Salon du livre de Genève : l'Afrique fait son choix

Chers lecteurs,
Permettez-moi exceptionnellement de vous offrir en guise d’éditorial pour ce mois d’octobre 2016, mon discours pour l’inauguration des cafés littéraires de La CENE Littéraire qui a eu lieu le 24 septembre dernier à Genève.
Le 16 décembre 2013 est née à Lausanne, ma fille Malaïka.
Dès le jour de sa naissance, s’est posée à moi la question de la transmission culturelle. En effet, en tant que parents vous savez certainement que le patrimoine culturel est le plus riche des héritages que nous puissions léguer à nos enfants.
Le plus riche parce que notre culture englobe nos valeurs, nos croyances, nos coutumes, nos langues, nos traditions mais aussi notre histoire.
En faisant ce cadeau à nos enfants, nous leur permettons d’avoir le bagage nécessaire pour apporter, dans le cadre de leur génération, leur contribution à l’édification de la culture universelle.
Édification, vous l’aurez compris, pour nous à la CENE Littéraire, la notion de culture universelle ne signifie, ni une super culture géniale et hégémonique à laquelle tous les peuples de la terre sont censés se soumettre, ni une culture innée et virtuelle, flottant là-haut dans les nuages, magiquement belle et de laquelle chaque personne devrait naturellement se reconnaître.
Selon notre approche, la notion de culture universelle, s’entend dans l’échange que peuvent avoir des peuples d’origines différentes, dans un espace déterminé.
C’est ça le mot : c’est un échange, c’est un partage auquel chacun, chaque peuple est tenu d’apporter sa contribution, de donner le meilleur de lui-même.
A partir de là, en tant que parent, nous avons le devoir, je dirais même l’obligation de donner à nos enfants, le bagage culturel qui leur sera nécessaire, non seulement pour se construire en tant que personne, mais nécessaire aussi pour apporter leur contribution aux échanges culturels de leur époque.
Parce que pire que ...sans argent, il y a ....sans culture. Pour la simple et unique raison que dans ce domaine-là, il n’y a ni loterie, ni ascenseur social pour rattraper le coup.
Je vous disais donc au début de mon propos, qu’à la naissance de Malaïka s’est posée à moi la question de la culture que son père et moi-même allions lui transmettre.
Il faut dire que Malaïka est née dans une maison ou la bibliothèque foisonne de classiques littéraires occidentaux, à l’instar de Baudelaire, Victor Hugo, et autres Camus et Sartre. Ce qui est bien et très bien même. Ce sont de très belles références.
Mais le fait voyez vous, est que Malaïka est le fruit d’un métissage.
C’est un bébé multiculturel comme j’aime à le lui dire.
Elle ne peut pas être nourrie d’une seule culture, ce ne serait pas suffisant. Elle serait mal nourrie et mal préparée. Il doit y avoir une part de son père et une part de moi pour qu’elle soit complète.
C’est déjà le cas physiquement, il n’ y a pas de raison qu’il en aille autrement culturellement. Nos gènes culturels doivent pouvoir se mélanger comme l’ont fait nos gènes biologiques lorsqu’elle était dans mon ventre, sinon il y aura forcément un bug quelque part, tôt ou tard.
Je parle, je parle, mais vous aurez bien évidemment compris que Malaïka est une image.
Ce que je veux vous dire en réalité est que le monde dans lequel nous vivons actuellement tend certes au métissage et à la globalisation, mais à un moment il faut peut être se poser la question de savoir quelle globalisation souhaitons nous ? Voulons-nous ingurgiter le même menu tous les jours ?
Pour faire simple et terre à terre, j’ai coutume de prendre le poulet comme exemple. Considérons le poulet comme la culture.
La question que vous devez vous poser est celle de savoir pourquoi vous contenterez vous de manger du poulet en nuggets comme les américains tous les jours, quand vous avez la possibilité de le manger en Yassa comme chez les sénégalais, en poularde comme chez les français, en DG comme chez les camerounais ou en kedjenou comme chez les ivoiriens ? Pourquoi vous contenter, pourquoi vous restreindre quand vous avez autant de possibilités ? Pourquoi être pauvre, quand vous avez la possibilité d’être riche ?
La protection de la culture universelle, à la CENE Littéraire, ne signifie donc pas que chacun a le droit d’exprimer sa culture, mais l’inverse, que chacun devrait avoir la possibilité d’avoir accès à toutes les cultures. Parce que les cultures dans leur diversités, sont finalement le bien commun de l’humanité. Prenons en soin, prenons soin de toutes.
C’est de cela qu’il s’agit à la CENE, c’est pour cela que mes amis et moi avons créé la CENE.
 
