LA DOULEUR INDOCILE DE WILLIAMS SASSINE, L’INSURGÉ DE GUINÉE

La Française Elisabeth Degon ressuscite la destinée singulière de cette figure des lettres africaines dans une biographie très documentée.

L’écrivain guinéen Williams Sassine dans les années 1980.

Non, décidément, Williams Sassine « n’était pas n’importe qui ». Romancier, dramaturge, journaliste, cette figure de la littérature africaine n’aura jamais mâché ses mots et aura été fidèle à son engagement jusque dans la mort. Décédé à l’aube du 9 février 1997 devant sa machine à écrire alors qu’il s’apprêtait à taper l’une de ses « chroniques assassines » pour le journal satyrique Le Lynx auquel il collaborait depuis cinq ans, l’écrivain guinéen aura passé sa vie à défendre les gens de peu, les gens de rien, ceux à qui les politiques auront volé les indépendances en usurpant le pouvoir et en confisquant la parole. Lui qui, à 17 ans, aura été envoyé, lors du « complot des enseignants » de 1961, au camp Alpha Yaya où il a passé cinq jours, racontera-t-il par la suite, « sans manger, sans boire, au soleil de six heures du matin jusqu’à huit heures du soir », aura payé jusque dans sa chair le prix de la liberté.

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Un corps affaibli par des années de gagne-petit à se battre pour toucher de quoi vivre alors qu’il est invité dans le monde entier pour parler de littérature. Un corps fatigué et un esprit las, qui se sera réfugié dans l’alcool, au cœur des maquis où, au plus proche du peuple, il aura puisé l’inspiration.

Dans la biographie, extrêmement linéaire mais fort documentée, que lui consacre Elisabeth Degon, Williams Sassine, Itinéraires d’un indigné guinéen (Karthala), l’ancienne bibliothécaire française décrit un homme usé, à la fois ambitieux et modeste, conscient de son talent littéraire – bien qu’il s’évertue à minimiser l’acte créatif – mais prêt à aucun compromis pour le mettre en valeur. Par des anecdotes savoureuses, Elisabeth Degon, qui a rassemblé de précieux témoignages, montre à quel point Sassine pouvait détester l’establishment et la grossièreté des hommes de pouvoir, quels qu’ils soient. Et de nous raconter comment l’auteur, « invité et reçu par l’ambassadeur [de France à Conakry], se permet de lui enlever son cigare de la bouche et de dire : “On vous a appris à recevoir les gens comme ça, le cigare à la bouche ?” ».

« Un des meilleurs de sa génération »

Impertinent, rebelle, qui ne fera partie d’aucun mouvement particulier, Williams Sassine a tiré sa « force de son métissage qui fait de lui un insoumis, un indocile, celui qui ne se plie ni aux dogmes, ni aux idées reçues », estime Elisabeth Degon.

Né en 1944 à Kankan, la deuxième ville du pays, d’un père libanais chrétien maronite et d’une mère guinéenne musulmane, Williams Sassine s’est toujours senti mis à l’index à cause de cet héritage pluriel. Une stigmatisation qu’il évoque à travers le personnage de l’albinos dans Mémoire d’une peau. Et qui aura été sans doute renforcée par l’abandon du père qui a caché son mariage guinéen à sa famille restée au Liban.

Quittant la Guinée, en 1962, pour tenter de poursuivre ses études en France, le jeune homme, extrêmement brillant, connaîtra vingt-huit années d’un long exil, l’entraînant à partir de 1966 sur les routes d’une Afrique nouvellement indépendante à la construction de laquelle il prend part comme enseignant, installé successivement en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone, au Niger, au Gabon, en Mauritanie, avant le retour définitif en Guinée en 1988. Sassine a la « bougeotte et partout, il ressent son statut d’étranger ». Il ne parviendra jamais à se sentir chez lui dans cette Afrique qui n’est pas la sienne.

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« Celui qui dit : “Tu n’es pas heureux ? Tu es en Afrique, tu n’es pas exilé” oublie que “c’est la Guinée que j’aime et dans la Guinée, c’est Kankan que j’aime et à Kankan, c’est mon quartier et dans mon quartier, c’est la case où j’ai vécu, mais ça on peut pas comprendre ça… et je ne souhaite à personne de vivre cela », expliquera celui qui écrira que la « Guinée est très belle, vue de très loin » tant le retour au pays natal sera douloureux. Pendant son exil, Williams Sassine écrit, beaucoup, et publie un roman tous les trois ans. Le rythme s’interrompt une fois installé à Conakry.

C’est le début de la déchéance. Celui qui partageait le plateau d’« Apostrophes » avec, entre autres, Tierno Monenembo et André Brink lors de l’émission spéciale que Bernard Pivot a consacrée à « l’Afrique noire racontée par ses romanciers » en 1979, se retrouve sans ressources. « On dit qu’il est un écrivain qui compte dans le paysage littéraire, un des meilleurs de sa génération, et pourtant, il chôme. Son humour, son sens de l’observation aigu et décalé sur la vie, distraient et amusent, son intelligence fuse, mais elle perturbe et dérange. Il se retrouve étranger dans son pays. Ce n’est pas ce qu’il attendait ! », écrit Elisabeth Degon, qui plus qu’un portrait de l’auteur du Jeune Homme de sable esquisse celui d’une époque, de la Guinée des années 1960 jusqu’à la fin des années 1990.

