Yansané Bintou Touré: « on risque d’aller à une nouvelle transition »

 
 

Yansané Bintou Touré1 Sans élection le 31 octobre, Kory Koundiano doit être président, selon Bintou Touré du PGPDLa présidentielle s’annonce tendue. Les acteurs politiques de la mouvance présidentielle et de l’opposition s’accusent mutuellement de préparer des fraudes en enrôlant notamment des mineurs. Madame Yansané Bintou Touré, leader du Parti guinéen pour le progrès et développement (PGPD) accuse le président de la CENI d’être à l’origine de la crise politique. Elle invite Bakary Fofana à communiquer davantage avec l’opposition pour décrisper le bras de fer entre les protagonistes. Gouvernance du régime Alpha Condé, emploi jeune, éducation, la patronne du PGPD a dit tout au cours d’un entretien exclusif qu’elle nous a accordée.

Aminata.com: que vous inspire la crise politique qui sévit dans notre pays?

Madame Yansané Bintou Touré: cette crise a commencé depuis la signature de l’accord de 3 juillet entre l’opposition et la mouvance. Apparemment, selon l’opposition les conclusions n’ont pas été respectées par la mouvance. Donc, cette crise commence depuis là. Aujourd’hui je crois que cette crise perdure, elle commence à gêner les populations, à gêner le quotidien des populations. Il y a eu beaucoup de marches, beaucoup de violences, les gens sont décédés. Je crois qu’il est temps qu’on revienne à des meilleurs sentiments. J’ai l’impression qu’on tend vers une transition qui pourrait encore dégrader la situation socio-politique. Comme on est dans un pays où les droits ne sont pas respectés. On a vu ici à la mort du président Lansana Conté, normalement, c’était Aboubacar Somparé qui devait constitutionnellement le remplacer. Très malheureusement, il y a eu un coup d’Etat, c’est Moussa Dadis qui est venu comme un cheveu dans la soupe. Donc, je m’inspire de ça pour dire qu’on s’inquiète pour ne pas qu’on retombe dans une transition. On sait comment Monsieur Kory Koundiano a été désigné, ç’a fait assez de polémiques même si c’est par voie élective mais il a été proposé par le Président de la République.

Mais à la différence du coup d’Etat de 2008, l’actuel président vit encore

Oui, c’est ce que j’ai dit, une transition parce que selon les accords de 3 juillet on devrait organiser les communales avant la présidentielle. Mais aujourd’hui on est dans une tendance où on est déjà dans le champ des élections présidentielles et l’opposition n’est pas favorable. Si on continue dans ces discussions, on risque de ne pas organiser les élections présidentielles même si une date est fixée pour le 11 octobre. Mais en tant que femme en tant que mère je souhaite que ces élections soient inclusives pour le bien être des Guinéens. Quand je dis une transition, au cas où le mandat expire et qu’on n’arrive pas à organiser la présidentielle on risque d’aller à une transition.

Il y a par exemple l’UFDG de Cellou Dalein Diallo qui affirme que si le mandat d’Alpha Condé expire, il ne sera pas légitime

Quand un mandat est échu ça veut dire que le président ne représente plus le peuple qui l’a élu.

Donc, vous n’allez pas le reconnaitre en tant que président?

C’est trop dur de dire ne pas le reconnaitre. Vous savez on est dans un pays de consensus et de dialogue, le droit n’a jamais été respecté en République de Guinée. Quoi qu’on dise, il est [Alpha Condé] président de la République, si son mandat expire, c’est vrai qu’il perd sa légitimité mais il faut bien qu’on respecte la constitution en ce moment. Il y a le président de l’Assemblée nationale qui doit normalement gérer les rênes du pouvoir jusqu’à ce qu’on ait un nouveau président de la République. Donc, dire le reconnaitre ou ne pas le reconnaitre, je me méfie beaucoup de ce genre de terme. Mais ce qui reste clair, si son mandat échu, il n’a plus de légitimité, il n’a plus de légalité. Forcément, il sera remplacé par monsieur le Président de l’Assemblée nationale, constitutionnellement qui va gérer les rênes du pouvoir jusqu’à ce qu’on ait un nouveau président de la République.

