Sénégal : « Pourquoi nos dirigeants laissent-ils la danseuse Germaine Acogny courir à la faillite ? »

Aisha Dème, militante culturelle à Dakar, s’insurge de voir l’Ecole des Sables à cours de moyens alors que les législatives battent leur plein, à coups de milliards de francs CFA.

Germaine Acogny pratique et enseigne la danse contemporaine africaine dans son Ecole des Sables, à Toubab Dialo, ici en mai 2017.   
Germaine Acogny pratique et enseigne la danse contemporaine africaine dans son Ecole des Sables, à Toubab Dialo, ici en mai 2017.         Crédits : Jane Hahn / AP    

Il y a quelques jours, une lettre de Germaine Acogny est tombée dans la boîte aux lettres électronique de nous autres, acteurs culturels, militants ou amoureux de culture en Afrique. Il s’agissait d’une relance à une précédente lettre qui invitait, avec beaucoup de pudeur, à soutenir financièrement l’Ecole des Sables, un centre international de danses traditionnelles et contemporaines d’Afrique, située à Toubab Dialo, à quelques kilomètres au sud de Dakar.

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Cette relance est arrivée comme une gifle. « Est-ce que vous avez compris ? », nous disait-elle. « Cela fait quelques semaines que nous avons écrit une lettre à tous ceux qui nous connaissent, qui connaissent l’Ecole des Sables, pour leur demander un soutien à cause de notre situation financière difficile. » C’était la version « soft », rédigée cela fait un moment. La réalité d’aujourd’hui est beaucoup plus brutale. Actuellement, l’Ecole des Sables n’a plus les moyens de fonctionner que quelques mois. C’est donc « demain ».

Transmission du savoir

J’ai pris ces mots dans la figure parce que, effectivement, je n’avais pas compris. Mais je suis passée vite de l’état de surprise à la colère. C’est l’histoire qui se répète : ces monuments de la culture, qui ont porté haut le drapeau du Sénégal et de l’Afrique partout dans le monde, se retrouvent un jour ou l’autre face à de sérieux problèmes financiers, ou de santé, parce que ne bénéficiant pas d’une bonne prise en charge médicale… Cela devient presque banal.

Ils sont des trésors de notre patrimoine culturel, sur lesquels nous devons veiller, mais ils sont les oubliés de nos gouvernements.

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Le rôle de nos dirigeants n’est-il pas de veiller à la sauvegarde, à la transmission du savoir et de l’héritage culturel ? Dans un monde que je ne qualifierais pas d’idéal mais juste normal, nos responsables auraient créé des écoles et demandé à ces grands artistes de transmettre leur savoir. Ils seraient invités à donner des cours à l’université.

Dans un monde normal, un monument comme feu Doudou Ndiaye Rose, le tambour-major, n’aurait pas espéré pendant de longues années de pouvoir construire une école « pour léguer son savoir aux jeunes avant de partir », sans avoir les moyens financiers de réaliser ce rêve. Il disposait d’un terrain pour la construire et a sollicité le soutien des gouvernements successifs, douze années d’affilée. En vain. J’ai eu cette information de l’artiste lui-même, en janvier 2014, dix-huit mois avant sa mort.

Des élèves de l’Ecole des Sables à Toubab Dialo, au Sénégal, le 23 mai 2017.   
Des élèves de l’Ecole des Sables à Toubab Dialo, au Sénégal, le 23 mai 2017.         Crédits : Jane Hahn / AP    

Dans un monde idéal, la grande Germaine Acogny ne devrait pas rencontrer de problèmes financiers pour faire fonctionner son école. Non, pas la Germaine Acogny de l’école Mudra Afrique. Pas la fondatrice de « la maison mère de la danse africaine », un lieu qui a éduqué, inspiré, encouragé, réuni des danseurs et chorégraphes de toute l’Afrique et d’ailleurs. Pas la Germaine Acogny de Maurice Béjart, celle qui a dansé, chorégraphié et enseigné dans le monde entier et qui est devenue le véritable émissaire de la danse et de la culture africaines. Pas celle que l’on surnomme « la mère de la danse africaine contemporaine ». Pas cette enfant du Sénégal qui a porté les couleurs du pays avec fierté, grâce et grand succès.

