Merveilles du Passé : la Cantina Aragon

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Le cirque mandingue brille à Paris

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EN GUINÉE, LA PERCÉE WAHHABITE BOULEVERSE LES ÉQUILIBRES RELIGIEUX

Dans la région du Fouta-Djalon, la confrérie soufie des tidjanes est confrontée à la montée d’un islam rigoriste émanant des pays du golfe Arabo-Persique.
A Labé, dans le centre de la Guinée, en mai 2005.

Une querelle de minarets ébranle Labé. L’ancienne capitale du défunt royaume théocratique du Fouta-Djalon, en Guinée, est le théâtre d’une sourde lutte d’influences religieuses, « bras ballants » contre « bras croisés ». Les premiers, musulmans malékites priant les bras le long du corps et réunis dans la confrérie soufie des tidjanes, détenaient sans trop de partage le pouvoir terrestre, avec ses marchés et ses troupeaux de bœufs, l’administration aussi, mais également le domaine spirituel et religieux. Depuis quelques années toutefois, ce vieil ordre vacille sous les assauts d’un concurrent chassant sur les terres d’islam et qui, du Tchad à la Guinée, prospère dans la sous-région : le wahhabisme, dont les fidèles prient bras croisés.

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Ils sont ainsi plusieurs centaines d’hommes, pantalons à mi-mollet pour beaucoup, agenouillés sur leur tapis de prière à l’extérieur de la mosquée Tata 1, non loin du centre de Labé. A l’intérieur, les salles de prière sont déjà bondées. Les femmes, elles, la plupart vêtues du niqab noir, ont pris place, invisibles, dans les salles de classe de l’école coranique franco-arabe attenante qui, les autres jours, accueille près de 300 élèves.

« Une méfiance réciproque »

Il n’y a pas si longtemps pourtant, il n’y avait quasiment personne à Tata 1. Ce n’est qu’en 2016 que la mosquée wahhabite a eu le droit de conduire une prière du vendredi. « Plus exactement, nous nous sommes arrogé ce droit », corrige avec une pointe de malice « Docteur » Diallo Al-Hamdou. Cet ancien infirmier, sexagénaire vaillant au sourire souligné par une barbichette noire et blanche, est le porte-parole des organisations sunnites de Labé. A ce titre, il a participé aux tentatives de conciliation des wahhabites du cru avec les autorités administratives et la Ligue islamique de Guinée, contrôlée par les tidjanes qui leur refusaient la prière du vendredi. « Il y a une méfiance réciproque. Chacun accuse l’autre de s’être égaré religieusement », résume-t-il, avant lui-même de traiter les marabouts tidjanes de « charlatans qui intimident les autorités et soutirent de l’argent aux fidèles en leur vendant des gris-gris ».

S’ils ont passé outre l’avis des autorités, c’est que les wahhabites se sentent forts. « Nous sommes nombreux, ils sont devenus impuissants », ajoute Diallo Al-Hamdou. Lui s’est converti en 1999. « Avant, je buvais, je sortais. J’ai abandonné la bière, je me suis mis au Coran, j’ai cherché une deuxième femme, voilée, en plus de la première qui ne l’est pas. Nous n’étions qu’une poignée de sunnites, maintenant nous sommes des milliers », se réjouit-il. Des fidèles qui ne se mélangent pas facilement aux autres.

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La construction de la mosquée Tata 1 au début des années 2000 a été « financée par une association islamique du Koweït, via une association guinéenne », explique son imam, Ibrahim Khalil Diallo, issu d’une famille tidjane mais converti au wahhabisme lors de ses études en Egypte. Nous n’en saurons pas plus sur le financement. « Les Arabes ont de l’argent, glisse Diallo Al-Hamdou en souriant, on s’organise. » Y compris en contournant le traditionnel droit de regard de la Ligue islamique contrôlée par les tidjanes. « On commence par construire une salle de lecture ou une école franco-arabe. Ensuite, sur la même parcelle, on érige une mosquée, explique-t-il. Sans demander l’autorisation de la Ligue, qui nous la refuserait. (…) Les tidjanes sont arrivés les premiers au Fouta-Djalon, nous sommes encore minoritaires, mais ça ne durera pas, promet l’imam, les gens nous rejoignent. »

