Clémentine Touré, la revanche d’une ambitieuse

 

 
Clémentine Touré, en juin à Ottawa. Crédits : DR

Lorsqu’on demande à Silvia Neid, la sélectionneuse allemande, quelques mots sur Clémentine Touré et sur la difficulté pour une femme de s’imposer dans le milieu parfois machiste du football, celle-ci avoue son ignorance au sujet de son homologue ivoirienne « qui dirige cependant une bonne équipe ». Avant d’ajouter : « Est-ce difficile pour moi ? Pas du tout. Le plus important, c’est d’avoir des compétences. Peu importe que l’on soit un homme ou une femme. »

Après avoir eu connaissance des propos de l’entraîneuse de l’une des meilleures nations mondiales, Clémentine Touré, dont l’équipe s’est lourdement inclinée lors de son premier match face à l’Allemagne (10-0) dimanche 7 juin au 1er tour du Mondial féminin, sourit. « Moi, j’ai connu beaucoup, beaucoup de difficultés », assure-t-elle d’un ton affirmatif.

Si Silvia Neid a pu bénéficier en Allemagne d’un système favorisant l’essor du football féminin, à l’instar des Etats-Unis et du Canada qui réunissent tous deux plus de la moitié des joueuses (la Fédération internationale (FIFA) estime à 30 millions le nombre de pratiquantes dans le monde, dont 53 % aux Etats-Unis et au Canada), la native de Ferké a longtemps galéré avant de pouvoir exercer sa passion.

« Va jouer à la marelle ! »

Chez les Touré, le football est une histoire de famille. Avec un père professionnel en Côte d’Ivoire, trois frères passionnés et deux de ses quatre sœurs elles aussi douées dans l’exercice, il ne pouvait en être autrement. « Petite, on ne parlait que de foot et nos cadeaux, c’était des ballons, raconte Clémentine Touré. J’allais dans la rue pour jouer avec les amis et souvent, j’étais la seule fille. Au collège, c’était dur. Les garçons me rejetaient et me disaient de jouer à la marelle avec les autres filles. Mais je me suis accrochée et au lycée, ils m’acceptaient car je me débrouillais bien. Tous voulaient me prendre dans leur équipe. Le prof de sport a même demandé l’autorisation au proviseur de m’incorporer à l’équipe masculine. »

Après une carrière honorable passée entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, accompagnée par 22 sélections avec les Eléphantes (entre 1995 et 2002), place à la reconversion. Un diplôme d’éducation physique et sportive en poche, la voila prête à suivre les pas de son paternel, entraîneur lui aussi. Mais une à une, les portes se ferment.

« Personne ne voulait de moi, se souvient-elle. En présentant mon dossier pour participer à un stage, on m’a refusé en m’expliquant que c’était réservé aux hommes. Le jour du stage, je suis revenue et j’ai dit à l’instructeur : Je veux et je vais réussir ! Il m’a accepté et j’ai tout fait pour être la meilleure. J’ai travaillé contre vents et marées, je voulais leur prouver que j’avais ma place ». Mission plus qu’accomplie avec une place de major de promotion décrochée « avec les félicitations de la Fédération. »

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Mais les désillusions s’enchaînent au sein d’un pays peu enclin à la féminisation de son football. Après une première expérience avec le club ivoirien des Amazones de Koumassi, Clémentine Touré garde en mémoire une date frustrante, celle du 12 mars 2006, jour de sa nomination à la tête des Eléphantes : « La presse et l’opinion m’ont immédiatement rejetée. J’étais soit disant trop jeune, inexpérimentée… En fait, j’étais une femme ! Je suis partie et j’ai alors pris l’engagement de devenir une grande entraîneuse et de prouver aux yeux du monde entier qu’une femme pouvait réussir. »

Quelques mois plus tard, sa vie chavire. Après un premier trophée décroché avec ses Amazones, Clémentine Touré tape dans l’œil des dirigeants d’Aguilas Verdes, l’une des meilleures formations équato-guinéennes : « J’ai tout de suite accepté l’offre. J’avais l’opportunité de m’exprimer et de vivre mon expérience. »

