Alpha au forum de l’Etudiant : « tablettes, tablettes ! » Vous n’en êtes pas dignes !

Actualité de Guinée Conakry, 2/06/17. Nouvelle Républiques de Guinée, www.nrgui.com. A la première édition du Forum de l'Etudiant guinéen, lancé ce jeudi 1er juin 2017, le président de la République Alpha Condé, a critiqué la formation des étudiants, mettant donc en cause les formateurs et par conséquent, les autorités chargées de leur  désignation, et enfin  la politique pédagogique elle-même,  support de toute formation.

Dans son allocution, Abdoulaye Yéro Baldé, a dit l'avantage du forum :  « A l'occasion du lancement officiel du forum de l'étudiant guinéen, nous voulons offrir non seulement un espace d'échange, de partage mais aussi d'interaction entre les institutions d'enseignement supérieur publiques et privées, des centres de recherche et de documentation. C’est aussi et surtout pour eux une plateforme de communication et de recherche de meilleures opportunités de formation et d’emploi. Ce forum, je le disais, permettra aux institutions d'enseignement supérieur et technique, de faire passer leur message à l’étudiant guinéen.».

En réponse, le président Alpha Condé a eu ces mots : « Aujourd'hui il est important que l'Afrique soit au rendez-vous de la quatrième production industrielle, en maîtrisant le savoir. Le ministre a cité Singapour, il est parti trop loin, le Président Nkrumah a dit que l'Afrique doit maîtriser le savoir, donc on n’a pas besoin d’aller jusqu'à Singapour(…) ».

Par ailleurs, pour ce qui est de la réclamation des Tablettes par les Etudiants, Alpha Condé ne décolère pas : « Nous devons dire la vérité, l'éducation guinéenne est malade. Les étudiants qui chantent « Tablettes, Tablettes ! », ne sont même pas capables d’écrire une page sans faire de faute, donc notre enseignement au lieu de former des jeunes au service de l'économie, forme  des chômeurs. J'ai été étudiants avant vous, j'ai été syndicaliste  étudiant, donc vous pouvez impressionner vos ministres, moi vous ne m'impressionnez pas ! Alors ceux qui crient montrent seulement qu'ils sont mal élevés, mal éduqués, c'est tout, mais on va vous redresser ».

Cette première édition qui ne concerne que les communes de la capitale, prendra fin le samedi 3 juin 2017.

Yaya Diallo avec SN Bokoum pour www.nrgui.com

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Tekno chante l’exaspération nigériane (Génial ! SN Bokoum)

Le jeune chanteur raille l’incapacité du Nigeria, deuxième producteur de pétrole d’Afrique, à fournir de l’électricité à ses habitants. Et vilipende la classe politique corrompue.                  

Le clip de la chanson « Rara » de Tekno.  
Le clip de la chanson « Rara » de Tekno. Capture d'écran web

A Lagos, c’est un sujet de discussion qui rend volubile, fait rire parfois et exaspère souvent : l’électricité. A chacun son anecdote, son expérience tragi-comique avec la défunte société publique, la NEPA, surnommée « Never Expect Power at All » (« ne pas attendre d’électricité du tout »). Incapable de fournir de l’énergie certes, mais toujours prompte à réclamer des factures délirantes.

La NEPA a disparu à la fin des années 2000, remplacée par la PHCN, qui a vite été caricaturée en « Please Hold a Candle Now » (« allumez une bougie maintenant »). Le service incarne le paradoxe du Nigeria, géant d’Afrique de l’Ouest devenu, au fil des années 2010, la première puissance économique du continent, sans pour autant avoir du courant. Les nantis dépensent des sommes folles dans de bruyants générateurs abreuvés d’essence. Les pauvres, eux, allument des bougies.

 

 

La situation a inspiré Augustine Miles Kelechi, 24 ans, jeune homme branché que tous les jeunes de Lagos connaissent sous son nom de scène, Tekno. L’un des derniers tubes de cette figure montante de l’afropop, le titre Rara, réussit l’exploit de faire danser sur cette tragédie énergétique qui veut qu’un pays pétrolier de plus de 180 millions d’habitants soit contraint de se contenter de moins de 4 000 mégawatts, soit dix fois moins que l’Afrique du Sud, qui compte 55 millions d’habitants.

