Les Amazones d’Afrique : quand la musique donne le pouvoir aux femmes

De gauche à droite : Mamani Keita, Kandia Kouyaté, Mouneissa Tandina à la batterie et Inna Modja.

Mercredi 29 juin, le soleil se couche à peine, un « girl power » rayonnant et bariolé monte sur la scène du Parc de la Légion d’honneur, à Saint-Denis, dans le cadre du festival Métis. La foule compacte est venue profiter d’une heure trente de musique mandingue haute en couleur malgré une pluie fine incessante. Une première date française qui s’inscrit dans une tournée européenne débutée à Lisbonne la semaine passée et qui passera par la Suède, le Royaume-Uni avant de revenir en France.

A l’origine du projet, les trois divas maliennes Oumou Sangaré, Mamani Keita et Mariam Doumbia – du duo Amadou & Mariam – qui ont donné en octobre 2015 leur premier concert commun au festival de la Fiesta des Sud, à Marseille. Cette année le trio a décidé d’élargir son horizon en invitant la grande griotte Kandia Kouyaté, la légende germano-nigériane du hip-hop Nneka et Inna Modja au flow féministe. Du côté des chœurs, on découvre deux artistes encore peu connues : l’auteur-compositrice-interprète Mariam Koné et la pétillante Pamela Badjogo à l’univers afro-jazz. Enfin, la batteuse malienne Mouneissa Tandina vient compléter le collectif. Un melting-pot générationnel et musical qui promet de l’invention et du punch au cœur de la tradition mandingue.

Les Amazones d’Afrique.

« En tant que femme musicienne ou chanteuse, on a deux fois plus de choses à prouver. On se bat au quotidien pour notre condition de femme à la maison et dans notre travail, pour qu’on nous écoute ! », explique d’emblée la jeune Mariam Koné. C’est leur marque. Les Amazones n’y vont pas par quatre chemins pour défendre la cause qui leur est chère : l’égalité, la lutte contre les violences, faites aux femmes, la fin du silence et de l’impunité. « Restez fortes dans la tête et dans l’âme. Nous sommes les mères de l’humanité. N’oubliez pas que nous tenons les reines de la société », encourage Mariam. Et la choriste Pamela d’ajouter : « Regardez ce qu’il se passe pour les femmes en Syrie ou en République démocratique du Congo. Pour nous, c’est simplement inacceptable. C’est notre combat ! » Une attitude quasi guerrière qui colle au nom qu’elles se sont choisi comme un clin d’œil aux femmes combattantes du royaume du Dahomey (dans l’actuel Bénin).

« Femme, réveille-toi ! »

 

 

Le concert de Paris a été l’occasion de rôder leur premier single « I play the Kora », qui sonne comme un manifeste féministe : « Femme, réveille-toi ! Sache qu’une femme dirige aujourd’hui le Liberia. (…) Nous, les femmes nous voulons être égales aux hommes. Ensemble, nous voulons construire un monde meilleur. » Histoire de rappeler aux esprits endormis que l’avenir de l’Afrique peut aussi être féminin.

Pour aller bout de leur geste, le groupe d’Afrique de l’Ouest a lancé dans la foulée une campagne de financement participatif sur la plate-forme Generosity. L’entièreté des bénéfices du single et de la campagne sera reversée à la Fondation Panzi du docteur Denis Mukwege, qui vient en aide aux femmes victimes de violences sexuelles dans l’est de la République démocratique du Congo. Les Amazones sont unanimes : « Si nous pouvons apporter un soutien au docteur Mukwege, nous le faisons. Ce qu’il voit tous les jours est terrible. Nous voulons apporter notre pierre à l’édifice ! »

Le gynécologue Denis Mukwege, surnommé « l’homme qui répare les femmes », opère depuis quinze ans, dans l’hôpital qu’il a fondé, des femmes victimes de sévices sexuels dans la province du Sud-Kivu. Menacé de mort, ce médecin au destin exceptionnel vit dorénavant cloîtré dans son hôpital de Bukavu, sous la protection des casques bleus.

