribu­tion des cartes au sein de l’armée a pu agacer.

Non sans habileté, le pouvoir a pu utiliser ce risque militaire pour accuser l’oppo-sition d’irresponsabilité, mais aussi pour justifier une certaine forme d’exception politique et pousser les acteurs internationaux, inquiets, à encourager l’opposition à des concessions. En septembre 2014 encore, le président Condé accusait l’opposition de chercher à provoquer un coup d’Etat. 56

52 Entretien de Crisis Group, militant de la société civile, Dakar, 14 juin 2014.

53 « Violents affrontements à Mamou : le constat de l’envoyé spécial de Guinéenews à N’diaré», Guinée News, 21 mai 2014 ; « Au moins 22 blessés dont plusieurs graves et 5 arrestations lors d’une manifestation de ce lundi à Lélouma », Aminata, 24 novembre 2014.

54 Sur la particularité forestière, qui ne se résume pas à une relation d’exclusion et de marginalisa-tion, voir Mike McGovern, Unmasking the State: Making Guinea Modern (Chicago, 2012).

55 Sur l’attaque de 2011 et, plus largement, les relations de Condé à son armée, voir Vincent Foucher, « Alpha Condé and the politics of military (mis)adventure », African Arguments (africanarguments. org), 17 octobre 2011.

56 Ces accusations venaient après la publication, par un site hostile au pouvoir, d’informations non-sourcées – et démenties par les autorités – affirmant que le président Condé était en traitement


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VI. Agir dès maintenant

  1. A.Relancer le dialogue sur le dispositif électoral

Le président Condé doit relancer le dialogue entre le pouvoir et l’opposition, de façon préparée, et de préférence en réutilisant le cadre testé en juillet 2014. Pour crédibili­ser cette deuxième phase de dialogue et éviter que la présidence de la République en désavoue les résultats, il est souhaitable que la présidence y soit enfin présente et mène le débat du côté du pouvoir plutôt que le gouvernement ou le RPG Arc-en-ciel. Le secrétaire général de la présidence, Kiridi Bangoura, qui a joué un rôle central dans la signature de l’accord du 3 juillet 2013, semble être la personne indiquée pour participer à ces négociations.

Le dialogue devra porter sur la mise en œuvre de l’accord du 3 juillet et, au-delà, sur l’ensemble des points controversés du dispositif. L’opposition et le camp présiden­tiel doivent produire et rendre publics leurs propres documents techniques, décri­vant de façon détaillée leur vision des réformes nécessaires, arbitrant entre les diffé­rentes priorités et proposant un calendrier réaliste concernant les élections locales et la présidentielle. Cela est décisif pour l’opposition, qui doit surmonter la contradic­tion entre l’ampleur des réformes qu’elle souhaite et son désir de ne pas retarder les échéances. La discussion autour de ces chronogrammes doit permettre la définition d’un calendrier électoral, lequel ne doit pas exclure un report raisonnable de la pré­sidentielle, si du moins ce report permet une véritable amélioration du dispositif électoral. Pour ce travail, chaque camp devrait pouvoir bénéficier de l’assistance de spécialistes mis à disposition par des partenaires internationaux de son choix.

  1. B.Renforcer les institutions et le dispositif électoral

Par ailleurs, même si le bon dispositif électoral est d’abord celui qui saura faire con­sensus au terme du dialogue, il semble souhaitable que les discussions prennent par­ticulièrement en compte au moins les quatre points suivants.

En premier, la question du cadre légal et celle des institutions qui contribuent à l’équilibre des pouvoirs ne doivent pas être abandonnées sous prétexte de faire vite. L’exécutif et le législatif, à l’écoute des résultats du dialogue, devront collaborer pour une mise en cohérence de la législation électorale. De son côté, le président de la Répu­blique doit promulguer au plus vite les lois organiques se rapportant à l’INDH et à la Cour constitutionnelle. Ces institutions doivent commencer à fonctionner rapidement.

Ensuite, il faut renforcer la crédibilité de la CENI, qui semble durablement en­dommagée. Compte tenu du degré de politisation et d’ethnicisation qui prévaut en Guinée, le projet d’une nouvelle commission purement technique, un temps discutée par le CNT, ne semble pas offrir un recours efficace. Sans doute faut-il plutôt assumer le caractère politique de la CENI et créer une commission plus réduite, composée de façon paritaire et exclusive de mandataires désignés par les partis favorables au pou­voir et ceux de l’opposition et qui resteront soumis à ces partis et substituables par eux. Les décisions devront être prises par consensus.

Un effort particulier doit être fait dans le domaine du contentieux électoral. Les partis doivent améliorer la formation de leurs cadres au droit électoral, et le système


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juridique de traitement du contentieux doit être révisé, la Cour constitutionnelle ne devant être que le dernier recours en matière de justice électorale. Pour ce travail, chaque camp devrait pouvoir bénéficier de l’assistance de spécialistes mis à disposi­tion par des partenaires internationaux de son choix. Les Internationales politiques ou les grandes fondations politiques allemandes, françaises ou américaines pourraient jouer un rôle intéressant de ce point de vue.

Enfin, comme mesure de confiance en direction de l’opposition, les autorités doi­vent garantir la tenue des élections locales avant la présidentielle et respecter ainsi l’esprit de l’accord du 3 juillet 2013. En acceptant ainsi une déconcentration et une pluralisation du pouvoir local, les autorités peuvent rééquilibrer le jeu politique et donner un gage de leur bonne foi. Les locales doivent avoir lieu au minimum trois mois, au maximum six mois avant la présidentielle. Il faut en effet que les nouveaux élus locaux puissent s’installer dans leurs fonctions et apporter leur contribution à la préparation de la présidentielle sans trop retarder ce dernier scrutin.

C. Impliquer la communauté internationale

Après avoir fait des partenaires internationaux les garants d’élections qu’elles ont remportées et des accords qui les ont autorisées, les autorités ne doivent pas se pri­ver de ces partenaires, qui ont joué un rôle formel et informel décisif jusqu’à présent. Si elles veulent vraiment améliorer la crédibilité du dispositif électoral et convaincre l’opposition de leur bonne foi, les autorités ne doivent pas préférer aux plus rigoureux de ces partenaires, comme l’UE, l’UA et les Nations unies, d’autres interlocuteurs qui leur paraitraient plus souples. Le choix de la facilité sur ce point se paiera au plan politique.

Quant aux partenaires internationaux, ils sont absorbés par des crises bien plus spectaculaires – à commencer, en Guinée même, par l’épidémie d’Ebola – et sans doute pas insensibles aux opportunités ouvertes en Guinée dans le domaine des mines, des infrastructures et des services. Ils sont néanmoins devenus, bon gré, mal gré, des garants incontournables dans le jeu politique guinéen, de la négociation des différentes étapes de la transition après la mort de Lansana Conté en 2008 à l’obser-vation et au soutien aux élections de 2010 et 2013. Ils ne peuvent se désengager.