CENE est le cercle des amis des écrivains noirs engagés.Je vais essayer de vous expliquer mot à mot les composantes de ce sigle.
 
Je commence par le cercle des amis des écrivains : ceci signifie tout simplement que la CENE n’est pas une association d’écrivains, mais une association de lecteurs. Et que lorsque les écrivains interviennent dans nos activités courantes, c’est souvent pour nous apporter une lumière soit sur une œuvre, soit sur un concept comme cela va être le cas aujourd’hui.
Est-ce que je dois aussi vous définir ce que c’est qu’un écrivain ? Je ne vais pas vous faire cette insulte, alors allons directement à Noir et à Engagé, parce que finalement ces deux termes peuvent, à juste titre, vous sembler, contradictoires avec ce que je vous ai expliqué avant sur la notion culture universelle. Ils peuvent vous paraître fermés, alors que l’universalisme implique l’ouverture.
Commençons par noirs :

- ce terme implique deux choses à la CENE Littéraire : premièrement : il faut bien évidemment entendre par ce mot tout simplement, africains subsahariens vivant en Afrique et africains de la diaspora et leurs descendants. On aurait pu utiliser l’expression consacrée Africains et Afro-descendant, pour paraître politiquement correct, mais c’est juste par esthétisme que nous ne l’avons pas fait. Nous la trouvions redondante.
 
Le but de notre association étant de soutenir, à notre petit niveau, je dirais même à notre extrêmement petit niveau, l’apport de l’Afrique et de ses descendants à l’édification de cette culture universelle dont il est question, nous avons tout simplement voulu donner la parole en priorité aux principaux concernés. Aux écrivains africains et afro-descendants. Car voyez-vous, trop souvent, on pense pour l’Afrique, on parle pour l’Afrique, on conçoit pour L’Afrique, et on écrit pour l’Afrique.
Mais le fait est que, si l’ Afrique doit bien évidemment se nourrir des cultures des autres et même se nourrir de sa propre culture selon l’entendement qu’en ont les autres, c’est bien, ça l’enrichit, mais elle doit aussi s’atteler à nourrir les autres de sa culture, selon sa propre approche, selon sa propre conception, selon son propre entendement.. Elle ne doit pas seulement absorber, elle doit aussi pouvoir donner. Enfin, je veux dire officiellement.
Elle doit pouvoir offrir au monde, ses valeurs, ses coutumes, ses langues, ses traditions, son histoire, selon elle-même.
Voilà le premier sens du mot noir à la CENE Littéraire.
Le second sens que nous donnons au mot noir est que: L’Afrique locale ou immigrée est aujourd’hui l’un des plus vaste vivier en matière de littérature et de culture en général. On n’arrête pas d’écrire. Mais on est peu lu. Peu lu par nous-même, et peu lu par les autres, pourtant on écrit. On écrit beaucoup et bien, très bien même. Question ? Quel est donc le problème ? Réponse : la visibilité pardi !
 
Pour vous parler de mon expérience personnelle, dans mon enfance et mon adolescence africaine, j’ai plus lu et entendu parlé de Victor Hugo et de Baudelaire que de Mongo Beti ou de Cheikh Anta Diop. Si tel était mon cas au en tant qu’Africaine au Cameroun, je n’ose même pas imaginer ce qu’il en était d’une jeune française en France ou d’une jeune canadienne au Canada.
Comme vous l’aurez compris, La CENE a donc pour but de promouvoir les cultures noires, les mondes noirs telle qu’ils sont perçus et vus par les noirs eux-même.
Mais le plus important dans cette histoire et là je tiens vraiment à ce que vous m’entendiez, le plus important est que cette promotion, cette mise en avant, a une vocation de partage, partage avec ceux qui s’intéresse à nous, partage avec ceux qui veulent vivre avec nous, partage avec ceux qui veulent échanger avec nous, pour construire ensemble cette culture universelle. C’est de ça qu’il s’agit et rien que ça. Je résume, s’il est question d’écrivains noirs à la CENE Littéraire, l’association elle-même, ses membres sont composés de gens d’origines diverses, noirs, blancs, jaunes, verts et même transparents. Le plus important somme toute étant de s’intéresser à la littérature noire. Tout lecteur est donc bienvenu à la CENE Littéraire.
Je vais vous parler maintenant de la notion d’ engagement :
Il est perçu à La CENE Littéraire comme une mise en avant d’une réflexion même polémique, sur un sujet historique, politique, économique, philosophique ou de société, des mondes Noirs, en respectant le cadre de la tradition de lutte pour la liberté, de l’affirmation de soi, mais aussi d’ouverture et d’humanisme. ...d’humanisme.
Au final à la CENE Littéraire, ce qui nous importe c’est l’amour. L’amour des lettres. Des belles lettres.
 
