« Bayiri, la patrie » : le retour au pays, une fuite vers nulle part

Le drame des Burkinabés chassés de Côte d’Ivoire inspire à S. Pierre Yameogo un film habité par une juste colère.

 

Une scène du film burkinabé de S. Pierre Yameogo, « Bayiri, la patrie ».  
L’avis du « Monde » – à voir

Aussi confidentielle que soit sa sortie, six ans après son tournage, aussi imparfaite que soit sa forme, Bayiri, la patrie mérite d’être vu. La réalité que S. Pierre Yameogo met en scène est sous notre nez, depuis des décennies. Des populations chassées par le nettoyage ethnique, l’exode qui laisse vulnérable face aux prédateurs, l’arrivée dans un pays qui voudrait bien ne pas être « d’accueil ».

« Bayiri », la patrie du titre, est celle du cinéaste, le Burkina Faso, qui a dû, à partir de 2002, faire une place aux milliers de familles de nationalité ou d’origine bur­kinabées qui avaient fui la Côte d’Ivoire, victimes de la xénophobie des régimes successifs, pris entre les feux de la guerre civile qui déchirait le pays.

Le récit suit la trajectoire de Biba (Tina Ouedraogo), une jeune femme qui porte l’enfant de son violeur

A grands et gros traits, sans beaucoup de moyens, S. Pierre Yameogo montre la montée des tensions dans un village de l’Ouest ivoirien, le déchaînement de la violence, la fuite des paysans burkinabés, qui espèrent trouver refuge en zone rebelle, puisque ce parti était censé leur être favorable, pour y être victimes d’extorsions, de viols, leur lente progression vers le nord, vers le pays de leurs ancêtres.

Le récit suit la trajectoire de Biba (Tina Ouedraogo), une jeune femme qui porte l’enfant de son violeur et ne peut compter que sur l’aide intéressée d’un chauffeur de bus qui vit de trafics à travers les frontières qui se multiplient. Lorsque la dernière – celle qui sépare la zone rebelle du Burkina – est passée, les réfugiés découvrent que personne ne les attend, que le retour au pays prend la forme d’une assignation à ré­sidence dans un camp géré par les organisations internationales. Quelques-unes des plus belles ­séquences de Bayiri, tournées dans un camp de villageois déplacés par des inondations, montrent la vie quotidienne d’une société suspendue dans le vide, où l’éphémère se transforme en éternité, rythmée par les nouvelles qui décident du destin des déplacés sans que ceux-ci aient aucune prise sur elles.

Leçon de civisme

Empruntant à la dramaturgie de la télévision africaine – dialogues surchargés d’informations, jeu hyperexpressif –, S. Pierre Yameogo cherche avant tout à faire toucher du doigt une situation que le régime en place chez lui tenait à minimiser, à banaliser. Le président Blaise Compaoré n’était pas étranger aux secousses qui avaient agité la Côte d’Ivoire, il était l’un des soutiens de ces rebelles que Bayiri dépeint sous un jour si peu glorieux.

Le film, terminé dès 2011, n’a pas été présenté au Fespaco, le grand festival africain organisé les années impaires au Burkina, ni avant, ni après la chute du beau Blaise. Il n’est pas non plus sorti en salle, n’étant montré qu’au gré de projections organisées au coup par coup. Quant à la filiale africaine de Canal+, qui avait pourtant participé à son financement, elle a préféré ne pas le diffuser.

Cette mise sous le boisseau n’est pas une garantie de qualité. Mais, en sentant la juste colère qui parcourt Bayiri, la patrie, on se dit que son réalisateur a dû toucher là où ça fait mal, et que sa leçon de civisme, adressée à ses concitoyens, peut être assimilée avec profit par d’autres pays d’accueil.

 

Film burkinabé et français de S. Pierre Yameogo. Avec Tina Ouedraogo, Bil Aka Kora, Blandine Yameogo (1 h 30). Sur le Web : www.facebook.com/bayirilapatrie

Le Monde

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Conakry Capitale Mondiale du Livre : entretien avec le Commissaire Sansy Kaba Diakité

Un mois après le début de l’évènement le plus attendu en terre guinéenne, CCML, notre rédaction a tendu le micro au commissaire général dudit évènement, Sansy Kaba Diakité, afin de faire le point de cet ènement supposé être planétaire.

Pourquoi Conakry Capitale Mondiale du Livre ?

C’est pour répondre aux nombreuses difficultés que la Guinée a dans le domaine du livre. C’est pour promouvoir la promotion de l’écriture et de la lecture que nous avons voulu que Conakry devienne la CCML pour résoudre toutes les difficultés parce que nous savons qu’en Guinée les jeunes, les enfants n’ont pas accès aux livres, il n’y a pas d’espace de lecture, car il n’y a pas de livre à la maison, à l‘école, dans le quartier. C’est pour résoudre ces difficultés que nous avons soumissionnés à l’UNESCO le le label « Capitale mondiale du livre »

Où en sommes-nous sur les points de lecture ?

Nous avons une très bonne nouvelle a annoncer aux populations de Conakry, nous avons dit que notre rêve c’est d’installer des points de lecture dans les quartiers de Conakry. Des entreprises, institutions ont accepté d’investir et la pose de la 1ere pierre par NSIA, de ces points de lecture a eu lieu ce jeudi 08 juin à Kipé et l’inauguration est prévue pour le mois d’octobre prochain. Le Japon, Plan Guinée, WAQF BID GUINEE, vont financer chacun 5 points lectures, l’Union Européenne 1 point, la Turquie une médiathèque, l’hôtel Camayenne 1 ou 2 points, l’Unicef est entrain de construire un point lecture au jardin du 02 octobre pour les enfants, et d’autres institutions sont en train de bouget. Nous aurons bientôt 25 points lectures et ce n’est qu’un début.

Quels sont les écrivains présents ou annoncés à Conakry pour l’évènement ?

Beaucoup sont venus et sont partis, et à l’ouverture on avait près de 400 invités qui étaient à Conakry et c’était exceptionnel, c’est du jamais vu. A chaque célébration de l’indépendance d’un pays, les écrivains de ce pays viendront à Conakry par exemple le 12 juin les Russes seront là, le 16 c’est la journée de l’enfant Africain et donc des auteurs de livres jeunesse seront à Conakry et nous allons inaugurer deux grands monuments pour ces enfants.

