« TAXI TIGUI », LA MINI-SÉRIE MALIENNE QUI CARTONNE

Après l’immense succès des deux premières saisons, cap sur 44 nouveaux épisodes. Politique, argent, religion : les créateurs ne s’interdisent aucun sujet, à condition qu’il y ait de l’humour.

Le studio d’enregistrement de la série « Taxi Tigui ».

Au volant de son taxi, F-One, interprété par Koman Diabaté, fulmine. Il est tombé en panne au beau milieu de la circulation, créant un embouteillage monstre dans les rues de Bamako. Un conducteur de « Jakarta » – scooters importés d’Indonésie qui pullulent dans la capitale malienne – s’arrête et propose de pousser le taxi à l’aide de son engin. D’abord dubitatifs, F-One et son passager finissent par atteindre les 120 km/h et supplient le pilote fou de ralentir. Ce genre de situation incongrue, volontairement caricaturale, a fait le succès de Taxi Tigui.

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La série, diffusée sur l’ORTM, la télévision nationale malienne, est unique en son genre et détonne face aux telenovelas qui inondent les bouquets télévisuels du pays. « Ce principe de comédie courte était un genre inconnu ici à Bamako, avant Taxi-Tigui », précise Toumani Sangaré. A 36 ans, ce réalisateur franco-malien touche-à-tout n’en est pas à son coup d’essai. Il est l’un des fondateurs de Kourtrajmé, ce collectif de vidéastes qui a vu débuter Romain Gavras ou Mouloud Achour. En 2000, il s’installe à Bamako, fonde Kourtrajmé Africa et une société de production, BanKO, avec Nicolas Frébault, journaliste et réalisateur. Après deux premières saisons à succès, le duo signe à nouveau pour 44 épisodes à bord du taxi cabossé de F-One.

« Caricaturer la réalité »

« Ces situations, c’est ce que vous expérimentez tous les jours à Bamako, plaisante Cheick Nito, l’un des acteurs. Ici, au Mali, tout le monde prend ce moyen de transport, qu’il soit pauvre ou riche. Le chauffeur entend tout et a un avis sur tout. » Le taxi bamakois, c’est un peu le salon de coiffure français.

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Toumani Sangaré explique aimer « caricaturer la réalité, mais surtout aborder tous les sujets de société. La politique, l’argent, la religion, on ne s’interdit rien ». Seule condition, l’humour, pour faire passer des messages en un peu moins de trois minutes par épisode. Un peu comme cette sommation du chauffeur, devenue un gimmick, quand il intime au passager de mettre sa ceinture de sécurité. Un geste loin d’être répandu à Bamako.

La grande salle d’exposition du Musée national a été transformée en studio de cinéma. Le taxi trône au milieu de la pièce entouré d’immenses fonds verts. La particularité de la série est qu’elle est tournée entièrement en studio. L’équipe de BanKO a sillonné et filmé les rues de la capitale et ces images sont ensuite incrustées en postproduction. « Cela nous donne une grande marge de créativité et c’est plus confortable et moins cher que de tourner en ville. Il aurait fallu une voiture travelling, un plateau… Ce n’était pas dans nos moyens », précise Toumani Sangaré.

Imagination débordante

La production de 44 épisodes, soit deux saisons, coûte environ 40 millions de francs CFA (61 000 euros), estime Nicolas Frébault. Un « petit budget » comparé aux autres productions télévisuelles. « On a une dizaine de comédiens, une équipe technique, ça fait du monde. Mais ce principe de tournage sur fond vert permet de maintenir les coûts à un niveau correct. » Il laisse surtout le champ libre à l’imagination débordante des scénaristes qui promettent un taxi volant au-dessus de Bamako et des épisodes de « Taxi Tigui » avec Paris en fond d’écran.

Koman Diabaté, alias F-One, à l’intérieur du taxi, et Toumani Sangaré, le réalisateur.

Le succès de la série repose surtout sur l’utilisation du bambara, explique Koman Diabaté : « Jouer dans la langue locale facilite la diffusion et la compréhension auprès des téléspectateurs. Mais ça permet aussi aux acteurs d’être beaucoup plus créatifs et d’improviser. » Si les scénarios sont écrits à l’avance, libre aux comédiens de sortir un peu du canevas si cela améliore le sketch.

La série est devenue un phénomène de société, elle « cartonne auprès des ménagères », rigole Toumani Sangaré. Difficile d’être plus précis car il n’existe pas de mesures d’audiences fiables au Mali. Si le succès se confirme, les producteurs envisagent d’exporter le concept dans d’autres pay  Réagir

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Rafraîchissant ! Des hommes et des femmes qui avec une idée relativement simple parviennent à fédérer sans utiliser la langue de bois (et même en utilisant la langue locale au delà du mauvais visage de la mondialisation), en prenant en considération la vie quotidienne du pays, cela montre que les énergies positives peuvent faire avancer. La lutte contre l'obscurantisme passe aussi par là ! Bravo !

