Quand des pisteurs namibiens font parler des empreintes de pas vieilles de 10 000 ans dans une grotte du sud de la France

Trois chasseurs San venus de Namibie ont récemment participé à l’étude d’empreintes de pas millénaires conservées dans une caverne de l’Hérault. Emerveillant les scientifiques par l’étendue de leurs connaissances.

Pisteurs San
Pisteurs San venus de Namibie pour étudier des empreintes de pas de 10.000 ans dans la grotte d'Aldène, dans l'Hérault.

CRÉDITS : DRAC OCCITANIE
Depuis le passage des hommes et femmes préhistoriques de l'époque mésolithique il y a 10.000 ans, les obscurs couloirs de la grotte d'Aldène et ses 10 km de développement, dans les gorges de la Cesse, à Casseras (Hérault), n'avaient plus connu une telle effervescence ! Du 1erau 10 octobre 2018, trois Namibiens du nord-ouest du pays San –seul peuple encore autorisé à vivre de chasse et de cueillette en Namibie– sont en effet venus épauler des préhistoriens dans le cadre d'un projet international nommé "Tracking in caves" initié en 2013, comme l'a révélé un récent documentaire diffusé par France-3 Région, ces pisteurs africains mettant leurs compétences au service de la science et de l'archéologie.

Pendant 10 jours, en compagnie d'Andreas Pastoor et Tilman Lenssen-Erz de l'université de Cologne (Allemagne), promoteurs de ce programme, Thui Thao, /ui Kxunta et Tsamgao Ciqae ont partagé leur savoir multimillénaire avec les spécialistes de la DRAC (1) Occitanie et de l'UMR 5199 du PACEA (2) impliqués dans l'"étude paléoanthropologique des empreintes de pas humains de la galerie Paul-Ambert de la grotte d'Aldène".

​ Les trois pisteurs San Thui Thao, /ui Kxunta et Tsamgao Ciqae. © Drac Occitanie

"J'ai été très marqué par cette expérience", avoue, encore ému, Philippe Galant, le responsable de l'opération, joint par Sciences et Avenir. A 40 m sous terre, dans les niveaux inférieurs de la caverne, les trois chasseurs namibiens ont ainsi analysé 400 empreintes de pas conservées sur une piste protégée de 30 mètres de long datée de 10.000 ans. Une expérimentation entièrement filmée. "Aldène fait partie des trois sites majeurs (avec Burgos, en Espagne et Niaux, en Ariège) sur la quarantaine connues dans le monde détenant des traces de pas humains. Son linéaire d'empreintes a été découvert en 1948 par l'abbé Cathala (1890-1950)", explique Philippe Galant.

"Nous avions divisé la piste en 5 parties. En silence, passant d'un secteur à l'autre en se déplaçant sur des planchers de protection, les San ont observé individuellement chaque empreinte pendant un très long moment. Peut-être 40 minutes. C'est seulement ensuite qu'ils ont commencé à discuter entre eux dans leur étonnante langue à clic (3) en s'aidant de pointeurs laser de couleur, pour confronter leurs analyses", poursuit l'archéologue. Les chercheurs ont alors assisté à un ballet de faisceaux lumineux avant que l'un d'entre eux –le seul parlant anglais– prenne la parole : "Il nous a expliqué qu'ils étaient parvenus à identifier les pas de chaque individu, mais aussi caractériser leur sexe et âge, en associant parfois des comportements à ces traces !", poursuit le spécialiste, encore époustouflé. "Selon eux, la grotte aurait ainsi gardé la trace de 26 personnes, hommes et femmes. Dans l'un des secteurs, des empreintes montrent qu'une femme aurait chargé un enfant sur ses épaules... Près de l'entrée, les pas de six individus indiqueraient qu'ils sont ressortis de la grotte plus chargée qu'ils n'y étaient arrivés...". "Nous étions soudain en train de voir défiler des chasseurs du paléolithique devant nos yeux !", raconte Philippe Galant.

Pour travailler, les pisteurs San utilisaient des lasers de couleur différents. © Drac Occitanie

C'est la troisième fois que Thui Thao, /ui Kxunta et Tsamgao Ciqae sont invités en Europe. Depuis 2013, les organisateurs allemands du projet "Tracking in cave" ont en effet bien compris le profit qu'ils pouvaient scientifiquement tirer des remarquables compétences des experts San, déjà venus à Niaux (Ariège), Pech Merl (Lot) et dans les Cavernes du Volp (Ariège). Et ces fins limiers d'Afrique australe ont apporté des informations que les préhistoriens des temps modernes ne pouvaient tout simplement plus "voir". "Ils m'ont ouvert les yeux sur certains aspects de nos interprétations. Ces hommes ont une vision vivante des traces, car ils travaillent avec elles en permanence. Ils connaissent tout sur les morphologies, les enfoncements, les courbes, orientations... ", ajoute admiratif Philippe Galant.

"Les résultats des analyses effectuées à Aldène seront confrontés aux données de l'inventaire systématique des traces de pas", poursuit le chercheur. Un inventaire international en cours de constitution. Pour mener à bien ces travaux, un relevé photogrammétrique et une numérisation tridimensionnelle de la galerie et ses vestiges millénaires ont été réalisés par l'Institut Universitaire de Technologie de Nîmes (génie civil) , la société Géomesure et l'Association Spéléologique Nîmois.

Intrigué au plus haut point par leurs capacités, à la question "comment faites-vous pour déceler autant de détails fascinants ?" Philippe Galant a obtenu cette réponse saisissante de la part des pisteurs San: "chez nous,dès l'enfance, lorsque nous cherchons à savoir où sont nos parents, nos frères ou nos sœurs..., nous regardons par terre !". Un renversement de vision du monde. A méditer.

