Ce que fesmme veut dire

Eve ne serait pas née de la côte d’Adam

 

 

"Creation of Eve" ("Création d'Eve"), gravure de Henri Tresham.  

Dans la Genèse, il est dit que «  l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. » Mais le mythe biblique de l’apparition d’Eve n’a pas eu l’heur de plaire à Scott Gilbert. Ce biologiste de Pennsylvanie a en ­effet trouvé étrange de choisir un os dépourvu de toute symbolique pour un acte aussi important que la création de la femme, sous anesthésie générale. D’où l’hypothèse qu’il a formulée en 2001 dans ­une savoureuse correspondance ­publiée par l’American Journal ­of Medical Genetics et désormais ­passée à la postérité de la science improbable  : et si, à la suite d’une erreur de traduction, on avait fait prendre à Dieu le mauvais os d’Adam ?

Scott Gilbert s’est donc adjoint les services de Ziony Zevit. Ce spécialiste de littérature biblique et des langages sémitiques à l’American Jewish ­University de Los Angeles lui a expliqué que le mot hébreu utilisé dans la description de l’opération divine ­signifiait effectivement « la côte » ou « le flanc », mais qu’il pouvait aussi prendre le sens de « planche », de  « poutre  », d’« étai » ou de « colonne  »  ; bref, décrire un élément de structure, de soutien. C’est exactement ce ­qu’espérait Scott Gilbert, car il avait sa petite idée sur l’os que Dieu pouvait avoir soustrait à l’homme et qui lui manque toujours aujourd’hui.

Cela s’appelle le baculum, mot latin qui signifie «  bâton » ou « sceptre  ». De nombreux mammifères mâles en sont pourvus et notamment nos plus proches cousins, les chimpanzés et les gorilles. Il s’agit d’un os inclus dans le pénis qui, lors de la copulation, se révèle pratique pour obtenir une érection rapide, sans attendre que se mette en branle tout le système hydraulique sur lequel la reproduction humaine repose.

Un os prélevé du sexe masculin ?

Hormis quelques rares cas patho­logiques d’ossification pénienne, l’homme a quant à lui égaré cet ­ustensile quelque part au cours de son évolution, et cette absence n’a pu passer inaperçue des peuples ­de l’Antiquité qui vivaient à proximité des animaux. Pour Scott Gilbert et Ziony Zevit, la création d’Eve pourrait donc être un mythe explicatif de cette mystérieuse disparition osseuse. En effet, disent-ils, l’hébreu utilisé dans la Bible ne dispose d’«  aucun terme technique pour désigner le pénis et s’y réfère par le biais de nombreuse ­circonlocutions.  » Du coup, on peut imaginer que la  « colonne  » ou la « poutre » – apparente ou non – d’Adam est autre chose qu’une simple côte. Et il serait fort symbolique de penser qu’Eve a été engendrée d’un os prélevé sur le sexe masculin.

Scott Gilbert a, non sans humour, gardé pour la fin un dernier et subtil argument anatomique. En disant que Dieu « referma la chair » au terme de son prélèvement chirurgical, le texte de la Genèse sous-entend une cicatrice. Or il y a bien une magnifique suture le long de l’organe ­reproducteur mâle, le raphé périnéal, ligne qui parcourt le dessous du ­pénis, le scrotum et le périnée. On comprend mieux pourquoi Dieu a endormi Adam avant de l’opérer.

« Jusqu’à 40  ans, j’ai cru que c’estoit un os  », disait Henri IV en parlant de la partie virile de son anatomie. Puis, le Vert Galant a dû déchanter en expérimentant quelques pannes. D’os, il n’y avait point. A qui la faute ? De là à soupçonner une collusion entre Dieu et les marchands de Viagra, il y a un pas que je ne franchirai pas. Je laisse cela aux journalistes d’investigation.

 
      
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