Cet amour, nous le concrétisons de 4 manières.
 
- La première est la remise annuelle de deux prix littéraires , le prix du livre engagé qui a primé l’année dernière, l'excellent de roman de l’écrivaine Hemley BOUM ici présente et le prix de l’engagement littéraire qui a été remis au professeur Bwemba Bong.
- La deuxième manière est la tenue d’un site internet et d’une page Facebook ou chacun d’entre vous, les fameux blancs, noirs vert et transparents dont j’ai parlé tout à l’heure, chacun d’entre vous, a la possibilité de publier une chronique littéraire classique ou tout simplement son sentiment sur un livre qu’il a lu.
- La troisième manière est la mise en avant annuelle et médiatique d’un écrivain dont l’engament dans la littérature noire a été retentissant. Cette année était consacrée à Mongo Beti, la prochaine année sera consacrée à Sembène Ousmane. C’est donc un vol du Cameroun vers le Sénégal avec escale en Suisse que nous prenons.
- La quatrième manière est la tenue de cafés littéraires dont nous procédons aujourd’hui au lancement et par lesquels nous entendons, tous les deux mois, donner la parole à une femme ou un homme de culture pour qu’il vienne nous entretenir sur un thème ou sur un livre.
Voilà, j’en ai terminé avec mon propos sur la CENE Littéraire, et la transmission culturelle, sauf que, pour pouvoir transmettre, il faut déjà pouvoir créer. Et à ce sujet, j’ai deux nouvelles pour vous. Une bonne et une mauvaise. Je commence par laquelle ?
- La mauvaise nouvelle est que nous n’avons malheureusement et de loin pas tous le génie créateur.
- La bonne nouvelle est que deux êtres merveilleux qui ont la chance de l’avoir ce génie créateur, nous ont fait l’honneur et l’amitié d’être ici aujourd’hui avec nous pour nous entretenir sur ce sujet.
J’ai nommé madame Hemley Boum et Monsieur Momar Seck !
 
Flore Agnès NDA ZOA
Africultures
 
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Journée internationale des droits des femmes :l e Président Alpha Condé pour un appui à la couche féminine

Actualités de Guinée, Conakry, 8 mars 2017.  Nouvelle République de Guinée, www.ntgui.com. L’humanité a célébré ce mercredi, 8 mars 2017, la journée internationale des droits des femmes, placée sous le thème sur l'égalité au travail avec cette thématique intitulée : ‘’les femmes dans un monde du travail en évolution : pour un monde 50-50 en 203’’.

En Guinée, la commémoration du 61ème anniversaire de cette journée, placée sous le thème ‘’construire des alliances pour favoriser l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes dans un monde du travail en mutation », a été marquée par une grande mobilisation des femmes au Palais du peuple sous la présidence du Chef de l’Etat, le Pr Alpha Condé. Une occasion pour les femmes de Guinée, habillées en tenue traditionnelle, de rendre un vibrant hommage à Hadja Jeanne Martin Cissé, décédée le mois de février dernier et qui fut la première femme africaine à présider le Conseil de sécurité des Nations Unies.
La ministre de l’Action sociale, de la Promotion féminine et de l’Enfance, Sanaba Kaba, a salué la présence du Chef de l’Etat à cette cérémonie qui, selon elle, démontre l’importance qu’il accorde à la promotion des femmes.
C’est pourquoi, la ministre Sanaba Kaba a cité en exemple les centres d’autonomisation des femmes et MUFFA (Mutuelle financière des femmes d’Afrique) que le Président de la République a réalisés en faveur de la couche féminine.
Au regard de ces aspects, la ministre de l’Action sociale a rassuré du soutien des femmes aux projets de société du Président Alpha Condé.
Ce fut ensuite au tour de la troupe artistique « Les messagers des messages » d’interpréter de chanson célèbre de Miriam Makéba « Mayka » qui a émerveillé le public et particulièrement, le Président de la République.
La coordinatrice du système des Nations Unies, Séraphine Wakana, qui a salué les avancées enregistrées au niveau du gouvernement pour la promotion des droits des femmes, a aussi dénoncé les violences faites à celles-ci, la détention totale des pouvoirs par les hommes.