« Elle ne fournit pas de lumière/Je n’ai plus de batterie/(…) Mon téléphone est mort/Pas d’essence pour le générateur, situation de chaque jour », chante Tekno. « Ils se mettent l’argent dans les poches, et l’emportent à l’étranger. » Et Tekno de lancer un appel qui résonne dans tout le Nigeria, où une récession économique, depuis septembre 2016, creuse les différences sociales. « Investissez pour votre pays, faites-en un lieu meilleur », exhorte l’artiste de sa voix douce et puissante à la fois.

Vue de Lagos, la capitale économique du Nigeria.  
Vue de Lagos, la capitale économique du Nigeria. PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Il n’est pas fréquent de voir une star de l’afropop aborder une vraie question de société et vilipender une classe politique gangrenée par la corruption. Les jeunes stars de la musique nigériane peuvent parfois donner l’impression de vivre sur une autre planète, fantasmée et réelle à la fois. Un petit Lagos fait de belles voitures, de Fashion Week, de villas extravagantes, de clubs et de plages privées qui parsèment leurs clips regardés des dizaines de millions de fois dans toute l’Afrique. Comme s’il fallait toujours dépenser plus pour s’amuser, pour séduire ou simplement pour exister et faire rêver tout un continent depuis cette mégalopole où nul ne sait combien d’habitants vivent.

        Lire aussi : L’afro-pop nigériane se propage dans toute l’Afrique et aux Etats-Unis    

Malgré son jeune âge, Tekno a décidé de s’écarter des clichés faciles, le temps d’un titre, et de porter une exaspération populaire nigériane dans toute l’Afrique. Dans le morceau Rara, certains croient voir planer le spectre du génial créateur de l’afrobeat, Fela Kuti qui, dans les années 1970, attirait les foules avec ses morceaux engagés.

Le Monde

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Marie-Cécile Zinsou : « L’art africain vit un moment qui ressemble à la Renaissance italienne »(Le Monde

La directrice de la Fondation Zinsou à Cotonou, au Bénin, se félicite de la tenue de plusieurs expositions africaines à Paris en ce printemps 2017.

Le musée d’art contemporain de la Fondation Zinsou à Ouidah, au Bénin, en janvier 2014.

Marie-Cécile Zinsou, 34 ans, gère depuis sa création, en 2005, la Fondation Zinsou au Bénin, avec un espace à Cotonou dédié à l’art contemporain, surtout africain, et un musée à Ouidah, l’ancienne « capitale » de l’esclavage. La Fondation édite aussi des livres d’art, forme des professeurs et travaille avec près de 300 écoles.

Lire aussi :   A la recherche de « l’art africain »

Vous travaillez depuis des années dans l’art contemporain africain. Comment jugez-vous le fait de voir autant d’expositions africaines à Paris ce printemps ?

Marie-Cécile Zinsou Je suis très fière et émue, parce que je trouve que tous ces événements et toutes ces expositions sont d’une immense qualité et reflètent bien l’Afrique. On n’est plus dans le regard condescendant, on est dans l’accueil d’un continent exceptionnel. C’est vraiment l’Afrique à l’honneur. Et cela renforce mon sentiment d’être au bon endroit au bon moment. C’est le sentiment qu’on devait avoir à la Renaissance italienne ou dans le Manhattan des années 1980. On sent que le monde va changer, et qu’on est à l’endroit où il va changer.

Cette fin du regard condescendant, vous la situez quand ?

Je ne vais pas désigner de coupable ! Désormais, on est dans une célébration des créateurs. Ils pourraient venir d’ailleurs, être Américains ou Asiatiques. On est devenu l’hôte branché après avoir été le parent pauvre. Et cela permet d’aller plus loin, comme le montre Simon Njami dans sa programmation très ambitieuse à La Villette. Cette fierté d’être africain, c’est nouveau. On la sent à La Villette, à la Fondation Vuitton, à Art Paris, à l’Institut du monde arabe et dans tous les autres lieux parisiens. Avant, on pouvait être réduit aux questions de famine en Somalie, aujourd’hui on nous accorde un champ plus large.