« Une culture de la médiocrité »

C’est notamment le cas à la périphérie de Labé, au secteur Dombi du quartier Daka 2. Là, l’exode rural alimente une urbanisation sauvage faite de masures souvent dépourvues d’eau et d’électricité. « Il n’y a pas d’école publique dans le quartier. Beaucoup de familles se tournent alors vers les écoles franco-arabes des wahhabites », explique Alpha Mamadou Ceilou Diallo, en désignant les bâtiments situés de l’autre côté de la rue en terre défoncée par les premières pluies de la saison. Tout en reconnaissant l’indigence de l’enseignement publique, ce professeur de français dans un établissement privé s’inquiète « de l’avenir de ces enfants formés dans une culture de la médiocrité ». A Conakry, un haut fonctionnaire du ministère de l’éducation reconnaît que son ministère n’a pas la moindre idée de l’enseignement dispensé dans les écoles franco-arabes qui fleurissent dans tout le pays.

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Le phénomène a commencé dans les années 1990 avec l’arrivée de Guinéens de la diaspora établis jusqu’alors en Mauritanie, au Sénégal et au Mali. Ces dernières années, il prend une nouvelle ampleur et crée des tensions. « De jeunes chefs religieux, de retour des écoles et universités arabes où ils ont appris la langue et se targuent d’une traduction plus claire du Coran, ont créé un conflit de générations avec les érudits qui avaient jusqu’ici une connaissance sommaire du texte saint. Ils sont revenus pour imposer leur vision », explique Thierno Boubacar, un érudit et membre respecté de la Ligue régionale des affaires religieuses.

Tout en haut de la ville, le chef des tidjanes incarne cette vieille génération. Jusqu’à récemment, la famille d’Al-Hadj Badourou Bah régnait sans partage sur la ville. En atteste son immense villa non loin de la grande mosquée dont il est l’imam. Son frère, lui, est le gouverneur de la ville. La famille Bah s’est probablement endormie sur ses lauriers. Lui-même reconnaît « avoir négligé les foyers coraniques », laissant le champ libre aux tenants de la « nouvelle science ».

« Une question de suprématie religieuse »

« Le wahhabisme attire les gens parce qu’il bouscule l’ordre social », explique Alimou Barry, membre d’un collectif de prévention des conflits, qui a tenté une médiation entre tidjanes et wahhabites. « Ici, dans le Fouta-Djalon, explique-t-il, survit un système de castes au sein de la communauté peule dont tu peux difficilement sortir. La nouvelle science leur offre cette possibilité en les accueillant dans une communauté plus égalitaire. Chez les tidjanes, seuls les nobles dirigent les prières. » Le pasteur évangélique Barry Kalidou partage cette opinion : « C’est une forme de retour aux sources religieuses, un courant perçu comme réformateur. » Avec un bémol : « Ils ne s’adaptent pas aux cultures locales et jouent sur une forme de repli identitaire. »

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Pour Al-Hadj Badourou Bah, « c’est une menace pour la stabilité de sa ville, et du pays plus généralement »« Ils abusent de la crédulité des populations pauvres et analphabètes. Cela a un impact sur l’ordre social traditionnel, parce qu’ils mettent en cause des traditions familiales comme les cérémonies de mariage ou d’enterrement, source de conflits au sein des familles », prévient l’imam.

Il reproche également aux autorités de Conakry leur « négligence et d’avoir laissé prospérer les petits groupes radicaux, comme cela s’est passé au Nigeria et au Mali », avance Al-Hadj Badourou Bah. A ce jour pourtant, on ne compte que des incidents mineurs entre les deux communautés. En Guinée – pays musulman à 95 %, la plupart de rite malékite –, la cohabitation ne pose pas de problèmes. « Mais ici, à Labé, se joue une question de suprématie religieuse », observe Souleymane Bah, acteur de la société civile à Labé. D’autres redoutent des problèmes plus graves. Une étude datant de 2013 du démographe et sociologue guinéen Amadou Lamarana Diallo s’inquiétait de « l’invasion des sectes extrémistes qui relieraient la Guinée à la nébuleuse djihadiste » qui prospère au Sahel, guère éloigné de la Guinée. « L’équilibre est précaire, mais l’Etat s’en fiche », conclut Souleymane Bah.