« Réalités bouleversantes et inconfortables »

Williams Sassine se fait alors chroniqueur « assassin » de la vie politique, sociale et religieuse de la Guinée. Chaque semaine, dans Le Lynx fondé par des journalistes formés en Côte d’Ivoire, il livre une lecture acerbe et sarcastique de ce pays devenu « un concentré de la sauce du sous-développement, l’arôme Maggi des marmites vides ». Lui qui pensait « écrire en vain » aura profondément marqué le paysage littéraire et intellectuel guinéen en donnant voix aux exclus.

« Lire Sassine n’est pas une évidence, reconnaît Elisabeth Degon, il faut accepter d’entrer dans son monde tourmenté, d’ouvrir les yeux sur des réalités bouleversantes et inconfortables. Son monde n’est pas un monde paisible ni agréable, ni rassurant. Il parle de la souffrance, de la violence, quelquefois de la douceur de la vie. Il faut également accepter de le suivre dans les digressions répétées qui auraient gagné à être rabotés et polies. » Sont-ce ces défauts qui expliquent que l’œuvre de Sassine soit aujourd’hui si peu lue ? Il faut reconnaître qu’elle est peu accessible. Certains de ses ouvrages sont demeurés longtemps indisponibles, d’autres devenus extrêmement rares et coûteux. Un problème auquel Sassine, qui a publié essentiellement chez Présence africaine, aura été confronté durant toute sa carrière.

Couverture de la biographie d’Elisabeth Degon, « Williams Sassine, Itinéraires d’un insurgé guinéen », aux éditions Karthala.

Williams SassineItinéraires d’un indigné guinéen, d’Elisabeth Degon, Karthala, 2016, 236 pages, 19 euros. Elisabeth Degon présentera et dédicacera son livre le mercredi 26 avril au pavillon africain du Salon du livre et de la presse de Genève.

Par Séverine Kodjo-Grandvaux (contributrice Le Monde Afrique, Douala)

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LA MALIENNE FATOUMATA KEÏTA, ÉCRIVAINE DES DEUX MONDES

Dans sa trilogie, qu’elle vient d’achever avec la publication des deux derniers volets, l’auteure aborde avec provocation et liberté l’excision, le remariage et la polygamie.

L’écrivaine Fatoumata Keïta, valeur montante de la littérature malienne.

Quand Fatoumata Keïta parle, les mots jaillissent et sa voix grimpe souvent dans les aigus. Interrogée, elle prend le temps de trouver les mots, en hochant la tête. « Fatoumata aime parler et elle sait parler », dit d’elle l’écrivain Ismaïla Samba Traoré, directeur de La Sahélienne. Cette maison d’édition vient de publier Quand les cauris se taisent et Les Mamelles de l’amour, deux romans qui sont la suite de Sous fer, le premier roman de Fatoumata Keïta, sorti en 2013 et récompensé, deux ans plus tard, par le prix Massa Makan Diabaté.

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Ses trois romans forment une belle trilogie saluée par le microcosme littéraire bamakois. Au Mali, seul Massa Makan Diabaté avait écrit une trilogie romanesque – Le Lieutenant de KoutaLe Boucher de Kouta et Le Coiffeur de Kouta – qui lui a valu le Grand Prix international de la Fondation Léopold-Sedar-Senghor, en 1987.

La « mise sous fer »

Dans le premier roman, Fatoumata Keïta raconte l’histoire de Nana, jeune fille malinké destinée à des études de médecine qui sera envoyée dans le village de son père, à Muruba, où elle subit l’excision, la « mise sous fer », et manque d’y perdre la vie. Elle se retrouve alors au cœur d’un foyer où ses parents sont déchirés entre le respect des coutumes et le désir de s’en émanciper.

L’auteure ose, dans ce roman, briser un tabou qui divise au Mali. « Je n’approuve pas l’excision », dit-elle de façon catégorique. Pas plus qu’elle ne loue la façon dont le sujet est débattu. « Le discours qui sous-tend cette lutte [contre l’excision] n’a pas de légitimité. On essaie de mettre toutes les femmes excisées dans le même sac, en voyant le problème sous l’angle du plaisir. D’autres, les religieux, avancent l’argument selon lequel cela amène les filles à s’abstenir. Or ce n’est pas une question de religion. Ce qu’il faut dire, c’est que des gens risquent d’y laisser leur vie, c’est tout. » Le défi consiste, selon elle, à réfléchir à la façon « d’adapter le discours scientifique qui vient de l’Occident à notre contexte socioculturel. Le sujet divise parce que la stratégie de lutte n’est pas bonne. »

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Depuis Sous fer, « Fatim », comme on l’appelle au Mali, aime aborder les questions qui fâchent. Dans ses deux derniers romans, elle évoque la polygamie à travers Titi, l’amie de Nana frappée de stérilité, qui assiste au remariage de son mari, Doudou, désireux d’avoir un enfant et mis sous pression de sa famille.