Lire aussi :   Simon Njami, Africain mais pas que

Un champ plus large et aussi un continent plus large, avec l’Afrique du Sud à la Fondation Vuitton ?

Je n’ai pas encore vu l’exposition, mais c’est très intéressant de montrer l’Afrique du Sud aux côtés de la collection Pigozzi. C’étaient deux mondes séparés. Dans les catalogues des enchères, ce n’étaient pas les mêmes artistes entre Bonhams à Londres et Piasa à Paris. En gros, les Anglais achetaient les artistes nigérians et les Français les artistes ivoiriens. Je trouve bien qu’on soit capable de voir l’Afrique comme une entité, pas juste comme les anciennes colonies des uns ou des autres.

Outre le regard d’ici, c’est aussi l’Afrique qui a changé…

Quand la Fondation Zinsou a ouvert, en 2005, il n’y avait presque aucune possibilité de montrer la création africaine. On en était à réparer les routes. Maintenant, il y a de plus en plus d’institutions, des privés qui se sont emparés de la question de la création, qui collectionnent et s’ouvrent aux autres. Si les gouvernements africains n’ont pas beaucoup avancé, la société civile a pris une place énorme. Ça ressemble un peu aux Etats-Unis, où il n’y a pas de ministère de la culture mais une foule de fondations privées.

Vous avez justement un bus américain pour transporter vos jeunes visiteurs…

En Afrique, les ministres de la culture mentent sur l’état du patrimoine alors que les musées oublient de faire le récolement des collections et affichent des entrées payantes pour être certains que personne n’entre et voie leur état affligeant. Nous avons voulu faire le contraire, mais notre gratuité était fausse, parce que les transports sont chers. Une maman de l’école française nous a trouvé un bus américain à 70 places, et des sponsors pour le dédouanement, l’huile et l’essence.

« IL Y A DE PLUS EN PLUS D’INSTITUTIONS, DES PRIVÉS QUI SE SONT EMPARÉS DE LA QUESTION DE LA CRÉATION. LA SOCIÉTÉ CIVILE A PRIS UNE PLACE ÉNORME »

En huit ans, il a transporté plus de 300 000 élèves dans nos lieux. Les gens en Afrique ont une vraie passion pour leur culture. Ils ne vont pas au musée, parce que c’est cher, loin, sale et mal entretenu. Le jour où nous avons organisé une journée gratuite au musée d’Abomey, un prof a marché 18 kilomètres avec ses élèves pour le visiter. De même, vous entendez dire : « Les gens ne lisent pas en Afrique, ma bonne dame ». Mais quand les livres coûtent 15 euros et que le salaire moyen est de 60 euros, vous faites comment ? Dès que vous mettez une bibliothèque gratuite dans un quartier, vous avez des files d’attente.

Lire aussi :   Art africain : la querelle du sculpteur et du milliardaire

N’est-ce pas ironique de voir Romuald Hazoumé exposé à Paris et Keith Haring chez vous, à Cotonou ?

Cela ne vous choque pas de voir Ai Weiwei à Paris ? Vous ne vous dites pas qu’il devrait plutôt être exposé en Chine ? A Cotonou, c’est pareil, on a le droit de montrer des artistes du monde entier. Les enfants du Bénin sont citoyens du monde. Grâce à Internet, on suit l’actualité de Beyoncé ou de Vladimir Poutine. On est dans un monde global et c’est intéressant d’avoir Keith Haring là-dedans, avec ses masques inspirés par le continent. Il disait que les masques africains étaient une des formes les plus pures de l’art. Il fallait confronter les enfants béninois à ça, leur montrer qu’un des plus grands artistes contemporains a vu dans l’Afrique l’expression de la beauté, de la pureté.

Entre le Bénin et la France, le débat actuel porte sur la restitution des œuvres du Dahomey. Mais c’est plutôt un dialogue de sourds. Vous y voyez une issue ?