Le Mésolithique est la période (entre environ 9 000 et 6 000 ans av. J.-C. en Europe) chronologiquement et culturellement intermédiaire entre le Paléolithique, et le Néolithique. Les groupes humains de cette période ont perpétué un mode de subsistance basé sur la chasse, la pêche et la cueillette sous un climat tempéré proche de l'actuel. La fin du Mésolithique est caractérisée par le passage d'une économie de chasse et de cueillette à une économie agro-pastorale résultant de la domestication et du processus de néolithisation.

(1) DRAC : Direction régionale des Affaires culturelles

(2) PACEA (Bordeaux) : De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie

(3) Les langues khoïsan ou langues khoï sont parlées en Afrique australe, principalement en Namibie, au Bostwana, en Afrique du Sud, et en Angola. Ces idiomes doivent leur célébrité aux sons émis par claquement de langue lors de la prononciation de certaines consonnes, les clics.

Par Bernadette Arnaud 

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Honneur aux Nobel de la Paix, Denis Mukwege, gynécologue congolais, et Nadia Murad, militante yézidie

 Mais la noblesse de leurs actions, ce combat constant et inflexible contre les viols, devrait titiller la mémoire collective et nous arracher à l’amnésie nourrie de l’impéritie et de l’impunité face aux viols qui ont émaillé l’Histoire de la Guinée Conakry. Cette fête du Non historique n’a de sens au moins moral, qu’à la condition de relire le chronotope sanglant inauguré par la « république » d’A. Satan Touré où toutes les femmes, filles et mères étaient étalées sur le paillasson de sa révolution, qui a fait le lit des dictatures molles ou dures, notamment celle qui avait atteint son climax cette journée abominable du 28 septembre 2009  au stade du même nom où des dizaines de femmes ont été violées à coups de baïonnettes et d’autres ustensiles innommables.

Il est temps de décerner un anti-Nobel

En ces journées d’octobre 2018 où les amnésiques se livrent à d’insolentes ripailles en barbotant dans le sang de milliers de martyrs jetés en pâture aux hyènes, il faut décerner un prix Nobel véritablement antinomique, un prix Ig Nobel mieux « renseigné » et prononcé de façon frenchy : Prix IGNOBlE, aux violeurs et surtout à leurs augustes commanditaires qui se sont succédés après AST, jusqu’au président Alpha Condé qui dit « qu’il assume tous les crimes commis depuis » le premier père fouettard « de la nation »qui prenait ses citoyens pour des garnements. Il faudra donc qu’il commence par accepter le premier Prix IgNoble, sans préjuger des décisions de justice que les victimes et ayants-droit attendent depuis 60 ans de désillusions, le temps de l’interminable chute des « Soleils des Indépendances »  (Amadou Kourouma).

Salut de froid !

Saïdou Nour BoKoum

www.nrui.com

NB : Le président Alpha Condé n'est pas seul comptable des crimes, violences et viols perpétrés depuis AST. Toute la classe politique, les principaux leaders notamment le sont, certes à un moindre degré.Il y avait Ba Mamadou (UNR),Siradiou Diallo (PRP puis UPR),Sydia Touré (UFR), etc. A l'exception notable du Pr Afa Irahima Sow (UFD). Ces leaders ont toujours "botté en touché" quand il était question de Conférence nationale, seule instance léitime pour identifier bourreaux et assassins afin que les juridictions compétentes instruisent les dossiers déjà rassemblés par des ONG fiables. Nul n'est habilité à pardonner ou à condamner à la place de la victime (ou de son ayant droit)ou du juge compétant, serait-on président de la république.

 
 

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In Memoriem,Tierno Siradiou Bah – Remerciements au Créateur - Partie I

Introduction.

La complexité est ce qui définit les hommes de culture. Ainsi, il est
difficile de parler d’eux de façon brève. En la circonstance,
s’ajoute l’émotion de la perte d’un frère, d’un pilier de notre
mémoire collective et d’un militant de la réhabilitation de nos
cultures. Les témoignages qui suivent sont sur les parcours de Tierno
Siradiou et les assises de son engagement. Ces facettes de l’homme
sont présentées ici en trois bribes. Ces bribes aident à atténuer la
douleur de sa perte. Pour moi et j’espère pour les lecteurs qui l’ont
connu. J’espère aussi que Dieu me donnera le temps et la force de
revoir le tout dans une présentation plus exhaustive de l’homme, pour
célébrer sa mémoire et évaluer l’impact qu’il a eu et va continuer à
avoir.

Il toucha des milliers de vies.

Un jour à l’aéroport de Labé, alors que j’étais collégien et que
Siradiou était à l’Institut Polytechnique de Conakry, des cousins me
présentèrent à Jean Claude Westrepen, un ancien professeur de
Siradiou. Westrepen était d’origine belge et bien connu à Labé pour
son caractère extraverti et son engagement politique. Il mourra
malheureusement au camp Boiro. Après les présentations, Westrepen me
dévisagea et dit :

· Il doit surement être bête. Une famille ne peut pas avoir
deux Siradiou Bah.

J’étais abasourdi. Mais je souris. Westrepen me serra la main pour
indiquer que la boutade était pour marquer son admiration pour son
ancien élève.

