Une ombre sur le Rio Pongo

Des hauts plateaux du Fouta-Djallon, par des chemins sinueux, des rivières s’épanchent vers l’est et le sud de l’Afrique de l’ouest. Vers la côte d’autres se déversent en flots et en chutes. Ensuite ils se dispersent dans le parterre des riches plaines alluvionnaires de l’extrême Basse-Guinée - créant l’impressionnant réseau des « rivières du sud ». Les noms des fleuves et des rivières sont des mélanges de langues et de légendes locales auxquels s’ajoutent les dénominations étrangères qui évoquent la traite des noirs et les rudes conquêtes auxquelles la région fut soumise : on parle de Cogon ou Rio Componi, de Bourounao et de Tinguilinta ou Rio Nunez, de Forécariah, de Méllacorée, de Fatala ou de Rio Pongo etc.  Les fleuves du sud s’entrelacent dans des écheveaux avant de s’ouvrir sur l’océan en plusieurs estuaires dont le plus dramatique est celui du Rio Pongo ou Fatala. L’estuaire du Rio Pongo fut le point d’aboutissement principal des routes de la traite des noirs de l’intérieur du continent.  Aussi, avant le choix du Liberia, il fut considéré comme point de rapatriement des esclaves libérés du 19ème siècle.  C’est dans cette embouchure - après des tortures au camp Boiro - que fut jeté vivant un homme au parcours honorable et exceptionnel : Karim Bangoura.

Naissance et formation

Karim Bangoura naquit le 17 juillet 1922 à Wonkifong, province du Soumbouya-Coyah. Il est issu d’une famille de la chefferie locale dont le règne remonte aux années 1800. Parmi les régnants de sa famille dans le Wonkifong-Soumbaya il y a son oncle, l’Almamy Belia Bangoura.  A la mort de cet oncle, l’Almamy Sogbe Ismael Bangoura, père de Karim, fut désigné chef de canton Wonkifong-Coyah. Il s’installa plus tard à Coyah dans un domaine royal. Il prospèrera et fut respecté parmi les siens.  Mortifié par l’arrestation de son fils, l’Almamy du Soumbouya-Coyah mourra à la fin des années 1971.

Karim Bangoura fit ses études primaires et secondaires en Guinée. Après cette formation, il reçut une formation militaire en Côte d’Ivoire. Il en sortit avec le grade de sergent-caporal. Remarqué par ses superviseurs pour son intelligence, il sera encouragé à fréquenter l’école William Ponty d’où il sortit dans la prestigieuse branche des instituteurs.

Carrière et engagement politique

De 1945 à 1956, Karim Bangoura fut instituteur à l’école de Sandervalia, à Conakry.   En même temps, il participe activement à la vie politique de la Guinée qui s’animait suite à l’abolition de l’indigénat. Il fut parmi les fondateurs du Bloc Africain de Guinée (BAG) avec Barry Diawadou, Amara Soumah and Framoï Berété. En 1954, il sera élu comme conseiller de l'Union Française en remplacement de Diawadou Barry. Il y siégera avec le groupe radical, tendance Mendès-France. Entre 1957 et 1958 il fut conseiller de l’Union Française à Versailles.  

En même temps, Karim Bangoura participa à la création de l'Union de la Basse-Guinée.  L’Union connaitra de profondes scissions en son sein. Une partie rejoindra le RDA. Le groupe restant fondera, le 25 juin 1949, le Comité de Rénovation de la Basse-Guinée sous la direction de Karim Bangoura et de Naby Youla. Le Comité de Rénovation de la Basse-Guinée s’opposa aux violences politiques du PDG. Ses responsables chercheront en vain à les contenir. Karim Bangoura dénonça la complicité du Haut-commissaire Bernard Cornut-Gentille auquel il adressa un télégramme de reproches :

Gravité des incidents de Coyah marque faillite politique de complaisance avec le RDA que vous avez instaurée.

Le chauffeur de mon père tué, la maison de mon oncle saccagée et ses filles violées, soulignent étendue de vos responsabilités.

Ma douleur immense m'encourage à vous dénoncer auprès des hautes autorités de la métropole comme soutien officiel et déclaré des extrémistes africains fauteurs de troubles.

Les agissements du RDA restent votre œuvre. La carence de l'autorité locale en découle.

La mise à feu et à sang de ce pays jadis paisible continuera à peser sur votre conscience, car vos rapports officiels n'ont pas traduit la vérité sur le caractère du RDA.

Je reste fidèle à la France et à la Guinée, et vous pouvez compter sur ma détermination farouche contre votre politique néfaste pour la présence française.”

Face à la collusion entre le Haut-Commissaire et Sékou Touré, les forces d’opposition se regrouperont sous la bannière du PRA. Elles organiseront des actions punitives contre les milices du PDG/RDA. En même temps, les autres sections africaines du RDA feront pression sur Sékou pour fin aux violences de ses milices. Sékou observera un arrêt temporaire, attendant des occasions propices. Il liquidera tous ses adversaires une fois qu’ils s’uniront pour acquérir l’indépendance.

Au service de la Guinée indépendante.

Entre 1959-1962 Karim Bangoura est Directeur de Cabinet au Ministère de l’Information et du Tourisme sous le Ministre Camara Balla.   Karim Bangoura se fait remarquer par son engagement pour la jeunesse et la promotion de la culture. Un engagement qu’il démontrera le reste de sa vie. Il supervise notamment la production des Premiers Disques 45 tours (rouge) sur la musique Guinéenne.