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Germaine Acogny ne devrait pas rencontrer de problèmes financiers pour faire fonctionner son école au point de lancer cet appel qui ne peut que briser le cœur de toute personne connaissant son travail et son parcours. Les autres peuvent découvrir son incroyable trajectoire ici.

« Peut-être devons-nous rappeler au président Macky Sall qu’il a décrété 2017 année de la culture au Sénégal ? »

Dans un monde normal, l’artiste Joe Ouakam aurait gardé sa Cour, ce lieu mythique de création et de rencontre du monde culturel dakarois. Cette Cour a été pendant quarante ans l’âme du Dakar culturel. Puis l’artiste a été menacé d’expulsion par les héritiers du propriétaire de la maison, alors qu’il était très malade. Dans un monde normal, le gouvernement aurait racheté cette maison qui était un patrimoine culturel, et surtout un lieu fédérateur qui fécondait l’art, le beau, le vivant. Joe Ouakam s’est éteint en plein milieu de cette polémique.

Il y a encore tant et tant d’autres cas… Peut-être devons-nous rappeler au président Macky Sall qu’il a décrété 2017 année de la culture au Sénégal ?

Mais si nos dirigeants ne le font pas, veillons nous-mêmes, comme nous le pouvons, sur nos baobabs, ceux qui enfoncent leurs racines profondément dans notre terre pour faire fleurir l’essence de notre culture, pour la faire rayonner dans le monde. Parce que nous, nous connaissons l’importance de la culture pour une nation.

Ils sont, nos dirigeants, depuis le dimanche 8 juillet, en campagne pour les législatives sénégalaises, avec des budgets à plusieurs milliards de francs CFA. Dites-leur que nous, les « cultureux », nous les gueux, ce seAisha Dème (Dakar) ra notre campagne à nous, et que nous gagnerons.

Le Monde

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Ismaël Lo : « En Afrique, il est anormal de jeter un citoyen en prison pour avoir critiqué le chef de l’Etat »

A l’occasion du Festival gnaoua d’Essaouira, le Sénégalais défend le rôle de la musique dans la mobilisation contre l’extrémisme religieux sur le continent.

Le musicien sénégalais Ismaël Lo, à Dakar, le 8 mars 2016.   
Le musicien sénégalais Ismaël Lo, à Dakar, le 8 mars 2016.         Crédits : SEYLLOU/AFP    

Le musicien sénégalais Ismaël Lo, l’une des têtes d’affiche de la 20e édition du Festival gnaoua et musiques du monde qui s’est achevée le 2 juillet à Essaouira, au Maroc, explique au Monde Afrique le rôle et la place de la musique dans la mobilisation contre la menace terroriste en Afrique. Pour lui, cette lutte passe aussi par un effort d’humilité de la part des présidents africains.

Face à la menace terroriste pressante et à la montée de l’extrémisme violent, notamment en Afrique de l’Ouest, quel peut être votre rôle ?

Ismaël Lo Nos chansons sont écoutés autant par les plus hauts dirigeants que par le citoyen lambda, ce qui nous donne la possibilité de nous adresser à toute la société. En Afrique, dans le contexte actuel exacerbé par le terrorisme, les intolérances religieuses et politiques, la haine gratuite et meurtrière, notre rôle est d’apaiser les cœurs et de prêcher les valeurs de partage et du vivre-ensemble. C’est d’ailleurs ce qu’un artiste musicien comme moi et bien d’autres faisons depuis très longtemps.

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En prenant mon répertoire, vous verrez que j’ai toujours prêché la paix, que je me suis toujours considéré comme un « poseur de ponts » entre différents peuples et civilisations du monde. Je vous donne un exemple très précis : en 1989, j’avais chanté J’aime Africa, un tube dans lequel j’appelais à l’unité africaine. Bien plus tard, quand l’Union africaine a été lancée [en 2002], plusieurs de mes fans se sont manifestés pour me dire que j’avais devancé les dirigeants africains sur la voie de l’unité de notre continent.

Vous imagineriez-vous enregistrer avec Youssou N’Dour, Tiken Jah Fakoly ou Salif Keïta un appel à la mobilisation totale contre l’extrémisme violent en Afrique ?