Nombreuses furent les occasions où on me présentait comme « le jeune
frère de Siradiou Bah ». Il était de facto, l’inspiration et
l’exemple à suivre. Avec sa disparition, je me rends compte qu’il
l’était pour des milliers de Guinéens et d’Africains. Homme distant,
il avait quand même un sens aigu de la réalité sociale doublée d’une
honnêteté intellectuelle rare. Par ce biais, il put toucher des
milliers de vies ; pour le bien en ce que je vois. Entre autres, il
revivifia d’outre-tombe et de l’oubli, des spectres du chainon des
crimes des gouvernants de notre pays. Il contribua ainsi à sauver de
la perdition les espérances de la rédemption d’un pays en chaos. Ces
spectres vont ainsi hanter la Guinée aussi longtemps qu’on n’aura pas
nettoyé les mensonges et déterminé les circonstances des crimes inouis
qui ont essaimé notre courte histoire. Tierno a planté l’aiguillon de
la mauvaise conscience dans les âmes d’une nation en faillite. En soi,
cela est salutaire. Esprit éclectique, Siradiou savait toutefois qu’il
ne suffit pas de mettre fin à l’érosion programmée de la mémoire
collective. Il faut, pour que la nation sorte des cendres de la
faillite, redonner sa place primordiale à la culture. Il disait que
c’est « non seulement le dernier refuge, mais aussi le seul tremplin
pour nous sauver de la perdition ».

Remerciements au Créateur.

A l’unisson nous saluons le gardien de la mémoire et le pionnier au
portique de la culture. Ensemble, en ce moment de connivence et de
recueillement, nous disons bon voyage vers l’Eternel et vers
l’éternité à l’érudit et au maître. Nous remercions Allah tous les
jours pour le cadeau irremplaçable de la vie. Nous le remercions en
l’occurrence de l’avoir créé et d’en avoir fait un des nôtres.

Sur ses web sites, Siradiou a une rubrique intitulée YAAFAGOL. Elle
évoque notre mère, notre père et le creuset du Fouta-Djallon natal. Il
y écrit :

YARLOƊEN, DUANOƊEN TIERNO SAIDOU KOMPANYA E HADJA KADIDIATOU MANDA

EN BARKINORII INDE ALLAAHU
Au nom d’Allahou

JOM MOƳƳERE HUUƁUNDE
Le détenteur de dons infinis

JOM MOƳƳERE HEERIINDE.
Le maitre des biens illimités

YO ALLAAHU JUULU
Qu’il dirige sa prière

E KOOHOO MEEƊEN MUHAMMADU Vers
notre prophète béni Mouhamadou

E AALII EN,
A ses proches

E SAHABAA EN MAKKO.
A ses disciples.

O HISNA ƁE HISNUDE.
Qu’il les protège à jamais

JOOMIRAAWO MAA REWETEEƊO Un être à adorer

TANAA ALLAAHU ON ALAA.
A la place de Allah, il n’y en point

Empruntant à Tierno Samba Mombéya, l’érudit du 18-ème siècle, je
renvoie à Tierno ces prières et je formalise ici une sorte de
testament. Je prie Allah de les lui faire parvenir ; sur son lieu de
repos, dans le cimetière de Dombi près de nos parents, nos frères et
de nombreux aïeux ainsi que dans l’Olympe des fidèles auxquels il a
accordé sa miséricorde.

MI NYAAGIKE KALA JANGUƊO ƊII ƊERI WEB A
ceux qui lisent ces pages web, je supplie

“NDE O DU'OO O TORANOO” MAWƁE ƁEN “TO ALLAH MALAL. “qu’il ajoute nos
parents dans ses prières – pour la miséricorde de Allah »

BELA ALLAH NO JAABORA BARKI NULAAƊO Espérant qu’il
sera entendu par la grâce du prophète

E DENDAANGAL JOM HORMINAGOL. Ainsi que
l’ensemble de la communauté de la foi

YAA JOOMAN JUL E TEFOOWO AMEN
Oh ¡ mon Dieu ! Je supplie ta miséricorde sur notre prophète

JAƁANAA MO TEFOORE TO SATTI KULOL.” Accepte sa
plaidoirie à l’heure de la peur des épreuves

Testament du futur.

Il va sans dire que l’œuvre de Tierno Siradiou Bah doit être
poursuivie. Nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés pour la
préservation du patrimoine culturel qu’il a laissé. Ce patrimoine nous
est commun. Il nous incombe de l’étendre et d’en faire une source
d’éducation. Il participe à l’accouchement difficile d’une nation
viable. Actuellement il consiste aux sites web suivants :

1. blogguinee.net

2. campboiro.org

3. semanticafrica.net

4. webafriqa.net

5. webameriqa.com

6. webcote.net

7. webforet.net

8. webfuuta.net

9. webguinee.net

10. webmande.net

11. webpulaaku.net

Les personnes intéressées peuvent envoyer un email pour indiquer les
contributions qu’elles peuvent apporter :

· Levées de fonds avec des amis

· Assistance technique de programmeurs web

· Rassemblement et classification de documents et de témoignages etc.

Un comité de pilotage sera créé pour proposer les plans d’actions pour
le futur. Les propositions de participations peuvent être adressées
aux emails suivants :

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.;Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

L’hébergement est en cours de migration vers un nouveau serveur. De ce
fait, il peut y avoir des erreurs d’accès ou de présentation qui
seront corrigées avec le temps.

Ourouro Bah

(Prochaine partie : Tierno Siradiou Bah –Le socle et le parcours)

Partie-1-SiradiouBah-Salut au Pionner
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Insulte raciste d’Hapsatou SY par Eric Zemmour : L’apartheid identitaire « Made in France » est en marche !

Au-delà du tollé médiatique suscité par l’insulte raciste d’Eric Zemmour à Hapsatou SY, cette affaire est une étape dans l’entreprise de banalisation de la haine contre les Noirs, les Arabes et l’Islam ; et de consolidation d’un racisme systémique décomplexé. Eric Zemmour n’est pas contre « l’Islam radical », il est tout simplement contre l’Islam. Eric Zemmour n’est xénophobe, il est lui-même d’origine étrangère. Il a juste une haine viscérale contre les africains et leurs cultures. Malheureusement il existe en France des milliers de Zemmour, obsédés par la promotion de la haine, au prétexte de la défense de l’identité culturelle française.

Mais qui est donc Eric Zemmour, le lamentable polémiste qui a insulté Hapsatou SY ?