En 1963, il est nommé comme troisième ambassadeur de la Guinée aux Etats-Unis, aux Canada, couvrant en même temps l’Angleterre.  Il exercera cette fonction de 1963 à 1969 poursuivant l’œuvre de Diallo Telli et Dr. Seydou Conté.  Karim Bangoura y montre des qualités qui lui valent l’admiration de tout le monde diplomatique à Washington. Il sera honoré comme meilleur ambassadeur à Washington.  

 

A l’instar de ses prédécesseurs, Karim Bangoura cultiva des relations avec plusieurs personnalités politiques des Etats-Unis pour élever le profil de la Guinée. Il était apprécié par les grandes figures du mouvement d’émancipation des noirs aux Etats-Unis : Dr. Martin Luther King et Harry Belafonte ainsi que les ambassadeurs des USA en Guinée comme James Loeb et Roobinson Mcllvaine. Ils constituèrent un lobby puissant pour la Guinée auprès des sénateurs et représentants influents de l’époque ainsi que des membres du gouvernement :   Edward Brooke du Massachussetts, Frank Church de Idaho, Daniel Inouïe de Hawaii, la famille Kennedy, John et ses frères Senator Edward Kennedy, Robert Kennedy, Sergent Shriver, fondateur du corps de la Paix avec le Président Kennedy, le secrétaire du département d’état Dean Rusk.  Tout le gotha diplomatique de Washington était souvent présent lors des réceptions de la fête de l’indépendance de la Guinée. Ces relations assureront à Karim Bangoura des réalisations importantes au profit de son pays.

D’impressionnantes réalisations

Karim Bangoura négocia avec Henri Norman, directeur du corps de la paix, l’envoie du bateau Hôpital Hope en Guinée. Le bateau était complètement équipé pour des soins gratuits dont beaucoup de guinéens bénéficièrent.

Profitant de ses entrées dans la sphère de l’administration américaine, Karim Bangoura négocia aussi le premier financement du plus grand projet CBG d’une valeur initiale de 250 millions de dollars, le plus grand projet minier en Afrique à l’époque. Ce fut un point fort de sa carrière. Ce projet fit vivre le régime de Sékou Touré pendant des années. En d’autres circonstances, il aurait contribué à faire décoller l’économie guinéenne.

 

En même temps, l’ambassadeur cultiva de bonnes relations avec Joseph Harari de l’American Trade Sale ainsi qu’avec les responsables de la Fondation Ford. Grace à lui la Panam Airways lança son vol transatlantique en Afrique de l’Ouest qui reliait Conakry à New-York. A bord du premier vol, il y avait de fameux journalistes du temps tel que Collingwood ainsi que Sergent Shriver, Lansana Beavogui et Achkar Marof. 

Ancien instituteur, Karim Bangoura avait le culte de l’éducation.  Comme ambassadeur, il suivait de près les étudiants boursiers guinéens par le canal du Bureau Culturel de l’Ambassade. Ses encouragements contribuèrent à l’éducation de plusieurs guinéens dans les meilleures universités américaines. Parmi eux, il y a feu Edouard Benjamin, El Hadj Thiam Tafsir, El Hadj Abdoulaye Bah, El Hadj Alpha Bah etc... Tous gardent de Karim Bangoura de souvenirs émouvants et ressentent avec amertume sa tragique fin.

Dans le collimateur de Sékou Touré et de Ismael Touré. 

En 1969, Karim Bangoura est nommé comme Ministre des Mines et de l’Industrie. A ce poste, il supervise les travaux initiaux de la CBG.  Ismael Touré convoitait le poste et s’irritait de l’admiration que les étrangers avaient pour Karim Bangoura pour son intellect et son dévouement à la Guinée. Il développa une animosité profonde contre Karim Bangoura et cherchera à le compromettre auprès de Sékou Touré. Il lui proposa notamment de l’aider à renverser son demi-frère.

En outre, Sékou n’avait pas oublié que Karim Bangoura avait dénoncé ses relations avec le Haut-Commissaire, Bernard Cornut-Gentil. Ismael fit feu de tout bois pour récupérer le poste qu’il jugeait lucratif de ministre des mines. En 1970, Karim Bangoura est nommé ministre des Transports. A ce poste aussi, il laissa des marques indélébiles.  En moins d’un an, il améliora le transport urbain et inter-régional de la Guinée. Il mit en place notamment le service des TUC – Transport Urbain de Conakry. 

Le débarquement du 22 Novembre offrira aux deux frères - Sékou et Ismael Touré -  l’occasion de se défaire de l’homme dont l’aura, l’intelligence et l’intégrité étaient un rappel constant de leur imposture et de leur médiocrité.

Durant le débarquement du 22 Novembre 1970

Après le débarquement de Novembre 1970, Sékou voulait convaincre l’ONU que la Guinée était sous l’attaque d’un pays colonialiste en passant sous silence la participation de guinéens au débarquement. En outre, il voulait dissimuler le marchandage qu’il avait fait avec les colons portugais – sur le dos du PAICG - pour faire libérer les prisonniers détenus par le mouvement de libération. Sékou privait ainsi le PAIGC d’un moyen de négociation contre leurs adversaires colons.   