Quand, dans Sous fer, Fatoumata Keïta marie Kanda et Fanta, les parents de son héroïne Nana, sous le régime monogamique, son amie anthropologue, l’Américaine Barbara Hoffman, exprime son désaccord : « La société a évolué, mais la polygamie reste de rigueur et la monogamie ne va pas de soi. Ce n’est pas la société malienne que je connais. »

« Pour les Maliens de demain »

L’auteur va plus loin. Titi, qui a abandonné son travail à la demande de son mari, souhaite divorcer. Elle quitte son foyer, reprend ses études, obtient un travail et finit par se réconcilier avec son mari. « Mon objectif n’est pas de lutter contre la polygamie, précise l’écrivaine. Un récit ne doit pas décrire le monde, mais comment nous existons dans le monde. Mon but est de dire à mon lecteur par quel combat, quelle stratégie, un jeune couple confronté à la stérilité est passé pour le résoudre. »

De même, la polygamie lui sert d’alibi pour évoquer le rapport des femmes à l’école, une fois mariées. Pour elle, il ne sert à rien de plaider pour la scolarisation des filles en oubliant celle des garçons, leurs futurs époux. « Il faut chercher l’équilibre dans le monde. Quand le fossé est grand, on tombe tous dedans. » Elle dit écrire « pour les Maliens de demain » à qui elle montre « une façon de dépasser les problèmes ».

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Les Mamelles de l’amour, qui clôt la trilogie, n’échappe pas à la règle. Il y est question du lévirat, le mariage entre une veuve et le frère du défunt. Une coutume à laquelle son héroïne Nana, dont le mari Kary est décédé, refuse de se plier. Sous la plume de Fatoumata Keïta, Nana ne boude pas son plaisir à dire tout le mal qu’elle pense de cette pratique.

Pourtant, dans le Mandé (une région qui s’étend du sud au nord du Mali, jusqu’à Tombouctou), où se situe une grande partie de ses romans, des femmes y trouvent leur compte. Quand elles viennent à perdre leur mari, elles savent pouvoir compter sur une personne désignée par la tradition. Fatoumata Keïta pointe l’incompréhension qui entoure cette pratique qui, précise-t-elle, « n’est pas un problème pour toutes les femmes ».

Famille d’accueil

Fatoumata Keïta est une écrivaine entre deux mondes. Ses intrigues se situent en ville (à Bamako) et dans le Mandé profond et explore la société malienne, aussi bien dans sa ruralité que dans ses nouveaux modèles familiaux. « Elle montre qu’il faut arrêter de penser les choses en termes de clivage entre la tradition et la modernité. Elle est une grande observatrice, une sociologue qui n’est pas dans une démonstration académique », affirme Ismaïla Samba Traoré, son éditeur. Ce choix de faire voyager le lecteur à travers le pays mandingue n’a rien d’anodin.

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Née en 1977 à Baguinéda, près de Bamako, dans une famille de cinq enfants, Fatoumata Keïta a quitté les genoux de son père pour Figuira, le village natal de celui-ci, dans le Mandé. Elle avait 12 ans, le changement fut brutal. Là-bas, elle devait marcher 7 km tous les jours pour rallier l’école. Elle a redoublé toutes les classes. « C’est le moment où l’écriture m’a sauvée. J’aime la poésie. C’est le gendre de l’émotion. » En 1989, à Kayes (à l’ouest du Mali), elle est placée dans une famille d’accueil. Tous les soirs, elle doit vendre de l’eau fraîche à la gare. Elle écrit alors un poème, A Maman, qui paraîtra en 2014 dans son recueil A toutes les muses, publié aux éditions du Mandé :

« Ici chez eux maman /Je suis un poisson hors de l’eau / Un tout petit moineau sans ailes / Qui ne peut voler vers son ciel / Ici chez eux maman /Je ne suis que la petite ânesse / Soumise aux ordres de grande déesse / Maîtresse de l’enfer qui se dresse / Là, dans cette prison ou j’encaisse 
Ici… chez eux.
 »

« Malinkéniser » le français

« J’écrivais pour parler de cette rupture », dit celle qui est aujourd’hui mariée et a trois enfants. Dans ses romans, Fatoumata Keïta glisse sans cesse des expressions malinké comme suluwww (« les ancêtres », utilisé pour marquer son étonnement), ini siadian taama (« à toi la longue route »), fadagouèla (« chez les Blancs »). Elle prend aussi plaisir à « malinkéniser » le français, avec les expressions « aller ôter du chemin le regard des siens » pour dire mettre un terme à une attente ; « traceur de sable » pour prédicateur ; « mettre sous fer » pour exciser. Si Massa Makan Diabaté voulait « faire des petits bâtards à la langue française », Fatoumata Keïta dit vouloir partager ce qu’elle sait du Mandé. « La connaissance, c’est la capacité d’interpréter sa culture. Si nous ne pouvons pas porter ces particularités linguistiques au reste du monde, c’est une perte pour l’humanité. »

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A sa manière si particulière, elle évoque la religion dont, se désole-t-elle, les Maliens ne sont pas prêts à discuter. Or l’état de déconfiture dans lequel le pays se trouve, avec des religions qui peinent à cohabiter et « des prêcheurs qui ne se limitent pas à exprimer leur foi mais veulent faire entrer tout le monde par la même porte », oblige à en débattre. « S’il y a des déviances aujourd’hui, c’est que nous ne comprenons pas ce que nous faisons et disons. Tout est un problème de compréhension. Et la langue [arabe] dans laquelle nous prions, nous les musulmans, y est pour quelque chose. »

Quoi qu’il en soit, Fatoumata Keïta a montré dans sa trilogie une telle ouverture sur les problèmes contemporains que les lecteurs y trouvent leur compte. « C’est le genre d’écrivain qui fait plaisir à un éditeur », conclut Ismaïla Samba Traoré.