Zemmour est un délinquant du racisme, condamné comme tél en 2011 pour provocation à la discrimination raciale. Il a défendu avec une fougue déconcertante que la plupart des trafiquants en France sont noirs et arabes, que c'est comme ça, et que c'est un fait. Dans sa délinquance raciste, Zemmour est un récidiviste. Il a aussi été condamné en 2014 pour avoir promu la haine des musulmans au-delà des frontières françaises, en l’occurrence en déclarant dans un journal italien que les musulmans ont leur code civil, c’est le Coran. Qu’on doit les confiner dans les banlieues désertées par les français. En plus d’exprimer honteusement la haine qui le ronge, et qui fait certainement qu’il a une apparence constamment triste et nauséabonde, Zemmour démontrait ainsi son idiotie : en affirmant que les français ont quitté les banlieues à cause des musulmans, il affirme du même coup que tous les musulmans en France sont des étrangers. Or la majeure partie des millions de musulmans en France sont de nationalité française. Mieux, une bonne partie de ces musulmans en France sont plus français que Zemmour, qui ne s’attarde jamais sur ses origines étrangères et sur son nom de famille.
Il n’y a plus besoin de démontrer que cette personne n’aime ni les Noirs, ni les Arabes, ni l’Islam. Mais sa haine atteint le summum de la débauche quand il la pervertit pour en faire un fonds de commerce. Soutenu par des personnalités françaises comme la journaliste Elisabeth Lévy, qui le défendent ou le soutiennent dans cette dépravation haineuse ; conscient qu’une bonne partie des français pensent bas ce qu’il dit haut et fort sur les Noirs, les Arabes et l’Islam, il persiste et signe. Il se livre alors à monnayer cette haine décomplexée. Pour faire des plateaux de télévision et des conférences rémunérées, ou optimiser les ventes de ses livres, il organise un buzz mesquin par une agression préméditée contre les musulmans, les Noirs ou les Arabes. Sa pitoyable stratégie consiste à attiser la haine pour en tirer un tribut. C’est aussi répugnant que l’acte d’un criminel qui viole une femme après l’avoir égorgée. C’est ça Eric Zemmour !

Monsieur Zemmour, c’est vous qui n’êtes pas un enfant de la République. Où étiez vos ancêtres étrangers quand ceux d’Hapsatou SY se battaient vaillamment et perdaient leurs vies pour défendre la république française, lors des deux guerres mondiales et en Indochine ? Hapsatou SY est française de droit, vous êtes un néo-français d’opportunité. Le fait que vos parents aient troqué le nom que vous auriez dû porter pour incarner vos origines, contre le prénom « Eric », ne fait pas de vous un descendant de Clovis, de Vercingétorix, d’un des bâtisseurs ou d’un combattant de la France. Vous et vos parents êtes libres de corrompre votre histoire en vous nommant « Eric ». Vous seriez probablement disposé à changer votre nom de famille « Zemmour » pour devenir « Eric DUPONT », afin de mieux camoufler vos origines étrangères et votre identité religieuse, et berner davantage la France et les français. Hapsatou SY a l’honneur de porter fièrement le prénom qui reflète ses origines africaine, noire, et musulmane. Elle a l’honneur de rester elle-même ; et d’aimer ainsi la France. Vous insultez tous les français vivant à l’étranger qui n’ont pas changé leurs prénoms pour adopter un prénom culturel de leurs pays d’accueil. Selon vous les prénoms de français nommés Emmanuel, François, Nicolas, Marine, Ségolène ou Brigitte sont des insultes, si ceux qui les portent vivent au Sénégal, en Arabie Saoudite, en Inde ou en Chine. Vous insultez tout le monde. Mais je peux vous assurer que votre prénom n’est pas une insulte pour la France. C’est vous-même qui êtes une insulte et une honte pour la France.

Eric Zemmour, Elisabeth Lévy et consorts : Les idiots utiles d’une islamophobie décomplexée.

Distribuer de la haine contre l’Islam et les musulmans risque de devenir « un sport national » en France, si on ne réfrène pas à temps l’ardeur des icônes de l’islamophobie qui gangrènent et polluent les medias. L’insulte d’Eric Zemmour à Hapsatou SY n’est qu’une partie visible de l’iceberg immergé, nourri par des mercenaires islamophobes de plus en plus décomplexés. Elisabeth Lévy fait partie de ces snipers soutenus par des lobbies pour alimenter les logorrhées médiatiques anti-islam. Prétextant le port d’un Burkini par quelques très rares musulmanes, elle a œuvré, comme Zemmour et Manuel Valls ancien premier ministre français, à discréditer l’Islam en France. Elle a utilisé de manière burlesque les lignes d’un journal qu’elle dirige pour établir, hasardeusement, un lien de causalité entre le port du Burkini et l’émergence en France d’un Islam radical et séparatiste. Cette même Elisabeth Lévy disait que la France a le droit de choisir ses musulmans et doit les émanciper. Ses propos sont dangereux pour l’unité nationale et la paix sociale en France. Ce sont les mêmes propos, fomentés par des fascistes et nationalistes, qui ont abouti à des idéologies mortifères. Hitler disait la même chose à propos de l’Allemagne et de la race aryenne qui auraient, selon lui, le droit de choisir leurs populations, et de les purifier en les débarrassant des juifs. Le sort monstrueux infligé par les nazis aux parents juifs d’Elisabeth Lévy est une conséquence de cette idéologie identitaire et sélective. La même idéologie que Mme Lévy veut infliger aux musulmans en France. Hélas !