Par Christophe Châtelot (Labé, Guinée, envoyé spécial)

Le Monde

 


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NGUGI WA THIONG’O SERA-T-IL LE PROCHAIN NOBEL DE LITTÉRATURE ?

L’écrivain kényan est régulièrement pressenti pour recevoir la distinction suprême. Ses œuvres commencent enfin à être traduites en français, nous annonce notre chroniqueur.
L’écrivain kényan de langue kikuyu et anglaise Ngugi Wa Thiong’o.

Chaque automne, au début du mois d’octobre, c’est le même cirque qui se trame devant le bureau ou le domicile de l’immense écrivain, penseur et universitaire kényan Ngugi Wa Thiong’o. Des journalistes se rendent à Irvine, en Californie, pour recueillir un mot ou ravir une photo de l’auteur de Décoloniser l’esprit que l’académie suédoise, qui décerne annuellement depuis 1901 le très convoité prix Nobel de littérature, est censée couronner tôt ou tard. Ngugi Wa Thiong’o raconte qu’il lui est arrivé de réconforter devant chez lui, avec une tasse de café, un journaliste qui venait d’apprendre que le prix en question est allé à un autre écrivain.

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Le 2 octobre prochain, le natif de Kamiriithu pourrait être le cinquième récipiendaire issu du continent africain et son plaidoyer pour les langues et les cultures africaines entendu de tous, et plus particulièrement dans notre monde francophone. Si ses puissantes et provocantes réflexions esthétiques et politiques sont connues de longue date des anglophones, force est de reconnaître qu’elles le sont peu chez les francophones, malgré le rôle pionnier de Présence africaine. Il a fallu attendre un quart de siècle avant de voir son ouvrage majeur précité paraître en français chez un petit éditeur (La Fabrique) en 2011.

Mais, claironnons la bonne nouvelle, le paysage est en train de changer ! Quatre traductions en français sont annoncées ces dernières semaines, deux déjà parues respectivement chez l’éditeur parisien Philippe Rey et Passage(s), une petite maison installée en Normandie, et les deux autres à paraître toujours chez Passage(s).

Pour une Afrique libre, le dernier essai de Ngugi Wa Thiong’o, aujourd’hui 79 ans, porte un titre qui annonce clairement le projet de son auteur qui revient sur les innombrables défis rencontrés par les sociétés africaines contemporaines pour esquisser les moyens et les manières de les dépasser. L’ouvrage réunit sept essais précédés d’une préface. Il est de bout en bout stimulant et engageant, écrit dans une langue claire et limpide. Les lecteurs y trouveront les thèmes chers à l’auteur, et notamment : la nécessité de l’estime de soi chez les Africains, trop souvent prédisposés à déprécier leur propre culture ; le rapport de l’écrivain africain à sa ou ses langues ; l’héritage de l’esclavage ou l’écriture comme instrument de paix.

Elargir la focale

Dans une autre chronique qui rendait, ici même, compte de la sortie de l’ouvrage dans sa version originale, je soulignais combien la pensée de Ngugi Wa Thiong’o est originale quand elle ouvre un nouveau front de réflexion en plaçant l’uranium nigérien au cœur d’une discussion à caractère universelle tout en y entre-tissant les questions politiques, économiques, environnementales et éthiques. Ainsi le romancier de langue kikuyu invite les Africains à élargir la focale de leurs préoccupations en s’emparant des questions relatives à la prolifération des armes nucléaires parce qu’elles concernent l’avenir de notre planète.