Par Boubacar Sangaré

Le Monde

 

 

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FESTIVAL D’AVIGNON : LA SCÈNE AFRICAINE VEUT « DÉCOLONISER » LES REGARDS

Le focus Afrique du « in » d’Avignon a été jugé réducteur par certains. Il a au moins eu le mérite d’installer la création du continent au cœur des débats et, plus largement, d’interroger sur ce qui fait théâtre aujourd’hui.

« Figninto, l’œil troué », chorégraphie de Seydou Boro et Salia Sanou, présentée à Avignon.

Quand cessera-t-on de juger les scènes d’Afrique avec l’œil de ­l’ancien colonisateur, même pétri de bonne conscience ? C’est peut-être la leçon à ­tirer de la polémique sur le ­focus « Afrique subsaharienne », inscrit dans la 71e édition du Festival d’Avignon. Annoncé le 22 mars par Olivier Py, le directeur du « in », avec le reste de la programmation, ce focus est centré sur la danse et la musique, et laisse peu de place au texte.

Il a aussitôt été dénoncé par le metteur en scène congolais Dieudonné Niangouna, fondateur du festival Mantsina sur scène, à Brazzaville. Pour cet artiste engagé, les mots sont un carburant : « Inviter un continent sans sa parole est inviter un mort », écrivait-il, le 23 mars, sur sa page Facebook. Si la charge de Dieudonné Niangouna a divisé le milieu artistique, elle a eu le mérite de libérer la parole et de susciter une large réflexion. Comment se présentent aujourd’hui les scènes africaines ? Qu’est-ce qui fait théâtre, si tant est que l’on puisse répondre à la question ?

Effervescence artistique

Une chose est sûre : l’Afrique connaît, de ­manière certes inégale selon les pays, une grande effervescence artistique et intellectuelle, comme en témoignent les nombreuses programmations de ces derniers mois (à Paris, l’exposition « Beauté Congo », à la Fondation Cartier en 2015, le festival 100 % Afriques, à La Villette, qui s’est achevé le 28 mai, etc.). L’équipe d’Olivier Py n’avait que l’embarras du choix pour monter, sur l’un des prestigieux plateaux du Festival, l’un des nombreux textes d’auteurs africains contemporains. Elle ne l’a pas fait, c’est son choix – et certains auteurs se « retrouvent » dans le « off », comme la Française originaire du ­Cameroun Léonora Miano et le Congolais Sony Labou Tansi.

Dans un premier temps, l’équipe du « in » n’avait pas souhaité commenter la polémique. A l’approche du Festival, la directrice de la programmation, Agnès Troly, revient sur l’élaboration de ce ­focus. « Il n’y a pas eu la volonté d’effacer les auteurs. Ce focus, c’est ce qu’il nous est apparu important de montrer, en ce moment. C’est une perception des auteurs marquants », dit-elle.

Comment les spectacles ont-ils été sélectionnés ? Agnès Troly a effectué deux déplacements à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, entre octobre et novembre 2016, nous dit-elle. Le premier au festival Récréâtrales, créé en 2002 par Etienne Minoungou, et le ­second à la triennale Danse l’Afrique danse ! Portée par l’Institut français, cette manifestation présentait une quarantaine de spectacles sélectionnés par le chorégraphe burkinabé Salia Sanou, lui-même invité du « in » cette année – avec une pièce créée il y a vingt ans avec Seydou Boro, Figninto, l’œil troué.

« Une grande partie du programme danse du “in” d’Avignon vient de la triennale. Il ne tombe pas du ciel », souligne Salia Sanou, qui vit entre Montpellier et « Ouaga », où il a cofondé avec Seydou Boro, en 2006, La Termitière, centre de développement chorégraphique. Parmi les artistes sélectionnés à la triennale, le chorégraphe burkinabé Serge Aimé Coulibaly qui rendra hommage au père de l’afrobeat Fela Kuti dans Kalakuta Republik (du 19 au 22 juillet, puis les 24 et 25).

« C’EST LA FEMME-MONDE QUI M’INTÉRESSE, ELLE N’EST PAS SEULEMENT AFRICAINE. » DOROTHÉE MUNYANEZA, CHORÉGRAPHE

Il peut y avoir du texte dans une performance. Est-ce du théâtre, ou pas ? Et la question est-elle encore pertinente de nos jours ? Le 16 juillet, le concert du collectif Basokin de Kinshasa, avec ses tambours et son énergie rock, racontera « une Afrique mutante », précise l’équipe du « in ». D’autres spectacles sont ainsi estampillés « musique et récit » : ainsi, la chanteuse Rokia Traoré présentera Dream Mandé-Djata, sur l’épopée de Soundiata Keita, fondateur de l’empire du Mali, renouvelant l’art des griots (du 21 au 24 juillet). Pour finir, dans la Cour d’honneur, les 25 et 26 juillet, la chanteuse béninoise Angélique Kidjo et le ­comédien ivoirien Isaach de Bankolé interpréteront Femme noire, d’après le poème de Léopold Sédar Senghor.