Non seulement c’est possible mais, pour moi, le simple fait de l’envisager est un signe de reconnaissance de notre influence à nous, artistes musiciens, sur la société. Nous devons saisir ce pouvoir d’influence pour plaider la tolérance, mais aussi pour appeler nos dirigeants politiques à la modération, à l’ouverture et à la tolérance. Dans mes chansons, je défends le respect de l’humain, le respect de la tolérance.

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Il n’est pas acceptable qu’un citoyen soit jeté en prison dans nos pays pour avoir eu une critique, même excessive, envers un président de la République. Je le dis parce que je considère que le pouvoir politique et la puissance qu’il confère sont des choses éphémères. Vous pouvez être milliardaire aujourd’hui et vous retrouvez sans le sou demain, car rien n’est éternel. Voyez ces nouvelles villes construites ex nihilo, ces réalisations humaines monumentales balayées en une minute par un tsunami, un tremblement de terre ou un glissement de terrain.

Tout cela doit nous amener à relativiser les choses et à promouvoir la tolérance et la compréhension mutuelles. Je suis sûr que mon point de vue est partagé par les autres artistes musiciens que vous évoquez. Cela rend donc faisable le projet de mobilisation collective contre la menace terroriste.

Votre présence à Essaouira est-elle le prolongement de votre engagement pour la tolérance et le vivre-ensemble ?

En venant à Essaouira pour le Festival gnaoua et musiques du monde, j’ai le sentiment de poursuivre ma mission d’ambassadeur de la diversité culturelle. Je n’ai pas hésité un seul instant lorsque les organisateurs m’ont fait l’amitié de me demander d’y participer.

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Pour moi, la musique gnaoua, c’est la musique de mes ancêtres. C’est autant la musique du Maroc que du Sénégal. Par la provenance des participants, la diversité des musiciens qui y participent, ce festival est un haut lieu de promotion de l’ouverture à l’autre, de la tolérance, de l’humilité. L’environnement actuel en Afrique et dans le reste du monde appelle que toutes les bonnes volontés se rassemblent autour des valeurs de tolérance, de partage et d’ouverture. Je continuerai d’y prendre toute ma part.

Seidik Abba (chroniqueur Le Monde Afrique, Essaouira, envoyé spécial)

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Le Tchadien et le Camerounais publient chacun un recueil de textes nés de la douleur de l’errance. Plongée dans deux écritures fraternelles.


 

Le poète camerounais Marc Alexandre Oho Bambe, à Lille, en avril 2016.   
Le poète camerounais Marc Alexandre Oho Bambe, à Lille, en avril 2016.         Crédits : WIKIMEDIA COMMONS    

Y a-t-il plus antinomique que ces deux poètes ? Tandis que Nimrod se consume, Marc Alexandre Oho Bambe flamboie. Silhouette longiligne à l’élégance discrète rehaussée d’un feutre noir, Nimrod est calme, posé, clame ses vers à l’économie. L’écriture est fluide, prend son temps, navigue entre les adjectifs et les images, puis fait volte-face et bouscule avec délicatesse la langue.

Chez Marc Alexandre Oho Bambe, le rythme est tout autre. Les mots s’entrechoquent, scandent une poésie tonitruante et vous coupent le souffle. « Dandy de grand chemin », tel qu’il aime à se présenter, complet-veston sombre sur chemise blanche, l’esthète camerounais est à la dépense. Le geste large, le verbe haut, il se laisse emporter par la fougue des mots que crache un volcan intérieur entré en éruption lors de son adolescence pour, semble-t-il, ne plus pouvoir s’éteindre.

Un opéra slam baroque

C’est entre autres à ces deux poètes qu’Alain Mabanckou a choisi de consacrer la carte blanche que la Fondation Louis-Vuitton lui a confiée les 25 et 26 juin. Dimanche 25, des poèmes de Nimrod seront lus par Sophie Bourel. Quant à Marc Alexandre Oho Bambe, il proposera un opéra slam baroque conçu à partir de son dernier recueil De terre, de mer, d’amour et de feu.