L’aventure ne dure qu’une saison. Le temps d’un succès en championnat et d’une promotion à la tête de la sélection de la Guinée équatoriale. La suite ? Une historique victoire au Championnat d’Afrique des nations 2008 alors que la Côte d’Ivoire échoue une fois de plus lors des qualifications. « Je tenais ma revanche, assure-t-elle fièrement. Je suis une battante, je n’ai jamais voulu abandonner. Jacques Anouma, le président de la Fédération, m’a alors rappelé pour redevenir entraîneuse des Eléphantes avant de me décorer. Je ne pouvais pas refuser cette reconnaissance. »

Coacher une équipe masculine

Une nouvelle fois, les miracles s’accumulent. En 2012, la Côte d’Ivoire participe à sa première compétition continentale avant, deux ans plus tard, de décrocher une inattendue troisième place, qui offre aux Eléphantes une participation au Mondial canadien, avec un effectif sans stars, composé quasi exclusivement de jeunes joueuses du pays.

« Personne ne s’y attendait, on a beaucoup travaillé dans l’ombre, se souvient-elle. La Fédération m’a beaucoup aidé. Depuis quatre, cinq ans, un projet a été mis en place, notre discipline progresse et les licences grimpent. Aujourd’hui, le foot féminin n’est plus tabou et on joue même devant 1 000 ou 2 000 supporteurs ! »

Coacher un jour une équipe masculine l’intéresse-t-elle ? « Ce serait avec plaisir, mais c’est encore trop tôt, je ne sais pas s’ils accepteraient une femme… Un jour, j’essayerai. Je veux encore progresser et monter d’un cran. »


Jjiguene Tech Hub forme les codeuses sénégalaises de demain

 

 
Des lycéennes dakaroises en formation aux techniques de codage. Crédits : DR via page Facebook de Jiguenne Tech Hub

Au milieu du cliquetis des claviers, les adolescentes du lycée de Thiès, à l’est de Dakar, s’échangent des regards dubitatifs. « Maintenant, écrivez le titre de votre page entre les balises », relance Aminata, une des formatrices. Les mains se lèvent et on appelle à l’aide. Mais quelques minutes après, c’est le bout du tunnel. Sur l’onglet Internet vient de s’inscrire « Bienvenue sur ma page ». Satisfaction générale. Awa Caba, cofondatrice de l’association Jjiguene Tech Hub et organisatrice de la formation, suit bienveillante leur progression au fond de la salle. « J’aime voir leurs regards qui s’illuminent lorsqu’elles voient que leur site se transforme », confie-t-elle.

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En ce premier week-end de mai se déroulait la deuxième journée du Girl Coding Camp, des formations pour les écoles organisées par trois associations, Imagination Afrika, Wetech et Jjiguene Tech Hub (« Jjiguene » signifie « femme » en wolof). Pendant trois jours, une trentaine de lycéennes issues de plusieurs filières ont appris grâce à ces associations les fondements du HTML 5 et CSS, écritures qui permettent la conception de plusieurs supports Web. A l’issue de ces journées, elles auront produit leur première page Web et repartiront avec un diplôme symbolique.

Combler le retard des femmes dans les professions technologiques

L’association a été créée il y a trois ans par quatre jeunes femmes, dont la chef d’entreprise anglo-sénégalaise Marième Jamme, nommée en 2012 par le magazine Forbes comme l’une des femmes les plus influentes d’Afrique. Depuis, Awa Caba, mais aussi Ndeye Awa Gueye et Binta Coudy Dé font tourner la machine sur place, et regroupent aujourd’hui une trentaine de volontaires, hommes comme femmes, étudiants ou ingénieurs dans l’informatique ou les télécommunications.