Cette question de la restitution provoque de la colère chez moi. Car tous les acteurs jouent faux. Le Bénin dit : « Rendez-nous les objets, on sait pas combien il y en a, on ne sait pas de quoi il s’agit », et Jean-Marc Ayrault répond : « Vous ne les aurez pas. » En France, cela reste compliqué de parler de la colonisation et d’admettre que les objets du général Dodds [ayant achevé la conquête du Dahomey en 1894] étaient volés. Ces objets ne peuvent pas être protégés par la loi. La loi ne peut pas être injuste. Ou alors il faut la changer. Mais cela ne se fait pas en cinq minutes et je comprends que Jean-Marc Ayrault ne dise pas au Bénin : « Vous avez raison, j’ai changé la loi, envoyez des camions et récupérez vos affaires. »

Lire aussi :   Et si l’on rendait à l’Afrique son patrimoine ?

Les Français disent que, de toute façon, il n’existe pas de structure au Bénin pour récupérer ces œuvres…

C’est faux ! Notre Fondation a organisé en 2006 la seule exposition en Afrique d’objets du Quai Branly, les regalia du Dahomey. Cela s’est très bien passé, nous avons eu des centaines de milliers de visiteurs. Et c’est un autre débat. Comment le Bénin entretient-il son patrimoine ? Mal. Sauf que cela ne change pas la question de l’appartenance des œuvres. Il y a eu une guerre coloniale, les objets ont été pillés. Dès lors, que le Quai Branly affiche « Don d’Amédée Dodds » sur les cartels [notices] de certaines collections, c’est du mépris pour les Africains. Certains dons de collectionneurs sont légitimes, c’est comme cela que fonctionnent les grands musées dans le monde entier. Mais pas ceux du général Dodds ! Ils ont été pillés au terme d’une guerre injuste.

« C’EST BIEN DE HURLER QU’ON EST MEURTRI PAR L’ALIÉNATION DE SON PATRIMOINE, MAIS ON FAIT QUOI POUR LES ARTISTES CONTEMPORAINS, QUI SONT LE PATRIMOINE DE DEMAIN ? »

Après, au Bénin, il faut élargir le débat. Que fait le pays pour la création contemporaine ? Romuald Hazoumé et d’autres Béninois sont au Grand Palais, à Paris. C’est formidable, ce sont nos meilleurs ambassadeurs. Mais qu’a fait le gouvernement pour ça ? Il voit juste les œuvres partir. Est-ce que l’Etat possède une seule œuvre de Romuald Hazoumé ? Est-ce qu’il célèbre ses artistes ? Leur facilite-t-il la vie ? Au XIXe siècle, au XVIIIe, oui ! Il y avait les commandes, royales, les artistes avaient un statut, leurs œuvres faisaient partie du défilé des richesses et le roi s’en servait pour montrer sa puissance. Mais aujourd’hui ? C’est bien de hurler qu’on est meurtri par l’aliénation de son patrimoine. Mais on fait quoi pour les artistes contemporains, qui sont le patrimoine de demain ? Mes arrière-petits-enfants, quand ils se demanderont ce qu’a été le XXIe siècle culturel béninois, pas le XVIIIe siècle dahoméen, ils iront le voir où ? Il faut un grand musée national, et ça prendra un quart d’heure pour trouver une équipe capable de le gérer.

Le Sénégal a justement construit un musée national, mais semble avoir des difficultés à le remplir…

On n’aura pas besoin des collections du Quai Branly pour remplir le nôtre. Il y a les artistes contemporains, je viens d’en parler. Il y a les centaines, les milliers d’objets classiques des collections d’Etat qui pourrissent dans des réserves dont le toit, troué, laisse passer la pluie, des objets qui disparaissent ou se font manger par les termites. Il y a enfin des collectionneurs privés que personne ne connaît. Nous leur avons consacré une exposition à la Fondation, ils ont des objets sublimes et ont été unanimes pour les prêter. La culture chez nous ne s’est pas arrêtée au XVIIIe siècle. Elle n’a pas non plus été entièrement pillée par le général Dodds ! Ce qui manque, c’est une vraie volonté politique, au lieu d’un simple discours d’amour pour le patrimoine et la culture.