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noire, femme blanche, ensemble contre l’excision

J’entends souvent dire autour de moi que l’excision serait une obsession de médias français blancs. Elle fascinerait les femmes « blanches » qui n’auraient de cesse de parler de la barbarie des sociétés noires, dans lesquelles les « pauvres » Africaines seraient soumises à cette pratique d’un autre temps. Une sorte de colonialisme qui ne dirait pas son nom.

Cette vision des choses m’a toujours dérangée. Pourtant, je suis noire. On s’attendrait à me voir adhérer à tout discours visant à dénoncer les préjugés dont font souvent l’objet les femmes noires, plus particulièrement les femmes africaines, puisque je suis camerounaise.

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Mais la vérité, l’une des vérités à propos de cette pratique, est que l’excision et les mutilations sexuelles féminines (car ce qui est communément appelé par la majeure partie d’entre nous, « excision » n’est que l’une des formes des mutilations sexuelles), n’est pas une préoccupation occidentale qui dénoterait d’un racisme ne portant pas son nom. Ni une manière de stigmatiser les femmes africaines, majoritairement victimes de la pratique.

La vérité c’est que l’excision n’a ni race, ni couleur, ni religion.

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Elle n’est qu’une mutilation. Infligée aux femmes en raison de leur sexe.

Elle se pratique en Afrique, en Asie, au Proche-Orient, en Inde, ou en Indonésie, pour la même raison : l’opprobre dont fait l’objet, depuis la nuit des temps, la sexualité des femmes, et plus particulièrement, leur plaisir. Le clitoris n’ayant pas grand-chose à voir avec la fonction reproductive, il est considéré comme inutile.

Le clitoris, meilleur ami de la femme

La vérité est que les mutilations sexuelles féminines touchent 200 millions de femmes dans le monde, selon les dernières estimations de l’Unicef en 2016, parce que la jouissance des femmes est encore considérée comme susceptible de troubler l’ordre moral et la société. Leur corps, porteur d’une anomalie, le clitoris. Cet organe spécialement dédié à leur plaisir et pas à la procréation, autrefois surnommé « le mépris des hommes ».

Mais le corps des femmes, n’est porteur d’aucune anomalie. Le clitoris n’est pas un organe impur. Il est le meilleur ami d’une femme.

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Procéder à son ablation totale ou partielle, est une violation inacceptable des droits des femmes et des filles. Et résumer cette conviction à l’obsession de femmes blanches pour des sexes de femmes africaines, c’est oublier un peu vite que c’est la jouissance féminine qui est visée. Et notre droit à toutes en la matière.

C’est ignorer aussi que les premiers mouvements en vue de l’abolition de la pratique, n’ont pas été le fait de « Blancs » mais sont partis du continent africain, d’Ethiopie précisément, au XVIe siècle, selon les recherches de la sociologue Isabelle Gillette-Faye publiées en 2014.

Dans les années 1970, la Sénégalaise Awa Thiam, avec La Parole aux négresses (éd. Denoël/Gonthier, 1978), est la première femme africaine, philosophe et anthropologue, à évoquer la réalité vécue de ces tortures traditionnelles sur lesquelles les ethnologues occidentaux sont restés si discrets.

Dans cet ouvrage, qui devrait faire partie de toute bibliothèque féministe, des femmes du Mali, du Sénégal, de Guinée s’expriment sur ce qui leur apparaît la plupart du temps – malgré leur souffrance personnelle – comme la condition féminine normale. Elles parlent de ce qu’elles ont subi, petites filles silencieuses et mutilées, sans révolte le plus souvent, comme une fatalité incontournable.