Mais, les rapports de Sékou Touré avec le secrétaire général de l’époque, U-Thant Sékou s’étaient détériorés suite à l’arrestation de Achkar Marof anciennement représentant de la Guinée à l’ONU. U-Thant était intervenu en vain auprès de Sékou Touré pour obtenir la libération du diplomate guinéen. Sachant que Karim Bangoura jouissait d’un grand prestige à Washington et à l’ONU, Sékou le supplia de convaincre les institutions onusiennes. Karim Bangoura se rendit au domicile de René Polgar, le représentant du PNUD à Conakry. Il le convainquit de soutenir la thèse de l’invasion étrangère. Le Portugal fut condamné par le conseil de sécurité de l’ONU. Un support international presque unanimement pour la Guinée s’en suivit.

Dans l’engrenage des purges

Assurée du soutien international et de l’effet des pendaisons et assassinats du 25 Janvier 1971, Sékou entreprit une seconde phase de purges et d’assassinats avec l’aide d’un agent tchécoslovaque, le docteur Kozel et d’autres comparses comme Siaka, Ismael et Emile Cissé.

« Le système des enquêtes fut décentralisé. Le Comité Révolutionnaire établit des commissions à Kankan, Kindia, et pour un certain temps à Gaoual et à Koundara ». Les Guinéens vivaient en sursis. Chaque soir, chacun attendait avec inquiétude les informations de 20 heures à la radio nationale dont les éditoriaux étaient des imprécations contre des personnes détenues ou en liberté. Ensuite c’était la récitation des aveux de détenus enregistrés sous la torture. Ceux qui étaient dénoncés et laissés en liberté subissaient un véritable ostracisme. Parents et amis les évitaient. Les arrestations s’opéraient de façon inattendue et capricieuse, de jour comme de nuit, sur les lieux de travail, à domicile, ou sur la route. L’ordre fut donné aux 8000 comités de base du Parti de procéder à l’arrestation des personnes dénoncées et de les transférer aux permanences fédérales du Parti. Une psychose de justice de foule s’installa dans tout le pays avec des règlements de compte, de la délation tout azimut et des comportements sombres de survie personnelle à tout prix.

Les arrestations étaient systématiquement suivies de la « diète » - une privation totale de nourriture - pour affaiblir les détenus avant de les soumettre aux séances d’interrogatoire sous la torture. La quasi-totalité des accusaient n’avait pas la force de résister. Les détenus acceptaient de reciter les aveux préfabriqués contre un morceau de pain et une tasse de boisson chaude. Ils s’accusaient de crimes monstrueux et dénonçaient des amis ou des parents en liberté ou déjà en prison. Le cycle se répétait tous les soirs.

Arrestation, tortures et assassinat

C’est dans ce climat qu’un soir de juillet 1971, le commentateur de la radio évoqua le nom de Karim Bangoura à plusieurs reprises.

« Après un moment, il fit un rectificatif disant qu'une erreur s'était glissée au cours du bulletin- Il s'agissait bien évidemment du traître Karim Fofana et non du secrétaire d'Etat Karim Bangoura.

Le père de Karim Bangoura, inquiet, fut reçu quelques jours après par Sékou Touré en compagnie de son fils. Sékou les rassura, et précisa même :

- C'est l'un de mes meilleurs cadres. Ce sont les ennemis de la Révolution qui font courir les fausses rumeurs de son arrestation. Il n'est pas question de l'arrêter.

Poussant le cynisme à son comble, quelques jours après, Karim Bangoura fut chargé de l'inauguration de l'usine de céramique que les Coréens venaient de réaliser à Matoto. C'étaient des missions dévolues jusqu'alors aux seuls membres du Bureau Politique du parti.

Cependant, le 1er août 1971, le nom de Karim fut de nouveau cité dans une déposition. Aucun rectificatif n'ayant été fait jusqu'à la fin de la déposition, les responsables du comité mirent à exécution les consignes du parti. Karim Bangoura sera arrêté à son domicile à Matam-Lido dans la journée, en présence de sa maman.  

« Bien entendu Sékou Touré pourra toujours dire qu'il avait tenu parole. Il n'avait pas arrêté Karim puisque c'est le peuple qui l'avait fait. »

Comme tous les suppliciés du PDG, Karim Bangoura sera torturé et fera des aveux grossiers. On le fera avouer d’avoir été recruté par la CIA moyennant la somme de 400 mille dollars par mois (Note 2).  Il sera jeté vivant dans le fleuve Fatala (Boffa), à partir d'un hélicoptère. Les rumeurs de l’époque dirent que le mode d’assassinat avec été prescrit par les chamans comme sacrifice pour la gloire de Sékou Touré.

Notes :

Note 1 :

Beaucoup de données de cet article ont été fournies par la fille ainée de Karim Bangoura, Madame Amy Soumah. Elle a ces mots : « Je souhaite fermement que Dieu me donne le temps de collecter tous ces mémoires avec précision et détails à l’appui.  Je suis si fière de [mon père] et chaque jour que je respire, je m’inspire de ses actions ».

Note 2:

William Attwood, ambassadeur des USA à Conakry (1962-1964), écrivit le 9 août 1988 : “Mon ami Karim Bangoura, ancien ministre de l'information, a succombé à la diète noire après avoir signé une fantastique confession dans laquelle il m'accusait de l'avoir recruté pour la CIA et de lui avoir donné une Ford ainsi que 400.000 dollars par mois ! Bangoura, en réalité, était l'un des très rares hommes politiques africains que j'ai rencontrés et qui ne m'aient jamais demandé la plus petite faveur.”

