Insulte raciste d’Hapsatou SY par Eric Zemmour : L’apartheid identitaire « Made in France » est en marche !

Au-delà du tollé médiatique suscité par l’insulte raciste d’Eric Zemmour à Hapsatou SY, cette affaire est une étape dans l’entreprise de banalisation de la haine contre les Noirs, les Arabes et l’Islam ; et de consolidation d’un racisme systémique décomplexé. Eric Zemmour n’est pas contre « l’Islam radical », il est tout simplement contre l’Islam. Eric Zemmour n’est xénophobe, il est lui-même d’origine étrangère. Il a juste une haine viscérale contre les africains et leurs cultures. Malheureusement il existe en France des milliers de Zemmour, obsédés par la promotion de la haine, au prétexte de la défense de l’identité culturelle française.

Mais qui est donc Eric Zemmour, le lamentable polémiste qui a insulté Hapsatou SY ?

Zemmour est un délinquant du racisme, condamné comme tél en 2011 pour provocation à la discrimination raciale. Il a défendu avec une fougue déconcertante que la plupart des trafiquants en France sont noirs et arabes, que c'est comme ça, et que c'est un fait. Dans sa délinquance raciste, Zemmour est un récidiviste. Il a aussi été condamné en 2014 pour avoir promu la haine des musulmans au-delà des frontières françaises, en l’occurrence en déclarant dans un journal italien que les musulmans ont leur code civil, c’est le Coran. Qu’on doit les confiner dans les banlieues désertées par les français. En plus d’exprimer honteusement la haine qui le ronge, et qui fait certainement qu’il a une apparence constamment triste et nauséabonde, Zemmour démontrait ainsi son idiotie : en affirmant que les français ont quitté les banlieues à cause des musulmans, il affirme du même coup que tous les musulmans en France sont des étrangers. Or la majeure partie des millions de musulmans en France sont de nationalité française. Mieux, une bonne partie de ces musulmans en France sont plus français que Zemmour, qui ne s’attarde jamais sur ses origines étrangères et sur son nom de famille.
Il n’y a plus besoin de démontrer que cette personne n’aime ni les Noirs, ni les Arabes, ni l’Islam. Mais sa haine atteint le summum de la débauche quand il la pervertit pour en faire un fonds de commerce. Soutenu par des personnalités françaises comme la journaliste Elisabeth Lévy, qui le défendent ou le soutiennent dans cette dépravation haineuse ; conscient qu’une bonne partie des français pensent bas ce qu’il dit haut et fort sur les Noirs, les Arabes et l’Islam, il persiste et signe. Il se livre alors à monnayer cette haine décomplexée. Pour faire des plateaux de télévision et des conférences rémunérées, ou optimiser les ventes de ses livres, il organise un buzz mesquin par une agression préméditée contre les musulmans, les Noirs ou les Arabes. Sa pitoyable stratégie consiste à attiser la haine pour en tirer un tribut. C’est aussi répugnant que l’acte d’un criminel qui viole une femme après l’avoir égorgée. C’est ça Eric Zemmour !

Monsieur Zemmour, c’est vous qui n’êtes pas un enfant de la République. Où étiez vos ancêtres étrangers quand ceux d’Hapsatou SY se battaient vaillamment et perdaient leurs vies pour défendre la république française, lors des deux guerres mondiales et en Indochine ? Hapsatou SY est française de droit, vous êtes un néo-français d’opportunité. Le fait que vos parents aient troqué le nom que vous auriez dû porter pour incarner vos origines, contre le prénom « Eric », ne fait pas de vous un descendant de Clovis, de Vercingétorix, d’un des bâtisseurs ou d’un combattant de la France. Vous et vos parents êtes libres de corrompre votre histoire en vous nommant « Eric ». Vous seriez probablement disposé à changer votre nom de famille « Zemmour » pour devenir « Eric DUPONT », afin de mieux camoufler vos origines étrangères et votre identité religieuse, et berner davantage la France et les français. Hapsatou SY a l’honneur de porter fièrement le prénom qui reflète ses origines africaine, noire, et musulmane. Elle a l’honneur de rester elle-même ; et d’aimer ainsi la France. Vous insultez tous les français vivant à l’étranger qui n’ont pas changé leurs prénoms pour adopter un prénom culturel de leurs pays d’accueil. Selon vous les prénoms de français nommés Emmanuel, François, Nicolas, Marine, Ségolène ou Brigitte sont des insultes, si ceux qui les portent vivent au Sénégal, en Arabie Saoudite, en Inde ou en Chine. Vous insultez tout le monde. Mais je peux vous assurer que votre prénom n’est pas une insulte pour la France. C’est vous-même qui êtes une insulte et une honte pour la France.