Agnès Troly insiste : « Le texte est présent dans 80 % des spectacles du focus Afrique. » Et de citer en exemple la création de la chorégraphe Dorothée Munyaneza, Unwanted, coproduite par le Festival, à propos des femmes violées lors du génocide des Tutsi de 1994, et d’autres conflits. « C’est la femme-monde qui m’intéresse, elle n’est pas seulement africaine. Ce sont les témoignages que j’ai recueillis qui sont la matrice de l’œuvre », explique l’artiste originaire du Rwanda.

« Sans Repères », de Nadia Beugré et Nina Kipré.

A Ouagadougou, Agnès Troly a découvert des auteurs : « Aux Récréâtrales, j’ai vu une pièce écrite par Hakim Bah, Gentil petit chien, jouée par des acteurs africains ainsi que par des élèves de l’Ecole de la comédie de Saint-Etienne. C’est une vraie rencontre. » Le dramaturge, nouvelliste et poète guinéen a par ailleurs reçu le prix Théâtre RFI en 2016 pour son texte Convulsions. Celui-ci fera l’objet d’une lecture, le 15 juillet, à Avignon (Jardin de la rue de Mons), dans le cadre de la programmation de Radio France internationale « Ça va, ça va le monde ! » consacrée à des auteurs africains (du 15 au 20 juillet).

Autre invité de RFI, le Franco-Ivoirien Koffi Kwahulé dévoilera aussi une œuvre coécrite avec Michel Risse, Ezéchiel et les bruits de l’ombre, aux ­Sujets à Vif, espace performatif du « in ». Enfin, en écho à ce focus, un cycle de films africains est présenté en partenariat avec les cinémas Utopia (du 9 au 23 juillet).

Droit à la parole

Pour autant, la polémique n’est pas close. « On ne peut pas faire comme si le droit à la ­parole n’avait pas été refusé à l’Afrique pendant des siècles et comme si cela n’avait pas laissé des traces. Il y a quinze ans, voire tout juste dix ans, il se trouvait encore des professionnels ou des critiques en France pour avancer qu’il n’y avait pas de théâtre ni de metteur en scène en Afrique », déclare au Monde le dramaturge ­togolais Gustave Akakpo.

Il est temps de mettre fin aux relations « inégalitaires », et « de subordination », entre la France et ses anciennes colonies dans le secteur culturel, tranche la metteuse en scène franco-ivoiro-malienne Eva Doumbia. Le théâtre, tel qu’il se joue dans l’Hexagone, peut déterminer certaines pratiques, comme la diction en Afrique, expliquait-elle sur sa page Facebook le 8 avril. De plus, ajoute-t-elle au Monde, « si les propositions africaines ne correspondent pas au goût occidental, on ne sait pas les regarder pour ce qu’elles sont ».

Et de poursuivre : « En Afrique, il n’y a pas, me semble-t-il, de désir de théâtre. Ses formes, sa diction, ses récits l’éloignent de la population. En revanche, je crois qu’il y a un désir réel d’art dramatique, qui peut prendre différentes formes comme le koteba [satire sociale traditionnelle au Mali], la griotique, le conte, le mythe, les sorties de masques, les danses rituelles »

Chorégraphe nigérian dont on a pu voir le ­sublime Qaddish dans le « in » en 2013, Qudus Onikeku se dit « consterné ». Il renvoie dos à dos Olivier Py et Dieudonné Niangouna, voyant dans la proposition du premier une ­démarche au mieux en quête d’exotisme, au pire coloniale. Et, dans les propos du second, une vision dépassée, et franco-française, qui accorde une toute-puissance au théâtre de texte, niant de multiples formes d’expression artistique et scénique issues du continent africain. Pour preuve, bien que chorégraphe, ­Qudus Onikeku n’est-il pas l’un des trois artistes à représenter le Nigeria à la Biennale d’art contemporain de Venise, jusqu’au 26 novembre ?

Comment libérer le regard ? Observons ce qui se passe sur le continent, suggère Rokia Traoré. « Depuis dix ou quinze ans, il y a pas mal d’artistes qui ont fait le choix de revenir ­vivre en Afrique, ou d’y ouvrir des lieux. Ils proposent des récits à partir de travaux menés dans leur pays. C’est une première depuis la fin de l’ère coloniale. Petit à petit, cela crée un ­public », déclare-t-elle au Monde. Ainsi, le chorégraphe congolais Faustin Linyekula – qui est aussi dramaturge et comédien – a recentré ses activités à Kisangani depuis 2006, en y installant ses Studios Kabako, après une dizaine d’années hors du continent.