Pour alimenter le dialogue, les autorités doivent au plus vite préparer une demande adressée au Département des affaires politiques des Nations unies pour l’envoi d’une mission d’évaluation sur l’état des préparatifs électoraux. Les autorités doivent solli­citer l’appui de l’opposition pour cette demande, afin que les deux camps soient enga­gés également dans cette partie du processus. Par ailleurs, il faudra trouver les moyens et la forme d’une mission d’observation internationale de long terme, constituée d’ex-perts électoraux plutôt que d’élus, pour l’élection présidentielle, mais aussi, quand bien même cela ne serait pas l’usage, pour les élections locales, au moins pour les communes de Conakry, la Moyenne Guinée et la région de Nzérékoré.57 L’UE et l’UA, qui avaient mené un travail d’observation électoral rigoureux en 2010 et 2013, sem­blent très indiqués.

57 Entretien de Crisis Group, diplomate, Conakry, 11 juin 2014.


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VII. Conclusion

En gardant face à l’opposition une attitude raide, en refusant de valider les résultats du dialogue de juillet 2014, le président Condé pense probablement prendre un risque calculé. Mais l’absence de consensus en matière électorale est bien un danger, et l’épidémie d’Ebola rend la situation plus inquiétante encore. Il est temps que le pou­voir fasse l’effort de construire un consensus, en offrant un dialogue global, direct et de haut niveau. Quant à l’opposition, elle doit résister à la tentation du pire et s’engager dans le dialogue avec de la rigueur technique et des revendications réalistes.

Dakar/Bruxelles, 15 décembre 2014


 

 

 
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Annexe A : Carte de la Guinée

 


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Annexe B : Liste des acronymes

BL                          Bloc libéral, parti fondé en 2012 par l’opposant Faya Millimouno, qui n’a pas

participé aux législatives de 2013.

CENI                      Commission électorale nationale indépendante.

CNT                       Conseil national de transition, organe ad hoc formé à la suite du décès du

président Lansana Conté en 2008 et qui a rempli la fonction législative jusqu’à la mise en place de l’Assemblée élue en septembre 2013.

INDH                      Institution nationale des droits humains.

PEDN                     Parti de l’espoir pour le développement national, dirigé par l’ancien Premier

ministre Lansana Kouyaté, qui appartient à l’opposition et a obtenu deux députés en 2013 ; Kouyaté a refusé d’occuper son siège, contrairement à

l’autre députée, Zalikatou Diallo, qui a été exclue du parti.

PGRP                    Parti guinéen pour la renaissance et le progrès, d’Alpha Ibrahima Sila Bah,

qui a été élu seul député en 2013.

RDIG                     Rassemblement pour le développement intégré de la Guinée, parti de Jean-

Marc Telliano, qui a été congédié du gouvernement en octobre 2012 et s’est rangé dans l’opposition ; Telliano a été le seul élu du parti en 2013.

RPG Arc-en-ciel Rassemblement du peuple de Guinée Arc-en-ciel, parti du président Alpha Condé, qui a obtenu 53 députés en 2013.

UFD                       Union des forces démocratiques, parti dirigé par Mamadou Baadiko Bah,

parti d’opposition sans représentation parlementaire.

UFDG                    Union des forces démocratiques de Guinée, parti de l’ancien Premier

ministre Cellou Dalein Diallo, candidat malheureux contre Alpha Condé au second tour de l’élection présidentielle de 2010, qui appartient à l’opposition dite « républicaine » et a obtenu 37 députés en 2013.

UFR                       Union des forces républicaines, parti de l’ancien Premier ministre Sidya

Touré, qui a soutenu Cellou Dalein Diallo contre Alpha Condé au second tour de l’élection présidentielle de 2010, qui appartient à l’opposition dite « républicaine » et a obtenu dix députés en 2013.

UA                         Union africaine.

UE                         Union européenne.

UNOWA                 United Nations Office for West Africa, Bureau des Nations unies pour

l’Afrique de l’Ouest.


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Annexe C : La fiabilité des législatives de 2013 en question

L’examen des nombreuses données chiffrées disponibles sur les législatives de 2013 ne permet pas de former une idée sur la qualité du scrutin et de départager le pouvoir et l’opposition dans la controverse qui les oppose aujourd’hui encore, car chaque in­dicateur se prête à des interprétations et justifications diverses. Mais la convergence des indicateurs en faveur du parti présidentiel n’en reste pas moins troublante.

Avant même le scrutin de 2013, l’opposition avait émis des doutes quant à la fiabili­té des préparatifs électoraux. Analysant dans ses « Observations sur le fichier électo­ral et le découpage des bureaux de vote » les données publiées par la CENI, elle avait tenté de démontrer certains biais. Elle affirmait ainsi que la distribution des bureaux de vote supplémentaires était politisée : quatre des principaux fiefs du parti au pou­voir ont vu leur nombre de bureaux de vote augmenter (400 bureaux en plus, rendant ainsi le vote plus facile aux électeurs) alors que six bastions de l’opposition ont perdu 200 bureaux en tout.

L’opposition maintenait également que certaines préfectures de la région de Labé, favorable à l’opposition, avaient beaucoup plus de bureaux de vote surchargés d’élec-teurs que les préfectures de Kankan, où domine le parti au pouvoir. Le même rapport signalait l’enregistrement très élevé d’électeurs âgés de dix-huit ans dans les circons­criptions pro-RPG Arc-en-ciel, laissant entendre que le parti au pouvoir avait utilisé son influence pour enregistrer des jeunes mineurs. De fait, un calcul rapide à partir des données publiées par la CENI indique des décalages curieux : près de 11 pour cent des inscrits ont dix-huit ans à Kérouané, zone pro-RPG Arc-en-ciel, contre une moyenne nationale à moins de 4,4 pour cent.

D’autres données fournies par la CENI suscitent des interrogations. Ainsi, entre le recensement électoral de 2010 et celui de 2013, le corps électoral a crû de manière très forte dans des zones pro-RPG (plus de 30 pour cent en moyenne pour la région de Kankan, en Haute Guinée), mais beaucoup plus faiblement en Moyenne Guinée, zone favorable à l’UFDG (15 pour cent dans la région de Labé, moins de 10 pour cent dans celle de Mamou), la moyenne nationale s’établissant à 23 pour cent. Le corps électo­ral s’est même – légèrement – contracté dans deux circonscriptions pro-opposition de Moyenne Guinée, Gaoual et Télimélé.

L’interprétation de ces décalages intrigants fait toujours débat en Guinée. Le camp présidentiel y voit un rattrapage normal pour la Haute Guinée, zone pro-Condé qui aurait précédemment été victime d’une sous-inscription organisée, ou bien encore l’effet d’une sur-inscription frauduleuse en 2010 dans la Moyenne Guinée pro-UFDG, sur-inscription qui n’aurait pas résisté à la révision du fichier. D’autres y détectent la moindre mobilisation des électeurs de l’UFDG, sceptiques quant au processus élec­toral, ou bien encore le zèle, excessif ou non, de certains agents de recensement dans les zones pro-Condé. Quant à elle, l’opposition y voit la preuve d’un plan conçu au plus haut niveau par les experts électoraux du pouvoir.

