Tout sur Michaëlle Jean, successeure d'Abdou Diouf à la la tete de l'oif

 

Michaëlle Jean
Image illustrative de l'article Michaëlle Jean
Fonctions
3e secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie
(élue)
En attente d'investiture – 1er janvier 2015
Prédécesseur Abdou Diouf
27e gouverneur général du Canada
27 septembre 20051er octobre 2010
Monarque Élisabeth II
Premier ministre Paul Martin
Stephen Harper
Prédécesseur Adrienne Clarkson
Successeur David Lloyd Johnston
Biographie
Nom de naissance Michaëlle Jean
Date de naissance 6 septembre 1957 (57 ans)
Lieu de naissance Port-au-Prince (Haïti)
Nationalité Canadienne
Conjoint Jean-Daniel Lafond
Diplômé de Université de Montréal
Profession Journaliste
Religion Catholique
 

Michaëlle Jean
Gouverneurs généraux du Canada

Michaëlle Jean (née Marie Michaëlle Eden Jean le 6 septembre 1957 à Port-au-Prince, Haïti[1]) est une animatrice de télévision et journaliste canadienne qui occupa de septembre 2005 à septembre 2010, le poste de gouverneur général du Canada. Elle fut la troisième femme à occuper ce poste après Jeanne Sauvé et Adrienne Clarkson. Polyglotte, elle parle cinq langues (français, anglais, espagnol, italien et créole haïtien).

Michaëlle Jean est désignée Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie le 30 novembre 2014 lors du XVe Sommet de la francophonie à Dakar[2], devenant ainsi la première femme nommée à ce poste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Michaëlle Jean est née à Port-au-Prince, en Haïti. Elle tisse également des liens avec la ville de Jacmel où elle passe des étés et des weekends[3]. Sa famille fuit Haïti en 1968, alors que François Duvalier est au pouvoir, et s'établit à Thetford Mines, au Québec. Sa famille fut reconnue comme étant la première famille afro-américaine à s'établir dans la région de l'Amiante[réf. nécessaire].

Après un baccalauréat en langues et littératures hispaniques et italiennes, elle obtient une maîtrise en littérature comparée à l'université de Montréal. Après ses études, elle enseigne, puis travaille pour un groupe qui aide les femmes victimes de violences conjugales.

C'est pendant cette période qu'elle apparaît dans un documentaire produit par l'ONF. Des gens de Radio-Canada la remarquent et la société l'embauche en 1988. Par la suite, CBC Television (l'homologue anglophone de la Télévision de Radio-Canada) l'engage en 1989 grâce à son bilinguisme français-anglais. Elle anime différentes émissions, tant en français qu'en anglais. Elle est notamment lectrice de nouvelles pour Le Téléjournal et fait des entrevues de plusieurs personnalités nationales et internationales[4].

Famille[modifier | modifier le code]

Elle est mariée au cinéaste et philosophe français Jean-Daniel Lafond. Le couple a une fille adoptive de 12 ans, Marie-Éden, née en Haïti.

À noter que Jean-Daniel Lafond est né en France et Marie-Éden en Haïti, toute la famille vice-royale est née hors du Canada et des royaumes du Commonwealth, ce qui est une première pour l'histoire de la fonction[4].

Michaëlle Jean est par ailleurs la nièce du poète René Depestre[5].

Carrière[modifier | modifier le code]

Michaëlle Jean a été une animatrice et une réalisatrice avant de se faire remarquer par la Société Radio-Canada, qui l'embaucha en 1988. Elle y a travaillé à titre de reporter et animatrice pour des émissions d'information telles qu’Actuel, Montréal ce soir, Virages et Le Point. En 1995, on lui offre le poste de chef d'antenne pour de nombreuses émissions de la Télévision de Radio-Canada et du Réseau de l'information (RDI), notamment : Le monde ce soir, L'édition québécoise, Horizons francophones, Grands Reportages, Le journal RDI et RDI à l'écoute. Suite à ces nombreuses réussites, elle se joint à la chaîne anglophone de la télévision nationale, la Canadian Broadcasting Corporation (CBC), quatre ans plus tard. Elle anime Passionate Eye et Rough Cuts.

En 2001, elle devient l'animatrice du Téléjournal de Radio-Canada pour les éditions de fin de semaine. En 2003, elle anime le Téléjournal-midi.

En 2004, elle devient animatrice de sa propre émission Michaëlle diffusée en français à la Télévision de Radio-Canada et à RDI où elle fait l'entrevue de grandes personnalités.

Cette carrière télévisuelle lui a valu de nombreux prix énumérés ci-dessous[4].

Gouverneur général (2005-2010)[modifier | modifier le code]

 
Drapeau des gouverneurs généraux du Canada tout au long de leur mandat
Ce drapeau a préséance sur tous les autres drapeaux et étendards, sauf sur l'étendard personnel de la reine au Canada.

Annonce[modifier | modifier le code]

Le 4 août 2005, Paul Martin, Premier ministre du Canada, annonce que Michaëlle Jean devient le vingt-septième gouverneur général du Canada. La communauté haïtienne du pays, qui la voyait déjà comme une idole, s'est dite extrêmement réjouie de cette nomination ; certains se sont même rendus à Ottawa pour assister à son assermentation[réf. nécessaire]. Elle est la première personne noire à obtenir ce poste, la troisième femme (après Jeanne Sauvé et Adrienne Clarkson), la deuxième immigrante, deuxième personne sans passé politique et la deuxième personne de mariage multi-ethnique (après Adrienne Clarkson), la quatrième plus jeune après Lord Lorne (33 ans en 1878), Lord Lansdowne (38 ans en 1883) et Edward Schreyer (43 ans en 1979) et la quatrième journaliste (après Sauvé, Roméo Leblanc et Clarkson) à occuper ce poste. Elle est également la première femme gouverneur général à être née durant le règne d'Élisabeth II. Depuis Edward Schreyer, aucun gouverneur général n'avait vécu à Rideau Hall avec ses enfants.

Michaëlle Jean possédait lors de l'annonce de sa nomination la double nationalité. Son mari étant né en France, elle a donc acquis de facto la nationalité française lors de leur mariage. Elle décide alors de renoncer à celle-ci afin de ne pas créer d'imbroglio diplomatique étant donné le statut de commandante-en-chef des Forces armées canadiennes porté par la gouverneure générale. Le 23 septembre 2005, soit quatre jours avant son assermentation, Michaëlle Jean a été « libérée de son allégeance à l'égard de la France » par décret ministériel[1].

Le 6 septembre 2005, elle rencontre avec sa famille les membres de la famille royale au château de Balmoral, comme il est de tradition avant l'assermentation du gouverneur[6].

Investiture[modifier | modifier le code]

Dans les jours précédent sa nomination elle fréquente assidûment les cercles indépendentiste. Elle est même présente dans les fêtes du quartier Outre m'ont en 2005. Elle fréquente alors les candidats nationalistes candidats au poste de Chef du Bloc Québeçois.

Elle succède à Adrienne Clarkson le 27 septembre 2005 au cours d'une cérémonie très protocolaire au sénat canadien, où elle prononce son serment d'allégeance à la reine du Canada.

Lors de la cérémonie d'installation, la nouvelle gouverneure générale met l'accent sur la solidarité et l'importance de rapprocher les « deux solitudes ». Ce message s'inscrit même dans ses armoiries personnelles. « Il est fini le temps des « deux solitudes » qui a trop longtemps défini notre approche de ce pays. L’étroitesse du « chacun pour soi » n’a plus sa place dans le monde actuel qui exige que nous apprenions à voir au-delà de nos blessures et de nos différends pour le bien de l’ensemble. Bien au contraire, nous devons briser le spectre de toutes les solitudes et instaurer un pacte de solidarité entre tous les citoyens qui composent le Canada d’aujourd’hui. Il y va de notre prospérité et de notre rayonnement partout où l’espoir que nous représentons apporte au monde un supplément d’âme. »[7]

En qualité de gouverneur général[modifier | modifier le code]

Sa volonté de « briser les solitudes » s'inscrit, au-delà du simple rapport entre les francophones et les anglophones du Canada, dans les relations entre les différentes communautés ethniques, linguistiques, culturelles, et de genre. Ayant, parallèlement à ses études universitaires, travaillé huit ans dans des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale, elle s'est aussi attachée durant son mandat à sensibiliser les différents gouvernements, qu'ils soient provincial, fédéral, mais aussi lors de ses visites d'État en tant que chef du Canada, à la violence faite aux femmes et aux enfants. Ainsi, elle tente de rencontrer divers groupes travaillant pour cette cause à travers le pays. « Car nos enfants ne peuvent faire entendre leur voix dans le discours public, sauf celle qu'on leur prête. Alors, tant pour leur bien que pour le nôtre, parlons haut et fort, et souvent, jusqu'à ce que la violence soit éliminée. »[8]

Suivant une vieille tradition, Michaëlle Jean visitera toutes les provinces et territoires du Canada pendant sa première année de mandat. « Ce voyage s’inscrit dans cette volonté d’aller à la rencontre de mes compatriotes en vue d’instaurer un pacte de solidarité entre tous les citoyens qui forment le Canada d’aujourd’hui. »[9]. Le 27 novembre 2005, la famille vice-royale remet la Coupe Grey, fonction qui revenait habituellement au premier ministre canadien.