Article tiré du hors-série du MondeArt, le printemps africain, 84 pages, 12 euros, en librairie et sur boutique.lemonde.fr.

Exposition « Art/Afrique, le nouvel atelier », Fondation Louis-Vuitton, du 26 avril au 28 août 2017.



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Effervescence africaine au Salon du livre de Genève

Le Salon africain 2017, placé sous le signe de la mélancolie, verra aussi la remise du prix Ahmadou Kourouma. Le lauréat sera connu vendredi 28 avril à 16 heures.

Etudiants à Dakar

Il n’y a pas que l’Afrique au Salon du livre de Genève, du 26 au 30 avril, mais il y a beaucoup d’Afrique et d’Africains. Cette année, le Salon africain est placé sous le thème de la mélancolie.

L’Afrique a été longtemps perçue, et s’est donnée à voir et à lire, sous le prisme de la joie, du rire. Et si la gaieté africaine n’était que l’envers d’une grande mélancolie ? C’est la réflexion à laquelle invitent les deux programmateurs, la romancière suisse Pascale Kramer et le critique congolais Boniface Mongo-Mboussa. Ils ont invité des romanciers, des essayistes, des poètes, des auteurs jeunesse du continent, mais aussi de Haïti et d’Europe sur le thème « Mélancolique Afrique », aux antipodes des clichés habituels et dans la droite ligne de la Mélancolie des Barbares, si bien mise en scène par le dramaturge ivoirien Koffi Kwahulé.

Lire aussi :   « La littérature africaine s’ouvre au monde, parle au monde, tout en étant ancrée dans le continent »

Conakry étant Capitale Internationale du Livre en 2017, les meilleures plumes guinéennes seront à l’honneur avec un hommage à Willimas Sassine, ainsi que la présence d’Alioum Fantouré, l’auteur du Cercle des Tropiques, et de Hakim Bah, lauréat du prix RFI pour son recueil Tachetures. Il sera aussi question du grand historien sénégalais Cheick Anta Diop, à l’occasion de la sortie du film documentaire que lui consacre Ousmane William Mbaye.

Lire aussi :   La douleur indocile de Williams Sassine, l’insurgé de Guinée

Seront notamment présents Véronique Tadjo, Kidi Bebey, Emmanuel Dongala, Alioum Fantouré, Marc-Alexandre Oho Bambe, Ali Zamir, Felwine Sarr, Koffi Kwahulé, Bernard Mouralis.

Lire aussi :   Mbarek Beyrouk ou le Sahara comme synthèse des Afriques

Vendredi 28 avril à 16 heures aura lieu la remise du prix Kourouma, dont Le Monde Afrique est partenaire. Ahmadou Kourouma, écrivain ivoirien décédé en 2003, est un monument de la littérature africaine. En 2004, le Salon africain décidait de lui rendre hommage en créant un prix à son nom. Au fil des années, le jury a su déceler les auteurs qui allaient marquer les lettres du continent et d’ailleurs : Emmanuel Dongala en 2011 pour son roman Photo de groupe autour du fleuve (Actes Sud), Scholastique Mukasonga en l’année suivante pour Notre dame du Nil (Gallimard), Tierno Monénembo en 2013 pour Le terroriste noir (Seuil), Mohamed Mbougar Sarr en 2015 pour Terre ceinte (Présence Africaine) ou Mbarek Beyrouk l’an dernier pour Le tambour des larmes (Elyzad). Qui sera le lauréat 2017 ? Réponse vendredi 28 avril à 16 heures sur Le Monde Afrique.

Lire aussi :   Mohamed Mbougar Sarr, l’écrivain qui colle à la peau de la littérature

Les autres points forts du Salon du livre de Genève cette année sont le pavillon des cultures arabes et ses voix de femmes, la scène du crime et sa littérature plus vraie que nature, la place du Moi qui invite à se révéler, la place du voyage et ses balades littéraires, la scène philo qui appelle à comprendre et penser notre temps, la scène de la BD, véritable ouverture sur le monde, l’espace young adult et sa littérature toute en romance, la cuisine des livres qui allie lettres et gourmandise et la nouvelle scène médias sur laquelle les invités se livreront aux micros des journalistes.