Quelles sont les maisons d’édition présentes ?

Les maisons d’Edition spécialisées viennent en fonction des différents salons du livre et ces salons sont programmés pour toute l’année, sinon il y avait l’Harmattan France, Présence Africaine, plein d’autres.

Réaction par rapport à la non-participation de Tiérno Monénembo ?

Tiérno, qu’on l’aime ou pas c’est est un grand écrivain, l’un des grands écrivains guinéens de qualité qui ma foi, doit se mettre au service de la littérature dans son pays comme d’autre le font dans leur pays, il a le devoir de faire la promotion de cette activité dans le monde entier et c’est pourquoi nous l’avons choisi comme ambassadeur parce qu’il le mérite. Il était avec nous à Paris, dernièrement à Turin(Italie), il fait la promotion du livre et de la littérature guinéenne et nous sommes heureux de ce qu’il fait.

Qu’en est-il de la pièce du Pr Djibril Tamsir Niane ?

La pièce du Pr Tamsir Niane sur Kouroukan Fouga, sera représentée par le théâtre national de Guinée, ils ont fini de travailler sur les textes, ils ont fait la mise en scène et je pense qu’au mois de septembre prochain le spectacle sera présenté au public guinéen. Leur prestation était prévue pour le mois d’avril mais il y avait du retard et comme les gens ne suivent pas trop les spectacles durant ce mois de ramadan c’est pourquoi il y a eu ce report.

Financement de CCML ?

Le budget prévisionnel est de 60 milliards de francs guinéens, mais cette somme n’est pas que de l’argent liquide, par exemple les 25 points de lectures que je viens d’énoncer seront construits par les partenaires, c’est aussi le budget national du développement sur lequel il est prévu 8 milliards pour cette année 2017 dont il y a eu un premier décaissement à l’occasion de l’ouverture des festivités qui a permis de couvrir toute la logistique.

Propos recueillis par Yaya Diallo pour www.nrgui.com

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Les royaumes africains avant la colonisation

Actualités de Guinée Conakry, 6/06/17. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.coml. L’histoire du continent africain est passionnante. Nous connaissons tous les pharaons d’Egypte et leurs tombeaux magnifiques. Mais combien d’entre nous ont entendu parler des anciens empires de l’Afrique de l’Ouest ? Le premier de ces empire, le Ghana, s’est développé de l’an 300 à l’an 1300. Le Ghana était alors si riche que, dans le palais du roi, les chiens portaient des colliers d’or.

Au cours du Xe siècle, quelques savants arabes commencent à décrire les richesses des grands royaumes d’Afrique. Certains, comme Ibn Battuta, parcourent réellement le continent. D’autres s’inspirent des récits des voyageurs. Les écrits sur l’Afrique sont alors de plus en plus nombreux et très vite la richesse des royaumes est connue en Europe. Les Portugais sont les premiers Européens à s’implanter en Afrique au début du XVe siècle. Un peu plus tard viennent les Français, les Hollandais et les Britanniques. Les Européens établissent des comptoirs le long des côtes et commercent avec les Africains. Mais bien peu, à cette époque ose s’aventurer à l’intérieur du vaste continent qu’ils nomment le “continent sombre”.

L’EMPIRE DU GHANA : LE WAGADU

Dans les premièrs siècles de notre ère, le Wagadu, un petit royaume situé entre le Sénégal et le Niger, aux sources de l’or, et gouverné par le clan des Cissé Tounkara finit par dominé l’ensemble des Soninkés, peuple d’agriculteurs.

Le roi fondait son pouvoir sur le culte du Wagadu-Bida, le dieu serpent. Il portait le titre de “Kaya-Magan” ou “roi de l’or”. Les problèmes de successions étaient inconnus car la tradition plaçait automatiquement sur le trône le fils aîné de la sœur aînée du roi.

Le souverain du Wagadu fit bon accueil aux marchands musulmans arrivés au IXe siècle dans cette région qu’ils avaient appelée Ghana (du nom du titre que portait les rois signifiant “chef de guerre”). Il leur permit de s’installer à côté de sa capitale, Koumbi Saleh, pour échanger leurs produits contre de l’or, mais sous bonne surveillance, car il se réservait le secret des origines de cette matière précieuse. Le Wagadu finit par dominer la vallée du Sénégal et la plus grande partie du delta intérieur du Niger. C’est au sein de cet empire très décentralisé que seraient apparues les premières castes de marchands et d’artisans.

De sa capitale, l’empereur règne sur un empire divisé en provinces et royaumes avec une armée forte de 200 000 hommes. Des gouverneurs, des rois, des ministres l’aident à gouverner son peuple comportant trois couches sociales : nobles (commerçants, agriculteurs, aristocrates…), hommes de caste (artisans, griots…) et esclaves (prisonniers…). Il s’appuie sur une économie très développée : l’agriculture prospère au Sud, l’élevage au Nord ; le commerce, notamment transsaharien, est florissant (or, peau, céréales, esclaves…) ; les mines d’or et de fer se révèlent intarissables ; les transports se développent.

L’opulence de cet empire animiste attire les convoitises de ses voisins musulmans. Dès 1042, des Berbères convertis à l’islam, les Almoravides, entreprennent la conquête du Wagadu. La ville d’Aoudagost est prise en 1057, puis Koumbi Saleh en 1076 mais reprise en 1087. Cependant, le Wagadu se trouve très affaibli et alors débute son lent déclin par un démembrement progressif.

Les populations de l’empire hostile à l’islam, imposé par la force, émigrent vers le Sud ou l’Est. La nation se dépeuple et ses armées se trouvent donc moins puissantes. Ainsi, des royaumes tels que ceux du Mali ou du Diara prennent la liberté de se détacher de l’empire qui va devenir un petit royaume.

Simultanément, ce qui faisait sa prospérité (commerce, élevage, agriculture, mines) se trouve bien désorganisé. Certains des Etats vassaux en profitent pour ce développer. L’un d’entre eux, le Sosso du grand Soumaoro Kante s’empare même du Wagadu à l’aube du XIIIe siècle.