L'année suivante, la famille vice-royale entreprend son premier voyage international, pour assister aux cérémonies de clôture des Jeux olympiques d'hiver 2006 en Italie, où le Canada s'est fait remettre le drapeau Olympique en tant que hôte des prochains Jeux d'hiver, en 2010 à Vancouver. Le gouverneur général et sa famille ont rencontré à Turin l'ancien président de la République italienne, Carlo Azeglio Ciampi ainsi que le pape Benoît XVI.

 
Trône où prennent place les gouverneurs généraux lorsqu'ils siègent au Sénat du Canada.

Le 4 avril 2006, elle a lu le discours du trône après avoir rencontré Stephen Harper, qui en était à son premier budget fédéral.

En mai 2006, elle fait un voyage en Haïti qui inspire les jeunes Haïtiens à rebâtir leur pays[réf. nécessaire].

De retour au pays, ainsi qu'à ses occupations communes, Michaëlle Jean a ouvert le Toonik Tyme, festival d’Iqaluit au Nunavut. Lors de cette cérémonie, elle a annoncé un don de quatre-vingt livres écrits en inuktitut, français et anglais à la bibliothèque centenaire d'Iqaluit pour la commémoration du jubilé d'or d'Élisabeth II.

Michaëlle Jean a lancé un site de clavardage avec les citoyens canadiens le 27 septembre 2006. Cette initiative faisait partie d'un plus grand projet : créer un site Web où les utilisateurs pourraient dialoguer par des forums, des blogs et des chat (clavardoires) ainsi que partager leur préoccupations, idées, expériences et réussites, pour permettre à ceux-ci d'échanger avec d’autres internautes à travers le pays. Ce site a pour nom Écoute des citoyens[10].

Elle a décidé d'entreprendre un voyage d'État en Algérie, au Mali, au Ghana, en Afrique du Sud et au Maroc entre le 18 novembre et le 11 décembre 2006, « cinq pays qui méritent notre attention car la démocratie y progresse et des efforts considérables y sont déployés dans plusieurs domaines par une société civile dynamique avec le concours de nombreux coopérants canadiens » selon elle[11]. Elle a encouragé les droits des femmes dans tous les pays qu'elle a visités, plus particulièrement dans les pays musulmans.

 
Michaëlle Jean portant les insignes de l'ordre du Canada et de l'ordre du Mérite militaire le Jour du souvenir.

En tant que commandante-en-chef de l'armée canadienne, Michaëlle Jean, le 8 mars 2007, s'est rendue en Afghanistan pour visiter les soldats canadiens. Bien avant cette date, la gouverneure générale avait énoncé son désir de rendre visite aux troupes, mais le Premier ministre, Stephen Harper, l'avait informée de ne pas s'y rendre, invoquant les soucis de sécurité qu'implique sa qualité de vice-reine et de chef d'État de facto. Cette même journée, deux convois canadiens ont été attaqués par des forces talibanes[12]. Sa visite en Afghanistan coïncidait avec la Journée internationale des Femmes, elle a déclaré à ce sujet : « Si intolérables que soient les conditions qu’on leur impose, les femmes de ce pays sont toujours du côté de la vie. Certes, nous, femmes d’ailleurs, avons trop tardé à entendre nos sœurs afghanes. Mais je suis là pour leur dire qu’elles ne sont plus seules. Pas plus que ne l’est, d’ailleurs, le peuple afghan »[13]. Durant son séjour, elle a également rencontré le président de la République islamique d’Afghanistan, Hamid Karzai et elle a également tenu à parler à des femmes afghanes. C'est lors de cette visite qu'elle a officiellement pris position sur la controversée mission de paix, disant « le Canada est fier de faire partie des 37 pays qui ont entrepris de restaurer la stabilité et d’appuyer les efforts de reconstruction. Le chemin parcouru en peu de temps est prometteur, et nous sommes fiers d’accompagner le peuple afghan dans ce périple souvent difficile, parfois douloureux. J’apporte avec moi tous les vœux de paix, de prospérité et de bonheur de la population canadienne à la population afghane »[13].

Au début de l'année 2007, Michaëlle Jean a dû annuler un certain nombre d'événements et de rencontres, Rideau Hall a déclaré à ce sujet qu'elle se sentait fatiguée. Par la suite, le bureau du gouverneur général a déclaré « La glande thyroïde de Son Excellence ne fonctionnait pas normalement, ce qui l'a faite souffrir de la fatigue aiguë. »[14] Michaëlle Jean avant cette mésaventure a eu un horaire très chargé. Elle a en effet participé au 90e anniversaire de la commémoration de la Bataille de Vimy en France, pour revenir précipitamment au Canada pour assister à l'arrivée d'un convoi à Trenton en Ontario transportant six corps de soldats décédés au combat en Afghanistan. Sa première tâche, une fois remise, était d'accueillir László Sólyom, président de la République hongroise, qui était en visite d'État au Canada[15].

Elle a aussi visité, en 2007, le Brésil, les États-Unis, la République tchèque et l'Argentine. Durant sa visite en Argentine, elle a aussi rencontré la présidente de la République du Chili, Michelle Bachelet, le président de la Nation argentine, Néstor Kirchner, la présidente élue de la Nation argentine, Cristina Fernández de Kirchner, le prince des Asturies, héritier du trône d'Espagne, l'ambassadeur du Canada en Argentine, Tim Martin, et le ministre des Affaires étrangères haïtien, Jean-Reynald Clerisime.

Les premières activités auxquelles Michaëlle Jean a participé lors de l'année 2008 sont les festivités du 400e anniversaire de la Ville de Québec à l'occasion desquelles elle a déclaré : « Que cette année de festivités se déroule sous le signe de la rencontre des cultures et des civilisations, sous le signe donc de la solidarité entre les peuples. »[16].

Crise politique canadienne 2008[modifier | modifier le code]

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Dans le cadre de la crise politique subséquente au dépôt de l'énoncé économique du gouvernement minoritaire de Stephen Harper à la fin novembre 2008, le gouverneur général du Canada est appelée à jouer un rôle sans précédent récent dans l'histoire politique et constitutionnelle canadienne. Quelques semaines seulement après l'élection, en octobre 2008, du gouvernement minoritaire conservateur de Stephen Harper, les partis de l'opposition expriment leur intention de rejeter l'énoncé économique proposé par le Parti conservateur du Canada et de former un gouvernement de coalition, formé par le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique (NPD) avec l'appui du Bloc québécois et du Parti Vert, qui pourrait se substituer au Parti conservateur du Canada au pouvoir, advenant que l'énoncé en question, soumis à un vote de confiance le 8 décembre 2008, soit rejeté par ces derniers. La Gouverneure générale sera donc appelée à trancher dans ce débat. Les options suivantes s'offrent à elle :

  • proroger la session parlementaire jusqu'au dépôt du budget (option prisée par le premier ministre et le Parti conservateur) ;
  • mettre en place un gouvernement de coalition formé par le Parti libéral du Canada et le NPD avec l'appui du Bloc québécois et du Parti Vert (option prisée par les partis en questions) ;
  • déclencher de nouvelles élections afin de donner une légitimité au gouvernement élu, malgré la tenue récente d'élections et la situation économique mondiale précaire.

Finalement, Michaëlle Jean a décidé d'accueillir la demande faite le 4 décembre par le Premier ministre Harper de proroger la session parlementaire jusqu'au 26 janvier 2009[17].