Former au code, oui, mais pourquoi les filles spécifiquement ? « Les jeunes filles sont complexées, explique Awa Caba. Elles ont peu de cours d’informatique durant leur cursus et ne peuvent pas pratiquer chez elle. Une fois à l’université, elles se découragent et évitent les filières scientifiques, qu’elles considèrent plutôt réservées aux hommes. » À l’aide de méthodes ludiques, les formateurs tâchent de rendre les concepts accessibles à chacune. L’association est en train de créer une base de données pour connaître le pourcentage de femmes dans le monde scientifique, et Awa Caba espère voir l’impact de son programme d’ici cinq ans, avec une arrivée croissante d’étudiantes dans les secteurs de la technologie.

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Depuis le début de l’aventure, les volontaires ont formé près de 500 jeunes filles, et ils continuent à les suivre. « Notre plus grande fierté, c’est quand nos élèves nous envoient des SMS pour nous remercier remplis des balises qu’on leur a appris », rit la responsable. L’une de ces lycéennes est même devenue volontaire dans l’association et forme des jeunes au sein de son école pendant les récréations, lorsqu’elle ne révise pas pour son bac. « On a lancé l’impulsion, c’est aux étudiantes de continuer leur chemin. » Les journées quant à elles continueront jusqu’en juin, dans des lycées de Mbour et de Rufisque.


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Ouganda : un clip jugé porno et les juges auront de quoi se rincer les yeux..

Les fesses musclées et savonneuses de la chanteuse Jemimah Kansiime, au coeur d'un de ses clips, ont fait le bonheur de ses fans, mais pas celui des conservateurs ougandais qui l'accusent de pornographie.

L'artiste de 21 ans dont le nom de scène est "Panadol wa Basajja" - littéralement "médicament pour les hommes" - a déjà passé cinq semaines en prison fin 2014 après la sortie d'un clip suggestif où elle apparaît en string et savonne lascivement ses fesses et son généreux décolleté. Désormais, elle encourt jusqu'à 10 ans de prison pour violation de la loi anti-pornographique si elle est jugée coupable lors du premier procès appliquant ce texte, promulgué en février 2014.

Selon l'ONG Human Rights Watch, la loi définit si largement la pornographie qu'elle aurait poussé des hommes à agresser publiquement des femmes légèrement vêtues. Ses détracteurs pointent le développement d'un mouvement antilibéral en Ouganda, qui a notamment inspiré une loi très répressive contre l'homosexualité, promulguée elle aussi en février 2014.

Nourri par la religion, le conservatisme gagne en effet du terrain. Dans le pays, les prêcheurs évangéliques venus des États-Unis reçoivent souvent un accueil plus exalté que les pop stars comme Kansiime. "J'avais conscience que certaines parties de la société étaient conservatrices", admet la jeune chanteuse, tout en lissant les extensions aux couleurs de l'arc-en-ciel qui recouvrent toujours l'un de ses yeux. Mais "je voulais juste voir si le public apprécierait que je m'habille avec une robe courte", dit-elle. L'une des choses essentielles qu'elle a retenues de ses idoles américaines Rihanna et Nicki Minaj, c'est que le sexe fait vendre. Pour illustrer son titre "Nkulinze" ("Je t'attends"), la chanteuse a ainsi réalisé une vidéo controversée évoquant les "fantasmes intimes d'une jeune amoureuse", vue plus de 140 000 fois sur YouTube.

Mini-robe léopard

Kansiime dit à l'AFP n'avoir jamais imaginé que se trémousser en sous-vêtements pourrait violer la loi. Elle a néanmoins été arrêtée en novembre avec son manager, Didi Muchwa Mugishar. Ce dernier a plaidé coupable et a été condamné à une amende de 200 000 shillings ougandais (75 dollars, 60 euros), mais Kansiime, elle, n'a pas plaidé coupable et est restée cinq semaines détenue, avant de pouvoir payer sa caution.