L’EMPIRE DU KANEM

 Situé au croisement des routes de la vallée du Niger, des régions forestières du Sud, de la vallée du Nil et de la Méditerranée, le bassin du Tchad est le plus grand carrefour de civilisations au Sud du Sahara. Ici c’est développé le royaume du Kanem au VIIe siècle. Son souverain, le “maï”, tenait son pouvoir de la possession de chevaux et de la présence d’artisans métallurgistes. Grâce à la cavalerie dotée de couteaux de jets redoutables, les Zaghawas, peuple de pasteurs dont il était issu, assurèrent leur domination sur les agriculteurs. Le Kanem dura plus de 1000 ans.

Un empire fondé sur l’esclavage

La richesse du “Maï” du Kanem n’était pas fondée sur l’or, mais sur l’esclavage. “Son emprise sur ses sujets, écrit un chroniqueur musulman de l’époque, est absolue. Il réduit en esclavage qui il veut.”

Au cours de siècles, la région ne cessa d’être le terrain privilégié des chasseurs d’esclaves au profit du monde arabe, puis de l’Empire Ottoman. Aujourd’hui, l’esclavage n’a pas complètement disparu dans la région et se perpétue à l’occasion des conflits locaux avec le Soudan voisin.

La fin de l’empire du Kanem

Au XIVe siècle, le Kanem faillit succomber sous les coups d’autres nomades. Sa caste dirigeante se réfugia dans un petit royaume vassal, le Bornou, et perpétua son pouvoir sous ce nom jusqu’à la veille de l’arrivée des Européens, à la fin du XIXe siècle.

L’EMPIRE DU MALI

Successeur du Ghana tombé sous les coups des Almoravides en 1076, l’empire du Mali fut le premier Etat structuré d’Afrique occidentale. Ses coutumes et sa structure sociale marquent encore les habitants de la région et leur mode de vie.

Soundata Keita

Selon la tradition orale, Soundiata Keita était le seul rescapé des 12 fils du roi du petit royaume Manding du Mali, tués par Soumaoror Kanté, roi du Sosso. Soumaoro laissa la vie sauve au petit Soundiata car celui-ci était paralytique. Mais le jour de ses 7 ans, n’en pouvant plus d’être la risée de la Cour, Soundiata plia une barre de fer pour en faire un arc et acquit une force étonnante. Craignant pour sa vie, il dut s’exiler et décida, avec des alliés, de combattre Soumaoro qui avait enlevé sa sœur.

Une nuit, la sœur de Soundiata réussit à percer le secret de l’invincibilité de Soumaoro. Aussi, quand un jour de 1235, les armée des deux adversaires se trouvèrent face à face, Soundiata tendit son arc et frappa l’endroit précis de l’épaule de Soumaoro indiqué par sa sœur. Soundiata Keita assura, ensuite, sa victoire en s’emparant des régions riches en or du Ghana dont il fit son vassal.

L’empire Mandingue

Les successeurs de Soundiata Keita étendirent son royaume et constituèrent un véritable empire dont l’influence allait de l’Atlantique au lac Tchad. En 1285, un esclave affranchi s’empara du pouvoir pendant 15 ans, mais le clan Keita parvint à remonter sur le trône. Les empereurs se convertirent à l’islam et divisèrent la société en castes, dominée par les guerriers, créant ainsi une structure sociale encore très présente aujourd’hui. L’empire du Mali se disloqua à partir du XVe siècle sous la pression du royaume de Gao et la révolte des provinces.

Mansa Moussa (Kankou Moussa)

Plusieurs souverains du Mali firent des pèlerinages à La Mecque et favorisèrent le commerce musulman. En 1324, l’empereur Mansa Moussa (Moussa le Grand) prit la tête d’un immense cortège pour se rendre à La Mecque. Il emportait des présents ainsi que la plus grande partie de l’or conservé depuis des générations. Durant leur passage au Caire, les Maliens distribuèrent des aumônes comme tout bon pèlerin et dépensèrent sans compter au point que le cours de l’or chuta dans la région pour plusieurs années.

Sous son règne, le commerce transsaharien prend un essor spectaculaire : du Nord viennent le sel, les tissus, l’encens, les livres. Du Sud partent les épices, le cuivre, l’or, l’ivoire et les esclaves. Les pays côtiers fournissent le miel, le kola, l’huile de palme et l’indigo. Comme monnaie, on se sert des cauris, d’or, de cuivre, de barres de fer ou de bandes de cotonnades. Les impôts permettent l’édification de somptueux bâtiments tels que les mosquées de Tombouctou, Djenné et Gao ou le palais royal de Niani.

Les Castes

La première caste était celle des guerriers. Elle était composée des 16 clans mandingues dont la haute noblesse qui regroupait les 4 familles alliées à Soundiata, aux noms encore répandus dans la région : Alpha, Condé, Camara et Traoré. Puis venaient 5 clans de religieux, ainsi que les marabouts”gardiens de la foi”, les artisans, les griots et enfin les esclaves de guerre.

L’EMPIRE SONGHAÏ

 Les royaumes vassaux de l’empire du Mali n’attendaient qu’une occasion de prendre leur revanche. Ce que fit le petit royaume de Gao, qui donna naissance au plus grand empire que la région eut connu jusqu’à provoquer la convoitise du lointain roi du Maroc.

Sonni Ali

En 1464, Sonni Ali monta sur le trône du petit royaume de Gao, chez les Songhaïs, établi sur le Niger en aval de Tombouctou. Ce souverain constitua une cavalerie et une flotte de 400 bateaux, puis se lança à l’assaut de Tombouctou, qui fut vaincu en 1468. Cinq ans plus tard, la flotte de Djenné assura la domination de Sonni Ali sur tout le delta intérieur du fleuve. Surnommé “Ali le Grand”, il favorisa le commerce, créa une administration centralisée et prit l’habitude de rédiger des actes officiels.

Askia Mohamed

Son fils fut un piètre successeur et n’opposa aucune résistance à la prise du pouvoir par Mohamed Sylla, le chef de l’armée appelé ensuite “Askia Mohamed”. Ce coup d’Etat, fomenté par les lettrés de Tombouctou, devait relancer l’islamisation de la région, trop lente à leurs yeux. Askia Mohamed étendit les limites de son empire et favorisa le développement des cités commerciales. C’est sous son règne que Tombouctou atteignit sa plus grande renommée intellectuelle et commerciale. Il a laissé l’image d’un grand bâtisseur et d’un homme profondément religieux.