En Occident, c’est la lecture d’un livre sur toute l’histoire des mutilations sexuelles écrit par une Ethiopienne, intitulé Femmes d’Orient, pourquoi pleurez-vous ?, trouvé par hasard dans les rayonnages de la Bibliothèque nationale, qui emmène la journaliste, écrivaine, et féministe Benoîte Groult, à dénoncer avec virulence, ces pratiques visant à soumettre les femmes en tant que telles. Elle consacrera de longues pages au sujet dans son ouvrage, Ainsi soit-elle (éd. Grasset, 1977), best-seller mondial vendu à plus d’un million d’exemplaires, qui sera la première protestation publique contre la pratique de l’excision.

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C’est aussi elle qui mettra en rapport Awa Thiam avec la maison d’édition qui publiera le manuscrit de La Parole aux négresses.

Ensemble, elles contribueront à braquer les projecteurs sur les pratiques des mutilations sexuelles, brisant un tabou et remettant en question les « traditions », ce qui permit de sauver beaucoup de vies humaines. C’est l’impact de ces deux ouvrages qui conduira à une criminalisation de la pratique de l’excision et de l’infibulation et à des procès y ayant trait.

L’entraide entre femmes du monde

A l’heure où le concept de la sororité semble recouvrer son lustre via des campagnes, telle Together Women Can de l’Américaine Sheryl Sandberg, visant à encourager la solidarité et l’entraide entre femmes, j’ai une pensée pleine de gratitude pour Benoîte, qui nous a quittés le 20 juin et Awa qui lui a récemment rendu hommage dans un beau papier intitulé « Benoîte Groult, le point de vue d’une négresse » paru dans Le Quotidien.

J’ai une pensée pour ces deux pionnières, amies dans la vie, qui « ont eu du clito » (équivalent « d’avoir des couilles ») avant même que l’expression n’existe. C’est-à-dire le courage de dénoncer à une époque où cela ne se faisait pas encore les mutilations sexuelles féminines, ce que la dramaturge et militante américaine Eve Ensler qualifie de « solution finale » de la sexualité féminine.

Elles n’avaient pas le même visage, la même couleur de peau, la même religion, le même mode de vie, mais s’accordaient sur le fait que chaque femme devrait pouvoir disposer de son corps aussi entier qu’au jour de sa naissance.

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Les mutilations sexuelles féminines ne sont ni une affaire de « Blanche », ni une affaire de « Noire ». Elles sont une affaire de femmes. Qu’on ait connu ou pas la violence du couteau. Elles sont le rappel qu’il faut militer pour le pouvoir de souveraineté des femmes, leur droit d’exercer leur libre arbitre, et à rétablir dans son pouvoir et sa dignité originels, leur sexualité.

Elles s’inscrivent dans notre droit universel à disposer librement de notre corps, à tirer une vraie force de notre potentiel sexuel et prétendre à être des citoyennes autonomes.

Un droit ayant plus que jamais besoin de nouvelles Benoîte et Awa sur le continent africain et au sein de sa diaspora, liées par une vision du monde où le féminin sera accueilli dans toute sa dimension, et son rayonnement.

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Axelle Jah Njiké est écrivaine, entrepreneuse et administratrice au sein de la fédération GAMS (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles et des mariages forcés et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants).

Le Monde



Reni Folawiyo, l’alchimiste de la création africaine haut de gamme


Reni Folawiyo mène toujours grand train dans les soirées mondaines de Lagos. Mais ce n’est plus ce qui la fait rêver. Elle ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que la vie fastueuse et superficielle des femmes de millionnaires nigérians l’ennuie. Le luxe tapageur des nantis de Lagos et de leurs demeures à colonnades à la décoration rococo l’exaspère. Elle, l’icône du bon goût et du raffinement africain, se sent parfois incomprise dans son univers de jet-set nigériane pour qui le comble du luxe se trouve dans les boutiques de Paris, Londres ou New York. Cette quinquagénaire élégante, épouse du millionnaire Tunde Folawiyo, est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

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Ces dernières années, elle est devenue la chef de file d’une nouvelle tribu urbaine de Lagos dont le portrait-robot pourrait être celui-ci : jeune, raffiné, « arty», aussi à l’aise dans le village de leurs aînés qu’au cœur des bidonvilles ou dans un cocktail chic de la capitale. Dans ce milieu, on méprise les poncifs réducteurs du genre « afropolitain », « afro-tendance »… Souvent diplômés d’universités anglo-saxonnes, la plupart sont rentrés au Nigeria pour capter cette énergie de Lagos, faire des affaires et raviver une scène artistique snobée ou ignorée par les oligarques.