Note 3 :

Cet article est tiré d’une série d’émission radios que Pottal-Fii-Bhantal et Radio Gandal organisent chaque 15 jours sur l’histoire contemporaine de la Guinée. La version pular sur Karim Bangoura est disponible en ligne sur YouTube.com.  https://www.youtube.com/watch?v=hN_rpWQA7hM

Ourouro Bah

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THIS GEORGETOWN FRESHMAN IS 63, AND ATTENDING THE SCHOOL THAT ENSLAVED HER ANCESTORS

 

Washington (CNN)Mélisande Short-Colomb sits cross-legged on the purple comforter draped over her twin bed. She lives in the dorms here at Georgetown University, where she just wrapped up her first semester as a freshman.

Short-Colomb is 63. But that's not all that makes her different from her student peers.
Last year, she learned about her ancestors' ties to the university when she was contacted by a genealogist tracing the descendants of slaves that Jesuits at Georgetown owned almost two centuries ago. She had been working in New Orleans as a chef, but when Georgetown offered her and all of the descendants of the slaves a special legacy admission status, she decided to become a student again.
Like many college students, she has microwavable noodles, instant oatmeal, and a bag of chocolate chip cookies on her shelf. Her half-full french press is still warm, and a rocking chair sits by the window. Short-Colomb, who goes by "Meli," calls her room and adjoining bathroom in Copley Hall her "tiny condo."
 
 
    Georgetown University freshman Mélisande Short-Colomb
     
    "I feel like an alien in a nice place," Short-Colomb said, laughing. She switches off NPR playing from speakers on her windowsill, and turns on a lamp to avoid using the harsh fluorescent overhead light. In an especially neat room, the walls are colorfully decorated with posters from different theater productions, and taking up most of the back of her door is a poster of the iconic 1968 Olympics Black Power salute protest.
    "I love history, I love public speaking, I like theater," she said. She started off the semester "gung-ho" and enrolled in four classes, but then decided it was more manageable to drop down to three. These first couple of months have been about getting acclimated to campus, which, she said, hasn't been easy.
    Short-Colomb walks to history class in her blue sneakers with a pink backpack slung over one shoulder. Her short gray and blond dreadlocks sway with each step. She smiles and waves to a few friendly faces, and a couple of students stop to say hello.
    Getting to her History of the Atlantic World classroom a few minutes early, she slips into a desk in back corner and takes out her laptop and notebook. Most students are typing up notes on their laptops, but she prefers to take notes by hand, and every so often adjusts the brace she wears on her wrist to guard against carpal tunnel.
    In 1838, Georgetown University was in financial trouble and sold hundreds of slaves, including Short-Colomb's ancestors, to pay off steep debts. The Jesuits of the Maryland Province, at the time the most prominent Jesuits in the nation, sold 272 slaves to plantations in Louisiana in exchange for what would be about $3.3 million today. The oldest person sold was 80 years old and the youngest was just a few months.
    Over the past two years, Georgetown has taken several steps to make amends for its participation in the slave trade.
    The university created the Working Group on Slavery, Memory, and Reconciliation, issued a formal apology for its slave trading, and renamed two buildings that had been named for priests and early presidents of the university who sold the slaves. President John. J. DeGioia also visited descendants in Louisiana. 
    "I don't think any institution can ever do enough to pay this incredible debt. But I do think that what Georgetown is doing is shifting in its thinking about its responsibility to the past, as well as thinking about its future differently," said Marcia Chatelain, an associate professor of history and African-American studies at Georgetown and a member of the working group.
    "At the end of the day, what we're trying to model to the rest of the country is that institutions with power and privilege -- when they confront their history, they are actually stronger, they don't fall apart," she said.

    Georgetown's unspoken history

    Short-Colomb has four adult children and two granddaughters ages five and 10. She's a non-traditional student, as she describes herself, which poses its unique challenges. She hasn't joined any clubs, and doesn't go to parties.
    "They aren't my peer group," she said.
    "Physically, it's been challenging." When asked about what has been most difficult to navigate, she instantly quipped, "hills." She worries about her hips when makes her way back and forth on the campus that's aptly nicknamed "The Hilltop." And after catching a nasty virus the first weeks of classes, she avoids touching handrails in the stairwell and now sits with her back against the wall in class so that nobody can cough on her. 
    Professors have checked in with her to make sure she's doing OK. One was worried she might get harassed, but Short-Colomb says she hasn't experienced anything like that on campus. Everyone has been very nice and welcoming, she said. Her professors are working with her to figure out how to make this work, she said. 
    Short-Colomb also works 11 hours a week at the school library in the rare books section as part of her "work-study" financial aid program. She receives financial aid from the Georgetown Scholarship Program, and is also a grant recipient. Work is what she knows, she said, and she loves the familiarity of it. In an environment where everything else is new, she is very conscious about "setting small, accomplishable goals," so that she can build toward larger success at Georgetown. 
    Forty-five years ago, Short-Colomb went to college straight out of high school, but she didn't end up graduating. Now, after learning of her family's history, she feels a certain weight of responsibility being one of the first descendants enrolled at Georgetown. 
    It's important to her that people start telling the uncomfortable truths of wealth and accomplishment in the United States, "and how slavery was, and continues to be a foundation in that accomplishment," she said. 
    Adam Rothman is Short-Colomb's history professor and was also a member of the working group. Rothman said that even though Georgetown's history wasn't hidden or secret, and that historians on campus have known about it for a long time, "What was really striking was how few people were aware of it," he said.
    In addition to Short-Colomb, there is another descendant of the 272 slaves in the same history class. As images of Haitian slaves are projected on the board, five seats ahead of her, Shepard Thomas initials the sign-in sheet being passed around. He is a sophomore transfer student from Louisiana State University. 
    Rothman said having both of them in a class that covers slavery, "is a reminder that it's not an abstract history and it's not a distant history, that it is our history-- the history of people sitting in the class. And that raises the stakes, I think, and makes people pay a little more attention."