Les résultats de l’élection posent également question. Des disparités géographiques étonnantes existent dans le niveau de participation, dans le taux d’annulation des bureaux de vote, ou bien encore dans le taux de bulletin de nuls. Ainsi, il n’y a qua­siment pas eu de bureaux de vote annulés dans les cinq circonscriptions de la région pro-RPG Arc-en-ciel de Kankan (cinq seulement sur 2 097, moins de 0,25 pour cent), alors que la moyenne nationale dépasse les 8 pour cent. Alors que la circonscription de Kankan avait moins de 1,6 pour cent de bulletins nuls, le taux pour Nzérékoré, zone où l’opposition s’attendait à de bons résultats, dépassait 7 pour cent.


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Quant au taux de participation, même en comparant seulement les zones où il n’y a pas eu de bureaux de vote annulés, il a varié de 50 pour cent (Kaloum, centre histo­rique fort disputé de Conakry) à 92,5 pour cent (Mandiana, zone pro-RPG de Haute Guinée). Les cinq circonscriptions de la région pro-RPG de Kankan se partagent d’ailleurs les cinq premières places en matière de participation.

Mais là encore, chacune de ces disparités est ouverte à interprétation. Là où l’op-position dénonce des fraudes, le camp présidentiel a sa propre lecture. Il évoque ain­si la démobilisation de l’électorat peul sous l’effet des critiques de l’opposition envers le système électoral, ou la frustration d’une partie de l’électorat forestier face à une vie politique perçue comme un affrontement entre les deux communautés dominantes, peul et malinké. Les partisans du pouvoir soulignent l’enthousiasme de la Haute Gui­née envers Alpha Condé et sa bonne maitrise de la technique du vote, certains souli­gnant l’encadrement efficace (mais, soulignent-ils, légal) des électeurs organisé par le RPG Arc-en-ciel pour assurer un vote massif et efficace de ses appuis traditionnels.

Au final, chacun peut lire ces curiosités statistiques à sa façon. Mais le fait qu’elles semblent toutes aller en faveur du camp présidentiel pose bien question, comme l’in-dique la prudence des déclarations produites par les missions d’observation électo­rale les plus sérieuses.


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Annexe C : Rapports et briefings sur l’Afrique depuis 2011


Afrique australe

Zimbabwe: The Road to Reform or Another Dead End, Rapport Afrique N°173, 27 avril 2011.

Resistance and Denial: Zimbabwe’s Stalled Reform Agenda, Briefing Afrique N°82, 16 novembre 2011.

Zimbabwe’s Sanctions Standoff, Briefing Afrique N°86, 6 février 2012 (aussi disponible en chinois).

Implementing Peace and Security Architecture (II): Southern Africa, Rapport Afrique N°191, 15 octobre 2012.

Zimbabwe: Election Scenarios, Rapport Afrique N°202, 6 mai 2013.

Zimbabwe’s Elections: Mugabe’s Last Stand,

Briefing Afrique N°95, 29 juillet 2013. Madagascar : une sortie de crise superficielle ? Rapport Afrique de Crisis Group N°218, 19 mai

2014 (aussi disponible en anglais). Zimbabwe: Waiting for the Future, Briefing

Afrique N°103, 29 septembre 2014.

Afrique centrale

Burundi : du boycott électoral à l’impasse politique, Rapport Afrique N°169, 7 février 2011 (aussi disponible en anglais). Le Nord-Ouest du Tchad : la prochaine zone à haut risque ?, Briefing Afrique N°78, 17 février 2011.

Congo : le dilemme électoral, Rapport Afrique N°175, 5 mai 2011 (aussi disponible en anglais).

Congo: le processus électoral vu de l’Est, Briefing Afrique N°80, 5 septembre 2011 (aussi disponible en anglais).

L’Afrique sans Kadhafi : le cas du Tchad, Rapport Afrique N°180, 21 octobre 2011 (aussi disponible en anglais).

The Lord’s Resistance Army: End Game?, Rapport Afrique N°182, 17 novembre 2011. Burundi : la crise de corruption, Rapport Afrique N°185, 21 mars 2012 (aussi disponible en anglais).

L’or noir au Congo : risque d’instabilité ou opportunité de développement ?, Rapport Afrique N°188, 11 juillet 2012 (aussi disponible en anglais).

L’Est du Congo : pourquoi la stabilisation a échoué, Briefing Afrique N°91, 4 octobre 2012 (aussi disponible en anglais).

Burundi : bye-bye Arusha ?, Rapport Afrique N°192, 25 octobre 2012.

Le golfe de Guinée : la nouvelle zone à haut risque, Rapport Afrique N°195, 12 décembre 2012 (aussi disponible en anglais). L’Est du Congo : la rébellion perdue des ADF-Nalu, Briefing Afrique N°93, 19 décembre 2012 (aussi disponible en anglais).


République centrafricaine : les urgences de la transition, Rapport Afrique N°203, 11 juin 2013 (aussi disponible en anglais). Comprendre les conflits dans l’Est du Congo (I) : la plaine de la Ruzizi, Rapport Afrique N°206, 23 juillet 2013 (aussi disponible en anglais).

Centrafrique : l’intervention de la dernière chance, Briefing Afrique N°96, 2 décembre 2013 (aussi disponible en anglais).

Les terres de la discorde (I) : la réforme foncière au Burundi, Rapport Afrique N°213, 12 février 2014.

Les terres de la discorde (II) : restitution et réconciliation au Burundi, Rapport Afrique N°214, 17 février 2014.

Afrique centrale : les défis sécuritaires du pastoralisme, Rapport Afrique N°215, 1er avril 2014 (aussi disponible en anglais).

Curbing Violence in Nigeria (II): The Boko Haram Insurgency, Rapport Afrique N°216, 3 avril 2014.

La crise centrafricaine : de la prédation à la stabilisation, Rapport Afrique N°219, 17 juin 2014 (aussi disponible en anglais)

Cameroun : mieux vaut prévenir que guérir,

Briefing Afrique N°101, 4 septembre 2014.
La face cachée du conflit centrafricain, Briefing

Afrique N°105, 12 décembre 2014.

Afrique de l’Ouest

Nigeria’s Elections: Reversing the Degen-eration?, Briefing Afrique N°79, 24 février 2011.

Côte d’Ivoire : faut-il se résoudre à la guerre ?, Rapport Afrique N°171, 3 mars 2011 (aussi disponible en anglais).

Une période critique pour stabiliser la Côte d’Ivoire, Rapport Afrique N°176, 1er août 2011 (aussi disponible en anglais).

Liberia: How Sustainable Is the Recovery?, Rapport Afrique N°177, 19 août 2011. Guinée : remettre la transition sur les rails, Rapport Afrique N°178, 23 septembre 2011 (aussi disponible en anglais).