Tombouctou

Tombouctou tiendrait son nom de Bouctou, une vieille femme chargée de garder un puits où les caravaniers venaient faire boire leurs chameaux. Située sur la route la plus courte pour aller du Soudan au Caire et dans le monde arabe, la cité ne cessa de prospérer tant sous la domination des Maliens que sous celle des Songhaïs. Avec Djenné au Sud, elle était la plaque tournante des échanges entre les céréales produites dans l’empire et le sel du désert passé sous le contrôle des Askias. Cette richesse permettait d’entretenir nombres d’écoles musulmanes en relation avec les universités du Maroc et d’Egypte.

La fin de l’empire Songhaï

Fasciné par le prestige de Tombouctou et la richesse supposée des Askias, Al-Mansour, le sultan du Maroc, se lança à la conquête de l’Empire Songhaï. Askia Daoud résista vainement et la guerre civile dévasta le pays qui s’enfonça dans l’anarchie. Les gouverneurs marocains nommés par le sultan furent appelés “Armas” par la population à cause des armes à feu qui avaient assuré leur victoire. Puis les sultans se désintéressèrent du Soudan, trop éloigné de chez eux.

LES ROYAUMES DES GRANDS LACS

En Afrique centrale, dans la région équatoriale des hauts plateaux, la grande forêt primaire a été peu à peu défrichée par les agriculteurs. Les royaumes qui ont réussi à s’imposer, au cours des siècles, sont fondés sur la possession du bétail.

Les conditions climatiques ont longtemps constitué un obstacle à l’évolution des sociétés. Mais les techniques métallurgiques, connues et employées depuis 2000 ans avant J.-C. dans cette partie du continent, ont permis aux agriculteurs itinérants de défricher des clairières dans la grande forêt primaire qui n’était habitée jusque-là que par des groupes de chasseurs-cueilleurs dont les Pygmées sont les descendants. La culture du sorgho, puis de l’igname, favorisa l’augmentation de la population. Et les espaces défrichés, laissés en jachère, permirent l’introduction de l’élevage en provenance du Nord.

Ruhanga fondateur du Kitara

La légende fait du Kitara, le premier royaume ayant gouverné la région en donnant un rôle dominant aux possesseurs de bétail. D’après la tradition orale, Ruhanga, l’ancêtre fondateur, avait trois enfants appelés Kana (“petit enfant”). Afin de leur donner un nom, il les mit à l’épreuve, confiant à chacun un pot de lait à transporter. Le plus jeune en perdit un peu mais en demanda à ses frères, le deuxième en renversa la moitié et l’aîné tomba à terre en perdant tout. Ruhanga décida que ce dernier ne serait bon qu’à s’occuper des cultures, au deuxième, on confierait les soins du bétail. Quant au premier, le plus malin, il dirigerait les deux autres !

Le royaume du Buganda

L’origine de ces premiers royaumes est mal connue. Les traditions évoquent l’arrivée des Chwezis, des pasteurs de la vallée du Nil. Au XVIIe siècle, le Buganda, un des vassaux du royaume du Bunyoro dans l’Ouganda actuel, s’émancipa sous la conduite de son souverain qui portait le titre de “kabaka”. Situé dans une région au sol fertile, bordée à l’est par le lac Victoria, le Buganda entra en contact avec les marchands musulmans, échangeant de l’ivoire contre des cotonnades. Dans la seconde partie du XIXe siècle, les premiers explorateurs européens y furent accueillis avec beaucoup d’égard.

Le royaume du Rwanda

Certains petits royaumes, entre les lacs Victoria et Kivu, s’épuisèrent en conflits familiaux. Au sud-ouest, celui du Rwanda ne fit pas dans la modestie. Les traditions orales le font descendre directement du ciel par l’intermédiaire de Kigwa (“celui qui est tombé”) et de son frère Mututsi, qui a donné son nom aux Tutsis. Jusqu’à l’indépendance, la société rwandaise resta divisée en classes sociales sur le modèle imposé par Ruhanga, le roi légendaire du Kitara.

LE ROYAUME DU KONGO

 En Afrique centrale où la forêt est épaisse, les chefs de village qui ont cherché à s’imposer ont dû luter contre une nature hostile. Souverains prestigieux au destin parfois tragique, on les appelle “les rois forgerons”, maîtres en matière de fabrication d’outils pour défricher la forêt.

Les échanges avec le Portugal

Le royaume du Kongo s’épanouit de part et d’autre de l’embouchure du fleuve Congo grâce à Ntinu Wene, un homme à la poigne de fer. En contact avec le Portugal dès le XVe siècle, le Kongo devient vite le plus grand Etat de la région, fort de ses échanges commerciaux : plantes comestibles importées d’Amériques, huile de palme locale, ivoire et cauris (monnaie de coquillages ramassés sur la côte). C’est en cherchant un passage pour pénétrer dans l’océan indien que les Portugais le découvrirent. Les premières relations donnèrent lieu à des échanges d’ambassadeurs entre Lisbonne et Mbanza-Kongo, la capitale du royaume. Des jeunes Kongolais partirent même faire leurs études en Europe et, en 1513, un des fils du roi de l’époque prononça un discours en latin devant le pape. Mais en raison de la distance, les communications entre les deux pays restaient rares. Et les représentants du Portugal, les commerçants et les aventuriers, finirent par prendre tous les pouvoirs. Ils surveillaient le royaume à partir de l’île de Sao Tomé, au large, qui leur servait d’entrepôt d’esclaves.

Sous la pression des Portugais, le Kongo finit par devenir un vassal du Portugal. Il fut même obligé de livrer des esclaves, capturés dans les pays voisins. Mais en 1665, quand les Portugais lui imposèrent de livrer des esclaves kongolais et de dévoiler l’emplacement de ses mines, le souverain du Kongo, Antonio Ier, refusa. Son armée fut vaincue et sa tête ramenée à Loanda, la future Luanda, devenue elle aussi un comptoir portugais.