Fin de mandat[modifier | modifier le code]

Au printemps 2010, le Toronto Star annonce que le Premier ministre Stephen Harper ne pense pas renouveler le mandat de Michaëlle Jean. Au début d'avril 2010, le quotidien présente un sondage pancanadien révélant que 57 % des Canadiens approuvent le travail fait par Michaëlle Jean et que 43 % d'entre-eux renouvelleraient son mandat[18]. Le 15 avril 2010, la gouverneure générale confirme que son mandat ne sera pas renouvelé le 27 septembre 2010[19]. Elle est alors remplacée par David Lloyd Johnston[20].

Carrière post-gouvernorale (2010-2014)[modifier | modifier le code]

A partir du 1er octobre 2010, Michaëlle Jean agit à titre d'envoyée spéciale de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) en Haïti dans le but d'obtenir des fonds pour la reconstruction du patrimoine haïtien et favoriser l'éducation. Cette nomination est généralement bien accueillie, mais avec des réserves concernant l'étendue des pouvoirs décisionnels dont elle disposera pour mener à bien cette mission[21]. Elle a, entre autres, mené des négociations avec certaines universités et avec le gouvernement cubain afin d'améliorer le développement de la pêche et des métiers de mer dans les villes côtières haïtiennes[22].

Après la fin de son mandat de gouverneur général, elle crée la fondation Michaëlle Jean.

En octobre 2010, Michaëlle Jean est nommée à la présidence du Conseil d'administration de l'Institut québécois des hautes études internationales[23],[24] de l'Université Laval.

Le 7 novembre 2011, l'administration de l'institution universitaire annonce la nomination de Michaëlle Jean au prestigieux poste de chancelière de l'Université d'Ottawa. Elle est nommée pour un premier mandat de 4 ans. Elle succède ainsi à Huguette Labelle en poste depuis plus de 17 ans, et prend ses fonctions le 1er février 2012[25].

Organisation internationale de la Francophonie[modifier | modifier le code]

Promotion de la francophonie[modifier | modifier le code]

En avril 2011, elle est nommée par Abdou Diouf, le secrétaire général de la Francophonie, au poste de Grand Témoin de la Francophonie pour les Jeux olympiques d'été de 2012, qui se déroulent à Londres. Elle est ainsi chargée d'y promouvoir la langue française et de s'assurer que celle-ci y est bien employée comme langue officielle (avec l'anglais).

Secrétaire générale de la Francophonie[modifier | modifier le code]

En 2014, elle est candidate à la succession d'Abdou Diouf au poste de secrétaire général de la Francophonie[26]. Michaëlle Jean est élue secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie le 30 novembre 2014 au Sénégal[27]. Elle est la première femme ainsi que la première personne non africaine à exercer cette fonction.

Armoiries personnelles[modifier | modifier le code]

On retrouve, au centre des armoiries de Michaëlle Jean, un oursin plat qu'elle considère comme un talisman spécial. En effet, les dollars des sables sont des espèces marines que nous pouvons trouver au Canada et dans le nord des États-Unis sur les côtes des océans Atlantique et Pacifique. La couronne royale symbolise la fonction vice-royale et le service à l'ensemble des Canadiennes et des Canadiens. De part et d'autre de l'écu, deux simbis ou sirènes, esprits des eaux dans la culture haïtienne, qui, selon les dires, apaisent les âmes, purifient les eaux troubles et interviennent avec sagesse et clairvoyance. De plus, les simbis ont la parole édifiante et pacificatrice. Ces deux figures féminines symbolisent le rôle vital joué par les femmes en faveur de la justice sociale. Elles se tiennent à l'avant d'un roc orné d'un palmier, symbole de paix dans l'histoire haïtienne, et d'un pin qui évoque les richesses naturelles du Canada. Au-dessus de l'écu, le coquillage et la chaîne brisée rappellent le Marron inconnu d'Albert Mangonès, qui est une sculpture célèbre que l'on retrouve à Port-au-Prince, en Haïti, représentant un esclave en fuite qui souffle dans un coquillage pour sonner le rassemblement et appeler à la rébellion dans l'île. Cette figure évoque ici la victoire des ancêtres de Michaëlle Jean contre la barbarie et, plus généralement, l'appel à la liberté. La devise « Briser les solitudes » est au cœur des objectifs qu'elle entend poursuivre. Un anneau portant la devise de l'ordre du Canada, Desiderantes meliorem patriam ("Ils veulent une patrie meilleure"), entoure l'écu, auquel est suspendu l'insigne de compagnon de l'ordre du Canada[28].

Controverses[modifier | modifier le code]

Peu après l'annonce par le Premier ministre Paul Martin de la nomination de Michaëlle Jean, des commentateurs de la scène politique fédérale ont fait remarquer que cette nomination survenait dans un climat difficile pour le Parti libéral du Canada au Québec. Paul Martin a nié ces affirmations. D'autres ont rappelé que le poste de gouverneur général est toujours accordé en alternance à un francophone et à un anglophone, et que le choix de Michaëlle Jean était tout à fait raisonnable.

Le 11 août 2005, le Globe and Mail et Le Devoir rapportent qu'un journal souverainiste, Le Québécois, publiera une lettre de René Boulanger, se présentant comme un proche de Jean-Daniel Lafond, dans lequel il le présente comme un souverainiste. Boulanger prétend avoir souvent rencontré Lafond et être allé chez le couple où il aurait vu une bibliothèque fabriquée par Jacques Rose, un ancien felquiste et frère de Paul Rose. Rose aurait installé un double-fond pouvant servir de cache d'armes. L'histoire fait grandement parler le Canada anglais. Boulanger affirme même dans son article que le but de ces déclarations est de faire rejeter la candidature de Michaëlle Jean par le Canada anglais, ce qui aurait pour effet d'augmenter le sentiment d'aliénation des Québécois et leur soutien à la cause souverainiste[29].

Des monarchistes du Canada et des souverainistes lui ont reproché d'avoir obtenu la citoyenneté française après son mariage. Le 25 septembre 2005, avant d'entrer en fonction, elle a annoncé que la France avait accédé à sa requête en renoncement à la citoyenneté française[30].

Prix[modifier | modifier le code]

Prix ou honneursPays ou organismeClasse, position ou titre
  • Référence
  • Légion d'honneur France Grand-Croix [31]
    Ordre du Canada Canada Chancelière et compagne principale [32]
    Ordre du Mérite militaire Canada Chancelière et commandeure [33]
    Ordre du Mérite des corps policiers Canada Chancelière et l’un des commandeurs [34]
    L'ordre de Saint-Jean Royaumes du Commonwealth Prieure et la première dirigeante de l'ordre - Canada [35]
    Décoration des Forces canadiennes Forces canadiennes Commandante en chef [35]
    Honneur de l'ordre de la Pléiade Flag of La Francophonie.svg Francophonie Chevalière [4]
    Citoyenne d'honneur Ministère québécois de l'Immigration Récipiendaire [4]
    Citoyenne d'honneur Ville de Montréal Récipiendaire [4]
    Docteure honoris causa Université d'Ottawa Doctor Artium [36]
    Docteure honoris causa Università per Stranieri Docteure en relation internationale [37]
    Docteure honoris causa Université McGill Docteure ès lettres [38]
    Docteure honoris causa Université York Legum Doctor [38]
    Docteure honoris causa Université du Manitoba Legum Doctor [38]
    Premier Prix de journalisme Amnesty International Récipiendaire [4]
    Prix Média Ligue des droits de la personne du Canada Récipiendaire [4]
    Prix Gémeaux Société Radio-Canada Récipiendaire [4]
    Prix Raymond-Charrette Conseil de la Langue française du Québec Récipiendaire [4]
    Prix Mireille-Lanctôt Canada Récipiendaire [4]
    Prix Anik Canada Récipiendaire [4]

    Notes et références[modifier | modifier le code]