Côte d’Ivoire : poursuivre la convalescence, Briefing Afrique N°83, 16 décembre 2011 (aussi disponible en anglais).

Au-delà des compromis : les perspectives de réforme en Guinée-Bissau, Rapport Afrique N°183, 23 janvier 2012 (aussi disponible en portugais).

Liberia: Time for Much-Delayed Reconciliation and Reform, Briefing Afrique N°88, 12 juin 2012.

Mali : éviter l’escalade, Rapport Afrique N°189,

18 juillet 2012 (aussi disponible en anglais). Au-delà des luttes de pouvoir : que faire face au

coup d’Etat et à la transition en Guinée-


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Bissau, Rapport Afrique N°190, 17 août 2012 (aussi disponible en anglais).

Mali : pour une action internationale résolue et concertée, Briefing Afrique N°90, 24 septembre 2012 (aussi disponible en anglais).

Côte d’Ivoire : faire baisser la pression, Rapport Afrique N°193, 26 novembre 2012 (aussi disponible en anglais).

Curbing Violence in Nigeria (I): The Jos Crisis,

Rapport Afrique N°196, 17 décembre 2012. Guinée: sortir du bourbier électoral, Rapport

Afrique N°199, 18 février 2013.

Mali : sécuriser, dialoguer et réformer en profondeur, Rapport Afrique N°201, 11 avril 2013 (aussi disponible en anglais).

Burkina Faso : avec ou sans Compaoré, le temps des incertitudes, Rapport Afrique N°205, 22 juillet 2013 (aussi disponible en anglais).

Niger : l'autre maillon faible du Sahel ?, Rapport Afrique N°208, 19 septembre 2013 (aussi disponible en anglais).

Mali : réformer ou rechuter, Rapport Afrique N°210, 10 janvier 2014 (aussi disponible en anglais).

Côte d’Ivoire : le Grand Ouest, clé de la

réconciliation, Rapport Afrique N°212, 28

janvier 2014 (aussi disponible en anglais). Guinée-Bissau : les élections, et après ?, Briefing Afrique N°98, 8 avril 2014.

Mali : dernière chance à Alger, Briefing Afrique N°104, 18 novembre 2014.

Nigeria’s Dangerous 2015 Elections: Limiting the Violence, Rapport Afrique N°220, 21 novembre 2014.

Corne de l’Afrique

Somalia: The Transitional Government on Life Support, Rapport Afrique N°170, 21 février 2011.

Politics and Transition in the New South Sudan, Briefing Afrique N°172, 4 avril 2011.

Divisions in Sudan’s Ruling Party and the Threat to the Country’s Stability, Rapport Afrique N°174, 4 mai 2011.

South Sudan: Compounding Instability in Unity State, Rapport Afrique N°179, 17 octobre 2011 (aussi disponible en chinois).

Mettre en œuvre l’architecture de paix et de sécurité (I) : l’Afrique centrale, Rapport Afrique N°181, 7 novembre 2011 (aussi disponible en anglais).

Kenya: Impact of the ICC Proceedings, Briefing Afrique N°84, 9 janvier 2012.

Kenyan Somali Islamist Radicalisation, Briefing Afrique N°85, 25 janvier 2012.

The Kenyan Military Intervention in Somalia, Rapport Afrique N°184, 15 février 2012.

Somalia: An Opportunity that Should Not Be Missed, Briefing Afrique N°87, 22 février 2012.


China’s New Courtship in South Sudan, Rapport Afrique N°186, 4 avril 2012 (aussi disponible en chinois).

Uganda: No Resolution to Growing Tensions,

Rapport Afrique N°187, 5 avril 2012. Ethiopia After Meles, Briefing Afrique N°89, 22

août 2012.

Assessing Turkey’s Role in Somalia, Briefing Afrique N°92, 8 octobre 2012.

Sudan: Major Reform or More War, Rapport Afrique N°194, 29 novembre 2012 (aussi disponible en arabe).

Kenya’s 2013 Elections, Rapport Afrique N°197, 17 janvier 2013.

Sudan’s Spreading Conflict (I): War in South Kordofan, Rapport Afrique N°198, 14 février 2013.

Eritrea: Scenarios for Future Transition, Rapport Afrique N°200, 28 mars 2013.

Kenya After the Elections, Briefing Afrique N°94, 15 mai 2013.

Sudan’s Spreading Conflict (II): War in Blue

Nile, Rapport Afrique N°204, 18 juin 2013. Ethiopia: Prospects for Peace in Ogaden,

Rapport Afrique N°207, 6 août 2013.

Sudan: Preserving Peace in the East, Rapport

Afrique N°209, 26 novembre 2013.

Somalia: Puntland’s Punted Polls, Briefing Afrique N°97, 19 décembre 2013.

Sudan’s Spreading Conflict (III): The Limits of Darfur’s Peace Process, Rapport Afrique N°211, 27 janvier 2014.

South Sudan: A Civil War by Any Other Name,

Rapport Afrique N°217, 10 avril 2014. Somalia: Al-Shabaab – It Will Be a Long War,

Briefing Afrique N°99, 26 juin 2014. Eritrea: Ending the Exodus?, Briefing Afrique

N°100, 8 août 2014.

Kenya: Al-Shabaab – Closer to Home, Briefing Afrique N°102, 25 septembre 2014.


 


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Recensement Général de la Populationet de l’Habitat de 2014 (RGDH-3) : Décryptage d’une supercherie !

Les résultats préliminaires du 3ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH-3)[1], effectué du 1er mars 2014 au 1er avril 2014, a surpris plus d’un observateur. D’abord, parce que la population guinéenne serait, selon ce RGPH3, moins nombreuse (environ 10 millions) que toutes les projections démographiques jusque-là usuelles (12-13 millions), avec toutes les conséquences en résultant. Ensuite, à cause de la baisse de la population, à contre-courant, dans certaines préfectures (Guéckédou, Dalaba…). En effet , parce que le RGPH-3 fait de la région administrative de Kankan (zone de savane africaine) la plus peuplée de la Guinée, devant la capitale administrative et économique, Conakry et la région de N’Zérékoré (la plus peuplée en 1996). Dans cet article, un accent particulier sera mis sur ce dernier point (par ricochet, sur le 1er point) !

Qu’une région de l’intérieur du pays soit plus peuplée que la capitale n’est, en soi, pas un problème. Encore faut-il l’expliquer de manière plausible.En 1996, la région de N’Zérékoré était la région la plus peuplée du pays, selon le RGPH-2. La raison avancée était indiscutable et palpable: l’afflux de réfugiés de 2 pays frontaliers (de la région) en guerres civiles simultanées à l’époque (Libéria et Sierra-Leone). Néanmoins, les raisons avancées pour le RGPH3, de surcroit sous un climat politique teinté d’ethno-stratégie, laissent plutôt perplexe. Il n’est pas suffisant de se contenter de souligner son étonnement face à ces chiffres. Il faudrait aller au-delà et décortiquer ces chiffres. C’est-à-dire les éplucher et expliquer ce qu’ils signifient !