Toutefois, la coordinatrice du système des Nations Unies a sollicité l’accroissement de l’indice de parité dans la scolarisation des jeunes filles avant de réaffirmer l’engagement de son institution à promouvoir les droits des femmes.
De son côté, le directeur général de Afriland First Bank, qui parraine la création des MUFFA, s’est réjoui du fait que depuis la mise en place de ces banques de microcrédit, le taux de remboursement est de 98% chez les femmes au lieu 75% auparavant.
Pour cela, il a rassuré que sa banque va poursuivre cet appui aux femmes pour éradiquer la pauvreté.
Pour le Président de la République, le Pr Alpha Condé, c’est grâce aux femmes que la Guinée peut se tenir débout aujourd’hui.
De ce fait, le Chef de l’Etat a rassuré de l’engagement de son gouvernement à aider les femmes dans tous les domaines d’activités.
Déjà, le Président Alpha Condé a promis d’aider Afriland First Bank pour qu’elle accompagne davantage les femmes dans leurs activités génératrices de revenus.
Mais, pour le Président Alpha Condé, cette aide en faveur des femmes n’est possible que dans la paix. C’est pourquoi le Président de la République a invité les femmes à oeuvrer pour le maintien de la paix en Guinée.
C’est par la visite des stands d’exposition des produits faits par les femmes et le centre d’autonomisation et de promotion des femmes de Cameroun, dans la Commune de Dixinn, que cette cérémonie a pris fin.

Le Bureau de Presse de la Présidence

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Etre femme, artiste et africaine: mode d’emploi

Evoluant avec aisance entre la culture occidentale et son identité africaine, la scène contemporaine féminine bouscule paisiblement les interdits.

« La stratégie en matière d’art africain contemporain est comparable à celle adoptée par le combat féministe. Toute minorité, à un moment donné de son développement, doit affirmer son caractère spécifique, revendiquer l’égalitarisme, lutter contre le discours dominant, avec ses propres armes… Après le devenir femme de l’art, on peut se demander s’il n’y aura pas pour les années à venir un devenir africain de l’artiste. » La conservatrice Marie-Laure Bernadac concluait ainsi son essai dans le catalogue de l’exposition « Africa Remix », au Centre Pompidou en 2005.

Lire aussi :   Les Guerrilla Girls à l’assaut du sexisme dans l’art

Visiblement les stratégies sont aujourd’hui au couplement des « devenirs femme et africain » des artistes. Pour preuve le foisonnement les expositions dédiées aux artistes africaines : « Body talk » au Wiels, à Bruxelles, et au Frac Lorraine à Metz en 2015, « L’Iris de Lucy » au Château de Rochechouart l’été dernier, « L’Autre continent, artistes femmes africaines », jusqu’au 31 décembre au Muséum du Havre. Même le marché se met au parfum : en novembre dernier, la vente rituelle d’art africain de la société PIASA s’était focalisée sur quinze artistes africaines. Quant au rapport annuel sur le marché de l’art africain, il insiste, pour la cuvée 2015, sur la montée en puissance de l’Ethiopienne Julie Mehretu, au premier rang dans le palmarès des artistes africains les mieux cotés.

L’intérêt commence voilà vingt ans, avec une première exposition, « The art of contemporary african women artists », organisée en 1997 au musée de l’université de Cornell à Ithaca, dans l’état de New York. Pour Camille Morineau, commissaire de l’exposition « L’autre continent », « il est naturel que les deux phénomènes de redécouverte de l’Afrique et de l’apport des femmes à l’histoire de l’art se rejoignent ». Naturel tant les deux ont œuvré à l’ombre du discours officiel patriarcal et occidental en inventant leurs propres narrations.

