Oumar Pathé Barry, héros malgré lui de la marche du 7 novembre

Sa détermination qui tranche avec son handicap fait de lui le véritable héros de la marche du Front national pour la défense de la constitution (FNDC). Aux yeux des anti-troisième mandat, il est le symbole de la conviction que les Guinéens mettent dans la lutte contre l’adoption d’une nouvelle constitution qui permettrait au chef de l’Etat de s’offrir un mandat supplémentaire à la tête du pays. Pourtant, des manifestations politiques, Oumar Pathé Barry, 27 ans, célibataire et sans enfant, a un souvenir particulièrement amer. C’est en effet à la marche du 28 septembre 2009 que ce natif de Pôrèkirè, dans la préfecture de Télemilé doit la perte de sa jambe gauche. Jambe qui lui a été amputée à la suite d’une balle qu’il avait reçue à hauteur du carrefour Cosa, ce jour de sinistre mémoire. Mais incapable de refréner la tendance à la lutte qui bouillonne en lui et son insatiable désir de faire valoir ses droits et ses opinions, il était, s’appuyant sur ses deux béquilles, de la marche de ce jeudi 7 novembre. Dix ans après celle qui le laissait handicapé à vie.

Des événements d’il y a dix ans, Oumar Pathé n’a pas oublié un seul détail. Mais il en parle sans aucune amertume particulière. « Ce jour-là, je revenais de chez un ami à la Tannerie. Lorsque nous sommes arrivés au carrefour Cosa, un pick-up de militaires est arrivé en toute pompe en faisant des tirs de sommation pour disperser la foule. Pris de peur, mes amis et moi avons pris la fuite pour aller nous mettre à l’abri. Malheureusement, c’est là que la balle m’a atteint, pas loin du genou et je suis tombé sur le coup. Il a fallu que mes amis m’aident pour que je puisse me relever », relate-t-il avec lucidité.

Au-delà du tir qui l’avait atteint, c’est surtout le climat de terreur dans lequel baignait la capitale guinéenne dans le sillage des massacres du 28 septembre qui aura scellé à jamais le destin d’Oumar Pathé Barry. N’ayant pu disposer des soins adéquats à temps, il a par la suite dû se résoudre à la solution de l’amputation proposée par les médecins. «Je me souviens encore comme si c’était hier. Quand mes amis m’ont transporté à la maison, je souffrais d’une douleur que je n’avais jamais ressentie de ma vie. Et elle a duré deux jours, parce que j’avais peur de sortir de chez moi. On rentrait dans les quartiers pour traquer les gens et attraper des innocents pour un rien. Je n’ai donc pas osé me rendre à l’hôpital. Au troisième jour, je suis allé à l’hôpital Donka. Après toutes les analyses, les médecins m’ont dit que le seul recours qui me restait, c’est l’amputation». Il le dit sans apitoiement aucun. « Ce qui est fait est fait. Ce n’est pas la peine de ruminer une quelconque complainte », confie-t-il.

De fait, pour Oumar Pathé, s’il y a une seule définition à la vie, c’est le combat permanent que celle-ci requiert. Combat comme celui qu’il a mené contre son handicap pour s’offrir son diplôme de Licence en Administration des affaires d’une université de la place, il y a deux ans. Combat comme celui qu’il mène également contre le désœuvrement et l’oisiveté en gérant son kiosque de transfert de crédit non loin du Centre émetteur, à Kipé.

Mais chez lui, le diplôme universitaire et le sens des affaires n’auront pas su gommer l’engagement. Ainsi, depuis le début de la contestation anti-troisième mandat, Oumar Pathé Barry est en première ligne de toutes les manifestations appelées par le FNDC. Le handicap ne devant surtout pas justifier une quelconque démission. Il était ainsi également du cortège funèbre qui a essuyé l’attaque des forces de sécurité, le lundi 4 novembre à Bambéto. Il n’est pas naïf, mais un brin idéaliste. « Je sais que quelque fois c’est dangereux, mais je prends le risque d’aller. Parce que je crois à mon combat, à celui du FNDC, et je suis sûr que c’est pour une cause noble, pour mon bien mais aussi pour le bien de tous les Guinéens ». Toutefois, admet-il, quand les manifestations ne sont pas autorisées, pas question pour lui de mettre le nez dehors. Au président Alpha Condé, il envoie le message suivant : « Monsieur le président, s’il vous plait, renoncez à votre projet. Laissez le soin à votre successeur de consolider vos acquis ».

Indépendant et pragmatique, Oumar Pathé Barry qui vivait tout au début auprès de son oncle, loue désormais à ses propres frais une chambre à Kipé. « C’est aussi pour me rapprocher de mon lieu de travail », explique-t-il.

En reconnaissance à son courage, un appel à contribution a été lancé sur les réseaux sociaux en vue de trouver à Oumar Pathé Barry une prothèse.

Ibrahima Kindi BARRY

ledjely.com

source ; un twitt d'Asmaou Baryy Diallo