"Lorsque j'ai tourné cette vidéo, je n'ai jamais eu l'intention de la destiner à des enfants, je l'ai faite pour des adultes. Je n'ai pas vendu ou distribué la chanson", dit Kansiime dans sa mini-robe léopard à bretelles qui révèle un soutien-gorge pigeonnant. "Mes droits ont été bafoués, ma liberté d'expression a été bafouée", s'indigne-t-elle dans sa simple case en tôle à Kampala, la capitale ougandaise.

Son avocat Isaac Semakadde voit dans ce dossier un test pour le droit des artistes ougandais à "s'exprimer". "Il doit y avoir une place pour le divertissement érotique dans une société ouverte et libre", estime-t-il, considérant qu'une distinction claire doit être faite avec les crimes comme la pornographie enfantine. "Bannir toutes les formes de pornographie, toutes les formes de nudité, est quelque chose de scandaleux", estime l'avocat.

Kansiime a été interpellée après que le ministre des Moeurs, Simon Lokodo, a été choqué par sa vidéo. Le ministre s'est récemment vanté d'être "sur le terrain" avec son équipe d'espions pour surveiller de près de tels chanteurs. Les vidéos de Panadol sont "très obscènes et vulgaires", a-t-il déploré, promettant de nouvelles arrestations. Les interprètes comme Rihanna sont "le genre de personnes que je condamne", a encore dit l'ancien prêtre. "C'est une danseuse très provocante... Il n'y a rien de bon là-dedans", selon lui.

Cour constitutionnelle

Dans son combat contre la pornographie, Simon Lokodo a notamment décrit une émission télévisée populaire comme de la prostitution. La presse locale a aussi rapporté qu'il avait épinglé la plus jeune députée ougandaise alors qu'elle entrait au Parlement vêtue d'une jupe courte. "La décadence d'une société ne débute ni ne cesse avec la prostitution", rétorque Me Semakadde, qui appelle le ministre à se préoccuper de questions plus urgentes comme la "corruption".

Kansiime doit comparaître d'ici la fin du mois. Mais son avocat compte demander un report jusqu'à ce que la Cour constitutionnelle tranche une requête déposée contre la loi anti-pornographie par des militants qui l'estiment "excessive et vague". Amnesty International a de son côté appelé au retrait de cette loi, un souhait partagé par l'avocat Semakadde.

Le prochain titre de Kansiime s'inspire de son combat et parle de chômage. La chanteuse insiste sur le fait qu'elle filmera "ce qu'elle veut", mais reconnaît qu'elle pourrait avoir à adopter une attitude plus conservatrice si elle veut vivre de sa musique. "Je dois faire quelque chose que les gens apprécient", admet-elle, car "je n'ai pas profité de cette vidéo".

 

 

 

En Afrique, la pauvreté est sexiste

Angélique Kidjo est auteur compositeur, ambassadrice de bonne volonté d’Unicef, cofondatrice de la Fondation Batonga.

Alors que les ministres des finances africains se réunissent cette semaine à Abidjan, la croissance africaine est à nouveau sur toutes les lèvres. Certes c’est un formidable slogan mais nous n’évoluerons que trop peu et trop lentement si nous ne prenons pas conscience d’une autre réalité bien plus sombre : "la pauvreté est sexiste".  Nous savons que si nous investissons en faveur des femmes et des filles, ceci ne bénéficiera pas seulement à elles, mais  elles apporteront davantage à leurs familles et à leur communauté. Alors pourquoi en sommes-nous toujours là ? La capacité d’ascension de l’Afrique sera entravée tant qu’on ne remédiera pas à cette injustice, en soutenant pas  de toute urgence et de toutes nos forces,  nos femmes et nos filles les plus pauvres et les plus marginalisées.

Le nouveau rapport DATA de ONE identifie les besoins financiers pour sortir les plus démunis, en particulier les femmes et les filles, de la pauvreté. Il énumère aussi les actions possibles afin de trouver les fonds nécessaires. Ses recommandations sont simples et efficaces. D’ailleurs, beaucoup d’entre elles sont soutenues par mon pays, le Bénin, qui préside le groupe des "pays les moins avancés". Voici ce qu’il faut en retenir.