Zanele Muholi Sibusiso, Cagliari, Sardinia, Italy, 2015, Tirage numérique sur aluDibond 6 mm, 210 x 140 cm Série Somnyama Ngonyama
Roxana Azimi
Le Monde

Les neuf artistes femmes réunies dans « Un autre continent » ont un point commun : elles ne tiennent pas en place. Elles voyagent ou étudient à l’étranger à l’instar de la Malgache Malala Andrialavidrazana et de la Sud-Africaine Sue Williamson. « Qu’elles soient filles d’activiste, issues de classes aidées ou de milieux plus populaires, que leur itinérance soir forcée ou volontaire, celle-ci détermine durablement leur création, par le voyage comme par le retour, écrit la curatrice Flora Fettah dans le catalogue de l’exposition. Leurs identités sont hybrides, un peu d’ici, un peu d’ailleurs, un pied en Occident, mais bien l’âme en Afrique. » L’âme, mais aussi l’esprit. Aussi ne sont-elles pas dans le radicalisme de certaines de leurs consœurs occidentales. Pourtant leurs contextes de vie sont parfois hostiles.

« Le féminisme euro-américain n’a pas pris »

Dans certains pays africains, il est compliqué de se promener seule dans l’espace public. L’homosexualité féminine est aussi taboue comme le rappelle la Sud-Africaine Zanele Muholi dans ses photos. Pour autant, ces artistes optent pour ce que Camille Morineau nomme un « féminisme du compromis ». Compromis ne rime pas avec compromission ni soumission. Aux 18e et 19e siècles, les femmes formaient les régiments militaires du royaume de Dahomey. Leurs consœurs Igbo et Yoruba se sont dressées contre le pouvoir colonial au Nigeria par le biais de danses et de chants. « La façon dont les femmes africaines s’auto-définissent repose davantage sur la collectivité positive que sur l’individualité, écrit Mary Ebun Modupe Kolawole dans Womanism and African consciousness. […] Pour nombre d’entre elles, le soutien mutuel consiste à faire ressortir et à sublimer des valeurs africaines communes et positives, plutôt qu’à construire un mur autour des femmes qui exclurait les hommes. » Un point de vue que corrobore la curatrice camerounaise Koyo Kouoh, qui avait organisé l’exposition « Body Talk » au Wiels. « Le féminisme euro-américain n’a pas pris parce que les Africaines ont estimé qu’il ne tenait pas compte des réalités. Il était aussi interprété comme une autre forme de colonisation, nous avait-elle alors confié. Le féminisme africain est pro-mariage, pro-maternité, basé sur des succès obtenus dans le calme, sans tambour ni trompettes. En Afrique, tout se négocie. Aller à la confrontation ne mène à rien. »

Lire aussi :   Amateurs d’art contemporain africain, c’est le moment d’acheter !

La politique des petits pas pratiquée en Afrique ou la tactique plus frontale des féministes afro-américaines ont porté leurs fruits : les femmes de couleur ont désormais droit de cité dans les grandes expositions. Malgré tout, rien n’est gagné. « Admettons-le, la plupart des expositions d’artistes femmes noires sont faites à l’invitation de curatrices et non de curateurs », confie l’artiste africaine américaine Betye Saar, qui expose jusqu’au 8 janvier à la Fondation Prada, à Milan. Directrice artistique de la Fondation Mona Bismarck à Paris, Raina Lampkins-Fielder apporte aussi son bémol : « Oui, il y a une recrudescence des expositions de femmes africaines ou africaines-américaines, mais soyons claires, elles restent rares. On les voit plus dans des galeries et des fondations privées que dans les grands musées. Et quand une institution se décide à présenter une femme de couleur, elle se dit qu’elle devra attendre quelques années avant d’exposer une autre femme noire, alors que ce type de questions ne se poserait pas pour un artiste blanc. »

« L’autre continent », jusqu’au 31 décembre, Muséum du Havre, www.museum-lehavre.fr

« Betye Saar, uneasy dancer », jusqu’au 8 janvier, Fondation Prada, www.fondazioneprada.org


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/12/23/etre-femme-artiste-et-africaine-mode-d-emploi_5053594_3212.html#Zl4ZwGsHhJvlToUJ.99
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UNE GRÈVE INTERNATIONALE DES FEMMES ANNONCÉE DANS CINQUANTE PAYS

Atualités de Guinée Conakry, 08/03/17. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com. Pour la première fois à l’occasion de la Journée des droits des femmes, des organisations d’une cinquantaine de pays se mobilisent de manière coordonnée, pour « un jour sans femmes ».