« Le luxe occidental excite les gens de mon âge, mais c’est désormais l’art qui stimule cette nouvelle génération de Lagos, un art africain contemporain, affirme Reni Folawiyo. Ils n’ont plus de complexe, veulent être ce qu’ils sont, des Africains modernes. Pour eux, la banque ou le pétrole appartiennent à l’ancien monde. Ils veulent renouveler la création africaine et la porter dans le monde entier. »

Sa « galerie d’art »

A sa manière, elle réunit ces deux mondes de privilégiés au sein d’Alara. La presse décrit ce lieu qui a ouvert ses portes à Victoria Island en 2015 comme le « concept-store le plus branché d’Afrique ». C’est un petit bâtiment cubique aux épais murs noirs percés de baies vitrées couvertes de motifs ocre puisés dans l’esthétique yoruba. Une œuvre signée de l’architecte britannique d’origine ghanéenne David Adjaye. Aux antipodes de projets démesurés tels que le Sky Gallery, centre commercial de Luanda dédié au luxe.

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A l’intérieur d’Alara, Reni Folawiyo met en scène sur trois étages des pièces de stylistes, joailliers, artistes, designers d’Afrique et d’Occident. C’est sa « galerie d’art », comme elle dit. Des escarpins Yves Saint Laurent et des robes Lanvin côtoient des créations audacieuses et subtiles de l’Ivoirienne Loza Maleombho ou de la Nigériane Amaka Osakwe, créatrice de la marque Maki Oh.

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Dans la cour, à l’ombre de palmiers, un joli bar en fer forgé de l’artisan sénégalais feu Baay Xaaly Sene est devenu l’un des lieux de rendez-vous branchés de Lagos. Les tables, les chaises et les trônes en tissus tressés aux couleurs vives réalisés par des artistes togolais et maliens sont à vendre, « prix sur demande ».

Reni Folawiyo les a dénichés sur les marchés ou dans les ateliers d’artisans qu’elle a repérés au cours de ses nombreux voyages sur le continent. Avec un faible pour le Sénégal, où elle se dit fascinée par une « créativité brute et purement africaine » qui fait fi des influences occidentales. Elle aime à glaner des produits et créations sur les marchés d’Afrique qu’elle met ensuite en valeur chez Alara, avec le même soin qu’un produit de luxe. Face au bar, il y a le restaurant aux murs ornés de photo d’art, Nok by Alara, qui ne désemplit pas. Reni Folawiyo a confié la carte au célèbre chef sénégalais établi à New York, Pierre Thiam.

Apôtre du luxe « made in Africa »

« Si je vends aussi du Yves Saint Laurent et des chemises pour hommes de grandes marques européennes, c’est que mes clients le veulent, dit-elle. Ce n’est pas ma priorité, car ce qui m’intéresse, c’est de dénicher, mettre en valeur et promouvoir des créateurs africains ». Elle s’interrompt, passe en revue des wax, des bijoux touareg et des pièces Laurence Airline de la créatrice Laurence Chauvin-Buthaud, installée à Abidjan. Puis elle lâche : « Le luxe, ce n’est pas de porter des habits chers, c’est d’acheter à un prix parfois élevé des créations qui changent la vie des gens et font avancer une cause. »

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Elle tente vaille que vaille de sensibiliser ses clients fortunés et les curieux qui se précipitent dans sa bulle de luxe et d’art à ce « made in Africa » haut de gamme. Une sorte d’évangélisation que Reni Folawiyo entreprend comme une sociologue de terrain qui observe l’évolution des mœurs et la mutation de cette mégapole dont nul ne sait plus vraiment combien d’habitants y vivent.