Dans cet article, il ne sera point question d’analyser les résultats du RGPH-3 en fonction de celui de 1996. En effet, il est vrai que depuis 1996, date du dernier recensement, d’importants mouvements migratoires peuvent avoir eu lieu vers la région administrative de Kankan (dû à la guerre civile en Côte d’Ivoire, à la « ruée vers l’eldorado minier ») et à partir de la région de N’Nzérékoré (retour des réfugiés libériens et sierra-léonais à la fin des dites guerres). Aussi ne feront-nous recours qu’aux chiffres exhaustifs officiels les plus récents de parties non négligeables de la population guinéenne : corps électoral (Guinéens de 18 ans et plus) des élections législatives du 28 septembre 2013[2], des effectifs de l’Ecole Primaire de Juin 2013[3] et ceux du Secondaire (collège et lycée) de Juin 2013[4]. Si on peut admettre que des flux migratoires importants (dûs aux raisons citées plus haut) ont pu avoir une incidence majeure sur la population guinéenne pendant la décennie précédente, il ne serait nullement incongru de penser qu’aucune raison de choc migratoire important n’a été enregistrée depuis juin 2013 et depuis la fin du recensement électoral pour les législatives du 28 septembre 2013 jusqu’au RGPH-3 (Mars 2014). En effet tous les flux migratoires majeurs de Guinéens (de l’Extérieur ou de l’Intérieur), par exemple vers la Haute-Guinée, ont déjà dû avoir été être absorbés par le recensement électoral des Législatives du 28 septembre 2013. D’où l’accroissement notable du corps électoral dans cette région (selon les arguments entendus). Soit.

Oublions un instant les anomalies du recensement électoral pour les Législatives du 28 septembre 2013 (non recensement avéré de beaucoup de citoyens dans les fiefs de l’Opposition en raison, entre autres, du boycott de cette dernière, « gonflement » probable du corps électoral dans les fiefs du Parti au Pouvoir) ! Maintenant, nous allons procéder á une analyse statistique de ces données officielles qui sont à notre disposition.