Eric Zemmour, Elisabeth Lévy et consorts : Les idiots utiles d’une islamophobie décomplexée.

Distribuer de la haine contre l’Islam et les musulmans risque de devenir « un sport national » en France, si on ne réfrène pas à temps l’ardeur des icônes de l’islamophobie qui gangrènent et polluent les medias. L’insulte d’Eric Zemmour à Hapsatou SY n’est qu’une partie visible de l’iceberg immergé, nourri par des mercenaires islamophobes de plus en plus décomplexés. Elisabeth Lévy fait partie de ces snipers soutenus par des lobbies pour alimenter les logorrhées médiatiques anti-islam. Prétextant le port d’un Burkini par quelques très rares musulmanes, elle a œuvré, comme Zemmour et Manuel Valls ancien premier ministre français, à discréditer l’Islam en France. Elle a utilisé de manière burlesque les lignes d’un journal qu’elle dirige pour établir, hasardeusement, un lien de causalité entre le port du Burkini et l’émergence en France d’un Islam radical et séparatiste. Cette même Elisabeth Lévy disait que la France a le droit de choisir ses musulmans et doit les émanciper. Ses propos sont dangereux pour l’unité nationale et la paix sociale en France. Ce sont les mêmes propos, fomentés par des fascistes et nationalistes, qui ont abouti à des idéologies mortifères. Hitler disait la même chose à propos de l’Allemagne et de la race aryenne qui auraient, selon lui, le droit de choisir leurs populations, et de les purifier en les débarrassant des juifs. Le sort monstrueux infligé par les nazis aux parents juifs d’Elisabeth Lévy est une conséquence de cette idéologie identitaire et sélective. La même idéologie que Mme Lévy veut infliger aux musulmans en France. Hélas !

La nomenklatura de l’intelligentsia française est infestée de néo-français opportunistes et dangereux pour la cohésion nationale.
Un constat amer s’impose : Une grande partie des idéologues et promoteurs de la xénophobie en France ne sont pas des français dits « de souche ». L’intelligentsia française souffre d’un cancer sournois : des néo-français, européens naturalisés, étrangers de peau blanche devenus français par la filiation avec un parent français, remplissent les rangs des fachos, xénophobes, arabophones, et negrophobes. Poursuivant dans sa déviance idéologique, Elisabeth Lévy affirme que la femme musulmane qui refuse de se baigner à la plage les fesses en l’air, et qui préfère cacher son intimité par une Burkini, impose à la France des mœurs d’un autre âge. Qu’en est-il des femmes juives qu’on peut voir sur les plages françaises avec des tenues qui cachent intégralement leurs corps ? Mme Lévy dirait-elle la même chose de ses sœurs juives ? Elle crierait probablement à l’antisémitisme si un Blanc, un Noir ou un Arabe disait la même chose d’une juive orthodoxe sur les plages de la Côte d’ Azur. Elle propose qu’on déporte en Afghanistan les femmes musulmanes qui refusent de montrer leurs fesses et leurs bas-ventres avant de se baigner, ou de prendre simplement de l’air sur les plages françaises. Autrement dit, selon elle, la France a le droit de déporter des musulmanes de nationalité française parce qu’elles ont une pratique religieuse différente. D’après cette logique ahurissante, Hitler aurait raison de déporter des juifs à cause de leur différence culturelle et identitaire. C’est grotesque ! Obsédée par sa haine contre ces musulmanes, elle ne se rend pas compte qu’elle est entrain de reproduire le schéma des Nazis qui a abouti au massacre des juifs. Cette obsession inouïe, peut-être innée ou subliminale, laisse penser que Mme Lévy, Eric Zemmour et consorts passeront leur vie à comploter des procès inquisitoires en sorcellerie contre l’Islam, les Noirs et les Arabes. Mais gare à eux : ce ne sera aussi simple qu’une promenade de santé.