Salon du Livre de Genève, Palexpo (près de l’aéroport), du mercredi 26 au dimanche 30 avril 2017 de 9 h 30 à 19 heures, sauf le vendredi, jusqu’à 21 h 30. L’entrée est gratuite le vendredi 28 avril à partir de 17 heures et tous les jours pour les moins de 26 ans.



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Théâtre : le génocide rwandais mis en pièces (Le Monde avec vidéo)

Représenter le drame qui a meurtri le Rwanda en 1994 peut-il aider à en panser les plaies ? Réponses à partir de trois spectacles donnés en France ou en Afrique.
« We Call it Love », de Felwine Sarr, a été joué à Paris en mars.

Avril 1994. Le temps suspend son vol au-dessus des collines rwandaises, et une violence inouïe s’abat sur les Tutsi de ce petit pays d’Afrique de l’Est. En cent jours, 800 000 d’entre eux, hommes, femmes, enfants, nourrissons, perdront la vie. Un génocide populaire commis par leurs voisins, ceux avec qui ils partageaient le quotidien… et avec qui, désormais, les survivants doivent bâtir le futur. Comment alors se tourner vers l’avenir sans détourner le regard du passé ? Entretenir la mémoire pour panser les âmes blessées ? Et avec quels mots dire l’indicible ?

Bourreaux et victimes

« Avec des mots machettes, des mots gourdins, des mots hérissés de clous, des mots nus et (…) des mots couverts de sang et de merde », tranche Cornelius, personnage du roman de Boubacar Boris Diop Murambi. Le livre des ossements (Stock, 1999). Exilé retournant chez lui après le génocide, Cornelius renonce à écrire une pièce de théâtre sur cette tragédie à laquelle son père a pris part. Comme si la dramaturgie ne pouvait narrer l’inénarrable… C’est pourtant avec un texte puissamment poétique que Felwine Sarr a écrit We Call it Love, pièce jouée au mois de mars à Paris et à Reims.

LE METTEUR EN SCÈNE DE « WE CALL IT LIVE », DENIS MPUNGA, A CHOISI DE FAIRE CIRCULER LES ACTEURS PARMI LES SPECTATEURS, POUR QUE LA « PAROLE SE FAUFILE DANS L’INTIMITÉ DE LEUR ÉCOUTE »

A partir d’une histoire vraie, ce huis clos entre une femme, dont le mari et le fils ont été assassinés, et le meurtrier de son enfant explore les questions du pardon, de la justice et de la réconciliation. Et s’interroge sur la possibilité de faire œuvre d’humanité ensemble après un tel crime. Le metteur en scène, Denis Mpunga, a choisi de faire circuler les acteurs parmi les spectateurs, pour que la « parole se faufile dans l’intimité de leur écoute » et que chaque acteur devienne non pas « un personnage mais un témoin, l’intermédiaire d’une parole qui appartient à la mémoire collective ».

Même dispositif choisi par Adrien Maufay pour Hagati Yacu (qui signifie « entre nous » en kinyarwanda), pièce en trois temps de Dalila Boitaud-Mazaudier et Cécile Marical, qui revient sur la proximité entre les bourreaux et leurs victimes. Il y est décrit comment le génocide, qui puise ses racines dans un passé complexe fait de métissage et d’exil, a été commis par tout un chacun. Le dernier tableau revient sur le terrible massacre de Murambi, où près de 60 000 personnes ont été tuées. Inspiré de Murambi. Le livre des ossements, ce spectacle s’interroge sur la violence, la manière dont on peut « être de nouveau l’un à côté de l’autre après s’être fait mal », et surtout sur la manière de ne pas recommencer. Cette pièce a été jouée en 2015 sur les lieux mêmes du drame, là où l’armée française est accusée de s’être rendue complice en laissant faire.