 

Manifestation pour le droit à l’avortement à Varsovie, le 3 octobre 2016.

Que se passerait-il si les femmes cessaient au même moment toute activité, au travail et à la maison ? C’est le pari de la Grève internationale des femmes, prévue dans une cinquantaine de pays mercredi 8 mars, en réponse à la violence « sociale, légale, politique, psychologique et verbale que les femmes subissent sous différentes latitudes »« Si nos vies ne valent rien, produisez donc sans nous ! », proclame le site qui recense les diverses mobilisations.

Et c’est une première. Jamais les actions organisées à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ne l’avaient été de manière coordonnée sur les cinq continents, avec le même slogan (« la solidarité est notre arme ») et sous les mêmes bannières.

Une mobilisation planétaire

Des organisations de plus de cinquante pays ont adhéré à l’initiative de la Grève internationale des femmes, en particulier en France, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Ukraine, en Russie, en Turquie, en Israël, au Pakistan, au Tchad, au Sénégal ou encore au Brésil, au Pérou, au Mexique, en Corée du Sud, en Thaïlande ou au Cambodge.

Aux Etats-Unis, les organisatrices de la Women’s March, la manifestation monstre du 21 janvier contre Donald Trump, se sont elles aussi ralliées au mouvement. « Il est temps de repolitiser la journée des femmes, proclament-elles dans une tribune publiée dans le GuardianElle a longtemps été célébrée avec des brunchs, des fleurs et des cartes de vœux. Mais à l’ère de Trump, il nous faut un féminisme d’action fédérateur. »

Bannière de la Grève internationale des femmes pour le 8 mars 2017.

En France, les femmes sont invitées à cesser de travailler à 15 h 40 : leur salaire étant en moyenne 26 % moins élevé que celui des hommes, « c’est comme si elles arrêtaient tous les jours d’être payées à 15 h 40 », explique le site du collectif de 35 associations féministes, syndicats (CGT, FSU, Solidaires), ONG et organisations de jeunesse qui a rejoint le mouvement international. Des actions sont prévues dans une quarantaine de villes.

Lire aussi :   Journée des droits des femmes : un 8 mars revendicatif pour l’égalité salariale

Une initiative partie de Pologne

L’idée d’organiser les manifestations du 8 mars de manière coordonnée est née en Pologne, après la manifestation du 3 octobre 2016 pour le droit à l’avortement. Ce jour-là, des milliers de femmes vêtues de noir avaient décidé de faire grève – s’inspirant de la grève des femmes en 1975 en Islande – et avaient défilé à Varsovie pour protester contre un projet de loi visant à interdire totalement l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

« PARTOUT, CE SONT LES MÊMES MODES D’ACTION, MAIS AUSSI LES MÊMES MOTS UTILISÉS CONTRE LES FÉMINISTES, COMME “FÉMINAZI” »

Quelques jours plus tard, c’est au tour des Sud-Coréennes de descendre dans la rue pour défendre l’IVG. Puis, le 19 octobre, des centaines de milliers de femmes de presque toute l’Amérique latine quittent leur travail pendant une heure pour défiler, également vêtues de noir, à l’appel du collectif argentin Ni Una Menos (« pas une femme de moins »), contre les violences machistes. 

La militante polonaise et écrivaine Klementyna Suchanow s’émeut alors de la similitude des mobilisations et des problématiques concernant les femmes. « Partout, ce sont les mêmes modes d’action, constate-t-elle, mais aussi les mêmes mots utilisés contre les féministes, comme “féminazi”, déjà courant aux Etats-Unis ou en Amérique latine, mais que l’on ne connaissait pas jusque-là en Pologne. Dès lors, je me suis demandé : pourquoi ne pas coordonner les mouvements de protestation ? »

Lire aussi :   Journée des droits des femmes : « En Pologne, nous savons comment faire les révolutions »

Après un échange avec une militante féministe argentine, un groupe Facebook est créé, bientôt rejoint par des femmes d’Irlande, d’Israël et d’Italie. L’idée d’un « jour sans femmes » le 8 mars 2017 naît de ces conversations. Très vite, les Argentines du collectif Ni Una Menos, particulièrement actives sur les réseaux sociaux et sur le terrain, sont invitées à se joindre à la mobilisation.