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Bravo .Rien de telle que la langue maternelle pour penser !!! Et c'est grâce à celle-ci ci qu'on structure notre pensée ...L'humour, c'est également de la pensée et c'est un excellent signe de bonne santé de celle ci

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A la tête de la Francophonie, Michaëlle Jean sur la sellette pour des dépenses somptuaires

 

Michaëlle Jean, en 2014 à Ottawa.   
Michaëlle Jean, en 2014 à Ottawa.         Crédits : Cole Burston / AFP    

« Je ne suis pas une princesse ! » Aux commandes de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) depuis 2015, la Canadienne Michaëlle Jean a dû justifier des dépenses somptuaires effectuées pour rénover son logement de fonction à Paris. Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec ont publié en juin une série d’articles critiquant le train de vie de l’ancienne gouverneure générale du Canada. Le journaliste Alexandre Robillard a fait état de dépenses de plus de 330 000 euros – dont 215 000 euros de rénovations, 50 000 euros de meubles et 13 500 euros pour un piano à queue – pour la résidence qu’elle loue dans le 7arrondissement de Paris, et d’un dépassement de 40 % de ses frais de voyage, selon des documents de l’institution obtenus de source non officielle.

Après avoir refusé toute interview, Mme Jean a fini par répondre aux questions de la radio montréalaise 98.5FM en évoquant un courriel du précédent locataire, Jean-Pierre Blackburn, ancien ambassadeur du Canada à l’Unesco. Selon lui, l’appartement – propriété du gouvernement canadien, louée 13 000 dollars par an (8 800 euros) – avait de sérieux problèmes de plomberie.

Opacité

L’affaire a fait des vagues à Ottawa, où la ministre de la francophonie, Marie-Claude Bibeau, a réagi après que Mme Jean a affirmé que les sommes engagées par l’OIF pour ces rénovations seraient récupérées lors de la vente prochaine de l’appartement par le gouvernement canadien. La ministre a sèchement répliqué : « On n’est pas rendu à discuter de la vente » de cet appartement, donc pas non plus de son coût…

L’organisation manque de fonds et a entrepris une vaste restructuration, dont les résultats, note le Journal de Montréal, seront présentés jeudi 22 juin aux représentants de ses Etats membres. Le quotidien dénonce l’opacité de l’administration de l’OIF, même si le numéro deux de celle-ci, le Malien Adama Ouane, affirme qu’elle est « transparente ». Selon le journal, le coût des déplacements de Mme Jean ne serait plus inscrit clairement dans les documents officiels mais inclus dans les « activités de cabinet ». Les voyages de la secrétaire générale et de son entourage ont coûté près de 600 000 euros en 2015 et 610 000 euros en 2016, en hausse de 40 % par rapport aux prévisions, d’après les chiffres de l’institution. Explication de l’intéressée : il faut de plus en plus « aller sur le terrain ».

Anne Pélouas

Le Monde

      
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Fatoumata Diabaté fait revivre les studios de rue des pères de la photographie africaine

 

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« Songs for Madagascar » : visite libre d’une culture musicale

Le documentariste Cesar Paes chronique les efforts de musiciens malgaches pour attirer l’attention sur les périls environnementaux et financiers pesant sur leur pays.

Une scène du documentaire français de Cesar Paes, « Songs for Madagascar ».  
L’avis du « Monde » – pourquoi pas

Une demi-douzaine de musiciens malgaches, parmi les plus renommés, unissent leurs forces pour défendre leur île contre les menaces environnementales et financières qui pèsent sur elle. Leurs intentions sont nobles et leur talent indéniable, et le documentariste Cesar Paes, Brésilien, connaît bien Madagascar, qu’il a beaucoup filmée.

Peut-être un peu trop, au point de tenir pour acquis que ses spectateurs seront familiers à la fois de l’histoire tourmentée de l’île et de sa musique incroyablement complexe faite de sons venus d’Asie du Sud-Est et d’Afrique orientale, façonnée aussi par la colonisation française.

On entrevoit ces éléments au fil de séquences sans autre fil conducteur que la conviction des artistes engagés dans l’opération, baptisée « Madagascar All Stars ». Le chanteur Joajoby, le joueur de valiha (cithare de bambou) Justin Vali et leurs camarades répètent dans des intérieurs sans personnalité. Un autre artiste, Erick Manana, est filmé au cours d’une tournée hivernale en Allemagne qui brise un moment l’ambiance équatoriale.