Une certaine appréhension

Ecrit en français, traduit en kinya­rwanda, Hagati Yacu est interprété par des acteurs français et rwandais qui jouent en binôme. Cette mixité peu commune ne passe pas inaperçue au vu du rôle trouble que Paris a pu jouer au Rwanda. Elle n’est pas allée sans créer une certaine appréhension auprès des acteurs français. « Certains spectateurs les ont questionnés, reconnaît l’une des actrices rwandaises, Carole Karemera. Ils leur ont demandé de quel droit ils venaient raconter cette histoire. »

« L’HISTOIRE DU GÉNOCIDE DES TUTSI, C’EST AUSSI L’HISTOIRE DE LA FRANCE. CETTE PAROLE, NOUS DEVONS LA PORTER NOUS-MÊMES ET NE PAS LAISSER LES VICTIMES SEULES », AFFIRME DALILA BOITAUD-MAZAUDIER, AUTEURE DE LA PIÈCE « HAGATI YACU »

Pourtant, cela paraît évident à l’auteure, la Française Dalila Boitaud-Mazaudier : « Après avoir assisté à un colloque où il avait été question de l’opération “Turquoise” [opération militaro-humanitaire organisée par la France avec l’autorisation de l’ONU en juin 1994, et vivement critiquée depuis lors, qui avait pour mission de mettre fin aux massacres, éventuellement en utilisant la force], il m’a paru nécessaire que cette pièce soit jouée aussi par des acteurs français blancs, parce que l’histoire du génocide des Tutsi, c’est aussi l’histoire de la France. Cette parole, nous devons la porter nous-mêmes et ne pas laisser les victimes seules. Continuer à attendre uniquement des rescapés ce témoignage, c’est encore les abandonner. » Au final, constate-t-elle, « on nous a aussi remerciés de porter cette parole justement parce que nous étions français. Pour les victimes, savoir que ce spectacle tournait chez nous et que l’on n’oubliait pas était très important. “C’est le silence qui nous fait mal”, nous ont-elles confié ».

Jouer Hagati Yacu sur les lieux de mémoire n’a pu se faire qu’en concertation avec les autorités rwandaises, pour des questions de sécurité évidentes. Mais aussi avec un certain accompagnement psychologique. Des groupes de parole étaient organisés avec des psychothérapeutes français et rwandais avant les représentations, à l’issue de chacune d’entre elles et une dizaine de jours après, pour les spectateurs comme pour les acteurs.

« Les souvenirs refaisaient surface ; certains spectateurs n’arrivaient pas à faire la distinction entre la pièce et le réel, et venaient frapper les acteurs. D’autres, parfois, notamment chez les jeunes, percevaient les bourreaux comme des héros parce qu’ils l’emportaient sur les victimes », raconte Dalila Boitaud-Mazaudier. Elle analyse lucidement ce qu’elle découvre alors : « On était confronté à l’échec du théâtre, de ce que nous faisions, et il importait de déconstruire ensemble ce qui avait été mis en scène, montré. Cela signifie que le théâtre ne se suffit pas à lui-même. »

Groupes de parole

Pour la psychologue et psychanalyste Marie-Odile Godard, qui a été chargée de mission au Rwanda pour Médecins du monde et l’association Ibuka, œuvrant pour la mémoire du génocide, les réactions qui suivent les représentations théâtrales montrent plus que jamais que les survivants ont besoin de dire leur propre histoire. « Sans ce dispositif de groupes de parole proposés avec des psychothérapeutes, le théâtre peut tout aussi bien aider au travail de deuil qu’être dangereux, ajoute-t-elle. Après le spectacle, on a vu des femmes revenir, expliquer qu’il était important de porter cette parole car elles-mêmes n’en avaient pas la force. Elles ont besoin d’échanger à ce sujet, ce que les gacacas [le mot signifie « herbe » en kinyarwanda, et par extension « la justice sur l’herbe »] n’ont pas permis. »

Le bilan de ces gacacas, tribunaux populaires traditionnels réactivés de 2001 à 2012 pour juger les génocidaires, est mitigé. La prise de parole y est codifiée (interdiction de pleurer ou de manifester sa colère, par exemple), et s’ils ont permis que la justice soit rendue symboliquement, ils n’ont pas toujours réussi à protéger les rescapés.