Aliou TALL,
Président du RADUCC
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In Memoriem,Tierno Siradiou Bah – Remerciements au Créateur - Partie I

Introduction.

La complexité est ce qui définit les hommes de culture. Ainsi, il est
difficile de parler d’eux de façon brève. En la circonstance,
s’ajoute l’émotion de la perte d’un frère, d’un pilier de notre
mémoire collective et d’un militant de la réhabilitation de nos
cultures. Les témoignages qui suivent sont sur les parcours de Tierno
Siradiou et les assises de son engagement. Ces facettes de l’homme
sont présentées ici en trois bribes. Ces bribes aident à atténuer la
douleur de sa perte. Pour moi et j’espère pour les lecteurs qui l’ont
connu. J’espère aussi que Dieu me donnera le temps et la force de
revoir le tout dans une présentation plus exhaustive de l’homme, pour
célébrer sa mémoire et évaluer l’impact qu’il a eu et va continuer à
avoir.

Il toucha des milliers de vies.

Un jour à l’aéroport de Labé, alors que j’étais collégien et que
Siradiou était à l’Institut Polytechnique de Conakry, des cousins me
présentèrent à Jean Claude Westrepen, un ancien professeur de
Siradiou. Westrepen était d’origine belge et bien connu à Labé pour
son caractère extraverti et son engagement politique. Il mourra
malheureusement au camp Boiro. Après les présentations, Westrepen me
dévisagea et dit :

· Il doit surement être bête. Une famille ne peut pas avoir
deux Siradiou Bah.

J’étais abasourdi. Mais je souris. Westrepen me serra la main pour
indiquer que la boutade était pour marquer son admiration pour son
ancien élève.

Nombreuses furent les occasions où on me présentait comme « le jeune
frère de Siradiou Bah ». Il était de facto, l’inspiration et
l’exemple à suivre. Avec sa disparition, je me rends compte qu’il
l’était pour des milliers de Guinéens et d’Africains. Homme distant,
il avait quand même un sens aigu de la réalité sociale doublée d’une
honnêteté intellectuelle rare. Par ce biais, il put toucher des
milliers de vies ; pour le bien en ce que je vois. Entre autres, il
revivifia d’outre-tombe et de l’oubli, des spectres du chainon des
crimes des gouvernants de notre pays. Il contribua ainsi à sauver de
la perdition les espérances de la rédemption d’un pays en chaos. Ces
spectres vont ainsi hanter la Guinée aussi longtemps qu’on n’aura pas
nettoyé les mensonges et déterminé les circonstances des crimes inouis
qui ont essaimé notre courte histoire. Tierno a planté l’aiguillon de
la mauvaise conscience dans les âmes d’une nation en faillite. En soi,
cela est salutaire. Esprit éclectique, Siradiou savait toutefois qu’il
ne suffit pas de mettre fin à l’érosion programmée de la mémoire
collective. Il faut, pour que la nation sorte des cendres de la
faillite, redonner sa place primordiale à la culture. Il disait que
c’est « non seulement le dernier refuge, mais aussi le seul tremplin
pour nous sauver de la perdition ».

Remerciements au Créateur.