Les Laundas

A leur arrivée au Kongo, les Portugais entendirent parler de puissantes chefferies à l’intérieur du bassin du Congo. Les Luandas constituaient la plus dynamique, dominant la région correspondant au Katanga, au Sud du Congo-Kinshasa. Ils devaient leur réputation aux gisements de cuivre qui leur avaient fourni la matière pour créer une monnaie. Au XVIIIe siècle, ils étaient les maîtres du commerce entre le Kongo, dominé par les Portugais pourvoyeurs d’armes à feu, et les côtes de l’océan Indien où ils contrôlaient l’utilisation des cauris qui risquaient de concurrencer leur monnaie de cuivre.

L’ABYSSINIE, LE ROYAUME DES NEGUS

Le plateau escarpé au centre de l’Ethiopie a permis à une succession de royaumes chrétiens de résister pendant des siècles aux invasions qui bouleversèrent la Corne de l’Afrique. L’histoire de cette région, connue en Egypte antique sous le nom de “pays de Pount”, fut ponctuée de coups d’Etat, d’assassinats et d’intrigues de palais.

Le royaume d’Axoum

Les premiers habitants de l’Ethiopie étaient apparentés aux populations de la Nubie. Au Ier millénaire avant notre ère, des émigrants du Yémen s’installèrent entre les rivages de la mer Rouge et le lac Tana. Une de leurs tribus, les Habashas, donna son nom à l’Abyssinie et le royaume d’Axoum finit par s’imposer. Axoum était la plus grande puissance de la région quand son roi, Ezana (320-342 après J.-C.), se convertit au christianisme. Les Axoumites dominèrent la mer Rouge et firent des expéditions en Arabie. Ils eurent des relations fructueuses avec l’Extrème-Orient.

En 1504, le royaume d’Aloa, avant-dernier des royaumes chrétiens de Nubie, dut céder devant la pression musulmane. Seule résista l’Abyssinie, réfugiée dans son repaire montagneux. Mais les troupes d’invasion commandées pat l’imam Gragne et renforcées pat l’arrivée des Turcs en mer Rouge dévastèrent la région. L’empereur Claudius demanda alors l’aide des Portugais dont les caravelles venaient d’entrer dans l’océan Indien. A l’issue des combats, les troupes de l’imam Grange durent quitter le territoire et les Portugais s’installèrent en Abyssinie.

Fasilidas

En 1632, le clergé copte souleva la population abyssinienne, contraignant le négus (roi) Sousneyos à abdiquer et à expulser les jésuites portugais. Son fils Fasilidas (1632-1667) se fit construire une capitale, à Gondar, au nord du lac Tana. En diplomate habile, il noua des relations avec les Turcs, devenus les maîtres de la Méditerranée, et avec le grand Mogol dont l’autorité s’étendait sur la plus grande partie de l’Inde. Fasilidas et ses successeurs enrichirent Gondar de palais édifiés et décorés par des artisans indiens et arabes.

Ménélik

C’est Ménélik, roi du Choa, une province au sud du lac Tana, qui édifia l’Ethiopie moderne. Reconnu comme négus en 1889, il bâtit un empire en annexant plusieurs régions de la Corne de l’Afrique et en construisant Addis-Abeba (la “nouvelle fleur”), une nouvelle capitale, loin de l’Abyssinie et de ses intrigues. Il meurt en 1913 en ayant tout tenté pour éviter à son empire d’être colonisé.

LE ROYAUME DU BENIN Sur le pourtour du golfe de Guinée, la forêt a empêché la formation de grands empires. Mais à partir du XVIe siècle, l’établissement de comptoirs commerciaux européens sur les côtes a favorisé l’essor de cités marchandes grâce à leur artisanat, et même, pour certaines, grâce à l’esclavage.

Le travail des métaux

Avec plus de 130 habitants au km2, le sud du Nigeria est une des régions les plus peuplée d’Afrique. La culture organisée de l’igname depuis 6500 ans semble avoir favorisé cette forte densité de population. C’est dans le petit village de Nol, sur le plateau central, qu’on a trouvé de superbes têtes de terre cuite datant de 500 ans avant notre ère ainsi que des vestiges du travail du fer. Ces connaissances en métallurgie ne cessèrent de s’améliorer pour aboutir à la confection de masques en bronze ou en laiton, véritables oeuvres d’art.

La cité d’Ifé

La ville d’Ifé, au sud-ouest du Nigeria, aurait été fondé il y a plus de 1000 ans, par les Yoroubas, venus du lac Tchad sous la conduite du roi Odoudoua. Après la fondation d’Ifé, ses fils seraient partis chacun de son côté pour créer les cités de Bénin, Oyo et Owo. Il y eut souvent des conflits entre ces cités, mais toutes reconnaissaient Ifé comme leur centre religieux et culturel. Ifé était placée sous l’autorité de l’ “oni”, un roi-prêtre qui présidait aux rituels de la fêtes des ignames.

Les cités de Bénin et Oyo

Bénin, au sud-est d’Ifé, entre dans l’histoire au Xe siècle. Ses “obas” (rois) en font un Etat centralisé qui bénéficie de l’affaiblissement d’Ifé et de l’arrivée des Portugais à la fin du XVe siècle. L’oba s’entoure de nombreux artisans qui exécutent des commandes faites pour l’aristocratie portugaise. En contrepartie, les Portugais aident l’oba à régler ses conflits avec les voisins. Sous l’influence portugaise, le Bénin se lance dans la culture du palmier à huile et dans la traite des esclaves.

A Oyo, l’ “afalin” (roi) ou “compagnons des dieux” était secondé par son fils aîné dans la conduite des affaires de l’Etat. Pour éviter que celui-ci ne tente un coup d’Etat après la mort de son père, sept “oyomesis”, des dignitaires chargés de faire respecter la tradition, veillaient à ce qu’il suive son père dans la tombe. Les oyomesis finirent par prendre goût au pouvoir mais les luttes internes et les incursions du Dahomey voisin sonnèrent le glas d’Oyo qui sombra dans le désordre.