    1. a et b Ministère de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement, Décret du 23 septembre 2005 portant libération des liens d'allégeance à l'égard de la France [archive]
    2. « Michaëlle Jean choisie Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie » [archive], sur lapresse.ca,‎ 30 novembre 2014 (consulté le 30 novembre 2014)
    3. Nelson Wyatt, Canadian troops will focus aid on town with deep ties to GG Michaelle Jean [archive], The Canadian Press, 18 janvier 2010
    4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, C.C., C.M.M., C.O.M., C.D., Gouverneure générale et Commandante en Chef du Canada [archive]
    5. AlterPresse, « Haïti/Canada : Michaëlle Jean vient renforcer les liens entre les deux pays », AlterPresse,‎ 15 janvier 2009 (lire en ligne [archive]).
    6. Sélection rencontre Michaëlle Jean [archive]
    7. Discours d'installation - Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean Gouverneure générale du Canada à l'occasion de son Installation [archive]
    8. Discours de Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, à l'occasion de l'ouverture officielle de la 3rd International Conference on Children Exposed to Domestic Violence (conférence internationale sur les enfants exposés à la violence conjugale) [archive]
    9. Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean Discours à l’occasion d’une visite à l’Hôtel de ville de Victoria et remise du Prix du Gouverneur général pour l’entraide [archive]
    10. Site officiel « Écoute des citoyens » [archive].
    11. Carnet de voyage de la visite de la gouverneure générale en Afrique, Gouverneur général du Canada (lire en ligne [archive]), p. 5.
    12. TheStar.com | News | GG visits Canadian troops [archive]
    13. a et b La gouverneure générale et Commandante-en-chef du Canada entreprend sa première visite en Afghanistan [archive]
    14. Thyroid problem forced Governor General to miss work: office [archive]
    15. Thyroid problem forced Governor General to miss work: office [archive]
    16. Message officiel de Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, en l’honneur du 400e anniversaire de Québec [archive]
    17. Dépêche de la Presse canadienne
    18. Louis Mathieu Gagné, « Harper cherche un successeur à Michaëlle Jean » [archive], sur http://exRueFrontenac.com [http://exRueFrontenac.com" href="http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://exruefrontenac.com/&title=http%3A%2F%2FexRueFrontenac.com">archive],‎ 3 avril 2010 (dernière mise à jour le 5 avril)
    19. La Presse canadienne, « Michaëlle Jean confirme son départ » [archive], Le Devoir,‎ 15 avril 2010
    20. Hélène Buzzetti, « L'empathie comme signature - Portrait du nouveau gouverneur général du Canada » [archive], Le Devoir,‎ 9 juillet 2010
    21. Marie Vastel, « Michaëlle Jean nommée à l'UNESCO » [archive], sur http://www.cyberpresse.ca [http://www.cyberpresse.ca" href="http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.cyberpresse.ca/&title=http%3A%2F%2Fwww.cyberpresse.ca">archive], La Presse canadienne,‎ 22 juin 2010
    22. Inconnu, « Haïti - Économie : Pour le Président Martelly, la pêche est une source de développement » [archive], sur http://www.haitilibre.com [http://www.haitilibre.com" href="http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.haitilibre.com/&title=http%3A%2F%2Fwww.haitilibre.com">archive], HL/HaïtiLibre,‎ 20 novembre 2011
    23. Lise-Marie Gervais, « Michaëlle Jean à la tête des HEI de l'Université Laval », Le Devoir,‎ 14 octobre 2010 (lire en ligne [archive])
    24. Daphnée Dion-Viens, « Reconstruction d'Haïti: les efforts trop éparpillés, selon Michaëlle Jean », Le Soleil,‎ 14 octobre 2010 (lire en ligne [archive])
    25. [1] [archive]
    26. « La Francophonie doit s'intéresser à l'économie, croit Michaëlle Jean » [archive], sur www.radio-canada.ca,‎ 7 juillet 2014 (consulté le 7 juillet 2014)
    27. Michaëlle Jean élue secrétaire générale de l'OIF [archive]
    28. Armoiries personnelles de la gouverneure générale [archive]
    29. René Boulanger, « Michaëlle Jean et les felquistes » [archive], Le Devoir, 11 août 2005
    30. LCN, Michaëlle Jean renonce à sa citoyenneté françaisehttp://lcn.canoe.ca//infos/national/archives/2005/09/20050925-173332.html
    31. [2] [archive]
    32. L’ordre du Canada [archive]
    33. L’ordre du Mérite militaire [archive]
    34. Ordre du mérite des corps policiers [archive]
    35. a et b Insignes portés par le gouverneur général [archive]
    36. Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean Discours à l’occasion de la remise d’un doctorat honorifique de l’université d’Ottawa [archive]
    37. Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean Discours à l’occasion de la remise d’un doctorat honorifique de l’Université pour étrangers de Pérouse [archive]
    38. a, b et c Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean Discours à l’occasion de la remise d’un doctorat honorifique de l’Université McGill [archive]

    Voir aussi[modifier | modifier le code]

    Articles connexes[modifier | modifier le code]

    Wikipédia

     

     

    Une vingtaine de groupements féminins à l’école de l’entrepreneuriat

    L’institution de micro-finance Jatropha a procédé le mercredi, 27 novembre à Conakry au lancement d’une formation sur l’entrepreneuriat destinée à une vingtaine de groupements féminins, déjà en activité. La formation a lieu au centre Be The Change Academy (BTCA) en collaboration avec le ministère de l’action sociale, de la promotion féminine et  de l’enfance, et le Fonds des Nations-Unies pour la Population (UNFPA). 

    Cette formation en matière d’entrepreneuriat féminin se déroulera à Conakry et dans 10 autres villes de l’intérieur du pays, notamment à Dubreka, Kankan, Dalaba et Kindia au bénéfice de 23 groupements féminins, a déclaré Alpha Bacar Barry, directeur du centre BTCA.

    Lancée sous le slogan ‘’entreprendre pour promouvoir la paix’’, cette formation est le premier pas d’un long périple à travers la Guinée. ‘’Il s’agit de seize localités dont 11 à l’intérieur du pays, en plus des 5 communes de la capitale’’ a précisé le porteur du projet. ‘’Les localités  abritant des activités vont mener des activités génératrices et plus précisément dans les filières de production et de transformation’’, explique M. Barry.

    Le projet poursuivra son cours normal  jusqu’à ce qu’il devient générateur  de revenus, a promis le directeur du centre BTCA. ‘’Nous devons permettre aux femmes au foyer, piliers de nos sociétés, de pouvoir maintenir la cohésion sociale dans notre pays et prôner la paix, gage du développement’’, a-t-il renchéri.

    Pour la représentante résidente de l’UNFPA en Guinée, Dr Edwige Adekembi, au-delà du rôle d’artisanes de la paix qu’assument les femmes, la couche féminine participe au processus du développement économique et social d’un pays. C’est pourquoi, ‘’aujourd’hui, nous commençons l’expérience en plantant des graines qui vont nous amener au rendez-vous d’une maturité en matière de génération de revenus, mais aussi d’entrepreneuriat’’.

    Sanaba Kaba

    Sanaba Kaba

    L’autonomie est la source de la quiétude sociale, a indiqué Sanaba Kaba, ministre en charge de l’action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance. ‘’Plus on est autonome, mieux on est en paix’’, évoque-t-elle, ajoutant que les bénéficiaires de la formation, près d’une centaine,  sont un échantillon de toutes les femmes de la Guinée. Leur détermination et leur comportement guideront les actions de l’UNFPA envers la couche féminine en Guinée.

    A l’issue de la formation, les participantes pourront bénéficier d’un crédit à taux raisonnable au par l’institution de  micro-financements Jatropha, afin de mettre en œuvre leurs idées entrepreneuriales sur le terrain.

    Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info

    La Fondation Binta Ann pour les enfants et les femmes (FONBALE) assistée par la Société Eau de coyah et Caprison

     

    A l’occasion de la Journée Internationale de l’Enfance, la société Eau de Coyah, Caprison et la Savonnerie Diama ont fait des dons  samedi dernier, à  la Fondation Binta Ann pour les Enfants et les femmes (Fonbale), une fondation sise à Nongo dans la Commune de Ratoma.

    La remise de ce don s’est déroulée en présence d’une pléthore d’enfants tout heureux et de leur encadreur Binta Ann.

    La fondatrice Mme Binta Ann a indiqué que ce don arrive au bon moment à sa fondation qui accueille près de 250 enfants. « Votre geste nous va droit au cœur en ce sens que vous nous accompagnez dans notre combat qui est d’assister les couches faibles en particulier les enfants en les mettant sur le chemin de l’école ».

    De son côté la responsable de la Communication de la Société Eau de Coyah et Caprison (groupe SOGEPILE), Mme Aissatou Lamarana Diallo quant à elle, dit que sa société a profité de la Journée Internationale de l’enfant pour faire ce don aux enfants.

    Pour elle, dès qu’on parle de jus caprison on pense aux enfants. « Comme vous le savez, l’enfant a le droit d’être protégé et soutenu. C'est pour cela que nous apportons notre modeste contribution à cette fondation qui se bat pour le bien être des enfants. Et cette action va être continuelle », a-t-elle promis.