Premièrement, il faudrait que chaque nation investisse un montant minimum pour garantir l’accès aux services essentiels aux couches les plus pauvres de la société. D’après les estimations, il faut en moyenne 300 à 500 dollars par personne et par an pour garantir un accès minimum à l’éducation, la santé, la nutrition, l’eau potable et l’hygiène publique pour tous.
Mon combat personnel, c’est l’éducation des filles ; et au-delà de la question de dignité humaine, je pense que tous les ministres des finances devraient être plus conscients du retour sur investissement que cette éducation peut apporter à toute la société. Cependant, de nombreux pays sont bien loin du niveau suffisant de dépenses dans ce secteur comme dans les autres services essentiels.

Nous devons nous tenir mutuellement responsables et aspirer à plus d’investissements sociaux.

Certes nous n’atteindrons pas cet objectif du jour au lendemain et chacun doit déterminer ses objectifs pour fournir des services de base appropriées au niveau national, mais ensemble nous devons nous tenir mutuellement responsables et aspirer à plus d’investissements sociaux.

La seconde recommandation du rapport propose des solutions pour trouver l’argent nécessaire à ces investissements dans les services de base. Nous devons avant tout compter sur nous-mêmes et nos partenaires. De notre côté, nous devons mieux gérer nos ressources naturelles, augmenter les revenus qui en découlent et mieux les dépenser. Nous devons exiger des normes plus strictes de la part du secteur privé, endiguer la corruption et encourager des investissements plus responsables grâce à une transparence des budgets et des contrats. Nous devons renforcer et mettre en œuvre des politiques fiscales justes et progressives pour augmenter nos recettes.

Cependant, nous devons également demander à nos partenaires de cibler leur aide de manière plus judicieuse. J’ai été extrêmement surprise d’apprendre qu’à l’heure actuelle, moins d’un tiers de l’aide américaine ou britannique est dirigé vers les pays les moins avancés et seulement un quart pour la France et l’Allemagne. La plupart des contribuables de ces pays pensent probablement que la majorité de cette aide est donnée aux plus pauvres et non aux pays à moyen revenu. Ce déséquilibre doit être rectifié, les pays donateurs doivent allouer au moins la moitié de leur aide aux pays les moins avancés.

Enfin, un des plus grands défis au sein de nos nations africaines est de tenir nos dirigeants responsables de leurs engagements envers leurs concitoyens et de leur demander de rendre des comptes. Paradoxalement, ils ne savent pas eux-mêmes s’ils font correctement ou non leur travail car ils n’ont pas accès à des informations et des données de qualité. Mo Ibrahim s’est exprimé récemment sur le manque de données en Afrique et à quel point la souveraineté économique africaine serait grandement accrue si nous augmentions notre investissement dans la qualité de ces données. Les données sur les femmes et les filles les plus pauvres sont particulièrement obsolètes, ceci aggravant leur manque de représentation et d’autonomie.

>> Lire aussi : Gouvernance en Afrique : votre pays est-il performant, selon l'indice Mo Ibrahim 2014 ?

Les données sur les femmes et les filles les plus pauvres sont particulièrement obsolètes.

Au niveau du village, les femmes doivent être émancipées pour pouvoir tenir le gouvernement local responsable de la fourniture des services de base. Comment peut-on savoir quels services apporter à des populations qui ne sont pas encore inscrites dans des bases de données gouvernementales officielles, quand leur naissance, leur mort et leur existence ne sont pas enregistrées ? Une révolution des données est essentielle pour soutenir la plus que nécessaire marche vers l’égalité des sexes.

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais l’Afrique joue un rôle prépondérant aux Nations Unies cette année. Dans quelques semaines, l’Éthiopie va accueillir une conférence internationale historique sur le financement du développement. Le Bénin dirige le groupe des pays les moins avancés.  L’Ouganda préside l’assemblée générale des Nations unies. Enfin, l’Afrique du Sud dirige le Groupe des 77 de l’ONU et organise le sommet des BRICS, le Kenya et la Tanzanie jouent aussi un rôle clé dans les institutions de l’ONU en ce moment.