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Publié chez Mémoire d’encrier, cet ouvrage est une déclaration d’amour à Haïti, une ode à Port-au-Prince, ville « oubliée des anges, et de Dieu qui est mort à midi, dans un accident Place Piéton ». Un voyage entre la Caraïbe et le mboa (« pays » en langue douala). Le slameur, auteur d’une « poésie-monde-créole » narre sa filiation, de Senghor à Glissant, en passant par Birago Diop, Jean Métellus, Hugo, Gracq… et Césaire. C’est sa mère, enseignante de français et de philosophie au Cameroun, qui lui a fait découvrir le Cahier d’un retour au pays natal. Sa mère, celle qui n’est jamais nommée, mais celle qui est toujours présente dans ses vers. Celle qui lui a transmis le goût des mots et qui est partie trop tôt. Celle dont le départ a mis Marc Alexandre Oho Bambe sur les routes de l’errance pour rejoindre, à 18 ans, en 1996, une tante installée dans le nord de la France, à Lille.

Depuis, il lui faut « réapprendre à vivre », trouver un sens à l’existence à partir de la faille et découvrir que « Rien n’est vrai, tout est vivant/Tout est vibrant », retrouver les « souvenirs perdus en exil », le goût des « mangues térébinthes » et de la vie. « Vingt ans que je m’éparpille/En poèmes de sang/Pour me souvenir toujours/Des traits de ton visage/Et de notre dernière saison sans nom. »

Et de confesser :

« La première fois

Que je me suis suicidé

J’avais vingt ans

(…)

La poésie

M’a ressuscité

Ramené

A la vie

A la rive

De mon rêve

Reporté

Depuis

Je ressuscite

Jour et nuit

Dans chaque poème

Que j’écris

J’avance

Dans le noir

L’esprit à la dérive

En marchant sur les cendres bleues

De ma mélancolie douce (…)

Je reviens souvent d’outre-tombe

Comme d’autres reviennent d’outre-mer, kontan ! »

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Marc Alexandre Oho Bambe se tourne vers Douala, Nimrod vers Koyom « quand sonne l’heure du blues », quand la douleur du départ étouffe le cœur et que revient le lourd prix payé au départ. La séparation d’avec les siens : « La fiancée-vie l’amour-vie/On les sacrifie sur l’autel/Des causes », écrit le Tchadien dans l’un de ses poèmes rassemblés pour une « anthologie personnelle » parue chez Gallimard sous le titre J’aurais un royaume en bois flottés. « C’était l’histoire c’était la vie/Ma mère ne s’en est jamais remise/Mon père en est mort. » Né en 1959, Nimrod a 20 ans quand éclate la guerre civile qui amènera Hissène Habré au pouvoir.

« (…) J’entends siffler

Les balles au-dessus de mes oreilles.

L’éclair invente-t-il une rime qui s’escrime à vaincre la Beauté,

A la convaincre de rester ? Mais où donc ? La terre est dévastée.

Ville vouée aux fantômes, ville vouée à l’aplomb du temps ;

Ville dévouée aux chiens, un sanglot pourfend mon âme.

Où est passé le soleil clair des fleurs, le rose des avenues ?

Où ai-je enfouie ma misère ? »

En 1984, Nimrod quitte le Tchad pour un long voyage qui l’entraînera sur les routes de Côte d’Ivoire avant de rejoindre le nord de l’Hexagone et le pays de Somme. Mais il le dépouillera aussi de son foyer. L’exode se fait exil : « Je suis un paysans sans pays. On m’a volé mes terres/On m’a volé la terre ». La solitude et l’errance nourrissent une douleur et une mélancolie du premier âge et du paradis perdu qui enfantent le poète. Lui « l’arbitre des élégances » part en quête de magnificence. « Je m’efforce seulement de faire émerger la beauté, d’où qu’elle vienne, explique-t-il. C’est dans l’entrelacs des sensations que celle-ci me fait signe : le paysage est devenu le lieu où j’habite le plus volontiers. » Qu’il s’agisse de paysages de pommiers ou de dattiers.

Sa « part rebelle d’humanité »

Le poète, lauréat du prix Edouard-Glissant en 2008, et du prix Ahmadou-Kourouma pour son roman Le Bal des princes, n’est pas seulement peintre, il se fait aussi héraut d’un monde nouveau et rend hommage aux étudiants tchadiens violemment réprimés en 2015, aux mineurs sud-africains tués à Marikana en 2012, ou encore aux migrants subsahariens morts dans l’incendie d’un immeuble boulevard Vincent-Auriol, à Paris, en 2005… « Le poète, on oublie trop souvent de le noter, dit toujours non », écrit Nimrod.