    'Those bricks were carried by members of my family'

    Since finding out more about her ancestors who were sold and sent to Louisiana, Short-Colomb has been able to piece together her family tree and has met relatives there she never knew she had. She hopes that she will continue to find out more about her family during her time here at Georgetown. "I'm not here to live the 18- to 22-year-old experience. I'm here for a very specific reason ... to know more," she said. 
    "There are many African-Americans who have not had the opportunity to have this well-established paper trail in their lives," Short-Colomb said. But just because the papers don't exist doesn't negate the experiences, she said. Rothman and Chatelain have been working with many other scholars to compile the Georgetown Slavery Archive, and several descendants have come to campus to see the materials. 
    "I always want to see more curriculum around campus connected to questions of Georgetown's history of slavery," said Adam Rothman, who teaches the class. "To me, this history is too important to be confined to history classes -- I want to see it in theology, I want to see it in business," he said. "None of us in a classroom at Georgetown, or in the United States, is untouched by the history of slavery." 
    Every Sunday morning, Short-Colomb makes a little pilgrimage. "The campus is very, very quiet. Everybody's had a big Saturday night," she said. "I go over to the well in Dahlgren square, and I go over to Anne Marie Becraft Hall, and I go to Old North because those are all the oldest buildings on campus."
    "Those bricks were carried by members of my family, and other families," she said. "I feel them here with me."

    Signer la pétition contre les viols et les assassinats de 2009 https://www.change.org/p/1946560/

    Bashir Bah

     
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    Philippe Labro : la mort de « mon ami Johnny me fout un coup » (VIDÉO)

    C'est avec beaucoup d'émotion que l'écrivain rend hommage à Johnny Hallyday, son ami de longue date pour lequel il a écrit 27 chansons.

    Mercredi 6 décembre 2017, 2 h 34. La terrible nouvelle tombe. Johnny Hallyday s'est éteint à l'âge de 74 ans. « Johnny Hallyday est parti. J'écris ces mots sans y croire. Et pourtant, c'est bien cela. Mon homme n'est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité. » Tels sont les mots choisis par son épouse Læticia pour annoncer le décès de la plus grande légende du rock'n'roll français. Une nouvelle qui suscite des milliers de réactions parmi ses innombrables fans, mais aussi de la part de toutes les personnalités qui l'ont côtoyé au fil de ses soixante ans de carrière. Parmi celles-ci, Philippe Labro.

    Journaliste, écrivain, réalisateur, mais aussi parolier de renom, Philippe Labro a écrit pas moins de 27 chansons pour Johnny Hallyday. Au micro du Point, dans les couloirs de CNews, l'homme de lettres apparaît complètement bouleversé par la mort de son fidèle ami et reconnaît volontiers que son décès lui « fout un coup ». Philippe Labro décrit un artiste « d'une grande intelligence, d'une grande intuition, d'un immense instinct, d'une grande timidité et d'une immense générosité », et salue un talent vocal qui « sublime les paroles que l'on écrit pour lui ».
    Si la France perd une légende du rock, Philippe Labro perd un ami. « J'ai rarement eu un ami comme lui. »
    Lire aussi notre direct Décès de Johnny : les hommages de la France entière
    Consultez notre dossier : Johnny Hallyday, une vie rock’n roll
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    http://www.lepoint.fr/invites-du-point/philippe-labro/philippe-labro-profondement-bouleverse-par-la-mort-de-johnny-06-12-2017-2177706_1444.php

     

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    Star Wars 8 : la critique qui ne vous gâchera pas Les Derniers Jedi

    Luke Skywalker, dernier jedi ?

    Luke Skywalker, dernier jedi ?

    N.B. : Malgré tous nos soins pour ne rien révéler de compromettant, il est certain que la lecture de cette critique vous donnera plus d'informations et d'impressions que si vous vous abstenez de lire quoi que ce soit. C'est logique mais on aime autant le souligner...

    C'est avec une certaine fébrilité teintée d'un nouvel espoir que nous avons foncé dans Les Derniers Jedi. Après un Réveil de la Force égaré dans son overdose de fan service et noyant sa vacuité dans une agitation stérile, cet Épisode VIII saurait-il enfin nous transporter dans les étoiles ? Commençons par la bonne nouvelle : le padawan Rian Johnson (réalisateur du thriller de SF Looper), nouveau venu dans la galaxie et crédité comme unique scénariste du film, a su échapper au piège du clonage de l'héritage lucasien pour explorer enfin des univers inédits.

    Pas de panique : on retrouve intacts les petits sentiers tracés par J. J Abrams dans l'Épisode VII et ce nouveau chapitre s'ouvre par ailleurs sur le même procédé d'ellipse pessimiste que jadis L'Empire contre-attaque. Dans La Guerre des étoiles, les rebelles avaient beau avoir fait sauter l'étoile Noire et conclu le récit en vainqueurs, l'opus suivant les montrait retranchés sur la planète gelée Hoth, en fuite face aux troupes impériales. En 2018, rebelote : malgré la destruction de la base Starkiller dans Le Réveil de la Force, la Résistance est loin d'être sortie de l'auberge. La flotte du général Leia continue d'être poursuivie par l'impitoyable Premier Ordre, tandis que, sur une île reculée de la planète Ahch-To, Rey supplie l'ermite Luke Skywalker de rejoindre les rebelles en détresse. Et accessoirement de l'aider à maîtriser la Force qui bouillonne en elle. Le temps presse, le côté obscur menace en la personne du tentateur parricide Kylo Ren...