A l’unisson nous saluons le gardien de la mémoire et le pionnier au
portique de la culture. Ensemble, en ce moment de connivence et de
recueillement, nous disons bon voyage vers l’Eternel et vers
l’éternité à l’érudit et au maître. Nous remercions Allah tous les
jours pour le cadeau irremplaçable de la vie. Nous le remercions en
l’occurrence de l’avoir créé et d’en avoir fait un des nôtres.

Sur ses web sites, Siradiou a une rubrique intitulée YAAFAGOL. Elle
évoque notre mère, notre père et le creuset du Fouta-Djallon natal. Il
y écrit :

YARLOƊEN, DUANOƊEN TIERNO SAIDOU KOMPANYA E HADJA KADIDIATOU MANDA

EN BARKINORII INDE ALLAAHU
Au nom d’Allahou

JOM MOƳƳERE HUUƁUNDE
Le détenteur de dons infinis

JOM MOƳƳERE HEERIINDE.
Le maitre des biens illimités

YO ALLAAHU JUULU
Qu’il dirige sa prière

E KOOHOO MEEƊEN MUHAMMADU Vers
notre prophète béni Mouhamadou

E AALII EN,
A ses proches

E SAHABAA EN MAKKO.
A ses disciples.

O HISNA ƁE HISNUDE.
Qu’il les protège à jamais

JOOMIRAAWO MAA REWETEEƊO Un être à adorer

TANAA ALLAAHU ON ALAA.
A la place de Allah, il n’y en point

Empruntant à Tierno Samba Mombéya, l’érudit du 18-ème siècle, je
renvoie à Tierno ces prières et je formalise ici une sorte de
testament. Je prie Allah de les lui faire parvenir ; sur son lieu de
repos, dans le cimetière de Dombi près de nos parents, nos frères et
de nombreux aïeux ainsi que dans l’Olympe des fidèles auxquels il a
accordé sa miséricorde.

MI NYAAGIKE KALA JANGUƊO ƊII ƊERI WEB A
ceux qui lisent ces pages web, je supplie

“NDE O DU'OO O TORANOO” MAWƁE ƁEN “TO ALLAH MALAL. “qu’il ajoute nos
parents dans ses prières – pour la miséricorde de Allah »

BELA ALLAH NO JAABORA BARKI NULAAƊO Espérant qu’il
sera entendu par la grâce du prophète

E DENDAANGAL JOM HORMINAGOL. Ainsi que
l’ensemble de la communauté de la foi

YAA JOOMAN JUL E TEFOOWO AMEN
Oh ¡ mon Dieu ! Je supplie ta miséricorde sur notre prophète

JAƁANAA MO TEFOORE TO SATTI KULOL.” Accepte sa
plaidoirie à l’heure de la peur des épreuves

Testament du futur.

Il va sans dire que l’œuvre de Tierno Siradiou Bah doit être
poursuivie. Nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés pour la
préservation du patrimoine culturel qu’il a laissé. Ce patrimoine nous
est commun. Il nous incombe de l’étendre et d’en faire une source
d’éducation. Il participe à l’accouchement difficile d’une nation
viable. Actuellement il consiste aux sites web suivants :

1. blogguinee.net

2. campboiro.org

3. semanticafrica.net

4. webafriqa.net

5. webameriqa.com

6. webcote.net

7. webforet.net

8. webfuuta.net

9. webguinee.net

10. webmande.net

11. webpulaaku.net

Les personnes intéressées peuvent envoyer un email pour indiquer les
contributions qu’elles peuvent apporter :

· Levées de fonds avec des amis

· Assistance technique de programmeurs web

· Rassemblement et classification de documents et de témoignages etc.

Un comité de pilotage sera créé pour proposer les plans d’actions pour
le futur. Les propositions de participations peuvent être adressées
aux emails suivants :

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fait, il peut y avoir des erreurs d’accès ou de présentation qui
seront corrigées avec le temps.