    La représentante de la savonnerie Alpha Mme Fatoumata Gueye, elle s’est dite très heureuse de participer à cette rencontre qui contribue à l’épanouissement des enfants.

    « Nous avons tenu à participer à notre manière à cette Journée Internationale de l’Enfance en apportant notre modeste contribution à cette fondation qui s’occupe des enfants. C’est un bonheur pour nous. Aujourd’hui, nous avons un même centre d’intérêt avec la fondation ; c’est l’épanouissement des enfants. Et je puis vous affirmer que cette mission s’est bien passée car les enfants ont été heureux de recevoir ce don », dira en substance le responsable Commercial de l’Usine Eau de Coyah M. Aliou Akambi.

    Ce don est composé de fournitures scolaires en prélude à  l’ouverture des classes, du savon et de l’eau de javel en cette période de l’épidémie Ebola.

    Oumar M’Böh pour Aminata.com
     

    USA/GUINEE: La justice américaine a saisi les biens de la veuve de l’ex-président guinéen Lansana Conté

    Photo de TheJacques Rogershow.
    Les trois propriétés en Floride de Mamadie Touré ont été saisies (en image, une maison qui appartenait à Mamadie Touré sur Yacht Basin Drive à Jacksonville, en Floride, d’une valeur de $ 500,000 et saisie par le ministère de la Justice). Selon la poursuite devant les tribunaux américains, Mme Mamadie Touré aurait reçu des paiements de 5.3 millions de dollars afin d’aider une compagnie minière à acquérir des droits sur le gisement de Simandou. En rappel, l’époux de Mme Touré, l’ex-président de la Guinée, Lansana Conté avait accordé le droit d’exploitation du gisement de Simandou à BSGR (la société d’un milliardaire israélien)

     

    La saisie des biens dont un restaurant fait partie d’un processus pour déterminer si le droit d’exploiter le gisement de Simandou accordé à BSGR viole la loi américaine qui interdit à une société d’utiliser la corruption pour avoir des contrats et blanchir ses bénéfices aux Etats Unis

    La veuve de l’ex-président guinéen, Lansana Conté a d’abord déménagé en Sierra Leone et selon les documents de la cour, elle a continué à recevoir des paiements même après le décès en 2008 de son mari. Elle a utilisé ces paiements pour acheter ses propriétés en Floride.

    Une maison qui appartenait à Mamadie Touré sur Yacht Basin Drive à Jacksonville, en Floride, d’une valeur de $ 500,000 et saisie par le ministère de la Justice (image credit: 100 reporters)

    La valeur des biens immobiliers de Mamadie Touré qui ont été saisis en Floride est évaluée à 1 million de dollars (500 millions de FCFA) . Les procureurs fédéraux affirment que les biens qui incluent trois maisons dans la banlieue de Jacksonville et un assortiment de matériel de restaurant tels que des réfrigérateurs, des grillades et des vitrines pour des poissons – étaient le fruit de blanchiment d’argent et un système de corruption pour obtenir des droits miniers en Guinée. Mamadie Touré, était la quatrième épouse de l’ancien dictateur guinéen Lansana Conté. Elle a coopéré avec une enquête du grand jury fédéral de Manhattan depuis au moins Février 2013. Le ministère de la Justice soupçonne qu’une société Steinmetz a remporté les droits lucratifs de minéraux en Guinée – en partie en payant des millions de dollars en pots de vin à Conté par l’intermédiaire de Touré.

    Une loi américaine de 1977 (Foreign Corrupt Practices Act) interdit le versement de pots de vin pour obtenir des contrats affaires et peut également s’appliquer lorsque le système de corruption implique le sol américain ou le système bancaire américain. Touré a déclaré aux enquêteurs qu’elle a encaissé au moins 5,3 millions de dollars (environ 2.7 milliards de FCFA) en pots de vin, incluant des liquidités, une Toyota Land Cruiser et des bijoux en diamant. Domiciliée aux Etats-Unis, elle aurait continué à recevoir en 2012, selon les procureurs fédéraux. « Touré a blanchi les pots de vin à travers le système financier américain, faisant de nombreux transferts entre les comptes bancaires de plus de 10 000 dollars » a écrit Alexis J. Loeb, le procureur. Le montant est un seuil financier pour des accusations de blanchiment d’argent.

    En rappel, en Juillet 2014, un ancien conseiller du géant minier, BSG ressources a été condamné à deux ans de prison par un tribunal fédéral à New York. Il a été condamné pour entrave à la justice en relation avec une enquête de corruption (affaire Simandou) en Guinée . Frédéric Cilins, un ressortissant français, a plaidé coupable en Mars à un chef d’accusation d’entrave à la justice et a admis une tentative de corruption de Mamadie Touré, veuve de l’ancien président guinéen, Lansana Conté.

    Selon l’accusation Frederic Cilins a incité Mamadie Touré à quitter les Etats Unis afin d’éviter qu’elle soit questionnée par les autorités fédérales américaines. Cilins a été accusé dans le cadre d’une enquête américaine relative aux paiements de pots de vins à des fonctionnaires guinéens pour garantir à BSG Resources (BSGR) les droits à la moitié de l’un des plus grands gisements inexploités de minerai de fer. BSG Resources (BSGR), est la société d’exploitation minière du conglomérat du milliardaire israélien, Beny Steinmetz.

     

    L'émergence de la pensée féminine et féministe antillaise : des sœurs Nardal à Suzanne Roussi Césaire

    L'historiographie a réduit le mouvement de la négritude à une vision exclusivement masculine. Pourtant, les écrits de Suzanne Lacascade, de Jane et Paulette Nardal et ceux de Suzanne Roussi Césaire témoignent d'un engagement intellectuel féminin bien avant et au cours du mouvement de la Négritude.

    "La négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir, l'acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture".
    Aimé Césaire. Cahier d'un retour au pays natal (1939).

    Le mouvement de la négritude (1), qui marque les débuts d'une nouvelle identité noire francophone en réaction contre le colonialisme français et le racisme, prit corps à la fin des années 1920 sous l'impulsion d'écrivains antillais et africains vivant à Paris, dont l'objectif affiché était de développer et d'élaborer une pensée et une identité nouvelles. Une réflexion autour de leur identité s'imposa donc à eux.

    Ce mouvement fut le résultat de la rencontre décisive de trois étudiants provenant de différentes colonies françaises : Aimé Césaire de Martinique, Léon Gontran Damas, de Guyane et Léopold Sédar Senghor du Sénégal. Les trois intellectuels commencèrent un travail d'exploration identitaire tout en articulant leur pensée autour de l'appartenance raciale, en s'appuyant sur la culture africaine et antillaise et tout en s'inspirant des intellectuels noirs américains. Ils lancèrent le mouvement de la Négritude dans l'unique numéro de L'Étudiant noir en 1935 et se posèrent alors les questions suivantes : Qui suis-je ?, Qui sommes-nous dans ce monde de Blancs ? Leur questionnement central était : "comment se définir, quand il n'existe pas de culture commune ? Ou encore : que faire de l'héritage commun que constituent le racisme et l'esclavage quand on est un intellectuel noir ?" Césaire avouera plus tard : "Nous ne voulions pas être des révolutionnaires nègres mais des nègres révolutionnaires (2)".

    Dans ce contexte d'effervescence intellectuelle, les intellectuels noirs de la Renaissance de Harlem furent une source d'inspiration pour la diaspora noire installée ou de passage à Paris. Senghor expliqua au cours d'un entretien pour Présence Africaine en 1971 : "Au Quartier Latin, dans les années 30, nous étions sensibles, par-dessus tout, aux idées de la Harlem Renaissance dont nous rencontrions à Paris quelques-uns des représentants les plus emblématiques. Je lisais régulièrement The Crisis mais aussi The journal of Negro History qui consacrait de nombreux articles à la connaissance de l'Afrique. Mon livre de chevet était, évidemment, Le Nouveau Noir. (...) Les poètes de la renaissance de Harlem qui nous influencèrent le plus sont Langston Hughes, Claude Mac Kay, Jean Toomer, James Weldon Johnson, Stirling Brown et Frank Marshall Davis car ils nous prouvèrent et nous montrèrent qu'en étant créatifs nous pouvions faire respecter et faire reconnaître la civilisation noire-africaine. (Présence Africaine, 78, 1971 (3))."