La Women’s March aux Etats-Unis et dans de nombreux pays, trois mois plus tard, démontre qu’il est possible que les femmes manifestent le même jour, au même moment, sur différents points du globe, pour défendre leurs droits.

Liberté d’action

Cependant, face à la diversité des situations dans diverses parties du monde, les initiatrices de la grève ont décidé de laisser à chaque organisation la liberté de choisir sa stratégie, ses modalités d’action et ses revendications. Arrêt des activités professionnelles pendant toute la journée ou pendant quelques heures, port de vêtements noirs, rouges ou mauves (la couleur du féminisme), boycottage des entreprises aux publicités sexistes, grève du sexe, des tâches ménagères, coupures de routes, manifestations… toutes les actions sont possibles.

« Aux Etats-Unis, les organisatrices de la Women’s March n’ont pas voulu se limiter aux discriminations contre les femmes, note Klementyna Suchanow. Elles appellent à manifester aussi contre le néolibéralisme, les guerres néocoloniales, le racisme… En Pologne, nous pensons que personne d’autre que nous ne va s’occuper spécifiquement du sort des femmes et qu’il ne faut donc pas diluer leurs problèmes spécifiques dans une lutte plus globale. »

En France, le principal axe de revendication est l’égalité des salaires. L’Amérique latine insiste sur les « féminicides » ou le droit à l’avortement. En Russie, qui vient de dépénaliser les violences domestiques, et où les manifestations risquent d’être interdites, la grève sera « sexuelle et reproductive », explique le site international.

Un « jour sans femmes » : l’exemple islandais

La première grève massive des femmes connue a eu lieu en Islande, le 24 octobre 1975. Ce jour-là, entre 90 % et 95 % des femmes se sont mises en grève pour rejoindre le centre de Reykjavik et manifester contre la double journée de travail (professionnel et domestique), paralysant littéralement le pays. A l’occasion de ce « jour sans femmes », quelque 30 000 femmes défilèrent dans les rues de la capitale (alors que l’Islande comptait alors 220 000 habitants).

« Cette journée a fait prendre conscience aux femmes que, groupées, elles sont très puissantes », souligne Gudrun Jonsdottir, une féministe islandaise qui avait 21 ans à l’époque. Cinq ans plus tard, Vigdis Finnbogadottir devenait la première femme au monde à être élue présidente au suffrage universel direct. Aujourd’hui, même si des inégalités persistent, l’Islande est en tête des classements mondiaux en termes de parité femmes-hommes.

 
Angeline Montoya 
 



 

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La première pilote africaine de long-courriers : « Chaque jour je dois prouver que je suis à la hauteur »

Irène Koki Mutungi est la première femme du continent à prendre les commandes d’un Boeing 787. Elle est la star de Kenya Airways, compagnie en grande difficulté.

Irène Koki Mutungi.

S’il y a une chose que la capitaine Irène Koki Mutungi adore, c’est la tête des passagers à l’atterrissage.

« Quand je leur dis au revoir, et qu’ils se rendent compte que la pilote de l’avion était une femme, alors ils ont tous des expressions incroyables ! Certains sont surpris, d’autres paniqués ou enthousiastes », s’amuse-t-elle

Cette Kényane de 42 ans, dont la moitié passée aux manettes des avions de Kenya Airways (KQ), ne laisse personne indifférent. Première Africaine à être promue capitaine de vols commerciaux au milieu des années 1990 et, depuis deux ans, première femme du continent à prendre les commandes d’un Boeing 787 long-courrier, Irène Koki Mutungi accumule les titres de gloire.

Icône de la compagnie

Rendez-vous est pris au quartier général de KQ, face aux pistes de l’aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi. En ce début d’après-midi, la savane alentour est balayée par le souffle des réacteurs de plus de 40 compagnies aériennes, décollant chaque jour du plus gros aéroport d’Afrique centrale et orientale.

Lire aussi :   A la conquête du ciel africain

Ici, « Koki » est une habituée. Pas « jet-lag » pour un sou, fines nattes coiffées en arrière, la capitaine salue et embrasse ses amis de toujours. Un peu comme à la maison.