Lagos est une sorte de synthèse désordonnée de la multitude de rapports économiques décryptant ce « décollage » de l’Afrique. Il y a cette bourgeoisie débordante de pétrodollars parfois détournés des caisses publiques, une élite besogneuse et entrepreneunante, une classe moyenne émergente et beaucoup de gens qui vivent avec moins d’un dollar par jour.

Un patchwork qui intrigue les grandes marques occidentales, désireuses de profiter d’une croissance de près de 6 % et d’un marché vaste de 184 millions d’habitants. Toutefois, dans le secteur de la mode, seuls Hugo Boss et Ermenegildo Zegna ont franchi le pas. Et, en ce début d’année 2016, la première économie d’Afrique se révèle fragilisée par la chute des cours des matières premières.

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Dans ce contexte, Reni Folawiyo fait figure d’exception, un « ovni » culturel et entrepreneurial, comme elle dit. Elle aménage un espace pour recevoir des artistes en résidence, prépare le lancement en septembre d’un site de vente en ligne pour satisfaire des clients africains jaloux qu’Alara ne soit présent qu’à Lagos. Et elle songe à créer un autre concept-store à Abidjan, capitale économique de la Côte d’ivoire qui a enregistré une croissance de 10,3 % en 2015. Mais Reni Folawiyo ne se soucie guère des tendances économiques qui n’affectent pas vraiment sa clientèle.

 


Femmes africaines unies contre le microcrédit, l’exploitation des plus pauvres

 

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Être femme, pauvre et africaine. Voici les trois critères favoris des vautours du microcrédit qui, sous prétexte de lutter contre la pauvreté et avec la bénédiction d’organismes comme les Nations Unies (PNUD), USAID ou encore la Banque européenne d’investissement, les escroquent, les endettent et les ruinent. Leurs victimes font l’objet de menaces et se voient même incarcérées, comme au Mali, elles perdent leur famille, tombent dans la prostitution, se suicident, comme au Maroc, ou se sont surendettées pour ne pas mourir sans pouvoir se payer une césarienne, comme au Congo Brazzaville. Désormais, les femmes africaines de divers pays conjuguent leurs forces pour se libérer de l’asservissement de la microfinance. Nous avons eu l’opportunité de rencontrer et d’interviewer Fatima Zahra du Maroc, Amélie du Congo Brazzaville, Émilie du Bénin et Fatimata du Mali à l’occasion de l’Assemblée mondiale du réseau international du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) organisée en avril dernier à Tunis. Elles nous y ont fait part de leurs expériences respectives.

Fatimata Boundy est une enseignante retraitée malienne. Elle affirme que des dizaines de femmes sont incarcérées dans son pays faute de pouvoir faire face aux dettes découlant de microcrédits représentant environ 150.000 francs CFA (soit 228 euros). Ces femmes se consacrent généralement à une activité informelle, un petit commerce, de la vente ambulante, etc. Quand elles ne parviennent plus à payer les intérêts abusifs qui leur sont exigés, elles font l’objet de pressions et se voient confisquer leurs biens, voire même emprisonner. Aucun procès n’a encore eu lieu. « Nous avons lancé un appel à la solidarité internationale. Une rencontre de femmes se tiendra d’ailleurs au Mali en 2017 », nous assure Fatimata.

Cet événement fera suite à la Caravane internationale des femmes contre le microcrédit organisée dans la région de Ouarzazate au Maroc en 2014. Fatimata avait pu y écouter les témoignages de victimes marocaines. « Suite à ses dettes, l’une de ces femmes a perdu son travail et son mari. Son fils unique n’a alors eu d’autre choix que celui de partir à l’aventure. Je me suis mise à sa place et sa douleur m’a envahie. Ce jour-là, j’ai pleuré. », raconte-t-elle.