    Toutefois, force est de constater que l'historiographie a réduit le mouvement de la négritude à une vision exclusivement masculine et que les trois pères de la Négritude n'ont jamais mentionné leur dette à l'égard des intellectuelles antillaises. Pourtant, les écrits de Suzanne Lacascade, de Jane et Paulette Nardal et ceux de Suzanne Roussi Césaire témoignent d'un engagement intellectuel féminin bien avant et au cours du mouvement de la Négritude. Ces femmes revendiquèrent très tôt la construction d'une identité raciale tout en mettant en avant la question de genre. Leurs réflexions et leurs textes ouvrirent véritablement la voie de la négritude et contribuèrent à faire prendre conscience d'une nouvelle identité alors en mutation.


    L'ouvrage précurseur de Suzanne Lacascade


    Dès 1924, l'auteure antillaise Suzanne Lacascade publie son unique roman Claire-Solange, âme africaine. Ce roman, qui s'élève ouvertement contre le racisme et l'assujettissement de la femme noire, fut précurseur sans toutefois être reconnu et considéré comme un roman de la négritude. En revanche, le roman Batouala, "véritable roman nègre" (1921) du Martiniquais René Maran, et pour lequel il reçu le prix Goncourt, fut considéré comme le premier roman de la Négritude (4). Pourtant, l'unique roman de Suzanne Lacascade fut tout aussi précurseur. L'héroïne de Claire-Solange, âme africaine, est, pour la première fois, une "sang-mêlé" et l'auteure dédie son roman à la fois à ses ancêtres africains et créoles (5). Ses choix furent considérés extrêmement provocateurs à l'époque car aucun auteur antillais, et encore moins une femme, ne s'était risquée à rédiger une telle histoire. Aucun n'avait jamais non plus osé s'identifier à l'Afrique (et non à la France) à travers un personnage principal féminin et s'élever aussi ouvertement contre le racisme comme le fit Suzanne Lacascade. Ce roman, émaillé d'expressions créoles, de descriptions très détaillées de la culture antillaise sur fond de dénonciation du racisme la marginalisa immédiatement du monde littéraire antillais et métropolitain mais aussi du monde politique : elle avait trop souvent eu recours au créole et non au "Français de France" dans son écriture et ses dénonciations du racisme français étaient évidemment loin du discours assimilationniste. Par conséquent, Suzanne Lacascade ne fut jamais reconnue "auteure noire francophone" et tomba rapidement dans l'oubli.


    Les sœurs Nardal : "Internationalisme noir" et réflexion identitaire


    Quelques années plus tard, la Martiniquaise Jane Nardal publia un essai précurseur intitulé "L'internationalisme noir". Cet essai fut publié en 1928 dans La Dépêche africaine (soit dix ans avant la publication de Cahier d'un retour au pays natal, ouvrage considéré par l'historiographie comme le roman marquant la naissance de la négritude). Dans "L'internationalisme noir", Jane Nardal jette les bases d'une réflexion identitaire nouvelle et évoque pour la première fois la conscience double antillaise :

    "Dorénavant, il y aurait quelque intérêt, quelque originalité, quelque fierté à être nègre, à se retourner vers l'Afrique, berceau des nègres, à se souvenir d'une commune origine. Le nègre aurait peut-être à faire sa partie dans le concert de races où jusqu'à présent, faible et intimidé, il se taisait ("L'internationalisme noir", La Dépêche africaine, 1928 (6))".

    Jane Nardal voit l'utilité de créer un nouveau vocable pour étayer sa réflexion : "À idées nouvelles, mots nouveaux, d'où la création significative des vocables : Afro-Américains, Afro-Latins. Ils confirment notre thèse tout en jetant une lueur nouvelle sur la nature de cet internationalisme noir. Si le nègre veut être lui-même, affirmer sa personnalité, ne pas être la copie de tel ou tel type d'une autre race (ce qui lui vaut souvent mépris et railleries) il ne s'ensuit pourtant pas qu'il devienne résolument hostile à tout apport d'une autre race. (…) Être Afro-Americain, être Afro-Latin cela veut dire être un encouragement, un réconfort, un exemple pour les noirs d'Afrique en leur montrant que certains bienfaits de la civilisation blanche ne conduisent pas forcément à renier sa race" (7).

    Cet essai s'inscrit dans la réflexion de l'époque et fait écho aux questionnements des intellectuels noirs de la diaspora. Lamine Senghor, par exemple, publia "Le mot nègre" en 1927 (dans la toute première édition du journal La voix des Nègres) où il analyse le colonialisme linguistique de la terminologie française :

    "Le mot "nègre", c'est le gros mot du jour, c'est le mot que certains de nos frères de race ne veulent plus être appelés ainsi. Les dominateurs des peuples de race nègre, ceux qui se sont partagé l'Afrique sous prétexte de civiliser les nègres, s'emploient à une abominable manœuvre divisionniste pour mieux régner chez eux. (…) Pour arriver à cela, ils sortent du mot nègre deux autres mots nouveaux afin de diviser la race en trois catégories différentes, à savoir : "hommes de couleurs", "noirs" -tout court- et "nègres". On fait croire aux uns qu'ils sont des "hommes de couleurs" et non noirs ni nègres (première catégorie) ; aux autres qu'ils sont des "noirs" tout court et non des nègres (deuxième catégorie). Quant aux "restes", se sont des nègres (troisième catégorie). (…) Nous voulons imposer le respect dû à notre race, ainsi que son égalité avec toutes les autres races du monde, ce qui est son droit et notre devoir, et nous nous appelons Nègres ! (8) "

    Avec son texte précurseur et son vocable, Jane Nardal est la première intellectuelle antillaise à poser la question "qui sommes-nous dans ce monde de Blancs" et à s'interroger sur le vocable utilisé. Dans "L'internationalisme noir", elle propose effectivement une discussion autour de la conscience de race en évolution et devenue double selon elle. En imaginant la fusion de l'africanité et de la négritude, la fusion des mondes français et latin, elle crée le néologisme "Afro-latin" faisant ainsi écho au terme "Afro-Américain" ou plutôt "Africo-Américain", la traduction utilisée à cette époque. Ces deux termes traduisent une identité raciale commune fondée sur l'acculturation dans un contexte de colonisation ; pour elle l'expérience américaine ou latine ne signifiait pas renier son origine raciale car la synergie entre les civilisations africaine et latine avait donné naissance, selon elle, à un métissage culturel, à cette conscience double, propre aux Noirs Nouveaux francophones. En insistant sur cet héritage culturel double, Jane Nardal rendit ainsi compte de la spécificité de l'expérience antillaise.

    Si "L'internationalisme noir" ne fut pas un succès, sa théorie eut le mérite de proposer un nouvel espace de réflexion et un nouveau vocable porteur de cette nouvelle identité raciale fluctuante. Les différents vocables utilisés rendent aussi compte de la difficulté de nommer et de traduire l'expérience d'une communauté qui devenait cosmopolite, diverse et diasporique et qui était partagée entre balkanisation et internationalisation de sa culture et de son expérience (9). En définitive, l'internationalisme culturel noir tel qu'il fut revendiqué par Jane Nardal est à mettre en parallèle avec l'émergence de la pensée féministe antillaise car les avant-gardistes noirs de son époque (René Maran en France et Alain Locke aux États-Unis, pour ne citer qu'eux) prônèrent un élitisme noir dont les femmes restèrent les grandes absentes.


    Le salon littéraire de Clamart des sœurs Nardal


    Paulette, l'autre sœur Nardal, publia en 1929 "En exil" et "L'Éveil de la conscience de race chez les étudiants noirs". Très influencée par le Mouvement du Noir Nouveau et les intellectuels de Harlem, elle joua le rôle d'intermédiaire entre les intellectuels noirs américains et francophones dans son salon littéraire de Clamart (au 7 rue Hébert) où se rencontraient étudiants et intellectuels noirs des Caraïbes, d'Afrique et des États-Unis. Les problèmes coloniaux, interraciaux, la place croissante des hommes et des femmes de couleur dans la vie française, le racisme, y étaient inlassablement discutés pour tenter d'apporter des solutions appropriées.