La nomenklatura de l’intelligentsia française est infestée de néo-français opportunistes et dangereux pour la cohésion nationale.
Un constat amer s’impose : Une grande partie des idéologues et promoteurs de la xénophobie en France ne sont pas des français dits « de souche ». L’intelligentsia française souffre d’un cancer sournois : des néo-français, européens naturalisés, étrangers de peau blanche devenus français par la filiation avec un parent français, remplissent les rangs des fachos, xénophobes, arabophones, et negrophobes. Poursuivant dans sa déviance idéologique, Elisabeth Lévy affirme que la femme musulmane qui refuse de se baigner à la plage les fesses en l’air, et qui préfère cacher son intimité par une Burkini, impose à la France des mœurs d’un autre âge. Qu’en est-il des femmes juives qu’on peut voir sur les plages françaises avec des tenues qui cachent intégralement leurs corps ? Mme Lévy dirait-elle la même chose de ses sœurs juives ? Elle crierait probablement à l’antisémitisme si un Blanc, un Noir ou un Arabe disait la même chose d’une juive orthodoxe sur les plages de la Côte d’ Azur. Elle propose qu’on déporte en Afghanistan les femmes musulmanes qui refusent de montrer leurs fesses et leurs bas-ventres avant de se baigner, ou de prendre simplement de l’air sur les plages françaises. Autrement dit, selon elle, la France a le droit de déporter des musulmanes de nationalité française parce qu’elles ont une pratique religieuse différente. D’après cette logique ahurissante, Hitler aurait raison de déporter des juifs à cause de leur différence culturelle et identitaire. C’est grotesque ! Obsédée par sa haine contre ces musulmanes, elle ne se rend pas compte qu’elle est entrain de reproduire le schéma des Nazis qui a abouti au massacre des juifs. Cette obsession inouïe, peut-être innée ou subliminale, laisse penser que Mme Lévy, Eric Zemmour et consorts passeront leur vie à comploter des procès inquisitoires en sorcellerie contre l’Islam, les Noirs et les Arabes. Mais gare à eux : ce ne sera aussi simple qu’une promenade de santé.

Aliou TALL,
Président du RADUCC
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LA SALE GUERRE DE SÉKOU TOURÉ CONTRE LES PEULS (PREMIÈRE PARTIE)

Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique

Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par Jeune Afrique sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre l’Etat.  La rédaction de l’hebdomadaire — dirigée à l’époque par feu mon neveu Siradiou Diallo —passe au peigne fin et réfute les allégations du leader guinéen. A l’appui de son argumentation Jeune Afrique reproduit de larges extraits des propos incendiaires de Sékou Touré. J’invite les lecteurs à appliquer leur esprit critique sur ces passages. En particulier sa caricature de l’histoire du Fuuta-Jalon, et ses racontars sur la bataille de Poredaka et la fin de l’Almaami Bokar Biro en 1896. Car il s’agit là d’affabulations grossières et de calomnies indignes d’un chef d’Etat. Je compte apporter plus tard des corrections aux élucubrations du président. J’attire pour le moment l’attention sur son interprétation moralisatrice et péjorative de l’Histoire, concernant (a) la rivalité entre les cousins Sori Yillili et Bokar Biro et (b) les résultats du référendum de 1958. La lutte pour le pouvoir est une question d’intérêts et de rapports de forces. Ainsi, lorsqu’il se sentit en position de faiblesse, Daye Kaba, noble de Kankan, fit appel au lieutenant-colonel Archinard contre Samory en 1891. Ce fut le début de la fin pour l’Empereur du Mande … En rétrospective, Sori Yillili et Daye Kaba eurent tort  de pactiser avec les troupes de conquête françaises… Dans son délire anti-fuutanien Sékou Touré n’eut pas  l’honnêteté de rappeler la faillite identique des deux hommes.…  Et il eut l’arrogance de faire des remontrances et des reproches aux dirigeants et familles du Fuuta ! Alors que depuis 1954, il avait déjà fait empoisonner, fusiller, pendre, égorger, enterrer vivants et mourir de faim des dizaines de milliers de Guinéens. Alors que depuis 1958, sa politique ruineuse avait forcé plus deux millions de citoyens à s’exiler. En août 1976 il avait décidé d’assassiner Telli Diallo, qui — avec ses co-accusés, Dr. Alpha Oumar BarryAlioune Dramélieutenant Alhassane Diallocapitaine Lamine Kouyaté, etc. — mourra atrocement de privation totale d’eau et de nourriture (diète noire) au Camp Boiro au premier trimestre de 1977. Sékou détruisit physiquement Telli (voir photo plus bas). Mais le martyre du premier secrétaire général de l’OUA a gravé son nom et son palmarès au fronton lumineux de l’histoire de l’Afrique. Professeur-docteur Charles Diané témoigne que Sékou Touré  “guettait depuis toujours (un Telli), qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène.”
En 2010 le candidat Alpha Condé ne manquait pas d’éloges pour Sékou Touré. Il alla jusqu’à dire qu’il reprendrait la Guinée là où le tyran l’avait laissée. D’une pierre deux coups. D’un côté, il snobbait ainsi le règne de Lansana Conté. De l’autre, il courtisait et flattait un électorat malinké pris — comme celui des trois autres régions naturelles — dans les filets du piège ethnique politicien. La ruse consista alors à se faire passer pour un héritier politique de Sékou Touré ! Je paraphraserai un proverbe bien connu : « Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es ! » Par démagogie électoraliste, M. Condé avait “oublié” ou “pardonné” sa condamnation à mort par contumace en 1971. Toutefois, après sa réélection en 2015, il jetta bas le masque. Tout en évitant de nommer ses cibles, Alpha Condé s’attaqua vicieusement “à certains” cadres de la Haute-Guinée. Dans un discours inflammatoire — à l’image de Sékou, son “idole” —, il dénonça leur duplicité et leur opportunisme. C’est exactement ainsi — en fait pire — que le “Responsable suprême de la révolution” renia, et souvent élimina, ceux qui l’avaient aidé à monter au pouvoir.…
Le texte complet des discours  de Sékou Touré est accessible à la bibliothèque de webGuinée.
Tierno S. Bah