Une rencontre entre acteurs politiques est prévue probablement le 15 juin prochain. Que préconisez-vous pour une sortie de crise?

La fois dernière je disais dans une émission pourquoi on continue à délivrer des agréments pour des partis politiques si on ne peut pas associer tous les partis politiques au débat national. Aujourd’hui on pousse tout le monde à choisir un camp, opposition ou mouvance. Il y a des partis politiques qui ne se retrouvent pas dans l’idéologie de ces deux camps. Je crois qu’ils ont droit aussi à la parole. Ceux qui viennent comme médiateurs doivent quand même accepter de faire recours à ces différents partis politiques même si on pense qu’ils n’ont pas assez d’électeurs. En général, les solutions viennent des gens qu’on ne consulte pas. Donc, nous sommes tous égaux en termes de constitution, c’est-à-dire que nous sommes légalement constitués comme ces différents partis parce que je n’aime pas parler des petits ou des grands partis.

Mais qu’est-ce votre parti propose pour une sortie de crise?

Ce n’est pas la première fois que je me prononce sur ça. Lors de la conférence de presse, j’ai traité le président de la CENI de sourd-muet ça veut dire qu’il ne parle pas, il ne discute pas, il ne consulte pas, il ne dit rien. Le pays brûle par ses faits et agissements. Si la CENI a proposé un calendrier qui ne fait pas l’unanimité, je crois que la hauteur voudrait que le premier responsable de l’institution invite les uns et les autres autour de la table pour dire avec des preuves techniques qu’on doit aller aux élections présidentielles. C’est à CENI de convaincre les acteurs politiques. A un moment donné on doit dépolitiser les institutions. Aujourd’hui le nerf de ce dialogue c’est la CENI. C’est la CENI qui veut déroger à la loi. Quand on veut déroger à la loi, ce n’est pas interdit mais il faut donner des arguments techniques irréfutables pour que les uns et les autres comprennent pourquoi on ne peut pas aller aux élections locales mais aux élections présidentielles. Le dernier ressort revient à la CENI.

Vous avez dénoncé la gouvernance du président Alpha Condé. Il a lui-même dit qu’il a hérité d’un Etat en faillite. Qu’est-ce que vous lui reprochez? Pensez-vous qu’il n’a pas fourni assez d’effort?

Au PGPD nous sommes partisans des idéaux qui veulent qu’on fasse son résultat. Certes il y a eu assez de lacunes, assez de faiblesse depuis l’avènement du multipartisme en Guinée. Mais le Pr. Alpha Condé a vécu dans une des nations les plus démocratiques au monde, c’est la France. Il a fait plus de 30 ans. Je crois que la plus simple de chose, c’est de nous ramener les valeurs élémentaires de la démocratie. Il faut reconnaitre aussi que tout n’est pas négatif. On dit souvent que chaque pouvoir a son point faible et son point fort.

Vous dénoncez sur le côté ethnocentriste du régime de M. Condé?

Quand on a voulu rédiger notre projet de société, nous nous sommes partis rencontrer les populations. Nous les avons écoutés. Nous avons compris que ces populations pensent que cette gouvernance est caractérisée par l’ethnocentrisme, le favoritisme, la médiocrité, … C’est le sentiment de la population. Quand on voit les décrets qui passent à la télévision on sent que ce n’est pas inclusif. Les gens ont ce sentiment. Je pense qu’on ne doit pas se rejeter la balle. C’est lui qui est président de la République, c’est lui qui doit donner de bilan. La dernière fois je disais que si le président arrive à lancer le barrage Kaléta, il aura contribué au développement de la Guinée. Cela veut dire que si en cinq ans on a pu faire un barrage, pendant 24 on aurait pu faire 4 barrages. Je vois la Cité Plazza, je ne sais pas sur quelle base on a concocté ce projet, je ne sais pas si c’est un BOT. Il faut reconnaitre qu’aujourd’hui que les populations à la base n’ont pas d’information, on voit seulement des édifices sauf qu’on ne sait pas comment ça se passe. Certes il y a des choses qui sont en train d’être réalisées, tout n’est pas négatif mais là où on l’attendait c’est surtout au niveau des droits de l’homme. Il a vécu dans une des nations les plus démocratiques au monde mais malheureusement on continue de tirer à bout portant sur les manifestants, on continue de priver les Guinéens des droits élémentaires. On a vu des leaders politiques confinés chez eux pour ne pas qu’ils manifestent leur droit constitutionnel même si ces manifestations sont émaillées des violences, des morts, … Sincèrement le droit le plus élémentaire d’un individu c’est sa liberté d’expression, c’est sa liberté de mouvoir.