    Élégants clins d'œil aux fondamentaux
    Le grand mérite des Derniers Jedi est d'avoir su poser une ambiance très différente du Réveil de la Force et une narration relativement originale dans sa volonté de déconcerter. À deux ou trois lignes près, la structure du scénario ne ressemble à aucun autre Star Wars, final y compris, et Johnson s'efforce d'élargir l'univers créé par Lucas. La comparaison avec L'Empire contre-attaque n'est pas illogique dans la mesure où Les Derniers Jedi montre aussi une rébellion au bord du gouffre et complexifie la narration du volet précédent. Nouveaux personnages, nouveaux mondes, nouvelles bébêtes (on ne balance pas les Porgs, ils sont presque mimi)... Et un Luke Skywalker enfin en pleine lumière après son apparition muette en conclusion du Réveil de la Force, belle récompense pour un Mark Hamill à la hauteur, physiquement comme dans son jeu. Saluons aussi l'élégance des discrets clins d'œil aux fondamentaux, moins lourdement assénés que dans l'Épisode VII, comme ce touchant rappel à l'ordre opéré par R2-D2 à l'encontre d'un Luke confiné dans ses regrets.

    Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill), maître Jedi brisé et retiré sur une île de la planète Ahch-To.

    © Lucasfilm/Disney


    Débutant par une enivrante bataille spatiale égalant les meilleurs combats de Rogue One, dans ses axes de caméra étourdissants comme son intensité tragique, Les Derniers Jedi offre également son lot d'images à couper le souffle. Plus tard dans l'histoire, un usage kamizaze du passage en vitesse lumière va même nous livrer sans conteste l'un cinq plus beaux plans jamais vus de toute la saga. À cet instant, on n'est pas loin de la sidération tant le spectacle est total. La planète Crait, à la surface de glace abritant un sous-sol de granit rouge, offre par ailleurs aux combats un cadre digne d'une toîle de maître et témoigne de la puissante « vista » esthétique de Rian Johnson. Enfin, à l'actif des Derniers Jedi, notons aussi une cohérence féministe bienvenue avec le précédent opus, via la nouvelle venue Rose et le général Leia, qui se paiera Poe Dameron lors d'un mémorable savon. Avec au passage, une réflexion intéressante sur la notion de sacrifice liée au nombril masculin.

    Un film de transition sans véritable coup de théâtre
    Il y a hélas une mauvaise nouvelle. Au fil d'un temps de vol trop long de 2 h 30, Les Derniers Jedi n'évite pas de trop nombreux trous d'air. À côté des réussites graphiques, on est tout d'abord étonné d'autres choix malheureux qui manquent de faire basculer le film dans le comique involontaire : témoin, le repaire aux parois rouges de Snoke et ses gardes kitsch, louchant sur le palais de Ming dans Flash Gordon ou le look douteux de l'amiral Holdo (Laura Dern en sosie décoloré de Valérie Lemercier). La parenthèse laborieuse dans la cité-casino de Canto Blight, version grand luxe de la Cantina de Tatooine, rappelle quant à elle curieusement les goûts visuels de Lucas période prélogie voire le Besson de Valérian (ce n'est pas un compliment). Même Leia, choyée au montage pour d'évidentes raisons, frise dangereusement le grotesque au détour d'une scène sidérale qu'on vous laissera le soin d'apprécier (ou non). On est heureux, dans ce contexte, que le toujours très soupe au lait Kylo Ren ait enfin décidé de se débarrasser de son casque « ridicule » (dixit Snoke lui-même !), ornement inutile depuis Le Réveil de la Force.

    Mais le plus gênant est l'impression d'un film de transition avec l'Épisode IX, sans aucun véritable coup de théâtre et aux sous-intrigues peu excitantes. À trois reprises, Les Derniers Jedi flirte avec la tragédie ou un choix scénaristique radical, qu'il choisit finalement d'éviter. Des trames entières s'avèrent inutiles et surtout, les temps forts émotionnels du film échouent à produire les frissons espérés, de par une impression d'écriture trop mécanique. Même l'intrigue autour du Seigneur Snoke laisse un sentiment de promesse non tenue, eu égard à la pompe qui l'entourait depuis Le Réveil de la Force.

    Reste la tentative ambitieuse d'explorer plus avant la question ô combien délicate – Lucas lui-même s'y est cassé les dents – de la religion jedi. Puisque le côté obscur surgit toujours pour faire face au côté lumineux de la Force, ne faudrait-il pas, au fond, jeter l'ensemble aux oubliettes ? Oubliant par instant ses péripéties à n'en plus finir et son cahier des charges commercial, l'Épisode VIII frôle la philosophie, posant des problématiques qui, à défaut d'être approfondies, rendent un peu à la saga sa dimension métaphysique.

    Las, malgré toutes ses qualités, Les Derniers Jedi retient encore trop ses chevaux et ploie sous le poids des contraintes inhérentes à la colossale entreprise Star Wars. Les derniers liens à trancher avec les figures du passé en font partie et l'on sent que Johnson, fan absolu comme J. J Abrams, n'a pas su ou pu s'en affranchir sereinement, comme le prouve la réapparition assez maladroite d'un autre totem fétiche de la saga. Pour l'avenir de la franchise, Lucasfilm et ses commis réalisateurs devraient peut-être suivre l'injonction lancée par Kylo Ren à Rey en plein milieu des Derniers Jedi : « Il faut laisser mourir le passé. » Ce sera peut-être pour la prochaine trilogie ?