Sékou Touré : “Je déclare la guerre aux Peuls”
Jeune Afrique, no. 827 du 12 novembre 1976, pp.30-35

https://i1.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/sekou-toure-22-aout-1976.jpg?resize=300%2C196 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; border-width: 1px; border-style: solid; border-color: rgb(221, 221, 221); height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; overflow: hidden; padding: 10px; border-radius: 10px; background-color: rgb(245, 245, 245); display: block;">Président Sékou Touré, Conakry, 22 août 1976

Table des matières

Le marxisme-tribalisme
Toute l’ethnie peule est coupable
De violents brassages de populations
Peuls : victimes et non agents du colonialisme
L’exil des Peuls
Discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré : extraits

Le marxisme-tribalisme

Ce n’est pas la première fois que le président Sékou Touré part en guerre contre les Peuls en Guinée. En mai 1958 notamment, le secrétaire général du PDG (Parti démocratique de Guinée) n’avait pas hésité à dresser les chômeurs de Conakry, soutenus par des renforts du même genre recrutés à Freetown (Sierra Leone), contre ceux qu’il désignait alors du terme de saboteurs. Officiellement, il visait tous les militants du parti adverse, ceux du BAG (Bloc africain de Guinée). En fait, les commandos de tueurs, dirigés par le célèbre Momo Jo Soumah, s’en prenaient essentiellement aux Peuls. Motif ? Le leader du BAG, M. Barry Diawadou, appartenait à leur ethnie.
Le parti de M. Sékou Touré, solidement implanté en Basse-Guinée, n’avait jusqu’alors rencontré qu’un succès mitigé au Fouta-Djalon. L’origine sociale du leader du PDG, son style plébéien et ses méthodes directes avaient été à l’origine de sa popularité à Conakry et ailleurs ; ils constituaient autant de handicaps dans la société aristocratique, hiérarchisée, aux normes et aux manières feutrées, du Fouta-Djalon, du Moria (en Basse-Guinée) ou de Kankan (chef-lieu de la Haute-Guinée).

https://i2.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/saifoulaye-sekou-mafory.jpg?resize=300%2C217 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; border-width: 1px; border-style: solid; border-color: rgb(221, 221, 221); height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; overflow: hidden; padding: 10px; border-radius: 10px; background-color: rgb(245, 245, 245); display: block;">Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d’Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite – T.S. Bah)

Note. — Le processus de  marginalisation de Saifoulaye (mon cousin maternel) par Sékou Touré fut graduel et inversement proportionnel au rôle politique pionnier et à l’importance centrale de celui-ci dans l’évolution du PDG.
François Mitterand (1962) évoque “La forte et intéressante personnalité de M. Saifoulaye Diallo, dont le rôle en Guinée est considérable…”
Sur place à Conakry, Pr. Bernard Charles (1963) s’interroge et se rend compte de l’autorité et du prestige du président Diallo. « Il prend rarement la parole, accorde peu d’interviews. Mais il est toujours présent. »
Ameillon (1964) souligne que “Le rôle principal dans (la) réforme (du parti) revint à Diallo Saifoulaye, grand Foula dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique. C’est lui qui avait le mieux assimilé l’enseignement politique, qu’ils avaient tous trois reçu dans la cellule” des Groupes d’études communistes, “créée à Conakry dans les années 1945-1946, par quelques instituteurs européens communistes,” dont Jean Suret-Canale.
De 1947 à 1951 Saifoulaye partagea les commandes du parti successivement avec Madeira Keita et Amara Soumah. Durant cette période Sékou Touré venait au quatrième rang dans la hiérarchie du leadership. En 1951, il usurpa le secrétariat général suite à la démission de Soumah et à l’affectation de Keita et Diallo au Dahomey (Bénin) et en Haute-Volta (Burkina Faso), respectivement. Saifoulaye retourna à Conakry en 1953.  Affaibli par la tuberculose, il continua néanmoins ses activités et réoccupa sa fonction antérieure de secrétaire politique du PDG. Mais, entretemps, les ambitions de Sékou avaient pris de l’envol, surtout grâce au financement  d’Houphouët-Boigny, président du RDA, et à l’appui de Bernard-Cornut Gentille, gouverneur général de l’Afrique occidentale française, basé à Dakar. Il n’empêche. L’ascendant de Saifoulaye sur les cadres du parti demeura intact.
R. W. Johnson
 (1970) note : « Throughout the PDG Saifoulaye Diallo was widely regarded as a more “intellectual” leader than Touré and of greater moral stature. Indeed, there were persistent rumours of a putsch to replace Touré with Saifoulaye Diallo at the head of the PDG, rumours which never came to anything because Saifoulaye Diallo was apparently unwilling to involve himself in such a move.»…
Saifoulaye cumula les fonctions de secrétaire politique et de président de l’Assemblée, territoriale d’abord, de 1957 à 1958, puis nationale, de 1958 à 1963. Le bicéphalisme battit son plein à la tête de l’Etat durant les premières années de l’indépendance. Les portraits des deux hommes décoraient les bureaux et les lieux publics. Et la presse domestique et nationale couvrait les présidents Touré et Diallo. Toutefois, Ibrahima Baba Kaké (1987) souligne qu’au séminaire des cadres tenu à Foulaya, Kindia, en  1962, une majorité simple se prononça en faveur de l’élection de Saifoulaye comme secrétaire général. On demanda à Sékou Touré de se consacrer seulement à la présidence de la république. Mais Saifoulaye déclina et se désista en faveur de Sékou Touré. Cet incident dramatique au plus haut échelon du parti raviva la rivalité qui avait toujours existé entre les deux hommes. La réaction de Sékou fut prompte. Dès janvier 1963 il parvint à supprimer le poste de secrétaire politique, qui faisait de Saifoulaye le numéro 2 officiel du parti. Et il l’enleva de l’Assemblée nationale en le nommant ministre d’Etat. Le parlement était, certes, une simple chambre à échos des décisions du Bureau politique national — dont Saifoulaye était la cheville ouvrière. Mais, en raison de sa stature historique et de son influence réelle, la présence de ‘Saifon’ à la tête de la branche législative constituait en même temps, de jure et de facto, un contrepoids au pouvoir exécutif, exercé par Sékou Touré.…
Si en 1976 le complot peul visait Telli Diallo au premier chef, Sékou Touré n’avait en rien oublié Saifoulaye, son camarade, 
alter ego et adversaire de toujours. Il avait commencé à humilier cet arrière-petit fils du grand Shayku Umaru Rafiyu Daara-Labe Barry à partir de 1971, date à laquelle il décapita la famille de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, grand-oncle maternel de Saifoulaye. En 1976 sa haine décupla. Il enferma au Camp Boiro de nombreux parents et alliés de Saifoulaye : Hadja Kadidiatou Bobo Diallo, soeur cadette, Elhadj Amadou Lariya, oncle, Abdou Bangoura, chauffeur de longue date, etc.…– T.S. Bah