    L'engagement intellectuel de Paulette Nardal va plus loin lorsqu'elle fonde en 1931 avec l'écrivain haïtien Léo Sajous La Revue du monde noir (une revue bilingue) (10). Ce journal donna l'occasion de débattre de thèmes propres aux Noirs vivant en France et plus particulièrement aux femmes car les sœurs étaient sensibles à la situation dans laquelle se trouvaient les Antillaises francophones. À travers ses articles, Paulette Nardal exprime la possibilité d'une identité collective et fait référence à d'autres différences que celles exprimées par les intellectuels noirs. Elle est une des premières intellectuelles antillaises à évoquer la question du genre et les différences à travers les conditions de classe et de race. Dans La Revue du Monde Noir, Paulette Nardal affirme :

    "Les femmes de couleur vivant seules dans la métropole, moins favorisées jusqu'à l'Exposition coloniale que leurs congénères masculins aux faciles succès, ont ressenti bien avant eux le besoin d'une solidarité raciale qui ne serait pas seulement d'ordre matériel : c'est ainsi qu'elles se sont éveillées à la conscience raciale. Le sentiment de déracinement […] aura été le point de départ de leur évolution ("L'Éveil de la conscience de race chez les étudiants noirs", La Revue du Monde Noir, 6 avril 1932. p. 30)."

    Paulette Nardal exprime aussi sa confiance et estime que ces jeunes antillaises ont les moyens, grâce à leur éducation, leur formation supérieure, de renverser leur situation et leur condition défavorisée. Elle insiste sur le pouvoir de ces jeunes femmes qui, en s'investissant dans une recherche identitaire profonde, pourront surmonter leur marginalisation. Elle explique : "Au cours de leur évolution, leur curiosité intellectuelle s'est tournée vers l'histoire de leur race et de leurs pays respectifs […]. Au lieu de mépriser leurs congénères attardés ou de désespérer de voir jamais la race noire arriver à égaler la race aryenne, elles sont mises à l'étude […] (ibis)."

    Paulette Nardal se veut optimiste dans son article et n'évoque pas la valeur inférieure accordée aux apports des intellectuelles antillaises comme elle ou sa sœur ; elle ne considère pas non plus les inégalités des rapports hommes/femmes. En définitive, l'idéologie des sœurs Nardal dessine les premiers contours d'un nouvel humanisme du monde noir francophone. Une nouvelle littérature féminine antillaise mais aussi une nouvelle identité se développèrent sous l'impulsion de ces intellectuelles qui jouèrent le rôle de "passeurs" culturels à travers leurs initiatives. Toutefois, considéré par les historiens comme appartenant à la pré-Négritude le salon littéraire des sœurs Nardal fut qualifié de salon bourgeois traditionnel. Césaire, notamment, rejeta ce salon et ne le considéra finalement pas comme le lieu qui avait vu naître la négritude. Aimé Césaire, qui définissait "la négritude en termes de "résistance" à l'assimilation et à l'aliénation (11) ", jugea le salon des sœurs Nardal et les idées qui y circulaient trop assimilationnistes. Pour lui, ce salon maintenait le statu quo et les privilèges de l'élite métisse antillaise (12).

    A travers l'organisation de ces rencontres les sœurs Nardal furent tout de même innovantes et eurent le mérite de créer un nouvel espace d'échanges pour la diaspora noire de passage ou installée à Paris (13). Elles permirent aussi de transcender les stéréotypes féminins et de véhiculer une autre image des femmes noires que celle de la "vogue nègre" des music halls parisiens ou encore de la littérature. Je pense notamment à Magie Noire (1928) de Paul Morand où il reprend, sur un mode paternaliste, le modèle de la "doudou", objet exotique et érotique. Jane Nardal lui répondra avec "Pantins exotiques" :

    "Aurions-nous le courage de nous dépouiller du prestige que nous confère la littérature exotique et de détonner, modernes, sur le décor passé, rococo des hamacs, palmiers, forêts vierges etc. Quelle déception pour celui qui évoque en votre honneur des princesses exotiques, si vous alliez lui dire que, tout comme une petite bourgeoise française, vous poursuivez à Paris des études commencées là-bas, sous les tropiques, au lycée ?" ("Pantins exotiques", La Dépêche africaine, 15 octobre, 1928).


    Une dimension universelle : l'identité plurielle de Suzanne Roussi Césaire


    La très engagée Suzanne Roussi Césaire, poursuit le travail des sœurs Nardal mais affiche des objectifs différents. Elle met en avant le concept de pluralité, résultat d'un processus historique, comme origine de l'identité martiniquaise. Le métissage racial et culturel de l'île, ce "brassage continu", comme elle l'écrit dans "Malaise d'une civilisation" devait, selon elle, transcender les antinomies Blancs/ Noirs, Européens/Africains, peuples civilisés/peuples sauvages, en vogue à cette époque, tout en permettant la découverte et la reconnaissance de l'identité martiniquaise libérée du joug colonial.

    Suzanne Roussi vient en France (en métropole) pour suivre les cours de l'Ecole normale supérieure. À Paris où se retrouve la diaspora noire, elle établit des liens avec des philosophes et des artistes. Elle rencontre Jean-Paul Sartre, le critique d'art Michel Leiris, ou encore Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire. Cette époque est foisonnante pour ces étudiants et artistes qui débattent de l'anticolonialisme et prennent parallèlement conscience de la montée du nazisme. De retour en Martinique, elle continue à être une intellectuelle très impliquée et engagée tout en étant à la fois épouse, mère de famille et enseignante. En 1941, elle créait avec Aimé Césaire, devenu son époux, et aidée d'Aristide Maugée, de René Ménil (son collègue du lycée Victor Shoelcher) et de Lucie Thérèse la revue culturelle Tropiques où elle publie tous ses essais (14). Suzanne Roussi Césaire se fixe alors pour objectif de sauver la Martinique de sa médiocrité culturelle puisque les écrivains martiniquais produisaient, selon elle, "une littérature de hamac, de sucre et de vanille" (Tropiques n° 4, janvier 1942).

    Dans ses textes enflammés, (dont l'écriture fait souvent écho à celle d'Aimé Césaire, à moins que ce ne soit l'inverse) elle reprochait aux écrivains antillais de reproduire la culture française sans jamais s'attacher à la spécificité de l'expérience martiniquaise, à son métissage racial et culturel. En 1942, dans "Malaise d'une civilisation" (publié dans Tropiques n° 5) elle écrit :

    "Non - le Martiniquais a échoué parce que méconnaissant sa nature profonde, il essaie de vivre d'une vie qui ne lui est pas propre. Gigantesque phénomène de mensonge collectif, de "pseudomorphose". Et l'état actuel de la civilisation aux Antilles nous livre les conséquences de cette erreur. Refoulement, souffrances, stérilité. Comment, pourquoi, chez ce peuple hier esclave, cette méprise fatale ? (Tropiques n° 5, avril 1942)."

    Elle ajoute plus loin : "On comprendra dès lors que le but essentiel pour l'homme de couleur soit devenu l'assimilation. Et qu'avec une force redoutable s'opère en son esprit la désastreuse confusion : libération égale assimilation (Tropiques, n° 5, avril 1942)."

    Suzanne Roussi Césaire s'interroge, elle, sur la nécessité de rompre avec les codes du colonisateur. Pour elle, déclarer l'émancipation de la Martinique ne pouvait passer par l'assimilation ni par le retour à une culture ancestrale à la manière des colonisés d'Afrique qui eux étaient restés sur la terre de leurs ancêtres. En cela, elle se distingue des sœurs Nardal. Trois ans plus tard, dans "Le grand camouflage", Suzanne Césaire dénonce le jeu de cache-cache de la vérité africaine des Antilles derrière les oripeaux du regard colonial :

    "Voici un Antillais, arrière-petit-fils d'un colon et d'une négresse esclave. (…) Le voici avec sa double force et sa double férocité, dans un équilibre dangereusement menacé : il ne peut pas accepter sa négritude, il ne peut pas se blanchir." (Tropiques n° 13-14, septembre 1945).

    Les écrits à la fois militants et lyriques de Suzanne Césaire révèlent une indépendance d'esprit, un dynamisme et une pensée philosophique aboutie. Cependant, "Le grand camouflage", me porte à m'interroger sur un autre camouflage, celui de l'auteure Suzanne qui ne fut finalement jamais reconnue par le poète Aimé Césaire et dont les textes ont fini par être éclipsés par ce dernier. Ce n'est qu'en 2009 que Daniel Maximin lui rendit hommage en publiant un recueil de ses textes majeurs : "Le grand camouflage. Écrits de dissidence" aux éditions Seuil.