    « Les Derniers Jedi », de Rian Johnson (2 h 30). Sortie nationale le 13 décembre.

    Consultez notre dossier : Star Wars, l’histoire sans fin

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    L’ÉCRIVAIN ET ACADÉMICIEN JEAN D’ORMESSON EST MORT

    Jean d’Ormesson est mort d’une crise cardiaque dans la nuit de lundi à mardi, à l’âge de 92 ans, a annoncé sa famille à l’Agence France Presse.

    LE MONDE |  • Mis à jour le  

    Jean d’Ormesson, chez lui, en 2016.

    Tout en étant obligé de s’inscrire dans la lignée des comtes d’Ormesson, il s’était fait son propre nom, en forme de sourire, qui reflétait bien son caractère facétieux : Jean d’O. Plus il vieillissait, plus Jean d’Ormesson – qui est mort dans la nuit du 4 au 5 décembre à l’âge de 92 ans – était charmant et charmeur, avec son œil si bleu et son air à jamais espiègle. « Il a toujours dit qu’il partirait sans avoir tout dit et c’est aujourd’hui. Il nous laisse de merveilleux livres », a déclaré sa fille, Héloïse d’Ormesson. Il pensait avec raison que la gaieté est une politesse et voulait mériter un qualificatif presque perdu, « dans un siècle où règne le ressentiment » : délicieux.

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    Délicieux, il l’était. Bon écrivain, aussi. Mais, admirateur des grands auteurs, il se montrait sans illusion sur son œuvre – sans doute en attendant un démenti. Il a poussé ce jeu sur la littérature jusqu’à écrire un roman intitulé Presque rien sur presque tout (Gallimard, 1996). Lorsqu’on lui demandait si ce « presque rien sur presque tout » n’était pas l’inverse de ce que doit être la littérature, « presque tout sur presque rien », il partait d’un grand rire, en laissant au lecteur le soin de conclure.

    Il pratiquait à merveille un art en voie de disparition, celui de la conversation. Il était brillant, jamais ennuyeux, parlait vite et bien. On avait envie de l’inviter sur tous les plateaux de télévision. On ne s’en privait pas, et il y avait pris goût.

    « LONGTEMPS, JE ME SUIS DEMANDÉ CE QUE J’ALLAIS FAIRE DE MA VIE »

    « Longtemps, je me suis demandé ce que j’allais faire de ma vie », affirmait-il au début de C’était bien, en 2000 (Gallimard) : un retour sur son passé et sur les contradictions de sa vie. Car, bien qu’appartenant à une « grande famille », tout n’avait pas été toujours facile pour lui. 
    Jean d’Ormesson est né le 16 juin 1925. Son père, André d’Ormesson, est diplomate, bientôt (en 1936) ambassadeur de France. Sa mère, née Marie Anisson du Perron, descend des Le Peletier. Comme il l’évoque dans Au plaisir de Dieu(Gallimard, 1974), il a passé une partie de son enfance au château de Saint-Fargeau, qui appartenait à sa mère. La famille suivant son père dans ses différents postes, il a aussi vécu en Roumanie et au Brésil.

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    Pour échapper à Sciences Po Jean d’Ormesson entre en hypokhâgne, puis intègre l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, juste après la seconde guerre mondiale. Il passe l’agrégation de philosophie et se résout à enseigner. On lui propose un poste à l’université américaine de Bryn Mawr, près de Philadelphie, université de jeunes filles, ce qui l’amuse plutôt. Mais il tombe gravement malade.

    Il entre en 1950 à l’Unesco, où il devient l’assistant de Jacques Rueff au Conseil international de la philosophie et des sciences humaines nouvellement créé – qu’il dirigera plus tard. Il fait aussi, avec Roger Caillois, la revue de sciences humaines Diogène, dont le premier numéro est sorti en 1953. Il déclarait détester les réunions et les comités de rédaction, ce qui ne l’empêchera pas de diriger Le Figaro entre 1974 et 1977.

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    « Au revoir et merci »

    Il devient donc directeur du journal et, à ses chroniques, s’ajoutent des éditoriaux politiques qui ne manquent pas de susciter des polémiques à gauche. Lorsque Robert Hersant – qui avait été frappé d’indignité nationale pendant dix ans pour faits de collaboration – rachète Le Figaro, en 1975, Jean d’Ormesson, comme Raymond Aron, reste. Mais tous deux partiront deux ans plus tard.

    Jean d’Ormesson va enfin pouvoir consacrer plus de temps à son œuvre littéraire, commencée en 1956 et ayant connu des fortunes diverses. René Julliard avait aimé (et publié) son premier texte, L’amour est un plaisir. Mais, après plusieurs échecs, ayant peu de goût pour le masochisme, Jean d’Ormesson faisait ses adieux à la littérature en publiant Au revoir et merci, en 1966 (réédité chez Gallimard en 1976).

    Un an plus tard survient un événement pour lui dramatique : il doit se résoudre à vendre le château maternel de Saint-Fargeau. Et, au début des années 1970, tout change dans son existence : il écrit La Gloire de l’Empire, un pastiche de récits d’historiens. Roger Caillois s’enthousiasme et porte le manuscrit chez Gallimard, où il est publié (1971). Pour ce livre, Jean d’Ormesson reçoit le Grand Prix du roman de l’Académie française. En 1973, à 48 ans, il entre sous la Coupole au fauteuil de Jules Romains – il est alors le benjamin de l’Académie.