“Toute l’ethnie est coupable”

Les actions violentes organisées par le PDG et qui devaient se traduire par plusieurs centaines de morts froidement abattus dans les rues de Conakry visaient un double but : d’une part, intimider les dirigeants du BAG et saper le moral de leurs troupes ; d’autre part, donner un pouvoir sans partage à M. Sékou Touré. En mettant fin aux rivalités politiques de l’ère coloniale, le référendum du 28 septembre 1958 scellait du même coup l’unité nationale autour du president guinéen. Depuis, avec le creuset du parti unique où se fondaient tous les particularismes sociaux et régionaux, les relents tribalistes semblaient s’estomper au profit de l’impératif unitaire.
Aux yeux des Guinéens, l’arrestation et la liquidation physique de tous les anciens leaders peuls ainsi que d’un grand nombre d’intellectuels de la même ethnie ne pouvaient être considérées comme une entreprise d’essence tribale. D’autant que chaque vague d’arrestations emportait des ressortissants d’autres ethnies: soussous, malinkés, tomas, guerzés, etc. Tout au plus pouvait-on noter une forte proportion de Peuls dans chacune des charrettes empruntant le chemin du camp Boiro. Mais cette ethnie représentant à elle seule plus des deux cinquièmes des habitants du pays, avec un rapport encore plus élevé parmi les intellectuels, n’était-il pas logique que la fraction la plus nombreuse de la population soit également la plus représentée en prison ? En outre, comment soupçonner le président guinéen, auréolé du fameux non de septembre 1958 et qui affiche un progressisme militant, de menées tribalistes ? A l’intérieur et, à plus forte raison, à l’extérieur de la Guinée, il présentait, au contraire, le visage charismatique d’un leader entièrement tendu vers la réalisation d’objectifs supranationaux, pour ne pas dire universels. Bref, l’opinion semblait dominée par un syllogisme qui s’articule ainsi : Sékou Touré est révolutionnaire et anti-impérialiste ; la révolution et l’antiimpérialisme sont incompatibles avec le tribalisme ; donc, Sékou Touré ne peut pas être accusé de tribalisme.
Seulement voilà ; aujourd’hui, le président ne s’en prend plus à tel ou tel « agent du colonialisme » et à la « cinquième colonne » comme il en avait coutume. Il déclare ouvertement la guerre à une communauté considérée globalement. A supposer que M. Diallo Telli soit coupable des crimes qui lui sont reprochés, pourquoi étendre sa culpabilité à l’ensemble de son ethnie ? Comment concilier en tout cas le concept de responsabilité collective avec les principes révolutionnaires et généreux dont se réclame le président ? Comment le marxisme-léninisme peut-il s’accommoder de la guerre ethnique ? Car, cette fois, il s’agit bel et bien d’une guerre dirigée contre les Peuls. Entreprise dangereuse s’il en fut puisqu’elle met en cause l’un des piliers de l’Etat : l’unité nationale.
Les dirigeants africains sont généralement si conscients de ce danger qu’ils ne se hasardent pas sur ce terrain marécageux.
L’attitude du président Sékou Touré paraît sans précédent. Alors que tous ses homologues s’efforcent de rassembler les diverses ethnies composant leurs pays respectifs et, par là même, de consolider les bases de leurs nouveaux Etats, comment a-t-il été amené à donner dans le tribalisme, au risque de ruiner l’essentiel de l’oeuvre unificatrice de son parti et de s’aliéner bien des sympathies à l’étranger ? Toujours est-il que sa déclaration de guerre aux Peuls se fonde sur trois arguments. Ils sont :

  • des étrangers
  • des suppôts du colonialisme
  • ils déshonorent leur pays en choisissant le chemin de l’exil.

Pour ce qui est du premier point. les Peuls de Guinée sont arrivés au Fouta-Djalon par petits groupes à partir du 10è siècle, sinon avant. Les vagues les plus importantes se sont échelonnées entre le XVe et le XVIe siècle. A l’issue d’une courte guerre avec les autochtones, en l’occurreoce les Dialounkés, les nouveaux venus conquirent le pays, réduisant ceux-ci en esclavage.