Vous êtes conseillère juridique au ministère de la jeunesse et de l’emploi des jeunes dirigé par Moustapha Naïté. Comment se passe votre cohabitation?

Naïté est venu au ministère déjà on avait créé notre parti politique. C’était en ce temps Bantama Sow [actuel ministre des Guinéens de l’étranger, NDLR] qui était ministre de la jeunesse. Quand le parti a été créé, j’ai eu des relations exécrables avec le ministre Bantama. Mais Naïté comprend que tout Guinéen a la liberté d’expression, a la liberté de s’associer, de créer un parti politique. Jusqu’à preuve de contraire je ne vois pas une loi qui interdit cela. On cohabite très bien. Je pense que je fais mon travail de conseillère juridique. Je n’associe pas mon travail à la politique. Je suis conseillère juridique de 8h30 à 16h30. Je crois qu’à partir de 16h30 je le droit d’être la présidente du Parti guinéen pour le progrès et le développement (PGPD). On me dit souvent que je suis dans le système et je critique. C’est normal, en France, il y a les frondeurs. Moi je ne suis pas dans le système pour le moment. Je suis dans l’administration. Et l’administration est impartiale.

Vous êtes une femme, comment vous parvenez à concilier le foyer, votre formation politique et votre poste de conseillère juridique?

Il faut dire que c’est un peu difficile. C’est le moment de remercier mon conjoint lui aussi a découvert en moi depuis longtemps ce potentiel de femme publique, de femme engagée. Je crois qu’il me facilite la tâche. Je fais tout pour ne pas léser le foyer. C’est ce qui est difficile c’est quand on est dans une activité publique et qu’on lèse son conjoint. Il y a une compréhension, une confiance et un respect mutuel. Je fais tout dans le respect du foyer. On dit souvent qu’une femme qui n’a pas pu gérer un foyer ne peut pas gérer un pays. Je dois pouvoir allier les deux pour qu’un jour je puisse gérer cette nation.

Vous avez annoncé votre candidature à la présidentielle de cette année. Pouvez-vous nous dire le programme de votre parti sur les propositions pour un plein emploi des jeunes?

Dans notre programme, il y a un axe sur la création de l’emploi. Aujourd’hui il faut reconnaitre que le chômage de jeunes est endémique. Tous les gouvernements s’attèlent à converger pour l’amélioration de l’employabilité des jeunes. Dans 10 ou 20 ans si on ne s’occupe pas des jeunes, ils vont s’occuper de nous. Notre programme s’accentue sur la formation. Quand vous prenez l’emblème du parti, nous avons un livre et une colombe-la-dessus avec un épi au bec. Le livre symbolise tout ce qui est éducation. Nous avons intérêt à ce que nos jeunes soient éduqués. Nous voulons donner une qualification à la formation de jeunes pour que cette qualification s’adapte à l’économie du temps moderne. Nous avons beaucoup des jeunes sur le marché de l’emploi malheureusement qui n’ont pas de qualification. Nous avons dit par exemple au niveau du primaire qu’il est important de ramener la gratuité les manuels scolaires. La Guinée doit accepter de donner gratuitement les manuels scolaires aux enfants. C’est bien possible. Aujourd’hui nous avons des ministres qui reçoivent des salaires faramineux, qui ont beaucoup de carburant. L’Etat fait beaucoup de dépenses. Je crois que si on fait la rationalisation de dépenses, nous pouvons faire beaucoup de choses pour nos jeunes. Ça nous permettra d’abord de donner la gratuité de manuels scolaires, le quartier où j’habite, y a des élèves qui n’ont pas allé à l’école à cause de 300 000 GNF parce que les parents n’ont pas le frais de scolarisation. Nous avons pensé aussi qu’il faut développer l’enseignement professionnel. Malheureusement, l’enseignement professionnel est le parent pauvre en République de Guinée. Il y a une pratique qui n’est pas reluisante, c’est du fait d’envoyer les ressources des universités publiques dans les universités privées. Nous avons le système LMD, ce n’est pas pour le dénigrer mais quand vous écoutez nos étudiants qui ont fait ce système, sincèrement ce n’est pas intéressant. Je crois qu’il faut repenser l’éducation. Donc la base c’est la formation, la qualification de l’école guinéenne. Nous avons beaucoup des diplômés sans emploi mais la base, c’est le manque de formation.