Villes

Corps éléctoral

Population selon le RGDH3

Masculin

Feminin

Taux de masculinité

Ménages

Tailles des ménages

Différence

Kaloum

                             60.890  

         62.675  

             30.998  

             31.677  

97,86

               9.224  

6,79

               1.785  

Dixinn

                         123.400  

       137.287  

           69.674  

             67.613  

103,05

             20.156  

6,81

             13.887  

Matam

                         118.255  

       143.658  

             71.453  

             72.205  

98,96

             20.057  

7,16

           25.403    

Matoto

                         437.251  

       670.310  

           337.657  

           332.653  

101,50

             92.564  

7,24

           233.059  

Ratoma

                         412.869  

       653.934  

           329.825  

           324.109  

101,76

             96.133  

6,80

           241.065  

Région spéciale de Conakry

1.152.665  

   1.667.864  

           839.607  

           828.257  

101,37

           238.134  

7,00

           515.199  

Kankan

                          206.753  

       472.112  

           233.573  

           238.539  

97,92

             47.005  

10,04

           265.359  

Kerouané

                         123.645  

       211.017  

           103.670  

           107.347

96,57

             27.967  

7,55

             87.372  

Kouroussa

                         108.098  

       268.224  

           130.715  

           137.509  

95,06

             29.704  

9,03

           160.126  

Mandiana

                          105.140    

       339.527  

           170.185  

           169.342  

100,50

             22.528  

15,07

           234.387  

Siguiri

                         233.859  

       695.449  

           350.316  

           345.133  

101,50

            63.850  

10,89

           461.590  

Région adminstrative de Kankan

                         777.495  

   1.986.329  

           988.459  

           997.870  

99,06

           191.054  

10,40

       1.208.834  

Coyah

                        121.480  

       264.164  

           130.928  

           133.236  

98,27

             36.165  

7,30

           142.684  

Dubreka

                         123.828  

       328.418  

           161.154  

           167.264  

96,35

            45.525  

7,21

           204.590  

Kindia

                         218.059  

       438.315  

           212.015  

           226.300  

93,69

             62.612  

7,00

           220.256  

Forecoriah

                         114.940  

       244.649  

           117.235  

           127.414  

92,01

             35.186  

6,95

           129.709  

Telimélé

                         104.138  

       283.639  

           129.606  

           154.033  

84,14

             49.116  

5,77

           179.501  

Région administrative de Kindia

                         682.445  

   1.559.185  

           750.938  

           808.247  

92,91

           228.604  

6,82

           876.740  

Boké

                         194.548  

       449.405  

           222.119  

           227.286  

97,73

             61.731  

7,28

           254.857  

Boffa

                             97.895  

       211.063  

           103.789  

           107.274  

96,75

             27.785  

7,60

           113.168  

Fria

                             50.197  

         96.527  

             46.593  

             49.934  

93,31

             16.601  

5,81

             46.330  

Gaoual

                             55.768  

       194.245  

             91.584  

           102.661  

89,21

             28.716  

6,76

           138.477  

Koundara

                             52.202  

       130.205  

             63.379  

             66.826  

94,84

             19.284  

6,75

            78.003  

Région administrative de Boké

                         450.610  

   1.081.445  

           527.464  

           553.981  

95,21

           154.117  

7,02

           630.835  

Mamou

                         140.068  

       318.738  

           148.095  

           170.643  

86,79

             58.941  

5,41

           178.670  

Dalaba

                             64.402  

       136.320  

             61.150  

             75.170  

81,35

             27.171  

5,02

           71.918  

Pita

                         123.298  

       277.059  

           122.476  

           154.583  

79,23

             56.049  

4,94

           153.761  

Région administrative de Mamou

                         327.768  

      732.117    

           331.721  

           400.396  

82,85

           142.161  

5,15

           404.349  

Labé

                         164.900  

       318.633  

           142.471  

           176.162  

80,87

             56.910  

5,60

          153.733  

Lélouma

                             59.095  

       162.634  

             68.098  

             94.536  

72,03

             29.838  

5,45

           103.539  

Koubia

                             41.291  

       101.171  

            45.826  

             55.345  

82,80

             16.787  

6,03

             59.880  

Mali

                             99.533  

       290.320  

           136.279  

           154.041  

88,47

             42.699  

6,80

           190.787  

Tougué

                             52.654  

       122.959  

             55.029  

             67.930  

81,01

             21.859  

5,63

             70.305  

Région administrative de Labé

                         417.473  

       995.717

           447.703  

           548.014  

81,70

           168.093  

5,92

           578.244  

Faranah

                         135.519  

       280.511  

           136.100  

           144.411  

94,24

             34.707  

8,08

           144.992  

Kissidougou

                         148.330  

       283.609  

           136.030  

           147.579  

92,17

             40.133  

7,07

           135.279  

Dabola

                             80.543  

       182.951  

             86.339  

             96.612  

89,37

             25.797  

7,09

           102.408  

Dinguiraye

                             67.797  

       195.662  

             94.416  

           101.246  

93,25

             26.875  

7,28

           127.865

Région administrative de Faranah

                         432.189  

       942.733  

           452.885  

           489.848  

92,45

           127.512  

7,39

           510.544  

N'Zerekoré

                         228.733  

       396.118  

           192.853  

           203.265  

94,88

             62.095  

6,38

           167.385  

Beyla

                         139.889  

       325.482  

           159.900  

           165.582  

96,57

             38.182  

8,52

           185.593  

Gueckedou

                         152.175  

       291.823  

           138.205  

           153.618  

89,97

             45.397  

6,43

           139.648  

Lola

                             85.202  

       175.213  

             83.286  

             91.927  

90,60

             29.205  

6,00

             90.011  

Macenta

                         148.887  

       298.282  

           142.690  

           155.592  

91,71

             45.458  

6,56

           149.395  

Yomou

                           65.660  

       176.664  

             86.377  

             90.287  

95,67

             18.124  

9,75

           111.004  

Région administrative de N'Zérékoré

                         820.546  

   1.663.582  

          803.311    

           860.271  

93,38

           238.461  

6,98

           843.036  

Total

                     5.061.191  

10.628.972    

       5.142.088  

       5.486.884  

93,72

       1.488.136  

7,14

       5.567.781  


La colonne « Différence » exprime le nombre de Guinéens de moins de 18 ans et d’étrangers résidents (donc ne faisant pas partie du corps électoral) !

Maintenant analysons la structure de la population de la région administrative de Kankan et comparons-la à celle des autres régions, particulièrement à celle de la région de Conakry !

Notons :

  • La moyenne de la taille des ménages (nombre de personnes vivant dans un ménage) de la région administrative de Kankan est curieusement largement supérieure à celle de tout le pays. Ainsi 15 personnes vivraient en moyenne à Mandiana contre seulement 6 personnes à Kaloum, Dixinn et Ratoma et 7 personnes à Matoto et Matam ! De même la taille des ménages de Beyla (8) est supérieure à celle de toutes les communes de Conakry! Est-ce une coïncidence ?
  • Les personnes de moins de 18 ans de nationalité guinéenne et étrangère non scolarisées (parce que trop jeunes ou ayant abandonné l’école etc…), les élèves du primaire de nationalité guinéenne et étrangère, ceux du collège et du lycée de moins de 18 ans (peu importe la commune de l’établissement scolaire), et les personnes de nationalités étrangères de plus de 18 ans, résidant dans la commune de Kaloum, seraient selon le RGPH- 3 au nombre de… 1785. Concernant Dixinn et Matam on parle respectivement de 13.887 et de 25.403. Ces chiffres sont étrangement très bas !
  • Les populations de Guinéens de moins de 18 ans et d’étrangers de toutes les régions administratives du pays, hormis celles de Mamou (404.349) et Faranah (510.544), sont plus nombreuses que celles de Conakry (515.199) !
  • Le nombre de Guinéens de moins de 18 ans et d’étrangers de la région administrative de Kankan (1.208.834) est étrangement très élevé! Il est même supérieur :

-         au corps électoral des régions administratives de Boké(450.610), de Mamou (327.768) et de Labé (417.473) réunies (1.195.851),

-         au corps électoral des régions de N’Zérékoré (820.546) et de Mamou (327.768) réunies (1.148.314),

-         au corps électoral des régions de Kindia (682.445) et de Boké (450.610) réunies (1.133.055),

-         au corps électoral des régions de Kankan (777.495) et de Labé (417.473) réunies (1.194.968),

-         au corps électoral des régions de Kankan (777.495) et Mamou (327.768) réunies (1.105.263),

-         à la population totale de Faranah (942.733), Labé (995.717), Mamou (732.117) ou de Boké (1.081.445) !!!

-         Ainsi de suite…

 

  • Tous les démographes sont d’avis qu’il existe, en principe, une certaine corrélation entre le corps électoral (population nationale de plus de 18 ans) et les populations mineures et étrangères. Parce que ce sont, en général, ces personnes majeures qui sont parents ou tuteurs des mineurs et hôtes des étrangers. Cependant, les résultats préliminaires du RGPH3 violent, à maints endroits, ce principe. Quelques exemples :

 

  1. 1.Bien que le corps électoral de Dixinn (123.400) et celui de Matam (118.255) réunis (241.655) soit plus grand que celui de Siguiri (233.859), les Guinéens de moins de 18 ans et les étrangers de Siguiri (461.590) seraient 11 fois plus nombreux que ceux de Dixinn (13.887) et Matam (25.403) réunis (39.290). La sous-préfecture de Siguiri-Centre (188.456) serait même beaucoup plus peuplée que Dixinn(137.287) et Matam (143.658) et presqu’autant peuplée que les communes de Dixinn (137.287) et Kaloum (62.675) réunies (199.!
  2. 2.Bien que le corps électoral des communes de Matoto (437.251) et de Ratoma (412.869), à elle seules (850.120), soit plus élevé que celui des préfectures de Kankan, Siguiri, Kérouané, Mandiana et Kouroussa (région administrative de Kankan), réunies (777.495), et que celui de la région de Conakry (1.152.665) soit 1,5 fois plus grand que celui de la région de Kankan, il ressort de ce RGPH 3:

     - La préfecture de Siguiri (461.590), à elle seule, aurait presqu’autant de Guinéens âgés de moins de 18 ans et d’étrangers que les communes de Kaloum, Dixinn, Matam, Matoto et Ratoma réunies (région de Conakry 515.199). Notons que le corps électoral de cette région de Conakry (1.152.665) fait 5 fois celui de la préfecture de Siguiri (233.859) !

- Les personnes âgées de moins de 18 ans et les étrangers résidant dans la région administrative de Kankan (1.208.834) seraient presque 2,5 fois plus nombreuses que celles de Conakry (515.199)

- Le nombre de personnes âgées de moins de 18 ans et d’étrangers de Kankan (1.208.834) serait plus élevé que celui de l’ensemble des Guinéens âgés de 18 ans et plus, résidant à Conakry (1.152.665), c’est-à-dire le corps électoral de Conakry.