Le royaume du Dahomey

Des émigrants d’Oyo seraient à l’origine du royaume du Dahomey, au sud de l’actuel Etat du Bénin. Sa capitale, Abomey, dont le nom signifie “enceinte fortifiée”, a été édifiée au milieu du XVIIe siècle pour servir de place forte. L’Etat était très structuré et le palais soumis à une étiquette rigoureuse. Le roi ne s’adressait jamais au peuple à voix haute. Il communiquait avec lui par l’intermédiaire du “mêhou”, époux de sa seconde fille, qui devait avoir la même apparence physique que lui.

LES SWAHILIS

Depuis près de 3000 ans, l’océan Indien est un important centre d’échanges. Des vents réguliers et des eaux calmes ont favorisé les relations entre l’Inde, la Chine, l’Afrique et l’Arabie. Une civilisation originale et pacifique en est le résultat.

Arrivée des Shirazis

Dans le Nord de l’océan Indien, la mer d’Oman est parcourue depuis 4000 ans par des navires marchands ; les premiers allaient chercher, dans la Corne de l’Afrique, l’encens et les épices pour la Mésopotamie et l’Egypte. Puis les marins grecs profitèrent des vents de la mousson pour faire des échanges sur les côtes africaines. A la fin du VIIe siècle, ce sont les marchands arabes qui établirent des comptoirs commerciaux dans les îles et sur les côtes. Le principal était Kilwa, au sud de la Tanzanie actuelle, riche en or et en ivoire.

Vers 950, des troubles religieux à Shiraz, en Perse, poussèrent une partie de la population commerçante à trouver refuge sur les côtes africaines. Ces émigrants, appelés “Shirazis”, construisirent des palais et nouèrent des relations dans le monde musulman. Une population de métis, les “Swahilis” (“les gens du rivage”), ne tarda pas à se constituer, usant d’une langue très favorable aux échanges. Le commerce swahili connut son apogée au XVe siècle avec l’arrivée sur les côtes africaines de jonques commerciales chinoises.

Zanzibar

L’arrivée des caravelles de Vasco de Gama en 1498 sonna le glas de la prospérité swahilie qui ne put résister aux armes à feu occidentales. L’océan Indien passe sous la domination portugaise, hollandaise, puis anglaise au XVIIe siècle. En 1840, le sultan d’Oman transféra sa capitale dans l’île de Zanzibar, au large de la Tanzanie. Sous la protection des anglais, il exploitait le clou de girofle et faisait commerce de l’ivoire exporté en Europe. En 1898, l’interdiction de l’esclavage et la mainmise de l’Allemagne sur les possessions continentales du sultan marquèrent la fin de la prospérité de l’île.

L’archipel des Comores

Le nom des Comores vient de l’expression arabe “Djazaïr el-Qamar” (les îles de la lune). En se mariant avec les filles des chefs des quatre îles de l’archipel, les émigrés shirazis arrivés au XVIe siècle fondèrent les sultanats, encore à la tête de ces îles aujourd’hui. Ces sultans, qui vivaient du commerce des épices et parfois de piraterie, ne cessèrent d’être en conflit les uns avec les autres. Par ailleurs, les habitants devaient se défendre contre les raids des pirates de Madagascar qui débarquaient souvent à l’improviste pour emmener la population en esclavage. LE ROYAUME DE MADAGASCAR Madagascar s’est peuplée, il y a 2000 ans, d’Africains et d’immigrants indonésiens. Sur l’île jusqu’alors déserte, les grandes tribus comme les Sakalava et les Betsimisaraka fondèrent des royaumes aux coutumes communes. De grands souverains unifièrent le pays à partir du XVIIIe siècle.

Des immigrants indonésiens

Poussés sur les côtes d’Afrique orientale par les vents de la mousson, les immigrants indonésiens ont probablement apporté avec eux le bananier et le riz, qui offriront une nourriture de base aux Africains. Ils ont aussi donné leur langue, le malgache, parlé aujourd’hui par tous les habitants de l’île. Par ailleurs, Madagascar doit au continent africain le principe de la royauté sacré, et le regroupement de la population en clans. Elle tient plus particulièrement des Swahilis son organisation politique, commerciale et culturelle.

Andrianampoinimerina fondateur de l’unité malgache

Ramboasalama, autrement dit “le chien bien portant”, l’un des lointains descendants du fondateur d’Antananarivo, prit le pouvoir, dans les années 1790, sous le nom d’Andrianampoinimerina, “le Seigneur au cœur d’Imerina”. Il fonda une administration forte où les gouverneurs avaient autorité sur les chefs de clans locaux. Des assemblées de villages, les fokonolona, étaient responsables devant les inspecteurs royaux. Il s’efforça en vain d’unifier le pays. Son fils, Radama Ier continua sa tentative de modernisation en équilibrant la présence des Français et des Anglais, détenteurs des comptoirs sur la côte.

La fin de l’indépendance

De 1864 à la conquête française en 1896, Rainilaiarivony fut le véritable chef de Madagascar. Epoux de trois reines successives, Rasoherina, Ranavalona II, puis Ranavalona III, il s’efforça de préserver l’indépendance du pays. Ranavalona II se convertit au protestantisme, ouvrant Madagascar à l’influence de l’Angleterre. Au grand regret de la France, et sous le règne de Ranavalona III, l’île ne put résister aux pressions étrangères. En 1890, le sort de Madagascar fut décidé en dehors des Malgaches, car les Français et les Anglais s’étaient partagé la région. La France céda à l’Angleterre son influence commerciale sur Zanzibar en échange de Madagascar, qui fut annexé en 1896.

L’EMPIRE ZOULOU

 Il y a 200 ans, l’Afrique australe a connu de grands bouleversements : des populations se sont combattues pour prendre possession de la terre. Cette période est restée connue sous le nom de Mfécane, l’affrontement. Le Mfécane a d’abord opposé des peuples d’éleveurs bantous, puis les Zoulous aux Boers.

Chaka

A la fin du XVIIIe siècle, des pasteurs bantous, les Ngunis, arrivèrent du nord et s’installèrent au bord du Zambèze. Dans un de leurs clans, celui des Abatetwas, naquit un enfant “bâtard”, fils d’un des chefs et d’une danseuse rencontrée au marché. Humilié dès l’enfance, Chaka dut aussi faire face à la jalousie, le jour où il tua de ses mains un lion qui avait fait fuir tous les villageois. Mais informé de son exploit, Dinguiswayo, le grand chef des Abatetwas, le convoqua et en fit son homme de confiance. A sa mort, Chaka prit sa place.