Le deuxième volet, nous avons une politique nationale de la jeunesse de huit axes qui convergent vers l’amélioration de l’emploi des jeunes. Je suis très mal placée pour dénigrer la feuille de route qui a été mise en place quand on était à Kamsar, j’ai participé, mon avis a été demandé, je crois que pour être honnête si ce n’était pas Ebola, on aurait quand même faire beaucoup de choses pour la jeunesse guinéenne. Dans notre programme, c’est la formation qui doit s’adapter au marché de l’emploi.

Entretien réalisé par Alpha Oumar Diallo pour Aminata.com

Loi qui autorise les forces de l’ordre à tirer: « j’ai voté en sa faveur », avoue le député David Camara

L’Honorable David Camara de la mouvance présidentielle a donné son avis ce mercredi 10 juin sur la nouvelle loi pourtant sur le maintien de l’ordre. Une loi qui a été votée la semaine dernière par le Parlement guinéen et qui devrait être promulguée par le Président de la République dans les prochains jours.

David-Camara

Le président de la Commission Parlementaire Ressources Naturelles, Environnement et Développement Rural affirme: « C’est une loi que j’ai voté, en bonne connaissance de cause. Cette loi sur l’utilisation possible ou la possibilité d’utiliser des armes à feu, je l’ai voté personnellement sans état d’âme, parce qu’il faut reconnaitre que dans le cadre du maintien de l’ordre, les forces de l’ordre qui sont là pour veiller à l’ordre public, généralement on les interdits toute utilisation d’armes à feu, c’est des armes conventionnelles qu’ils doivent utiliser. Cependant, ils se trouvent parfois en situation où ils sont véritablement agressés par la partie opposée soit par des cailloux, soit par des armes blanches ou même par des armes à feu. Donc, un agent des forces de l’ordre qui se trouve agressé manifestement, qui se trouve en situation de légitime défense, il n’a d’autre choix que de se défendre s’il a une arme à feu sur lui. Je ne vois pas pourquoi il ne s’en servira pas. Ceci est valable autant pour des agents de la sécurité que pour n’importe quel citoyen qui serait en détention d’une arme à feu autorisée légalement peut s’en servir pour se défendre ».

L’unique député de la Nouvelle Génération pour la République (NGR) a précisé qu’après l’utilisation d’arme à feu, la personne s’expliquera devant la Justice qu’il s’agissait effectivement d’un cas de légitime défense’’. C’est pourquoi ajoute-t-il, ‘’cette session des lois a enregistré également d’autres lois dans ce sens-là, dont la réorganisation du système judiciaire guinéen’’.

Il a évoqué les raisons qui ont amené des parlementaires guinéens a voté une telle loi,  ‘’je suis tout à fait d’accord avec cette loi qui a été votée. Je pense que laGuinée a évolué et continue à évoluer dans une ambiance de pagaille, de laisser aller totale et aucun pays ne peut fonctionner de cette façon. Il faut qu’à un moment donné qu’on sente qu’il y’a une autorité. Vous ne pouvez pas impunément vous retournez contre les forces de l’ordre et que cela reste comme ça. Si les gens savent qu’en se retournant contre les forces de l’ordre de façon inopinée, ils peuvent s’exposer à l’usage d’armes à feu, je pense qu’ils réfléchiront à deux fois avant de procéder de la sorte’’.