Manque de spontanéité

Les rencontres entre les artistes et les militants ont quelque chose de compassé, mise à part une étonnante séquence de retour à la terre qui voit deux des musiciens empoigner des bêches pour labourer un champ au bord duquel leur minibus passait.

Il aurait fallu un peu plus de cette spontanéité pour que Songs for Madagascar fasse plus qu’éveiller la curiosité à l’égard d’une culture musicale (c’est déjà beaucoup) et parvienne à évoquer la vie et les épreuves de tout un pays, comme, apparemment souhaitait le faire son réalisateur.

 

source : Documentaire français et malgache de Cesar Paes (1 h 28). Sur le Web : songsformadagascar.com et www.laterit-productions.com/index.php?page=actu&lg=fr&num_actu=408

Le Monde

 

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« Wulu » : lignes blanches dans le désert

En suivant un convoyeur de cocaïne sur le trajet Dakar-Bamako, Daouda Coulibaly signe un dynamique « Scarface » malien.

Dans le nord du Mali, Ladji (Ibrahim Koma) a pour interlocuteurs les groupes armés.  
L’avis du « Monde » – à voir

Parce qu’il s’extrait de la misère en faisant commerce de cocaïne, on aura tendance à faire de Ladji, le héros de Wulu, un « Scarface malien », une version bamakoise de Tony Montana. Mais c’est justement ce qui rend ce premier film passionnant que de mettre en scène un autre rapport au crime organisé que celui qui domine dans une société riche.

L’immigré cubain de Brian De Palma se lançait, comme tous ses nouveaux concitoyens, à la poursuite du bonheur, Ladji – comme des centaines de millions de jeunes au sud du Sahara – cherche, lui, sa juste place dans la société des hommes. Le titre même du film, qui fait référence aux rites initiatiques préludant à l’admission d’un garçon dans une société secrète au Mali, pointe dans cette direction : Wulu est un récit d’apprentissage autant qu’un film de gangsters.

Dans le même mouvement, Daouda Coulibaly, Marseillais d’origine malienne, invite les spectateurs à faire l’apprentissage de cet autre paysage moral, dans lequel les gendarmes sont aussi des voleurs. Il le fait avec un impressionnant sens du rythme et de l’action, imprimant à son film une dynamique qui fait passer le manque d’épaisseur de certains personnages et l’accumulation de situations qui n’ont parfois d’autres raisons d’être que de compléter la démonstration de l’auteur.

 

 Clarté narrative exceptionnelle

Quand on rencontre Ladji (Ibrahim Koma, présence impressionnante, forcé à l’impassibilité par son rôle), il est l’auxiliaire d’un chauffeur de minibus. Au moment où il devrait prendre place derrière le volant, son patron préfère engager un parent. Ladji, qui a jadis fait un séjour en prison, renoue avec un ami qui lui confie un camion frigorifique sur le ­trajet Dakar-Bamako. Dès sa première rotation (première séquence d’action, mise en scène avec une économie de moyens et une clarté narrative exceptionnelles, surtout dans le cinéma d’action français), le garçon fait preuve d’un bel esprit d’initiative, ce qui lui permet de faire connaissance avec le patron français (Olivier Rabourdin) de la très officielle entreprise de transports qui sert de couverture au trafic.

A chaque étape de son ascension, Ladji doit renoncer à une autre part de son humanité

A chaque étape de son ascension, Ladji doit renoncer à une autre part de son humanité. Les amis qu’il a embringués, sa sœur (Inna Modja) à qui il voulait faire quitter le trottoir, tous doivent payer, parfois très cher. Ce versant moral de Wulu est plus convenu, plus raide que celui qui met en scène le business quotidien du trafic. S’appuyant sur une série de faits divers, Daouda Coulibaly élargit progressivement le champ : dans le nord du Mali, Ladji a pour interlocuteurs les groupes armés contre lesquels les troupes françaises interviendront bientôt (le film est situé avant l’offensive islamiste de 2012) ; en Guinée, il profite de l’instabilité qui suit le changement de régime ; à Bamako, il ­arpente les corridors du pouvoir, qui se confondent avec les arrière-salles du crime organisé.

L’interprétation presque marmoréenne d’Ibrahim Koma, ­l’enchaînement inéluctable des ­contraintes qui pèsent sur son personnage tirent Wulu du côté de la tragédie. Finalement, si Ladji ressemble à Scarface, c’est plutôt à l’immigré italien que jouait Paul Muni dans le chef-d’œuvre d’Howard Hawks : un homme sans ­pitié dans un monde sans pitié.

Film français, malien et sénégalais de Daouda Coulibaly. Avec Ibrahim Koma, Inna Modja, Habib Dembélé (1 h 35). Sur le Web : indiesales.eu/wulu

Le Monde

 
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