    On le retrouve en 1974 avec un texte plus grave, Au plaisir de Dieu, qui raconte la fin d’un monde, celui de sa famille. Le succès, ensuite, ne le quittera plus. Dix livres en quinze ans – toujours sur les listes des meilleures ventes –, jusqu’à cette Histoire du Juif errant, en 1990, suivi de La Douane de meren 1994 puis de Presque rien sur presque tout, en 1996, trois romans (Gallimard) dans lesquels Jean d’Ormesson tente une explication du monde.

    On sait, par ses articles du Figaro – il a continué à y collaborer après avoir abandonné la direction –, que Jean d’Ormesson n’a jamais dédaigné les combats et les polémiques. Ses attaques contre ceux qu’on désignait à droite comme les « socialo-communistes » lui ont même valu, pendant la guerre du Vietnam, d’être la cible d’une chanson de Jean Ferrat, Un air de liberté (1975). On en oublie parfois qu’il a magnifiquement écrit sur les écrivains. Parmi ses milliers d’articles, il en a choisi certains pour les réunir en volumes.

    Un recueil dédié à sa fille Héloïse

    En 2007, à 82 ans, il a fait cadeau d’un nouveau recueil à sa fille Héloïse, qui avait créé sa propre maison d’édition. Dans cette Odeur du temps (éd. Héloïse d’Ormesson), on mesure tout son amour de la vie, on comprend mieux ses passions, ses enthousiasmes. C’est finalement une sorte d’autobiographie détournée, avec ce qu’il faut de souvenirs de famille, de voyages.

    Dans ces articles, on aime le style énergique, le sens des formules, des croquis, des portraits aigus, rapides. Et on découvre que Jean d’Ormesson possède une autre qualité trop rare : il sait admirer. Ainsi, François Mauriac occupe une large place, peut-être parce qu’en lui « s’incarnaient tous les talents d’un esprit à la fois classique et moderne et le génie de la langue porté à sa perfection. C’est cette rencontre si rare qui donne à François Mauriac, écrivain et journaliste, toutes ses chances d’éternité ». Paul Morand, au contraire, détestait le journalisme. Surprenant, quand on a écrit des livres sur des villes, « tant de reportages de génie où le monde moderne brillait de tous les feux nouveaux de l’automobile de sport, du cinéma et du jazz ».

    Comprendre, aimer : deux mots qui sont le moteur de Jean d’Ormesson dans ces articles. Il célèbre Aragon. Totalement préservé de la jalousie et du ressentiment qui font détester ses contemporains, il sait aussi rendre hommage à ses cadets. Patrick Besson, qui a « plus de talent que les autres, et peut-être plus que personne ». Gabriel Matzneff, « un sauteur latiniste, un séducteur intellectuel, un diététicien métaphysique ». Et qui est donc ce « classique rebelle et farceur, doué comme pas un » ? Jean d’Ormesson lui-même ? Non, Philippe Sollers, qui, comme lui, se rallie à ce mot de Stendhal : « L’essentiel est de fuir les sots et de nous maintenir en joie. »

    « Je dirai malgré tout que cette vie fut belle »

    Il a su aussi aider Marguerite Yourcenar à forcer la porte de l’Académie française, avec « cette œuvre éclatante écrite dans ce style suprême qui rejette dans la préhistoire les fadaises et les mièvreries de la prétendue écriture féminine ». Cela n’a pas été une mince affaire. On est en 1979, et Jean d’Ormesson, qui était alors, à 54 ans, un « jeune » à l’Académie, a l’idée, à l’époque loufoque, de faire entrer une femme sous la Coupole. Alors, les académiciens perdent leurs nerfs. Les plaisanteries graveleuses abondent. Yourcenar est-elle vraiment une femme ? – allusion à sa vie sexuelle. Peut-être peut-on l’élire car elle écrit comme un homme. Contre toute attente, Marguerite Yourcenar est élue le 6 mars 1980 au fauteuil de Roger Caillois. En janvier 1981, c’est Jean d’Ormesson qui la reçoit.

    Dans les dernières années de sa vie, Jean d’Ormesson a connu une consécration qui lui a certainement fait plus de plaisir que son élection à l’Académie française. En 2015, la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » de Gallimard a publié un volume de ses romans. Il en a fait le choix lui-même. Mais il n’a pas pour autant renoncé à écrire. En janvier 2016, paraissait chez Gallimard un excellent Jean d’Ormesson, sans doute l’un de ses meilleurs, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle : une traversée, non pas du siècle mais des siècles, de Racine à Paul Morand, de Saint-Simon à François Mitterrand et bien d’autres. Livre testamentaire ? Jean d’Ormesson le reconnaît dans les dernières pages. Toutefois, en octobre 2016, co-édité par Gallimard et Héloïse d’Ormesson, il a publié un bref Guide des égarés.

    Lire aussi :   Au plaisir de Jean d’Ormesson

    Tous ses combats, comme tous ses livres, sont dominés par une passion qui oriente un destin, celle de la lecture. Jean d’Ormesson savait qu’il y aurait toujours quelques fous pour s’abstraire un moment du jeu social et entrer dans l’univers d’un écrivain. Alors, « tant qu’il y aura des livres, des gens pour en écrire et des gens pour en lire, tout ne sera pas perdu dans ce monde qu’en dépit de ses tristesses et de ses horreurs nous avons tant aimé ».

    Le Monde

     
     
     


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