Fatima Zahra : « La finance internationale possède des intérêts stratégiques au Nord et au Sud. La pauvreté est son marché. »

Fatima Zahra, étudiante marocaine de français âgée de 30 ans, nous explique que les agents des structures de microfinance font contracter des microcrédits dont les taux d’intérêt atteignent jusque 45 % à des femmes qui ne savent ni lire ni écrire. Ils n’hésitent pas à visiter leurs domiciles pour y identifier les éventuelles possessions de valeur faisant office de garantie. Une fois que ces femmes ne sont plus en mesure de payer, ils reviennent les voir chez elles et les forcent à vendre leurs biens. « Certaines se prostituent, d’autres se suicident ou fuient leur foyer en raison de l’humiliation et perdent donc leur famille. Les enfants subissent aussi de plein fouet les conséquences des microcrédits, contraints de mettre un terme à leurs études pour aider leurs mères à rembourser. Ces institutions de microcrédit vont jusqu’à proposer des emprunts à des élèves encore au lycée. Les conséquences sont à la fois psychologiques et sociales », explique-t-elle.

Avec 12 institutions, plus d’un million de clients actifs et une exposition de 500 millions d’euros, le secteur de la microfinance au Maroc est le plus dynamique de la région MENA (Moyen-Orient et Nord de l’Afrique), d’après Jaïda (le Fonds de financement des organismes de micro-finance au Maroc). Son site web indique d’ailleurs sans aucune gêne que « le taux d’intérêt est libéralisé ».

Les institutions locales de microfinance sont protégées par le régime dictatorial, le Majzén, financées par le secteur financier marocain (Bank-Al-Maghrib) ou la CDG (Caisse de Dépôt et de Gestion), par le secteur financier étranger et même subventionnées par des organisations internationales comme le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Agence des États-Unis pour le développement international de USA (USAID), la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID).

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Ilustración : Eduardo Luzzatti

Par exemple, parmi les actionnaires fondateurs de Jaïda figurent des entités allemandes et françaises sensées soutenir le développement comme la KfW (la banque de développement allemande), la CDC (Caisse de Dépôts et Consignations) et l’AFD (Agence française de développement). Il n’est pas rare de trouver également derrière ces institutions de microcrédit d’importantes personnalités nationales ou internationales. L’association de microcrédit INMAA est liée à l’ONG AMSED et à PlanetFinance, du ’parrain’ Jacques Attali, fondateur d’Action contre la faim, alors que Al Amana a élevé au titre de président d’honneur Driss Jettu, ancien premier ministre du Maroc sous Mohamed VI.

« La finance internationale possède des intérêts stratégiques au Nord et au Sud. La pauvreté est son marché », affirme Fatima Zahra. Elle estime que le mouvement des associations des victimes du microcrédit est très important pour « des femmes qui sont parvenues à se libérer de tous les dogmes patriarcaux, à sortir dans la rue pour lutter contre les politiques néolibérales et cesser de rembourser. Des femmes qui se rebellent contre l’austérité imposée par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale (BM), les véritables responsables. Nous n’avons pas remporté toutes les batailles mais nous poursuivons la lutte. »

« Soit les femmes s’endettent au travers de microcrédits pour bénéficier d’assistance médicale, soit elles meurent faute de pouvoir se payer une césarienne. »

Amélie Kiyindou, représentante pharmaceutique au Congo Brazzaville, explique comment son pays a accepté l’Initiative pour les pays pauvres très endettes (PPTE) du FMI et de la BM. Vu le manque d’investissements dans les programmes sanitaires, les femmes doivent y choisir entre s’endetter au travers de microcrédits pour bénéficier de l’assistance médicale ou mourir faute de pouvoir se payer une césarienne.

« Les microcrédits se présentent comme une voie pour sortir de la pauvreté mais dans les faits, les intérêts obligent les femmes à rembourser plus que ce qu’elles gagnent, de sorte à ce qu’elles enchaînent les emprunts. Celles qui sont conscientes des conséquences néfastes tâchent d’informer la population sur les risques du cercle vicieux de l’endettement », ajoute-t-elle. Étonnamment, le FMI promeut des conférences intitulées « Finance pour tous : Promouvoir l’inclusion financière en Afrique centrale » qui encouragent les femmes, piliers de leurs familles, à tomber dans les griffes de la microfinance.