Mais à quelle occasion les agents de maintien d’ordre sont-ils habilités à cette utilisation d’armes à feu ? David Camara répond : « ça ne veut pas dire que les agents de maintien d’ordre sont habilités tout de suite à l’utilisation d’arme à feu. Ça doit être un recours de dernier ressort après les gardes fous. C’est pour cette raison que le ministre en charge de la sécurité doit prendre toutes les dispositions pour que les forces de l’ordre soient davantage sensibilisées ».

Il a enfin reconnu tout de même que les forces de l’ordre ont bénéficié une assistance assez soutenue de la part de la France pour ce qui est de leur formation. Rien que de par leur agissement aujourd’hui, on sent qu’il y’a une nette amélioration comparativement aux années passées, a-t-il commenté.

De son côté le président du groupe parlementaire de la majorité  présidentielle Amadou Damaro a dit que cette loi détermine les responsabilités des uns et des autres en ce qui concerne les forces de l’ordre en cette phase de la réforme de l’armée guinéenne.

Damaro de citer quelques articles de ladite loi dit que : « Dans son article premier, cette loi a pour objet de définir les règles applicables aux opérations de maintien de l’ordre public en Guinée. La présente loi dit en son article 2, le maintien de l’ordre public est l’ensemble des mesures visant à prévenir les atteintes à l’ordre public et les établir lorsqu’il est troublé. Le maintien d’ordre public a pour objectif de garantir les conditions d’une vie paisible, des groupes et des individus tout en conciliant l’expression de leur droit avec le respect des intérêts de l’État. Dans son article 3, il est dit que le maintien de l’ordre public est assuré par les forces de sécurité qui sont instituées pour préserver la sécurité  publique, veiller à l’exécution des lois et règlements, protéger les institutions, l’environnement, les personnes et les biens, etc. »

Oumar M’Böh pour Aminata.com
 

La délégation spéciale de Kaloum et les jeunes du RPG remettent la ''clé'' de la ville à Alpha Condé

 

Reçu de Kbarrie

www.guineeinformation.fr

 

 

« Réinventer » les médias africains, ou du moins essayer avec les outils numériques

 

Des reporters du quotidien "The Citizen Newspaper", dans leur rédaction à Juba au Soudan du Sud.
Des reporters du quotidien "The Citizen Newspaper", dans leur rédaction à Juba au Soudan du Sud. Crédits : REUTERS

Depuis le fond de la salle de conférence du campus numérique francophone, à Dakar, où s’est tenu l’atelier « Réinventer les médias » du 22 au 24 mai, Eugénie Aw-Ndiaye lâche sur le ton de la boutade : « Votre langage n’est pas forcément compris par tous, on dirait que vous constituez une secte ! ». Cette journaliste âgée d’une soixantaine d’années, ancienne directrice du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), vient de lancer le débat. Presque tous les intervenants qui défileront à la tribune prendront soin de préciser : « Nous ne sommes pas une secte ! ».

Drôle de « secte » que ces journalistes et experts des médias au vocable technique panachant français et anglais avec aisance. Comme si cela allait de soi. Et qu’importe si Bernard Chenuaud, directeur adjoint pour l’Afrique de CFI, l’Agence française de coopération médias, avait mis en garde contre l’usage de certains termes techniques durant les sessions. Le fait est que de nombreux auditeurs ne comprennent pas certains termes « franglais ». Pas de quoi ni décourager ni surprendre l’ancien animateur de l’Atelier des médias sur RFI Philippe Couve, qui semble se réjouir de cet électrochoc qui permet d’entrer de plain-pied dans le vif du sujet.

(Ré)concilier journalistes, blogueurs et codeurs

Pour le blogueur sénégalais Cheikh Fall, désormais responsable numérique du groupe de presse sénégalais, Futurs Médias, les journalistes ont tort d’avoir « peur » d’embrasser les nouvelles technologies. Lui pointe les réticences de certains journalistes à considérer les blogueurs et autres amateurs producteurs d’informations. « Cela crée parfois une crainte des professionnels de se voir damer le pion par des gens pas forcément de leur milieu », constate Cheikh Fall. Un constat partagé par Bernard Chenuaud : « Ce serait bien d’amener ces patrons des médias classiques à intégrer cette dimension technologique dans leurs démarches en incitant leurs éléments à s’inscrire dans la formation à distance dénommée Massive Online Open Cours (MOOC), deuxième phase du programme Afrique innovation ».