 

  1. 3.Bien que le corps électoral de Dixinn (123.400) soit presqu’égal à celui de Beyla (139.889), il se trouve que les populations guinéennes de moins de 18 ans et étrangères de Beyla (185.593) font 13 fois celles de Dixinn (13.!
  2. 4.Le corps électoral de Dixinn (123.400) est égal à celui de Kérouané (123.645), mais les Guinéens de moins de 18 ans et les étrangers de Kérouané (87.372) seraient 6 fois plus nombreux que ceux de Dixinn (13.!
  3. 5.Le même corps électoral de Dixinn (123.400) est supérieur à celui de Kouroussa (108.098) et de Mandiana (105.140), mais les Guinéens de moins de 18 ans et les étrangers de Kouroussa (160.126) et de Mandiana (234.387) seraient respectivement 11 fois et 16 fois plus nombreux que ceux de Dixinn (13.!!!
  4. 6.Bien que le corps électoral de Matam (118.255) soit supérieur à celui de Kouroussa (108.098) et de Mandiana (105.140), il se trouve que les Guinéens de moins de 18 ans et les étrangers de Kouroussa (160.126) et de Mandiana (234.387) seraient respectivement 6 fois et 9 fois plus nombreux que ceux de Matam (25.!
  5. 7. Le corps électoral de Matoto (437.251) fait un peu moins de 2 fois celui de Siguiri (233.859), toutefois il se trouve que, selon le RGPH3, la population de Siguiri (695.449) serait supérieure à celle de Matoto (670.310) parce qu’il y aurait 2 fois plus de Guinéens de moins de 18 ans et d’étrangers à Siguiri (461.590) qu’à Matoto (233.!
  6. 8.Bien que le corps électoral de Ratoma (412.869) soit, aussi, presque 2 fois plus grand que celui de Siguiri (233.859), la population de Siguiri (695.449) serait supérieure à celle de Ratoma (653.934) parce que Siguiri (461.590) aurait presque 2 fois plus de Guinéens de moins de 18 ans et d’étrangers que Ratoma (241.065)!
  7. 9.Le corps électoral de Matoto (437.251) est 4 fois plus grand que celui de Mandiana (105.140) mais les Guinéens de moins de 18 ans et les étrangers résidant à Mandiana (234.387) sont plus nombreux que ceux de Matoto (233.059)!

10. Le corps électoral de Ratoma (412.869) est aussi 4 fois plus grand que celui de Mandiana (105.140), néanmoins Mandiana (234.387) aurait presqu’autant de Guinéens âgés de moins de 18 ans et d’étrangers que Ratoma (241.065) !  

Ainsi de suite…

Ces remarques sont non seulement invraisemblables pour tous ceux qui connaissent notre pays, mais elles heurtent surtout le bon sens !

 

 

  • Le taux de masculinité est le ratio Hommes/Femmes. Une surreprésentation de population de sexe féminin ou masculin est un indicateur de migration. En Guinée, une forte proportion de femmes est un indicateur d’émigration : Les hommes sortent et vont voir ailleurs, les femmes restent (dans 1 premier temps). Une forte proportion d’hommes est un indicateur d’immigration : les hommes viennent s’installer ici espérant trouver de meilleures conditions.

Le corps électoral des préfectures de Siguiri et de Mandiana étant composé de 53 à 57%[5] d’hommes, on devrait s’attendre, vu que ces préfectures ont été déclarées zones d’immigrations importantes, à une immigration masculine (étrangère) importante. Ainsi le taux de masculinité devrait être beaucoup au-delà de 100. Or d’après le RGHP3, ce taux est de 100,50 à Mandiana et de 101,50 à Siguiri, c’est-à-dire pour 100 femmes, on a 100,5 hommes à Mandiana et 101,5 hommes à Siguiri. Ainsi la population masculine respective est à 50,12% et à 50,37% (en fait la proportion d’hommes a diminué) ! Ainsi les flux migratoires vers les préfectures de Siguiri et Mandiana ne sont pas reflétés par les résultats du RGPH3 ! On pourrait dire la même chose pour les préfectures de Kankan, de Kérouané et de Kouroussa !!!

Maintenant, intégrons la population scolaire dans notre analyse !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Villes