Ourouro Bah

(Prochaine partie : Tierno Siradiou Bah –Le socle et le parcours)

Partie-1-SiradiouBah-Salut au Pionner
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Une ombre sur le Rio Pongo

Des hauts plateaux du Fouta-Djallon, par des chemins sinueux, des rivières s’épanchent vers l’est et le sud de l’Afrique de l’ouest. Vers la côte d’autres se déversent en flots et en chutes. Ensuite ils se dispersent dans le parterre des riches plaines alluvionnaires de l’extrême Basse-Guinée - créant l’impressionnant réseau des « rivières du sud ». Les noms des fleuves et des rivières sont des mélanges de langues et de légendes locales auxquels s’ajoutent les dénominations étrangères qui évoquent la traite des noirs et les rudes conquêtes auxquelles la région fut soumise : on parle de Cogon ou Rio Componi, de Bourounao et de Tinguilinta ou Rio Nunez, de Forécariah, de Méllacorée, de Fatala ou de Rio Pongo etc.  Les fleuves du sud s’entrelacent dans des écheveaux avant de s’ouvrir sur l’océan en plusieurs estuaires dont le plus dramatique est celui du Rio Pongo ou Fatala. L’estuaire du Rio Pongo fut le point d’aboutissement principal des routes de la traite des noirs de l’intérieur du continent.  Aussi, avant le choix du Liberia, il fut considéré comme point de rapatriement des esclaves libérés du 19ème siècle.  C’est dans cette embouchure - après des tortures au camp Boiro - que fut jeté vivant un homme au parcours honorable et exceptionnel : Karim Bangoura.

Naissance et formation

Karim Bangoura naquit le 17 juillet 1922 à Wonkifong, province du Soumbouya-Coyah. Il est issu d’une famille de la chefferie locale dont le règne remonte aux années 1800. Parmi les régnants de sa famille dans le Wonkifong-Soumbaya il y a son oncle, l’Almamy Belia Bangoura.  A la mort de cet oncle, l’Almamy Sogbe Ismael Bangoura, père de Karim, fut désigné chef de canton Wonkifong-Coyah. Il s’installa plus tard à Coyah dans un domaine royal. Il prospèrera et fut respecté parmi les siens.  Mortifié par l’arrestation de son fils, l’Almamy du Soumbouya-Coyah mourra à la fin des années 1971.

Karim Bangoura fit ses études primaires et secondaires en Guinée. Après cette formation, il reçut une formation militaire en Côte d’Ivoire. Il en sortit avec le grade de sergent-caporal. Remarqué par ses superviseurs pour son intelligence, il sera encouragé à fréquenter l’école William Ponty d’où il sortit dans la prestigieuse branche des instituteurs.

Carrière et engagement politique

De 1945 à 1956, Karim Bangoura fut instituteur à l’école de Sandervalia, à Conakry.   En même temps, il participe activement à la vie politique de la Guinée qui s’animait suite à l’abolition de l’indigénat. Il fut parmi les fondateurs du Bloc Africain de Guinée (BAG) avec Barry Diawadou, Amara Soumah and Framoï Berété. En 1954, il sera élu comme conseiller de l'Union Française en remplacement de Diawadou Barry. Il y siégera avec le groupe radical, tendance Mendès-France. Entre 1957 et 1958 il fut conseiller de l’Union Française à Versailles.  

En même temps, Karim Bangoura participa à la création de l'Union de la Basse-Guinée.  L’Union connaitra de profondes scissions en son sein. Une partie rejoindra le RDA. Le groupe restant fondera, le 25 juin 1949, le Comité de Rénovation de la Basse-Guinée sous la direction de Karim Bangoura et de Naby Youla. Le Comité de Rénovation de la Basse-Guinée s’opposa aux violences politiques du PDG. Ses responsables chercheront en vain à les contenir. Karim Bangoura dénonça la complicité du Haut-commissaire Bernard Cornut-Gentille auquel il adressa un télégramme de reproches :

Gravité des incidents de Coyah marque faillite politique de complaisance avec le RDA que vous avez instaurée.