« Le FMI et la BM ont surendetté mon pays. Désormais, la même austérité fait son chemin au Nord. »

Émilie Atchaka, paysanne du Bénin, a trouvé une issue autogérée aux besoins de financement des femmes de sa communauté. Son mari s’est retrouvé sans emploi suite aux programmes d’ajustement structurel draconiens imposés par le FMI à son pays depuis 1989. Mère de quatre enfants, elle a alors dû ramener seule de quoi faire vivre toute la famille. S’inspirant d’un système de collecte traditionnel en Afrique appelé la tontine, elle a fondé le Cercle d’Autopromotion pour un Développement Durable (CADD), « notre propre banque de femmes qui se destinent à la formation », qui applique de faibles intérêts. « Nous avons mis sur pied cette alternative car le gouvernement n’assume pas sa responsabilité », déclare-t-elle.

Émilie raconte que les entreprises de microcrédit vont jusqu’à donner publiquement à la radio les noms des femmes qui ne parviennent pas à rembourser leurs emprunts. Pour elle, « tout cela nous fait beaucoup réfléchir. Le FMI et la BM ont surendetté mon pays. Leurs programmes d’ajustement structurel ont poussé les femmes à contracter des microcrédits, financés de surcroît par la banque mondiale. Cet instrument les ruine, les mène jusqu’au surendettement et à l’appauvrissement. Il ne possède aucune dimension sociale et vise le seul profit. Désormais, la même austérité fait son chemin au Nord, une austérité qui n’entraîne aucun développement. Tous les peuples doivent se méfier de ces institutions de microcrédit, qui sont les petites mains de la banque mondiale. Il faut opérer un suivi strict de ces institutions et les éliminer. »

Fátima Martín, Femenino Rural

Traduction : Sarah Weber

Publié sur le site du CADTM

http://cadtm.org/Femmes-africaines-unies-contre-le

Les collants : nouvelle tendance vestimentaire pour les femmes

Guinée Conakry, 29/3/2016. Vu pour vous par nrgui.com.

Porté simple de façon exhibée, ou sous les vêtements, le collant est devenu l’habillement incontournable des femmes sans distinction d’âge, de catégorie sociale ou religieuse.

A Conakry, le collant est porté partout .Dans les mariages et baptême, il sert de sous- vêtement. Dans les boites de nuit, il a une autre valeur. Les jeunes filles et dames le portent de manière exposée comme vêtement principal. Certaines le portent sous les petites culottes qui s’arrêtent en bas des fesses ou encore avec des mini-jupes. Des fois, une collection très agréable à voir pour certains. Pour d’autres, ce vêtement très serré contre le corps qui montre ce presque tout ce que devrait cacher celle qui le porte, il apparaît plutôt provocateur, voire outrageant d’autant plus qu’il est porté comme habit  principal, exposant expressément, dans bien des cas  la nudité de la porteuse. Surtout lorsqu’il est accompagné de bodie (petits-tee-shirts).

Sur le port du collant, la perception des citoyens est partagée, c’est que le cas de le dire !

Pour M’Mah DOUMBOUYA, vendeuse de produits cosmétiques, porter le collant de façon exposée, est une manière d’attirer l’attention des hommes.

Quant à ce jeune qui préfère garder l’anonymat, il trouve un charme irrésistible aux filles en collant. Selon Salématou Condé, certaines qualités du collant provoquent des maladies infectieuses chez la femme telles que les pertes. Nous ne devons pas cependant ignorer que le collant protège la femme dans certaines situations. Régulièrement porté lors des danses rituelles, il cache plus la nudité que le slip. Pourvu que les utilisatrices sachent où, quand, et comment l’utiliser..

En effet cela dépend de ceux qui les regardent..

Daouda Yansané pour nrgui.com