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De violents brassages de populations

L’histoire universelle fourmille d’exemples analogues. En Afrique, rares sont les peuples qui n’ont jamais été impliqués dans un courant migratoire. En Guinée, qu’il s’agisse des Malinkés ou des Soussous et même de certains peuples de la région forestière, tous ont dû en bousculer d’autres, à un moment de leur histoire, pour s’installer. Dialounkés, Bagas, Landoumas, Tomas, Guerzés et quelques autres sont peut-être les seuls « vrais » autochtones. Et encore.
Au demeurant, le président Sékou Touré est fui-même issu d’une famille venue à une date relativement récente du Mali. Seul son père, Alpha Touré, est né en Guinée ; son grand-père était un Dioula natif de Kayes (Mali), fixé par la suite à Siguiri, puis à Faranah, au gré des vicissitudes de son petit commerce. Les Guinéem ne l’on cependant jamais considéré comme un étranger, même lorsqu’il était l’objet, à l’époque coloniale, des campagnes les plus violentes.
Du reste, sous l’effet conjugué des courants migratoires et des guerres précoloniales, les brassages de populations sont tels, en Afrique de l’Ouest. notamment dans la zone soudano-sahélienne, qu’il faudrait beaucoup de prétention — ou d’ignorance — pour affirmer qu’un peuple occupe encore sa terre d’origine et qu’il n’en a pas bougé.
S’agissant du comportement des Peuls — ou plus exactement de leurs chefs — sous le colonialisme, en Guinée comme ailleurs, l’administration s’est toujours accommodée de la féodalité ou l’a utilisée à ses propres fins. Ce qui est curieux, c’est que le président Sékou Touré, qui gouverne le pays en maître absolu depuis bientôt vingt ans, ne s’en aperçoive qu’aujourd’hui. Et, surtout, qu’il mette ce fait historique à profit pour engager une guerre tribale.

https://i1.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/laveu-telli.jpg?resize=300%2C211 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; display: block;">L’aveu de Telli Diallo sous la torture

Peuls, victimes et non agents du colonialisme

Si des chefs féodaux se sont autrefois compromis, on ne voit aucune raison de s’en prendre aujourd’hui à leurs anciens sujets. Dans la logique de M. Sékou Touré, ces derniers n’étaient-ils pas, dans leur écrasante majorité, des victimes et non des agents du système féodal d’abord, du colonialisme ensuite ? Alors, en dernière analyse, ne sont-ils pas des alliés objectifs des révolutionnaires ? Mais non, le président guinéen rend les Peuls collectivement responsables de tous les maux passés et présents du pays et entend les exterminer en tant que “classe”. Il semble bien qu’on ait affaire à une variété tribale du marxisme !
A entendre le chef de l’Etat guinéen, l’observateur non averti serait tenté de croire qu’au référendum du 28 septembre 1958 le Fouta-Djalon a voté d’un bloc en faveur du oui. La réalité est tout autre. Sur les vingt-six cercles administratifs (préfectures) que comptait la Guinée de l’époque, aucun n’avait donné une majorité de oui. Que ce soit au Fouta-Djalon ou dans les autres régions. C’est à Labé qu’il y eut le plus de votes positifs (27 000 oui sur 113 349 inscrits). Par contre, avec 455 bulletins, Mamou, deuxième ville du Fouta-Djalon, fournit moins de oui que Conakry (991), Kankan (693)et N’Zérékoré (2 158), situées respectivement en Basse-Guinée, en Haute-Guinée et en Guinée forestière.
Si, à l’étranger, les résultats de ce scrutin historique furent considérés comme une preuve de maturité politique des Guinéens, dans le pays nul ne put s’y tromper : le triomphe du non découlait plus de la volonté des dirigeants du PDG et des partis d’opposition, appuyés par les jeunes, les syndicats et les étudiants, que d’une détermination claire des masses paysannes et urbaines en faveur de l’indépendance. En réalité, les électeurs ne purent exprimer leurs suffrages que dans de très rares bureaux de vote. En général, on se contenta de remplir les procès-verbaux sans prendre la peine d’ouvrir les bureaux. Ces vérités sont connues des Guinéens. Et si l’on évite de les rappeler à Conakry, c’est parce qu’elles risquent de ternir la légende tissée autour du non.

L’exil des Peuls

Nous en venons au troisième grief invoqué par le président guinéen contre les Peuls. Considérer l’exil volontaire comme déshonorant pourrait se défendre. Encore faut-il préciser que les émigrants se recrutent dans toutes les ethnies et couches sociales. Chez les Malinkés, les Peuls, les Soussous, les Tomas, les Guerzés, etc., chacun choisit le pays étranger le plus proche de sa région. Les Peuls, plus nombreux dans le pays comme à l’extérieur, vont au Sénégal, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau ; les Malinkés au Mali et en Côte d’Ivoire, etc. Traditionnellement, il s’agissait de courts séjours (le « navétanat » ). Après avoir travaillé au Sénégal le temps nécessaire à la constitution d’un modeste pécule, les Peuls ne manquaient pas de rentrer chez eux pour se marier et se fixer dans leur village. Ayant ordonné à l’armée et à la milice de tirer à vue sur ceux qui franchissent, dans les deux sens, la frontière sénégalo-guinéenne, le président Sékou Touré ne peut s’étonner que les Peuls soient restés si nombreux dans les pays voisins.
La présence d’émigrés chaque jour plus nombreux à l’étranger témoigne d’un échec gênant pour le président. Faute de développer l’économie guinéenne, de créer des emplois et de garantir la sécurité des citoyens, il est évident qu’aucune mesure administrative ne saura mette un terme à la fuite des bras et des cerveaux.
Voici donc le président Sékou Touré engageant la guerre non plus contre une « cinquième colonne » plus ou moins diffuse, mais contre les Peuls en chair et en os. Les extraits que nous publions du discours à peine croyable qu’il a prononcé au mois d’août 1976 ne laissent aucun doute à ce sujet. Ils contiennent des appels au meurtre répétés. Heureusement, il ne semble pas que, plus de deux mois après, ces appels aient été entendus par les autres ethnies.

A suivre..

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