Corps éléctoral

Population selon le RGDH3

Effectifs du Primaire

Effectifs du Secondaire

Total Effectifs scolaires

Différence

Kaloum

             60.890  

               62.675  

             14.924  

           9.494  

             24.418  

-       22.633    

Dixinn

           123.400  

             137.287  

             32.281  

         18.862  

             51.143  

-         37.256  

Matam

           118.255  

             143.658  

             34.316  

         26.474  

            60.790    

-         35.387  

Matoto

           437.251  

             670.310  

           178.449  

       119.549  

           297.998  

-         64.939  

Ratoma

           412.869  

             653.934  

           149.802  

         87.434    

           237.236  

           3.829  

Région spéciale de Conakry

       1.152.665  

         1.667.864  

           409.772  

       261.813  

           671.585  

-       156.386  

Kankan

           206.753  

             472.112  

             61.084  

         25.057  

             86.141  

       179.218  

Kerouané

           123.645  

             211.017  

             24.712  

           4.892  

             29.604  

         57.768  

Kouroussa

           108.098  

             268.224  

             27.532  

           7.012  

             34.544  

       125.582  

Mandiana

           105.140  

             339.527  

             28.917  

           4.937  

             33.854  

       200.533  

Siguiri

           233.859  

             695.449  

             66.849  

         21.604  

             88.453  

       373.137  

Région adminstrative de Kankan

           777.495  

         1.986.329  

           209.094  

         63.502  

           272.596  

       936.238  

Coyah

           121.480  

             264.164  

             53.118  

         28.976  

             82.094  

         60.590  

Dubreka

           123.828  

             328.418  

            45.837    

         16.998  

             62.835  

       141.755  

Kindia

           218.059  

             438.315  

             70.485  

         31.721  

           102.206  

       118.050  

Forecoriah

           114.940  

            244.649    

             33.901  

           8.111  

             42.012  

         87.697  

Telimélé

           104.138  

             283.639  

             32.458  

           6.500  

             38.958  

       140.543  

Région administrative de Kindia

           682.445  

         1.559.185  

           235.799  

         92.306  

           328.105  

       548.635  

Boké

           194.548  

             449.405  

             70.170  

         31.786  

           101.956  

       152.901  

Boffa

             97.895  

             211.063  

             29.826  

           7.534  

             37.360  

         75.808  

Fria

             50.197  

               96.527  

             20.987  

         10.322    

             31.309  

         15.021  

Gaoual

             55.768  

             194.245  

             22.051  

           2.859  

             24.910  

       113.567  

Koundara

             52.202  

             130.205  

            20.651  

           2.914  

             23.565  

         54.438  

Région administrative de Boké

           450.610  

         1.081.445  

           163.685  

         55.415  

           219.100  

       411.735  

Mamou

          140.068    

             318.738  

             54.667  

         14.773  

             69.440  

       109.230  

Dalaba

             64.402  

             136.320  

             24.454  

           4.227  

             28.681  

         43.237  

Pita

           123.298  

             277.059  

             39.437  

           7.558  

             46.995  

       106.766  

Région administrative de Mamou

           327.768  

             732.117  

           118.558  

        26.558    

           145.116  

       259.233  

Labé

           164.900  

             318.633  

             53.033  

         19.486  

             72.519  

         81.214  

Lélouma

             59.095  

             162.634  

            21.022    

           3.515  

             24.537  

         79.002  

Koubia

             41.291  

             101.171  

             13.723  

           2.066  

             15.789  

         44.091  

Mali

             99.533  

            290.320  

             33.165  

           4.659  

             37.824  

       152.963  

Tougué

             52.654  

             122.959  

             19.295  

           4.215  

             23.510  

         46.795  

Région administrative de Labé

           417.473  

             995.717  

           140.238  

         33.941  

           174.179  

       404.065  

Faranah

           135.519  

             280.511  

             37.979  

         11.572  

            49.551    

         95.441  

Kissidougou

           148.330  

             283.609  

             46.924  

         15.948  

             62.872  

         72.407  

Dabola

             80.543  

             182.951  

             23.274  

           4.517  

             27.791  

         74.617  

Dinguiraye

             67.797  

             195.662  

             18.830  

           3.138  

             21.968  

       105.897  

Région administrative de Faranah

           432.189  

             942.733  

           127.007  

         35.175  

           162.182  

       348.362  

N'Zerekoré

           228.733  

             396.118  

             76.881  

         32.145  

           109.026  

         58.359  

Beyla

           139.889  

             325.482  

             30.675  

           6.715  

             37.390  

       148.203  

Gueckedou

           152.175  

             291.823  

             49.587  

         18.548  

             68.135  

         71.513  

Lola

             85.202  

             175.213  

             31.768  

         10.637  

             42.405  

         47.606  

Macenta

           148.887  

             298.282  

             44.888  

         13.594    

             58.482  

         90.913  

Yomou

             65.660  

             176.664  

             28.204  

         10.092  

             38.296  

         72.708  

Région administrative de N'Zérékoré

           820.546  

          1.663.582  

           262.003  

         91.731  

           353.734  

       489.302  

Total

       5.061.191  

       10.628.972  

       1.666.156  

       660.441  

       2.326.597  

 


Ici, la colonne « Différence » représente le nombre de Guinéens de moins de 18 ans et d’étrangers (tous âges confondus) non inscrits dans un établissement scolaire! Pour simplifier, on dira « non-scolarisés » !

Pour les puristes, soulignons ici que parmi ces élèves (2.326.597) certains avaient plus de 18 ans. Ceux-ci figurent donc, en principe, sur le fichier électoral. Toutefois, leur nombre pourrait être compensé par celui des nouveaux inscrits au CP1 (1ere année) pour l’année scolaire 2013-2014 et des élèves de moins de 18 ans des écoles professionnelles.

La structure abracadabrante de la population de la région administrative de Kankan ayant déjà fait, plus haut, l’objet d’une analyse, il ne sera fait mention ici que de quelques remarques.

Notons :

  • IL EST INDENIABLE ICI QU’UNE GRANDE PARTIE (156.386) DE LA POPULATION SCOLAIRE DE CONAKRY N’A PAS ETE PRISE EN COMPTE PAR LE RGPH 3.

    S’il est évident qu’une bonne partie des élèves, surtout ceux du secondaire, ne résident pas dans la commune de leurs établissements scolaires, on peut affirmer sans risque de se tromper que l’écrasante majorité des élèves de la région de Conakry (671.585) sont des résidents de ladite région. Si, en plus, on comptabilise les Guinéens de moins de 18 ans non scolarisés, parce que trop jeunes ou ayant abandonné l’école ou n’y étant jamais inscrits, et les étrangers résidents, il est alors manifeste que la population de Conakry est largement sous-estimée !!!

     

  • Le nombre de Guinéens de moins de 18 ans non-scolarisés et d’étrangers non-scolarisés de la région de Kankan (936.238) serait :

  • supérieur à celui de toutes les autres régions du pays,

  • supérieur à celui de Conakry (0 !), des régions de Kindia (548.635) et Faranah (348.362) réunies (896.997),

  • supérieur à celui de Conakry (0 !), des régions de N’zérékoré (489.302) et Labé (404.065) réunies (893.367) ou encore

  • presqu’égal à celui de Conakry (0 !), des régions de Kindia (548.635) et Boké (411.735) réunies (960.370). Et ainsi de suite…

     

  • Je vous laisse le temps de méditer la sagesse de cette perle particulière: Le nombre de Guinéens de moins de 18 ans et d’étrangers non scolarisés de la région administrative de Kankan (936.238) serait :

     

       - non seulement supérieur au corps électoral des régions administratives de Kankan(777.495), de N’Zérékoré (820.546), de Kindia (682.445), de Boké (450.610), de Faranah (432.189), de Labé (417.473) et de Mamou (327.768),

     

       - mais aussi supérieur ou égal à la population totale de Mamou (732.117) ou de Faranah (942.733) et

     

  • serait presque 1,5 fois supérieur à la somme des collégiennes et collégiens, lycéennes et lycéens des régions administratives de Conakry (261.813), Kindia (92.306), Boké (55.415), Mamou (26.558), Labé (33.941), Faranah (35.175), N’Zérékoré (35.175) et Kankan (63.502), c’est-à-dire du total des effectifs du secondaire de toute la Guinée (660.441) !!! Wow ! Djoboti !!! Patissanganâ !!! Ce qui ne laisse rien présager de bon pour la jeunesse de la région administrative de Kankan !

     

           Pour finir :

  • Savourez cette « blague » : Le total (1.394.427) des Guinéens de moins de 18 ans et des étrangers résidant dans la région administrative de Kankan (1.208.834) et dans la préfecture de Beyla (185.593) serait presqu’égal à l’ensemble des élèves du primaire (1.426.387) des communes de Kaloum, Dixinn, Matam, Matoto, Ratoma (région de Conakry), des préfectures de Coyah, Dubréka, Kindia, Forécariah, Télémilé (région de Kindia), de Boké, Boffa, Fria, Gaoual, Koundara (région de Boké), de Mamou, Dalaba, Pita (région de Mamou), de Labé, Lélouma, Koubia, Mali, Tougué (région de Labé), de Faranah, Kissidougou, Dabola, Dinguiraye (région de Faranah), de N’Zérékoré, Guéckédou, Lola, Macenta, Yomou (région de N’Zérékoré excepté Beyla) !!!

     

    Avec cette démonstration de la sous-évaluation avérée de la population de la région administrative de Conakry et du déficit flagrant de plausibilité de la structure de celle de la région administrative de Kankan, il est évident que le RGPH -3 a été bâclé. Aussi est-il impératif de procéder à un nouveau recensement ! Car celui-ci est loin d’être une opération purement scientifique. Il ne répond à aucune logique démographique !

    A la fin de cette analyse, il ne serait pas incongru d’affirmer, en toute franchise, que ce recensement vaut à peine le papier sur lequel il est imprimé !

    Voilà!

    Gando Baldé

     



[3]Annuaire Statistique Enseignement Primaire 2012-2013, Ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Education Civique, Juin 2013.

[4]Annuaire Statistique Enseignement Secondaire, Ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Education Civique, Juin 2013.

 

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