Les Zoulous, peuple du ciel

Etre chef des Abatetwas ne suffit pas à Chaka. Exterminant ses ennemis, sauf les plus jeunes à condition qu’ils s’enrôlent dans son armée, il rassembla tous les Ngunis séparés en petits clans souvent en conflit. Il les obligea à abandonner leur nom et leur dialecte maternel pour s’appeler désormais les Zoulous, le “Peuple du Ciel”. Il organisa son armée en régiments de plus de 1000 soldats d’une même classe d’âge, les impis.

Chaka était implacable envers les peureux. Pour obliger ses soldats au combat corps à corps, il avait fait remplacer les lances par de courtes sagaies à large lame, des haches et un bouclier. Au retour d’une expédition, il fit exécuter ceux qui étaient revenus sans leur sagaie. La tactique favorite de ce chef de pasteurs était celle des “cornes de buffle”. Elle consistait à harceler sans cesse l’ennemi pour le rabattre, à la manière des deux cornes d’un buffle, contre des soldats zoulous aguerris qui le décimaient.

Les victoires de Chaka firent aussi sa perte car ses excès et sa tyrannie lui avaient aliéné jusqu’à ses plus fidèles lieutenants qui firent sécession. En 1827, à la mort de sa mère, il décréta un deuil d’un an, interdisant à quiconque de boire du lait et aux personnes mariées de vivre ensemble. Sous la direction de Mzilikazi, un groupe n’acceptant pas le célibat s’enfuit vers le Zimbabwe avec des jeunes filles et fonda le peuple Matabélé. Chaka mourut victime d’un complot.

Transmis par Boubacar Doumba Diallo

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APRÈS LES ARTISTES, PARIS CÉLÈBRE LES PENSEURS ET ÉCRIVAINS D’AFRIQUE

Alain Mabanckou, Emmanuel Dongala, Achille Mbembe et Christiane Taubira sont parmi les invités du « Week-end des écrivains du monde » organisé par le Columbia Global Centers.

Dans le feu d’artifice des multiples expositions africaines à Paris ce printemps, les artistes étaient à l’honneur. A la Villette, à l’institut du Monde Arabe, à la foire Art Paris, à la fondation Louis Vuitton, au Quai Branly, il n’était question que d’eux, les peintres, les sculpteurs, les créateurs du continent. Et les auteurs ?

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Les voici de retour, après leur participation au nouveau Pavillon des Lettres d’Afrique du salon du livre de Paris. Le Columbia Global Centers de Paris et la Bibliothèque nationale de France organisent le « Week-end des Écrivains du monde », du 9 au 11 juin 2017. De grands noms de la littérature africaine et des Caraïbes discuteront durant ces trois jours de thématiques très actuelles – et qui, en vérité, sous-tendent la création artistique de toutes les expositions susmentionnées – telles que le retour d’exil, le langage et la mémoire.

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Sur le thème « le monde est mon langage », les deux Congolais Emmanuel Dongala et Alain Mabanckou parleront vendredi 9 juin de leurs langues, celle de la naissance, celle que l’on apprend, celle dont on hérite. L’un et l’autre ont parcouru ce grand triangle de l’Afrique natale à l’Europe de leurs accomplissements littéraires en passant par l’Amérique. Emmanuel Dongala, qui a fui Brazzaville au moment de la guerre civile, a trouvé refuge aux Etats-Unis grâce à l’écrivain Philip Roth et y a enseigné à la fois la littérature et… la chimie. Alain Mabanckou, prix Renaudot pour son roman Mémoires de porc-épic, enseigne la littérature francophone à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA).

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L’écrivain congolais célébré par le Collège de France, avec trois autres auteurs, Séverine Kodjo-Grandvaux, philosophe et journaliste, correspondante du Monde Afrique à Douala, Achille Mbembe, historien et enseignant à l’université de Witwatersrand, à Johannesburg, et l’économiste Felwine Sarr, professeur à l’université Gaston-Berger à Saint-Louis et auteur du très remarqué Afrotopia (Philippe Rey, 2016), s’attachera aussi, samedi 10 juin, à « penser l’Afrique de demain ». Quel visage prend le continent dans ce monde de capitalisme globalisé ? Comment le continent peut-il décoloniser les savoirs, se réapproprier son destin, revaloriser ses langues, défendre la richesse et la diversité de ses cultures ? Autant de questions qui ont animé les Ateliers de la pensée organisée à Dakar et Saint-Louis en octobre dernier et que l’on retrouve dans les actes Écrire l’Afrique-Monde, paru ce 1er juin aux éditions Philippe Rey et aux éditions Jimsaan pour l’Afrique

Achille Mbembe, philosophe et professeur d’origine camerounaise.

L’énigme du retour

Le même jour, l’auteure Kidi Bebey, le romancier Max Lobe, lauréat du prix Kourouma 2017, et Abdourahmane Waberi, écrivain et chroniqueur, notamment pour Le Monde Afrique, s’interrogeront sur « l’énigme du retour », titre éponyme du roman qui valu le prix Médicis à Dany Lafferière, et dont on aura entendu résonner la poésie virtuose le 9 juin au soir à travers la lecture musicale d’Arthur H accompagné du guitariste Nicolas Repac. A quel monde appartient-on après l’exil ? Devient-on étranger à son propre pays ? Quelle vie dessiner dans les traces de l’exil de ses parents ?

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Femme de culture, l’ancienne garde des sceaux Christiane Taubira, que l’on pourra découvrir comme auteure au Festival d’Avignon en juillet, évoquera, avec John Edgar Wideman, figure des lettres africaines-américaines, récompensé à deux reprises par le PEN/Faulkner Award for fiction, la puissance de la littérature face aux situations d’injustice. Comment mettre en mots les maux pour panser les plaies de notre siècle et saper les fondements d’une société inégalitaire et raciste ?