        Lire aussi : Les dix penseurs africains qui veulent achever l’émancipation du continent    

Marc Alexandre Oho Bambe, lui, dit non à une société capitaliste inégalitaire, faite de fossés et de frontières et défend les Y’en a marre, ceux qui refusent d’abdiquer devant les barrières et les murs érigés pour nous séparer de nous-mêmes. Le poète au « sang d’encres mêlées » se fait chantre d’un monde-en-partage, d’un monde à partager. Celui qui a reçu le prix Paul-Verlaine de l’Académie française en 2015 pour Le Chant des possibles, clame, slame, réclame sa « part rebelle d’humanité » et chante ces « corps couleur ébène », ces « cœurs écorces de peine » qui « Interrogent/L’Afrique/La Caraïbe/Le Tout-Monde/Qui coulent dans nos veines ». Et nous invite à écouter Frankétienne qui « nous parle, nous dicte, et nous dit de ne pas perdre pied, de ne pas nous oublier dans le vertige du monde. Nous devons rester nous-mêmes, dignes et debout, contre vents et marées humaines, envers et contre tout, rester debout, dignes et patients ».

J’aurais un royaume en bois flottés. Anthologie personnelle 1989-2016, de Nimrod, Gallimard, 2017, 256 pages.

De terre, de mer, d’amour et de feu, de Marc Alexandre Oho Bambe, Mémoire d’encrier, 2017, 118 pages. Parution en France le 10 juillet.

« Penser, dire, raconter et jouer l’Afrique », carte blanche à Alain Mabanckou, les 24 et 25 juin à la Fondation Louis-Vuitton, à Paris.

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Frantz Fanon décrypté par Lilian Thuram

 

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Le grand écrivain guinéen Tierno Monénembo, lauréat du prix Renaudot en 2008, a été distingué jeudi par la plus prestigieuse récompense de l'Académie française, le Grand prix de la francophonie.

 
Tierno Monénembo. - RelaxNews - MYCHELE DANIAU / AFP
Tierno Monénembo. RelaxNews  /  MYCHELE DANIAU / AFP

 

Le romancier, auteur notamment du "Terroriste noir" récit sur la vie d'Addi Bâ, un Peul de Guinée, héros de la Résistance française, membre du premier maquis des Vosges et fusillé par les nazis en 1943, est également connu pour avoir dénoncé le silence de la communauté internationale après le massacre de plus de 150 civils par l'armée en septembre 2009 à Conakry.

"La Guinée se meurt, le monde a le droit de le savoir, le monde a le devoir de s'en indigner. Les Guinéens méritent la compassion des autres nations", avait écrit l'écrivain dans une tribune publiée par Le Monde affirmant "la Guinée se meurt, et il y a cinquante ans que cela dure: cinquante ans d'indépendance, cinquante ans d'enfer!".

Auteur d'une douzaine d'ouvrages, la plupart édités au Seuil, Tierno Monénembo, 69 ans, grande voix de la littérature africaine, possède un style unique alternant gravité et légèreté.

Le grand prix de la Francophonie est doté de 30.000 euros.

Au total l'Académie française a établi un palmarès qui comprend 63 distinctions.

Parmi les personnalités honorées figurent le comédien Philippe Caubère, prix du Théâtre et le chanteur Gérard Manset récompensé par la Grande médaille de la chanson française.

L'écrivain Charles Juliet, 82 ans, a reçu le Grand prix de littérature pour l'ensemble de son oeuvre tandis que le cardiologue franco-libanais François Boustani a reçu la Grande médaille de la francophonie.

Le cinéaste Stéphane Brizé, réalisateur notamment de "La loi du marché" a été récompensé par le prix du cinéma René Clair. Auteure remarquée du roman "Tropique de la violence" sur la tragédie des kwassa-kwassa entre les Comores et Mayotte, Nathacha Appanah a reçu quant à elle le prix Anna de Noailles.

Du côté de la poésie, le grand prix a été remis au poète haïtien Anthony Phelps pour l'ensemble de son oeuvre.

Chaque année, l'Académie française remet ses prix dans tous les domaines de la culture pourvu qu'ils fassent usage de la langue française.

Le plus connu de ses prix, le Grand prix du roman de l'Académie française, sera quant à lui décerné comme d'habitude cet automne.

Courrier de l'Ouest/AFP

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