Lire aussi : Foire d’empoigne sur la TNT africaine

Les médias africains n’ont plus vraiment le choix : s’adapter au virage technologique ou risquer de disparaître. Avec le passage à la télévision numérique terrestre (TNT), la normalisation du HTML 5, l’adaptation à la consommation mobile, les médias doivent indéniablement se transformer et les journalistes évoluer.

« Chez nous, on met les codeurs avec les journalistes pour travailler sur les données, construire des contenus interactifs. Dans les sociétés connectées à Internet, l’accès aux données est important. Dans ce domaine, il y a un petit retard sur le plan numérique que l’Afrique francophone doit résorber », souligne Antoine Laurent, de l’ONG Code For Africa qui prône l’association de compétences journaliste codeur. Pour ce faire, la formation constitue un enjeu considérable. « Il faut faire prendre conscience aux journalistes qu’il y a un problème fondamental de contenu dans les technologies de l’information et de la communication et qu’ils doivent innover », souligne Eugénie Aw-Ndiaye. La « secte » des journalistes usant de la palette d’écriture numérique se cherche encore mais se structure.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/05/25/reinventer-les-medias-africains-ou-du-moins-essayer-avec-les-outils-numeriques_4640172_3212.html#4GtqT0PxA44hUUHH.99

Présidentielle 2015: Dadid, l'inconnu joker de 25ème Heure

 

Présidentielle 2015: A qui profite la candidature de Dadis?
 

L’annonce de la candidature  de l’ex-Capitaine Moussa Dadis Camara à la présidentielle du 11 octobre prochain, continue à alimenter les débats en Guinée.

En exil forcé à Ouagadougou depuis 2010, l’entrée en politique de l’ex-Chef de la junte militaire, qui avait pris le pouvoir au lendemain de la mort du feu président Lansana Conté,  suscite de vives réactions en Guinée.

Perçu comme un probable allié ou adversaire politique, le retour  de Moussa Dadis Camara sur la scène politique impose une nouvelle configuration du paysage politique guinéen.  L’électorat de la région forestière (sa région natale) où il peut compter des nombreux  adhérents, est un  enjeu majeur pour la présidentielle. Une probable alliance avec le camp présidentiel constituerait un argument pour faire réélire Alpha Condé à un 2ème mandat. S’il (Dadis ndlr) bascule dans l’Opposition pour faire  front commun contre Alpha Condé, ça sera un scénario compliqué pour le Parti au Pouvoir qui ne pourra pas franchir le cap avec son seul fief, qui est la Haute Guinée.

En tout cas la méfiance est de mise du côté de la classe politique guinéenne. De la Mouvance, comme de l’Opposition, les réactions et les déclarations  sont mesurées à la lettre, même si on est conscient du dossier sur le massacre du 28 septembre qui pourrait peser lourd contre lui, on estime que Dadis bénéficie toujours de la présomption d’innocence et est libre de rentrer Guinée.

Mais de nombreux observateurs se posent la question de savoir, quelles sont les chances de Dadis de réussir son pari, c’est-à-dire,  rentrer en Guinée et exercer des activités politiques d’autant plus que c’est à cause de sa candidature à la présidentielle que les 157 civils avaient été tués au stade du 28 septembre en 2009 par les forces de l’ordre.

Selon certaines indiscrétions, le pouvoir de Conakry, qui subti malgré tout la pression de la communauté internationale sur la situation du dossier du 28 septembre, est bouleversé depuis l’annonce de la candidature de sécrets seraient en cours, ajoute notre source, pour dit-on, négocier un éventuel retour de  Dadis Guinée, à condition qu’il soutienne le Parti au pouvoir. Mais le respect d’un tel accord politique suscite des inquiétudes étant donné qu’on est en politique, et que tout peut basculer à la dernière minute.

En tout état de cause, l’annonce de la candidature de Dadis est non seulement un enjeu majeur pour la présidentielle de 2015, mais aussi elle pourrait permettre d’accélérer la procédure judicaire et éclairer la lanterne des uns et des autres sur le massacre du 28 septembre 2009, où les victimes et leurs familles attendent toujours que justice leur soit rendue.

Reçu d'Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com