Le chauffeur de mon père tué, la maison de mon oncle saccagée et ses filles violées, soulignent étendue de vos responsabilités.

Ma douleur immense m'encourage à vous dénoncer auprès des hautes autorités de la métropole comme soutien officiel et déclaré des extrémistes africains fauteurs de troubles.

Les agissements du RDA restent votre œuvre. La carence de l'autorité locale en découle.

La mise à feu et à sang de ce pays jadis paisible continuera à peser sur votre conscience, car vos rapports officiels n'ont pas traduit la vérité sur le caractère du RDA.

Je reste fidèle à la France et à la Guinée, et vous pouvez compter sur ma détermination farouche contre votre politique néfaste pour la présence française.”

Face à la collusion entre le Haut-Commissaire et Sékou Touré, les forces d’opposition se regrouperont sous la bannière du PRA. Elles organiseront des actions punitives contre les milices du PDG/RDA. En même temps, les autres sections africaines du RDA feront pression sur Sékou pour fin aux violences de ses milices. Sékou observera un arrêt temporaire, attendant des occasions propices. Il liquidera tous ses adversaires une fois qu’ils s’uniront pour acquérir l’indépendance.

Au service de la Guinée indépendante.

Entre 1959-1962 Karim Bangoura est Directeur de Cabinet au Ministère de l’Information et du Tourisme sous le Ministre Camara Balla.   Karim Bangoura se fait remarquer par son engagement pour la jeunesse et la promotion de la culture. Un engagement qu’il démontrera le reste de sa vie. Il supervise notamment la production des Premiers Disques 45 tours (rouge) sur la musique Guinéenne.

En 1963, il est nommé comme troisième ambassadeur de la Guinée aux Etats-Unis, aux Canada, couvrant en même temps l’Angleterre.  Il exercera cette fonction de 1963 à 1969 poursuivant l’œuvre de Diallo Telli et Dr. Seydou Conté.  Karim Bangoura y montre des qualités qui lui valent l’admiration de tout le monde diplomatique à Washington. Il sera honoré comme meilleur ambassadeur à Washington.  

 

A l’instar de ses prédécesseurs, Karim Bangoura cultiva des relations avec plusieurs personnalités politiques des Etats-Unis pour élever le profil de la Guinée. Il était apprécié par les grandes figures du mouvement d’émancipation des noirs aux Etats-Unis : Dr. Martin Luther King et Harry Belafonte ainsi que les ambassadeurs des USA en Guinée comme James Loeb et Roobinson Mcllvaine. Ils constituèrent un lobby puissant pour la Guinée auprès des sénateurs et représentants influents de l’époque ainsi que des membres du gouvernement :   Edward Brooke du Massachussetts, Frank Church de Idaho, Daniel Inouïe de Hawaii, la famille Kennedy, John et ses frères Senator Edward Kennedy, Robert Kennedy, Sergent Shriver, fondateur du corps de la Paix avec le Président Kennedy, le secrétaire du département d’état Dean Rusk.  Tout le gotha diplomatique de Washington était souvent présent lors des réceptions de la fête de l’indépendance de la Guinée. Ces relations assureront à Karim Bangoura des réalisations importantes au profit de son pays.

D’impressionnantes réalisations

Karim Bangoura négocia avec Henri Norman, directeur du corps de la paix, l’envoie du bateau Hôpital Hope en Guinée. Le bateau était complètement équipé pour des soins gratuits dont beaucoup de guinéens bénéficièrent.

Profitant de ses entrées dans la sphère de l’administration américaine, Karim Bangoura négocia aussi le premier financement du plus grand projet CBG d’une valeur initiale de 250 millions de dollars, le plus grand projet minier en Afrique à l’époque. Ce fut un point fort de sa carrière. Ce projet fit vivre le régime de Sékou Touré pendant des années. En d’autres circonstances, il aurait contribué à faire décoller l’économie guinéenne.