« AUJOURD’HUI, CE SONT LES ARTISTES ET LES INTELLECTUELS, ET NON LES ­POLITIQUES, QUI PEUVENT RACONTER LE PAYS. » ROKIA TRAORÉ, CHANTEUSE

Rokia Traoré est revenue vivre au Mali en 2009, où elle a créé à Bamako la Fondation Passerelle, en vue de soutenir l’économie de la musique et des arts de la scène : « J’évoluais dans un marché occidental, mais j’avais la ­sensation insupportable de ne pas pouvoir montrer mon travail en Afrique, faute de lieux et de politique culturelle. » Nombre ­d’artistes africains le disent : ils ne veulent plus ­seulement être un produit d’exportation. ­Développer une politique culturelle en Afrique, ajoute la chanteuse malienne, c’est aussi donner ­envie aux jeunes de rester, et de ne pas ­basculer dans le « triste sort des ­migrants »… « Aujourd’hui, ce sont les artistes et les intellectuels, et non les ­politiques, qui peuvent raconter le pays, affirmer un sentiment d’appartenance. Ce faisant ils développent des outils pour l’éducation, la culture et même l’économie », conclut-elle.

Pour Serge Aimé Coulibaly, le renouveau du théâtre africain se fera dans un détour par la tradition. « Dans nos pratiques, il n’y a pas un moment où l’on danse, un autre où l’on chante, et encore un autre où l’on parle. Tout se fait en même temps. Cela correspond à notre manière d’être au monde. Si ma mère veut m’annoncer une bonne nouvelle, elle va parler mais aussi chanter et danser. Tout cela correspond à une seule forme d’expression, celle d’une personne dans son entièreté », plaide-t-il. Il ajoute : « La séparation de la parole et du corps n’est absolument pas burkinabée. Elle est arrivée avec la pratique occidentale du théâtre. »

Nécessaire décloisonnement

Ce décloisonnement est aussi défendu par des intellectuels et des penseurs africains engagés dans une nécessaire et inévitable décolonisation des imaginaires, à l’instar d’Achille Mbembe et de Felwine Sarr qui ­viennent de ­codiriger Ecrire l’Afrique-Monde (éd. Philippe Rey-Jimsaan, 397 p., 20 euros) et participeront à des débats à Avignon avec les Ateliers de la pensée. C’est une manière ­nouvelle de dire que l’Afrique est l’héritière du patrimoine mondial parce qu’elle en est coproductrice.

Les plaques bougent, constate Etienne ­Minoungou : « Avant, le théâtre en Afrique empruntait essentiellement aux dramaturgies occidentales, auxquelles étaient formés les artistes. Et le traditionnel était réservé pour le théâtre de sensibilisation. Résultat : le public était une élite très occidentalisée. Aujourd’hui, les créations piochent des deux côtés, de manière très consciente. Si on emprunte au théâtre occidental, c’est pour une raison bien précise. »

Ce va-et-vient des formes artistiques a modifié les mises en scène et permis d’aller à la rencontre d’un nouveau public. Persuadé que le théâtre peut être en Afrique un espace de « la discussion sociale », Etienne Minoungou a conçu un festival qui se tient à domicile, dans les concessions familiales d’un quartier populaire de la capitale burkinabée. Un ancrage physique qui amène à repenser la notion de scène. « En s’installant dans les cours, détaille Etienne Minoungou, les metteurs en scène créent différemment. La séparation entre le public et les ­comédiens, à l’italienne, s’efface pour des propositions beaucoup plus riches, faisant du théâtre une agora, une prise de parole collective. »

L’art se réinvente aussi en fonction de la langue choisie. « On voit de plus en plus de pièces en langues nationales, poursuit Etienne ­Minoungou. Or, la richesse poétique de ces langues contamine les formes du théâtre. » L’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o, qui a abandonné l’anglais pour le kikuyu, l’avait compris dès le milieu des années 1970. Mais il n’y a pas d’obligation, prévient Serge Aimé Coulibaly : « L’important est d’être libre dans son choix. Nous sommes à une période où tout est à construire en Afrique et où l’on peut décider quel sens donner à cette construction. On peut être très africain et très universel en même temps, c’est ce grand écart qui m’intéresse. Etre africain ne nous fait pas exister en dehors du monde. »

Clarisse Fabre et Séverine Kodjo-Grandvaux

Le Monde

 
 



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Le réalisateur guinéen Paul Théa parle de son projet sur “La Route de l'esclave”

 

 

Paul Théa dans ses studios avec sa permission.

Paul Théa, engagé depuis longtemps dans la reconstitution des horreurs du Camp Boiro en Guinée, par la production de vidéos faisant intervenir des victimes ou des membres des familles de celles-ci, vient de commencer un projet pour documenter la “Route des esclaves”, de leur collecte dans la région côtière de la Guinée à leur destination finale, en Amérique du nord.
 
Paul Théa est un réalisateur, animateur de radio et TV, spécialiste en communication. Il a étudié l'Administration économique et sociale à l’Université de Montpellier, la Gestion informatique à l’Institut de Promotion Commerciale (IPC) de Toulouse et la Radio/TV aux USA. Parmi les films qu'il a réalisés, il parle volontiers de l'hommage au club de football Hafia77 par exemple et de ses nombreuses interviews dont celle de Mme Diallo Telli, veuve du premier secrétaire exécutif de l'Organisation de l'Unité africaine mort de faim et de soif au sinistre Camp Boiro. Il a aussi écrit plusieurs articles sur le sport, l’économie, la culture et la politique, qui, il tient à le souligner, n’est pas son sujet favori. Ses productions se trouvent aussi sur son compte YouTube.  
A la veille de son départ de Conakry pour la Caroline du sud, il a bien voulu répondre à quelques questions de Global Voices sur son projet : La route de l'esclave, dont on peut voir un début ici, avec l'Histoire du Port Négrier de Dominya, parlant de l'arrivée des premiers colons, de l'église et du point de départ des esclaves.
 