    Les apports critiques et littéraires de ces trois femmes autour du mouvement de la négritude s'inscrivent parmi des initiatives précoces et précaires. Les "trois pères de la négritude" ont souvent mentionné leur dette à l'égard des auteurs de la Renaissance de Harlem sans ne jamais faire allusion à ces femmes qui furent des pionnières en faisant circuler des idées et en organisant des rencontres entre artistes et intellectuels phares de la diaspora noire des États-Unis, des Caraïbes ou de l'Afrique. Dans une lettre échangée en 1963 avec Jacques Louis Hymans, le biographe de Senghor, l'amertume de Paulette Nardal est d'ailleurs perceptible lorsqu'elle écrit :

    "Ils [le trio : Senghor, Césaire, Damas] se sont emparés des idées que nous avions lancées en les exprimant et en les modelant avec plus de brios. Nous étions certes des femmes, mais de véritables pionnières. Nous leur avons indiscutablement ouvert la voie (15)."

    Paulette Nardal suggéra d'ailleurs une réécriture de l'histoire de la négritude afin de replacer les femmes au cœur de cette prise de conscience raciale, mais cette réécriture n'eut jamais lieu.


    Trois intellectuelles antillaises occultées par l'historiographie de la Négritude


    En élaborant une nouvelle "conscience de race", Suzanne Roussi Césaire et ses aînées (Paulette et Jane Nardal, mais aussi Suzanne Lacascade) furent avant-gardistes et contribuèrent à leur tour à développer la littérature caribéenne francophone en apportant leur histoire, et leur sensibilité féminine. Cependant, une question se pose : pourquoi tant de réticence à mettre les textes de ces femmes en avant et à reconnaître leur contribution ?

    Les Africaines américaines avant elles vécurent une expérience similaire en combattant seules et sans jamais être considérées "femmes". Je pense, notamment ici, au titre évocateur de l'anthologie de Gloria Hull parue en 1982 : "Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques-unes à être courageuses (16) ". Effectivement, au XIXe siècle, les noires américaines ne purent jamais se ranger aux côtés des suffragettes blanches dans la lutte pour l'égalité, car en affirmant que seules les femmes étaient blanches et seuls les Noirs étaient hommes, seule l'expérience des femmes blanches fut prise en compte. Les noires américaines, durent donc se battre sur deux fronts à la fois : celui du genre et celui de la race pour être reconnues. Les intellectuelles antillaises furent ensuite confrontées exactement aux mêmes écueils, car dans leur lutte contre l'impérialisme et le colonialisme, les intellectuels qui les entouraient ne firent finalement que reproduire les mêmes schémas des intellectuels dont ils s'inspiraient, et ils marginalisèrent ainsi le rôle de ces femmes très engagées qui œuvrèrent pour la construction de liens intellectuels au sein de la diaspora.

    Laissons le dernier mot à Léon Gontran Damas qui, lors d'un entretien en 1972, résuma parfaitement et avec ironie la situation des intellectuelles antillaises :

    "Dans le Vermont, lors de la Conférence sur la littérature noire francophone, on me "demanda : "Qui est le père de la Négritude ?" J'ai répondu : "Tout ceci me fatigue. Je ne comprends pas pourquoi la Négritude a besoin de tant de pères". Un proverbe africain me vint à l'esprit : en Afrique, nous ne connaissons pas nos pères, mais nous connaissons nos mères.

    Celui qui a créé le mot "Négritude" est bien Aimé Césaire, et Senghor a bien été obligé de l'admettre. Mais pour des raisons que j'ignore, Senghor est désormais le père de la Négritude. Dans le Vermont, ils m'ont donc demandé qui j'étais parmi les trois. Et j'ai répondu : "peut-être le Saint Esprit" (17)."


    (1)Utilisé pour la première fois par Aimé Césaire en 1939 dans Cahier d'un retour au pays natal la "négritude" rassembla des écrivains antillais et africains vivant à Paris, et dont l'objectif affiché était de développer une pensée et une identité nouvelles à la manière du "Nouveau Noir/ The New Negro" qui avait vu le jour dans les années 1920 dans le quartier noir de Harlem à New York. Ce concept marqua les débuts de la littérature panafricaine francophone et surtout les débuts d'une nouvelle identité noire francophone.
    2)Aimé Césaire, entretien accordé à Gilles Anquetil, pour le Nouvel Observateur, 16-23 juin 1993 (80-82), p. 80. (3)Comme le souligne Astride Charles dans son article : "L'historiographie a désigné trois fondateurs de celle-ci [la Négritude en France] : Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor dont le premier a forgé le terme "négritude" dans le milieu des années 1930. Ces hommes ont souvent mentionné leur dette à l'égard des auteurs de la Harlem Renaissance (Alain Locke, W.E.B. Du Bois, et Langston Hughes, pour n'en citer que quelques-uns)". Dans, Astride Charles, "L'éveil de la conscience de race par des femmes : une lecture genrée de la Négritude". Africultures 7/2013 http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&;no=11667
    (6)Des extraits sont consultables dans Brent Hayes Edwards, The Practice of Diaspora.
    Cambridge, Ma: Harvard University Press, 2003.
    (7)Brent Hayes Edwards, op. cit, p. 19.
    (8)ibis, p. 31. Hayes cite "La Voix des Nègres 1", Janvier 1927 (Centre des Archives d'Outre-Mer, Aix-en Provence, Archives Nationales, France. SLOTFOM V, Box 3.
    (9)Tovalou Houénou, qui fonda le périodique Les Continents en 1924, parlait de "diversité dans l'action". Sa pensée et sa rencontre avec Marcus Garvey en 1924 eut un profond impact sur le discours de l'UNIA. Houénou écrit à Du Bois : "A Paris, on m'a demandé de choisir entre deux frères ennemies. J'ai refusé. Je suis pour tout parti qui manifeste un intérêt pour les noirs". Tovalou Houénou, lettre à Du Bois, 3septembre 1924, W.E.B. Du Bois Papers. Selon Houénou, tous les intellectuels noirs d'origine africaine travaillaient à un même objectif et devaient donc se rapprocher.
    (10)La collection complète de La Revue du monde noir (numéros 1 à 6, 1931-1932) est consultable sur le site http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32946v/f54.image.langFR
    (11)Pap NDiaye, "Présence africaine avant "Présence Africaine". La subjectivation politique noire en France dans l'entre-deux guerres, Gradhiva, numéro 10, 2009, p.78
    (12) Comme l'observe James Arnold : "Ce groupe [i.e., le groupe qui donna naissance à La Revue du monde noir] s'enorgueillissait d'être un parfait modèle d'assimilation à la société française".
    (Ma traduction) This group [the group around La Revue du monde noir] prided itself on what it thought to be its perfect assimilation into French society. In, James Arnold, Modernism and Negritude: The Poetry and Poetics of Aimé Césaire. Cambridge: Harvard University Press, 1981, p.11.
    (13)On pourra consulter notamment: T. Denean Sharpley-Whiting, Negritude Women.
    The University of Minnesota Press, 2002.
    (14)Tous les textes de Suzanne Roussi Césaire ont été recueillis par Daniel Maximin : Suzanne Césaire, Le grand camouflage.
    Ecrits de dissidence (1941-1945). Paris : Editions du Seuil, 2009.
    (15)They [the trio] took up the ideas tossed out by us and expressed them with flash and brio. We were but women, real pioneers; let's say that we blazed the trail for them. In, Jacques Louis Hymans, Léopold Sédar Senghor: An Intellectual Biography. Edinburgh: Edinburgh University Press, 1971, p. 36.
    (16)Hull, Gloria, et al., All the Women are White, All the Blacks are Men but Some of us are Brave: Black Women's Studies. New York: Feminist Press, 1982.
    (17)In Vermont at the Conference on Black Francophone Literature, they asked me, "Who is the father of Négritude?" I said, "I'm fed up of all that. I don't understand why Négritude needs so many fathers". Anyway I recalled an African proverb. I said that in Africa we don't know our fathers, we know our mothers. Now, the man who coined the word "Négritude" was Aimé Césaire, and Senghor has been obliged to admit this. But, for many reasons, Senghor is first now the father of Négritude. In Vermont they asked me who I was among the three. I said, "Perhaps I'm the Holy Spirit."In, Keith Warner, interview with Damas, Critical Perspectives on Léon-Gontran Damas.
    Warner (eds), Washington D.C.: Three Continents, 1988, 24.

    source : Africultures