« Alors que les victimes avaient perdu leur famille et se présentaient seules, les bourreaux, eux, venaient accompagnés de leurs amis et de leur famille. Pendant le témoignage des rescapés, on entendait parfois des rires. Pour que ces hommes et ces femmes puissent se reconstruire, il est important que d’autres puissent écouter et recevoir ce qu’ils ont à dire », défend Marie-Odile Godard. Toute la question est alors de savoir à qui la parole théâtrale s’adresse.

Réparation symbolique

Coauteur de Rwanda 94, la première pièce à traiter du sujet, présentée à ­Avignon en 1999 et multiprimée en Europe, Dorcy Rugamba s’est posé cette question. « Il est difficile d’apprécier l’impact du théâtre au Rwanda, confie-t-il. Tout dépend de la période donnée. Rwanda 94 s’adressait à un public européen, à une époque où il était nécessaire d’apporter la preuve qu’un crime idéologique venait d’être commis. Le génocide en tant que tel n’était pas encore reconnu. Toutes sortes d’informations circulaient, on parlait de guerre tribale. »

« APRÈS UN ÉVÉNEMENT COMME CELUI-LÀ, ON NE SAIT PLUS QUOI FAIRE, D’OÙ REPARTIR. IL NOUS FAUT RETROUVER LE SENS ET, POUR CELA, ON A BESOIN DE GESTES », DIT DORCY RUGAMBA, COAUTEUR DE LA PIÈCE « RWANDA 94 »

Pour écrire la pièce, les auteurs se sont appuyés sur les premiers travaux de journalistes, d’historiens et de chercheurs spécialisés. Pour autant, le dramaturge le reconnaît : le théâtre n’a pas à proprement parler vocation à informer. « Le livre est plus efficace en cela », précise-t-il. Mais « le théâtre propose une expérience à vivre ensemble, artistes et spectateurs. Son rôle est plus conséquent dans le travail de deuil. Après un événement comme celui-là, on ne sait plus quoi faire, d’où repartir. Il nous faut retrouver le sens et, pour cela, on a besoin de gestes ».

Par sa performance cathartique, l’expérience théâtrale peut offrir aux survivants le moyen de se reconstruire, du moins symboliquement, notamment en les resituant dans leur statut de victimes. « Le théâtre offre cette réparation symbolique envers les morts mais à l’usage des vivants », explique Dorcy ­Rugamba. Il est ce qui permet de recréer du lien en faisant œuvre de mémoire, pour les générations futures mais aussi pour que l’entreprise d’extermination voulue par les génocidaires ne réussisse pas. Pour que l’effacement des noms ne soit pas définitif. Et pour qu’une nouvelle expérience d’humanité en partage puisse être proposée.

Dès lors, pratiquer le théâtre de rue devient « un moyen de réinvestir l’espace public, dans un contexte où les villes ont été totalement réorganisées après le génocide, détaille Carole Karemera. Ce qui m’intéresse, c’est de voir si, avec du théâtre, on peut retisser du lien et créer une nouvelle expérience collective. Vous savez, les rues, les collines n’ont plus rien d’innocent désormais. Elles portent en elles la mémoire de ce qui s’est passé. Alors, est-ce qu’on peut recréer dans ces lieux une sorte d’état d’innocence qui nous permette de nous ouvrir et d’accueillir celui qui vient, qui est là, ou reste-t-on dans la suspicion ? »

L’actrice, fondatrice de l’Ishyo Art Centre, à Kigali, souhaite proposer également des pièces qui évoquent une histoire rwandaise autre que celle du génocide, afin que « notre mémoire ne soit pas seulement un caveau ». « Nous sommes un pays de monoculture, reconnaît Dorcy Rugamba. Pendant vingt ans, il était impossible de parler d’autre chose. Aujourd’hui, la jeune génération, celle née après le génocide, a extrêmement conscience de ce qui s’est passé, mais elle se donne de l’oxygène avec d’autres sujets. Il est important qu’ils se racontent eux-mêmes. Le théâtre peut ainsi redonner à l’identité rwandaise, attaquée par les génocidaires, toute sa dimension et sa richesse. »

Séverine Kodjo-Grandvaux

Le Monde

 



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