« Mon père était lui aussi pilote. Il a même dirigé à une époque les opérations aériennes de Kenya Airways. Dès l’âge de 2 ans, j’avais déjà volé avec mon père à peu près partout dans le monde… et très souvent dans le cockpit ! »

Adolescente, la jeune Irène se rêve donc tout naturellement capitaine comme papa et, le lycée achevé, s’enrôle à l’école de pilotage installée à l’aérodrome Wilson de Nairobi. Une piste mythique, quasi centenaire, d’où s’élancent depuis toujours les petits coucous Cessna à safari, hélice fringante posée au bout du nez.

« J’étais la seule femme de l’école. Chaque jour, il fallait que je prouve que j’étais à la hauteur, que je pouvais faire aussi bien que les hommes. Tous les regards étaient sur moi, attendant de voir si j’y arriverai ou non. »

Elle doit aussi vaincre ses peurs

« J’ai terriblement le vertige. Si vous me mettez en haut d’un gratte-ciel, je vais être tétanisée ! », rit-elle.

Irène Koki Mutungi décroche finalement sa licence de pilote privé avant de prolonger ses études aux Etats-Unis, direction l’Oklahoma, obtenant sans difficulté sa licence de pilote commercial délivrée par la très sourcilleuse Federal Aviation Authority.

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Immédiatement, la jeune femme est repérée et embauchée comme pilote par Kenya Airways. Une première. Pendant six ans, Irène Koki Mutungi est la seule femme à pouvoir toucher aux commandes d’un avion de ligne de la compagnie.

« Mon premier vol commercial, je m’en souviendrai toujours. C’était un Nairobi-Kisumu [ouest du Kenya]. Au moment d’embarquer, un passager masculin m’a aperçue. Il a été surpris de voir une femme et a dit : “Je ne suis pas un rat de laboratoire sur lequel vous allez tester de nouvelles expériences !” Il refusait d’avoir une femme pilote ! »

Le capitaine intervient, menace de débarquer la forte tête. Le passager finit par s’excuser. Et l’avion s’envole pour Kisumu.

D’année en année, la capitaine Koki Mutungi est devenue l’icône de la compagnie. En 2014, elle est promue capitaine des Boeing 787 Dreamliner, les plus gros et les plus modernes volant aujourd’hui pour KQ, reliant Nairobi à Paris, Londres, Dubai ou Hongkong. Là encore, elle est la première femme, la première Africaine.

« Kenya Airways fait des d’efforts, insiste la capitaine : 10 % des pilotes de la compagnie sont des femmes. On doit être dans le top 5 mondial. On est mises sur un pied d’égalité avec les hommes. On a les mêmes responsabilités, les mêmes salaires. Même enceinte, on m’a laissé piloter. »

Le tout répond aussi à une stratégie de communication bien pensée : féminiser l’entreprise permet à Kenya Airways de renvoyer une image plus moderne dans un monde de l’aviation des plus machos, où 97 % des pilotes demeurent des hommes.

Des pertes abyssales

Une publicité qui ne fait pas de mal à une compagnie nationale, « fierté de l’Afrique » selon son slogan, qui a aujourd’hui mauvaise presse. Car KQ est en zone de turbulences – si ce n’est carrément en phase d’atterrissage forcé. En juillet 2015, ses dirigeants ont rendu publiques des pertes abyssales de 230 millions d’euros, soit les pires résultats jamais enregistrés dans toute l’histoire du Kenya pour une entreprise privée.

Un vrai trou d’air. Une quasi-faillite. KQ a dû réduire la voilure. Outre la vente de plusieurs de ses Boeing, les licenciements se sont multipliés. Une centaine de pilotes sur les quelque cinq cents travaillant pour l’entreprise ont quitté le navire, « rachetés » par les compagnies du Golfe, Emirates ou Qatar Airways. Le PDG a lui même annoncé en novembre sa décision de démissionner au premier trimestre 2017.

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Sur ce sujet sensible, Irène Koki Mutungi refuse de trop s’attarder. « Air France aussi a de gros problèmes ! », rappelle-t-elle, bravache. Avec 10 000 heures de vol au compteur, sans avarie ni sortie de route, la capitaine voit déjà plus loin que Kenya Airways et réfléchit maintenant à créer sa propre compagnie aérienne. « J’ai déjà un nom en tête, sourit-elle. Ce sera Lady Bird, la femme oiseau. » Un nom tout trouvé pour une compagnie où au mois la moitié des pilotes seraient des femmes


Par Bruno Meyerfeld
Le Monde
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