C’était là tout le combat de James Baldwin, lui qui nous rappelait en 1972 dans Chassés de la lumière que « toutes les nations occidentales sont prisonnières d’un mensonge, celui de leur prétendu humanisme », elles qui ont inventé le « problème noir ». James Baldwin qui, après son retour d’Europe, écrira : « Non seulement je ne pouvais pas me réhabituer à la vie new-yorkaise mais je ne le voulais pas : je ne serai plus jamais le nègre de personne »I am not your Negro, le documentaire coup de poing que Raoul Peck a réalisé sur l’auteur de La Prochaine fois, le feu, sera projeté dimanche 11 juin au cinéma l’Arlequin avant un débat entre l’essayiste Caroline Fourest et la romancière Tania de Montaigne, auteure de Noire (Grasset, 2015).

« Week-end des écrivains du monde, résonances Afrique Caraïbes », du 9 au 11 juin 2017, au Reid hall du Colombia Global centers, 4 rue de Chevreuse, 75006 Paris.

 


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JEAN-DAVID NKOT : « L’EUROPE, C’EST LE CIMETIÈRE DES ARTISTES AFRICAINS »

L’Afrique est à la mode en France, mais les visas que doivent demander les artistes du continent pour venir exposer ou débattre sont toujours aussi difficiles à obtenir.

Organisation d’un pavillon des lettres d’Afrique au Salon du livre de Paris en mars, des galeries africaines invitées à participer à l’exposition « Art Paris Art Fair » au Grand-Palais, des expositions mettant en avant la création du continent à La Villette, à la Fondation Louis-Vuitton… et même, dans le temple du shopping, les Galeries Lafayette, des focus Afrique annoncés aux festivals d’Avignon, de Marseille… Il n’en fallait guère plus pour que les médias français saluent un « printemps culturel africain ».

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Un enthousiasme vite tempéré par le commissaire de l’exposition « Afriques Capitales ». Simon Njami, en effet, ne voit pas dans cette accumulation d’événements « un hommage à l’Afrique » – ce qui pourrait être réconfortant de croire lorsque 11 millions de personnes votent pour un parti d’extrême droite –, mais davantage une « autocélébration de ceux qui ont le sentiment d’avoir découvert quelque chose ». Et d’ajouter que « tout ceci est mêlé d’un soupçon de paternalisme ». Exagéré ?

Une plate-forme expérimentale

Une chose est sûre, ces manifestations sont l’œuvre d’initiatives privées et ne sont pas l’expression d’une volonté des pouvoirs publics français qui, parfois, sont plutôt tentés d’interdire aux femmes noires de se réunir entre elles, comme l’a démontré la maire de Paris Anne Hidalgo en s’opposant à la tenue du festival afroféministe Nyansapo, au prétexte que certains ateliers étaient « non mixtes ». Ou alors qui interdisent à des artistes africains de venir s’exprimer sur le territoire français en leur refusant un visa, quand bien même seraient-ils invités officiellement par une institution publique sous tutelle du ministère de la culture et de la communication.

C’est ce qui est arrivé le 26 mai à Jean-David Nkot, jeune plasticien camerounais prometteur né en 1989, alors qu’il avait été sélectionné pour participer au tout nouveau post-master que l’Ecole nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy (Ensapc) a lancé le 1er juin lors d’une conférence au Théâtre de la commune d’Aubervilliers réunissant chercheurs, écrivains et artistes à l’instar de Françoise Vergès, Manuel Domergue, Michel Augier, Zanele Muholi ou encore Abdellah Taïa.

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Destiné à de jeunes artistes ou théoriciens, ce programme est une plate-forme expérimentale de recherche artistique unique, organisée en partenariat avec le centre Doual’art ainsi que l’Institut des beaux-arts de l’université de Douala, et avec le soutien de l’Institut français du Cameroun. Cette formation, devant déboucher sur une exposition, doit se dérouler en trois temps, à Cergy et à Douala. Outre Jean-David Nkot, dont le dessin ultrasensible dénonce les violences faites aux femmes et aux enfants, victimes innocentes des conflits armés mais aussi de la brutalité au sein de la cellule familiale, cinq autres artistes ont été sélectionnés sur dossier pour participer à ce post-master.

Un problème récurrent

Le thème choisi pour cette première édition : les frontières, à travers les rapports « à l’espace, au temps, aux images, aux institutions, à la politique, aux territoires, au public, à nous-mêmes » qu’elles produisent. « Le projetMoving Frontiers – faire et défaireprécise l’Ensapc, est ainsi de produire des imaginaires qui éprouvent pratiquement et théoriquement les frontières que nous rencontrons quotidiennement et avec lesquelles nous devons tous composer. »

Ce qu’aura effectivement éprouvé de manière fort peu agréable Jean-David Nkot qui, pour la troisième fois, se voit refuser un visa pour la France. La raison invoquée par les autorités consulaires françaises de Douala ? Sa « volonté de quitter le territoire des Etats membres [de l’espace Schengen] avant l’expiration du visa n’a pas pu être établie ».

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L’invitation officielle de l’Ensapc, qui prenait en charge le déplacement et l’hébergement de Jean-David Nkot, n’aura pas suffi à convaincre le consulat français. « C’est la deuxième fois que l’on m’empêche de faire mon travailregrette Jean-David Nkot. En 2016, Barthélémy Toguo m’avait invité à le rejoindre pour participer à l’YIA Art Fair à Paris. Même motif de refus de visa : la France pense que je veux rester là-bas, sans doute parce que ma mère y est installée. Mais, moi, j’ai fait le choix de vivre ici, au Cameroun. Je vais faire quoi là-bas ? Vendre des toiles et payer des taxes dessus ? Ça n’a pas de sens, c’est bien plus intéressant pour moi de vendre là-bas, oui, mais de rester à Douala. Ici, je vis bien, je ne meurs pas de faim, je travaille. L’Europe, c’est le cimetière des artistes africains. J’ai besoin de mon environnement pour créer, je ne veux pas perdre mon âme à partir. »

Un problème récurrent auxquels sont confrontés les artistes africains et que dénoncent aussi bien des plasticiens, à l’instar de Barthélémy Toguo, que Lina Lazaar, qui a fait de la question migratoire le thème du pavillon de la Tunisie à la Biennale de Venise 2017.

Le Monde

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