 Global Voices: Récemment on vous a vu très enthousiaste dans vos publications sur Facebook à propos de la récupération d’un vieil édifice. De quoi s’agit-il ?
Paul Théa: Il s’agit d’un bâtiment colonial du nom de PZ (Patterson /Zochonis), le nom de la compagnie qui l’a construit. Le bâtiment est sur un site de Dominya dans la préfecture de Boffa près du port négrier et du comptoir européen, c’est vous dire que c’est un symbole fort pour notre projet qui est d’en faire un musée de la route de l’esclave. Ma première demande fut refusée il y a plus de 20 ans et c’est à la troisième tentative que j’ai eu les autorisations du Ministère du Tourisme. Il était temps car le bâtiment est  très abîmé, je profite de l’occasion pour remercier toutes les bonnes volontés qui ont aidé dans l’obtention du site.
GV: Parlez-nous de ce projet: “La route des esclaves” 
 
P. T. En fait il y a plusieurs routes, nous travaillons en ce moment sur le sujet, je peux tout de même vous citer la route de Timbo, la capitale du Fouta théocratique jusqu’à Farinya chez les Nyara Belli (chez les Lightburn), du Fortin de Boké au port négrier de Dominya etc. Il y a le port de Dubréka et le port de Benty à Forécariah, j’attends les cartes des routes pour donner plus de détails.
 GV: En Guinée êtes-vous le premier à vous pencher sur ce douloureux passé ? En quoi votre projet diffère-t-il des autres initiatives ?
 
Non pas du tout, il y a de nombreuses initiatives pour jeter plus de lumière sur ce douloureux passé. Par exemple, il y a eu un colloque international sur “La tradition orale et la traite négrière“, tenu à Conakry en mars 1997 ou encore une réunion des experts sur “Les archives européennes de la traite négrière”, qui a eu lieu à Copenhague en février de l'année suivante. Les comptes-rendus ont été publiés par l’UNESCO. Par contre, à ma connaissance, nous sommes les premiers à proposer un musée sur l’esclavage en Guinée et en plus d’y inclure l’histoire de ces esclaves transportés en Caroline du Sud par exemple. Ce que nous proposons aura aussi l'avantage de présenter aux visiteurs, non seulement des sites, mais aussi des documents vidéos. C’est la raison pour laquelle je fais en ce moment un documentaire sur le sujet en Guinée et je dois par la suite aller en Caroline du Sud pour rencontrer la communauté Gullah  / Geechee, les descendants des esclaves venus essentiellement de la côte Ouest africaine, de l’Angola et de Madagascar.
GV: Pourriez-vous nous parler du documentaire que vous êtes en train  de préparer sur ce sujet ? Comment l'idée vous est venue, comment vous  procédez ?
 
PT: Je formais les premiers guides touristiques en Guinée, en mai et juin 2017, et dans la pratique sur le terrain, nous sommes allés au port négrier de Dubréka, ensuite à Dominya. Ce sont les témoignages des habitants sur l’envoi des esclaves du port négrier de Dominya en Caroline du Sud qui fit le déclic. Internet et quelques interlocuteurs me firent comprendre l’ampleur du commerce triangulaire dans le Rio Pongo, loin devant Gorée au Sénégal. Parmi les négriers blancs installés dans cette région, il y avait des Américains tel que Louis Lightburn, le mari de Nyara Belli, une marchande d’esclaves, très connue à l'époque, issue d’une grande famille locale qui avait des champs de riz  en Caroline du Sud ; les esclaves étaient prisés des riziculteurs.  Lightburn ravitaillait sa famille en esclaves. Toujours dans le Rio Pongo, des esclaves se libérèrent et fondèrent des villages. Pour un réalisateur, impossible de rater un tel sujet!
GV: Qu’est-ce que c’est que la Nation Gullah Geechee dont vous avez parlé sur votre page Facebook ?
 
PT: Comme je le disais tantôt, les esclaves transportés en Caroline du Sud et installés le long de la côte Est venaient de différentes ethnies ; ils créèrent une langue (créole) pour se comprendre et ils gardèrent les cultures africaines qu’ils défendent jalousement, encore aujourd'hui. Gullah est une déformation de Gola, une ethnie de la Sierra Léone et Geechee, une déformation de Kissi, une autre ethnie de la Sierra et de la Guinée. Ils disent la Nation Gullah Geechee et ils ont une cheftaine qui parcourt le monde entier pour la promotion de leur culture, de la langue qui se perd et pour la défense de leurs droits car ils perdent aussi les terres de leurs ancêtres.
GV: Les institutions américaines coopèrent-elles entre elles et avec vous ? 
 