Qu’il offre à sa langue maternelle une dignité littéraire ou qu’il réserve à l’anglais ses essais destinés à tous les publics, Ngugi Wa Thiong’o a toujours à cœur de rendre le continent plus visible, plus outillé et plus résilient. Pas étonnant qu’il gêne les voix autoritaires qui, hier, ne l’avaient pas épargné et dont il retrace la généalogie : « Les dictateurs les plus monstrueux d’Afrique étaient des produits des académies militaires du monde occidental, éduqués à une pratique coloniale fondée sur la déshumanisation du colonisé. »

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Saluons, à présent, le modeste mais précieux éditeur normand, Passage(s), qui vient de publier le premier d’une série d’ouvrages variés, écrits dans les années 1970 et inconnus du public francophone. Cette impitoyable sécheresse est un recueil de nouvelles évoquant avec chaleur les souvenirs d’enfance et de jeunesse de l’auteur. C’est tout un monde sensible, tactile et poétique qui se donne à voir au fil de courts récits : la pluie qui se fait attendre au plus fort de la sécheresse, le désarroi des paysans dépossédés de leur terre et l’érosion progressive de leurs croyances au profit du christianisme, les conflits entre les traditions et la modernité et les petites humiliations charriées par la colonisation, sans oublier la révolte des Mau-Mau.

Par petites touches, l’écriture de Ngugi wa Thiong’o, toujours à hauteur d’homme, parvient à donner souffle à la vie de ces petits paysans en dissidence tout en dressant à leur terre blessée une stèle somptueuse.

Abdourahman A. Waberi est né en 1965 dans l’actuelle République de Djibouti. Il vit entre Paris et les Etats-Unis, où il a enseigné les littératures francophones aux Claremont Colleges (Californie). Il est aujourd’hui professeur à George-Washington University. Auteur, entre autres, d’Aux Etats-Unis d’Afrique (éd. J.-C. Lattès, 2006) et de La Divine Chanson (éd. Zulma, 2015). En 2000, Abdourahman Waberi avait écrit un ouvrage à mi-chemin entre fiction et méditation sur le génocide rwandais, Moisson de crânes (ed. Le Serpent à plumes), qui vient d’être traduit en anglais, Harvest of Skulls (Indiana University Press, 2017).

Le Monde

 


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FRANTZ FANON, AU PRÉSENT

Il y a 50 ans, mourait, à l'âge de 36 ans, Frantz Fanon, penseur anticolonial d’origine martiniquaise, devenu révolutionnaire algérien. Quels usages peut-on faire, aujourd’hui, de ses écrits, qui viennent de paraître en version intégrale ? Eléments de réponse en extraits, vidéo et audio, d’une soirée dédiée à cette question.
Il y a tout juste 50 ans, le 6 décembre 1961, Frantz Fanon meurt des suites d’une leucémie dans un hôpital de la périphérie de Washington. Il a seulement 36 ans, et a consacré les derniers mois de son existence à écrire Les Damnés de la terre.

Son corps est transporté en Tunisie, puis enterré par une petite colonne de l’ALN et du FLN, de l’autre côté de la frontière, en Algérie, dans le pays pour lequel ce penseur et révolutionnaire a lutté toutes ses dernières années. Il ne verra pas, quelques semaines plus tard, en mars 1962, la signature des accords d’Evian et l’indépendance de l’Algérie...

Dix ans avant sa mort, Fanon formulait une «ultime prière», en conclusion de Peau noire, masques blancs, ainsi formulée.

«Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc.
Tous deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication. Avant de s’engager dans la voix positive, il y a pour la liberté un effort de désaliénation. Un homme, au début de son existence, est toujours congestionné et noyé dans la contingence. Le malheur de l’homme est d’avoir été enfant.
C’est par un effort de reprise sur soi et de dépouillement, c’est par une tension permanente de leur liberté que les hommes peuvent créer les conditions d’existence idéales d’un monde humain.
Supériorité ? Infériorité ?
Pourquoi tout simplement ne pas essayer de trouver l’autre, de sentir l’autre, de me révéler l’autre ?
Ma liberté ne m’est-elle donc pas donnée pour édifier le monde du 
Toi ?
A la fin de cet ouvrage, nous aimerions que l’on sente comme la dimension ouverte de toute conscience.
Mon ultime prière :
Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge !»

C'est aussi par ces mots que s'est conclue la soirée que Mediapart a consacrée à Frantz Fanon la semaine dernière, en compagnie de Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires, de Nicole Lapierre, socio-anthropologue, de Pap N’Diaye, historien, et de François Noudelmann, philosophe. Vous pouvez découvrir ci-dessous la video du message de Mireille Fanon Mendès-France lu en introduction de cette soirée par Rose-Marie Saint-Germès Akar, mais aussi une version audio intégrale en cliquant ici.

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