Les dirigeants et les pays africains ont véritablement leur mot à dire sur la manière dont seront dépensés ces milliards de francs CFA et de dollars à l’échelle mondiale sur les quinze prochaines années, durée de vie des futurs Objectifs de développement durable. Il ne tient donc qu’à nous de prendre les choses en main. Actuellement, des millions de femmes et hommes à travers l’Afrique et le monde entier rejoignent des mouvements tels que celui initié il y a quelques semaines par neuf artistes africaines avec leur chanson "Strong girl". Nous exprimons notre solidarité et notre soutien pour que chaque fille africaine puisse réaliser ses rêves : aller à l’école, avoir accès à des soins de santé décents, avoir suffisamment à manger, avoir l’opportunité de vivre en toute dignité et contribuer au bonheur et à la prospérité de sa famille et de sa communauté. Lorsque nous réaliserons ces rêves, nous réaliserons ceux de tout notre continent.

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source : Jeune afrique

Rabiatou Serah brise le silence: ‘’Il est temps de mettre fin aux discours incendiaires’’

La crise politique guinéenne perdure et inquiète plus d’un. Depuis la publication du chronogramme électorale par la CENI fixant la présidentielle avant les locales, pouvoir et opposition sont à couteaux tirés, chacune des deux parties tirant la couverture de son côté.

Rabiatou serah dialloPour l’ancienne présidente du Conseil national de la Transition, ces deux camps devraient faire preuve de maturité politique en acceptant de reculer pour mieux sauter. ‘’On n’a pas besoin de dire que tel a tort ou tel a raison, il faut qu’on accepte de se regarder en face et de nous dire la vérité autour de la table. Qu’on enterre la hanche de guerre. On doit se tenir ensemble, lutter ensemble et on ne peut le faire que lorsqu’on est unis car, la paix n’a pas de prix’’, a affirmé Hadja Rabiatou Serah Diallo.

Elle ajoute ensuite que les acteurs politiques doivent céder à la pression qui, selon elle, n’arrange rien pour la Guinée. ‘’Quand les chefs reculent, ce n’est pas une preuve de faiblesse, mais une manière de reculer pour mieux sauter. Samory Touré a reculé à un moment donné lors d’une bataille. Il a dit à ses sofas de reculer pour mieux se préparer. La Guinée traverse aujourd’hui une crise sanitaire causé par Ebola, nous avons aussi la méningite qui fait des ravages, sans parler de la pauvreté, la corruption, la drogue et l’insécurité. On a beaucoup de choses qui nous interpellent, il est mieux de s’occuper de ces choses’’, a-t-elle conseillé dans un entretien accordé à VisionGuinee.

Pour l’ex-secrétaire générale de la CNTG, ce qui est le plus embêtant est le fait que l’opposition et la mouvance soient prises en otage par les militants à la base. ‘’Quand on entend les militants de la mouvance et de l’opposition parler, on sent qu’ils prennent en otage leurs leaders respectifs. Comme si ce sont les militants qui commandent, c’est très déplorable’’, souligne Rabiatou Serah Diallo.

Comme solutions de sortie de crise, elle suggère l’implication effectives des leaders religieux pour apaiser les esprits. ‘’Il faut qu’ils accepter de se mobiliser parce qu’ils ne peuvent parler dans les mosquées ou églises que s’il y a des fidèles’’, soutient-elle, appelant au passage les acteurs politiques à lâcher du lest.

‘’Les leaders des partis politiques de la mouvance et de l’opposition doivent impérativement accepter d’être autour de la table. Il faut que le chef de l’Etat qui est le père de la nation accepte d’avoir le dos plus large et reculer. De tous les bords, il faut aussi mettre fin aux discours incendiaires’’, conclut-elle.

Aissatou Diallo pour VisionGuinee.Info