PT: Nous venons de boucler la rédaction du projet que nous allons envoyer aux différentes institutions et même aux musées de l’esclavage pour une collaboration ou un financement.
GV: Justement, peut-on demander comment vous avez fait pour le financement jusqu'à présent ?
 
PT: Pour l’instant tout vient de ma poche et comme je ne suis pas riche, je fais appel aux bonnes volontés pour au moins sponsoriser le documentaire. Naturellement les noms des sponsors seront dûment mentionnés dans les crédits lors de la finition de la vidéo ; c’est un travail qui prend du temps et de l’argent, mais comme il sera important pour les générations qui viendront, je m’y adonne.
GV: L’UNESCO, les gouvernements concernés comprennent-ils l’importance de vos recherches ? Coopérez-vous avec les nombreuses institutions de la société civile qui opèrent déjà dans ce domaine dans lequel vous êtes engagé ?
 
PT: Le Ministère du Tourisme comprend bien l’importance de la route de l’esclave comme produit touristique pour lancer le tourisme en Guinée, pour preuve, les cadres de ce département se sont mobilisés pour me faciliter l’obtention du site. Je présenterai le projet en Guinée en Octobre après mon passage en Caroline du Sud et à ce moment-là je parlerai du degré de collaboration avec les institutions.

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Le Mandela Day, 67 minutes pour lutter contre la pauvreté

                       Cette année, l’accent sera mis sur la lutte contre la pauvreté. C’est ce que souhaite la Fondation Nelson-Mandela, dans l’esprit de justice sociale qui animait « Madiba » (du nom de son clan).

 

L’ancien président sud-africain Nelson Mandela mort le 5 décembre 2013, ici à Cape Town, le 11 février 2010.  

  • Aujourd’hui, chaque citoyen du monde est appelé à consacrer soixante-sept minutes de son temps à la collectivité, par des actions symboliques ou caritatives. La Journée internationale Nelson Mandela, célébrée tous les 18 juillet depuis 2010, a été créée par l’Unesco afin d’honorer les idéaux pour lesquels le premier président noir d’Afrique du Sud s’est battu, soixante-sept ans durant. Pour la première fois, la fondation qui porte son nom publie un guide du Mandela Day, axé cette année sur la lutte contre la pauvreté. Cape Argus
  • Né le 18 juillet 1918 dans un village de la province du Cap, capitale de l’Afrique du Sud, et mort à 95 ans à Johannesburg, le héros de la lutte contre l’apartheid est issu d’une famille royale de l’ethnie Xhosa. Il rejoint le Congrès national africain (ANC) en 1943 et lutte contre le régime sud-africain de ségrégation raciale par la résistance non violente. Les vingt-sept années passées en prison n’entameront pas son combat pour l’égalité raciale et sa volonté de réconciliation nationale. Peu après avoir reçu le prix Nobel de la paix avec le dernier président blanc, Frederik de Klerk, il sera élu chef de l’Etat en 1994. South Africa : The Good News
  • Sa veuve, Graça Machel, conduira ce mardi une marche historique dans le centre du Cap. Le but : célébrer les dix ans de l’ONG The Elders, inaugurée par M. Mandela en 2007, qui rassemble d’anciens hommes d’Etat et Prix Nobel de la paix militant pour différentes causes humanitaires dans le monde, et lancer leur projet « Walk Together ». C’est devant l’hôtel de ville, d’où partira la marche, qu’il avait prononcé le 13 février 1990 son fameux discours sur la liberté, le premier après sa sortie de prison. Cape Time
  • Parmi les bonnes actions prévues pour le Mandela Day, un concert géant sera organisé dans les rues de Cape Town à partir de midi, heure locale : 67 musiciens placés dans différents quartiers joueront pendant soixante-sept minutes. Les fonds récoltés serviront à soutenir les programmes de développement de la musique dans les communautés pauvres ayant un accès limité à l’enseignement musical. The South African
  • Mais les critiques fusent sur les actions du Mandela Day, trop courtes pour avoir un réel impact. Ne pas choisir n’importe quelle ONG, ne pas supposer ce qui lui serait utile, ne pas négliger l’étape de préparation, ne pas délaisser son legs le reste de l’année, ne pas oublier l’objectif de rendre le monde meilleur… Le Zululand Observer publie la liste des choses à ne pas faire ce jour-là, pour donner plus de sens à son geste.
  • Le très critiqué président sud-africain Jacob Zuma a appelé ses compatriotes à lutter contre la pauvreté en améliorant notamment l’accès à la nourriture, par la création de potagers par exemple. Il a évoqué dans son discours les 17 millions d’habitants, surtout des personnes âgées et des enfants, qui bénéficient d’allocations sociales. The Star
  • Khehla Shubane appelle, lui, à se débarrasser – légalement – de M. Zuma et son gouvernement, davantage prompts à servir leurs intérêts que ceux de leur peuple. « Nous avons baissé la garde, le Mandela Day nous aidera à la relever », écrit l’analyste et ancien militant politique dans le Sunday Times. Les « Gupta Leaks », entre autres, ont révélé des affaires de corruption au plus haut niveau. La conférence des organisations de la société civile lancera aujourd’hui plusieurs initiatives pour tenter d’endiguer ce fléau. News24
  • Jeanne Cavelier
  • Le Monde
 

 

      

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