 

En même temps, l’ambassadeur cultiva de bonnes relations avec Joseph Harari de l’American Trade Sale ainsi qu’avec les responsables de la Fondation Ford. Grace à lui la Panam Airways lança son vol transatlantique en Afrique de l’Ouest qui reliait Conakry à New-York. A bord du premier vol, il y avait de fameux journalistes du temps tel que Collingwood ainsi que Sergent Shriver, Lansana Beavogui et Achkar Marof. 

Ancien instituteur, Karim Bangoura avait le culte de l’éducation.  Comme ambassadeur, il suivait de près les étudiants boursiers guinéens par le canal du Bureau Culturel de l’Ambassade. Ses encouragements contribuèrent à l’éducation de plusieurs guinéens dans les meilleures universités américaines. Parmi eux, il y a feu Edouard Benjamin, El Hadj Thiam Tafsir, El Hadj Abdoulaye Bah, El Hadj Alpha Bah etc... Tous gardent de Karim Bangoura de souvenirs émouvants et ressentent avec amertume sa tragique fin.

Dans le collimateur de Sékou Touré et de Ismael Touré. 

En 1969, Karim Bangoura est nommé comme Ministre des Mines et de l’Industrie. A ce poste, il supervise les travaux initiaux de la CBG.  Ismael Touré convoitait le poste et s’irritait de l’admiration que les étrangers avaient pour Karim Bangoura pour son intellect et son dévouement à la Guinée. Il développa une animosité profonde contre Karim Bangoura et cherchera à le compromettre auprès de Sékou Touré. Il lui proposa notamment de l’aider à renverser son demi-frère.

En outre, Sékou n’avait pas oublié que Karim Bangoura avait dénoncé ses relations avec le Haut-Commissaire, Bernard Cornut-Gentil. Ismael fit feu de tout bois pour récupérer le poste qu’il jugeait lucratif de ministre des mines. En 1970, Karim Bangoura est nommé ministre des Transports. A ce poste aussi, il laissa des marques indélébiles.  En moins d’un an, il améliora le transport urbain et inter-régional de la Guinée. Il mit en place notamment le service des TUC – Transport Urbain de Conakry. 

Le débarquement du 22 Novembre offrira aux deux frères - Sékou et Ismael Touré -  l’occasion de se défaire de l’homme dont l’aura, l’intelligence et l’intégrité étaient un rappel constant de leur imposture et de leur médiocrité.

Durant le débarquement du 22 Novembre 1970

Après le débarquement de Novembre 1970, Sékou voulait convaincre l’ONU que la Guinée était sous l’attaque d’un pays colonialiste en passant sous silence la participation de guinéens au débarquement. En outre, il voulait dissimuler le marchandage qu’il avait fait avec les colons portugais – sur le dos du PAICG - pour faire libérer les prisonniers détenus par le mouvement de libération. Sékou privait ainsi le PAIGC d’un moyen de négociation contre leurs adversaires colons.   

Mais, les rapports de Sékou Touré avec le secrétaire général de l’époque, U-Thant Sékou s’étaient détériorés suite à l’arrestation de Achkar Marof anciennement représentant de la Guinée à l’ONU. U-Thant était intervenu en vain auprès de Sékou Touré pour obtenir la libération du diplomate guinéen. Sachant que Karim Bangoura jouissait d’un grand prestige à Washington et à l’ONU, Sékou le supplia de convaincre les institutions onusiennes. Karim Bangoura se rendit au domicile de René Polgar, le représentant du PNUD à Conakry. Il le convainquit de soutenir la thèse de l’invasion étrangère. Le Portugal fut condamné par le conseil de sécurité de l’ONU. Un support international presque unanimement pour la Guinée s’en suivit.

Dans l’engrenage des purges

Assurée du soutien international et de l’effet des pendaisons et assassinats du 25 Janvier 1971, Sékou entreprit une seconde phase de purges et d’assassinats avec l’aide d’un agent tchécoslovaque, le docteur Kozel et d’autres comparses comme Siaka, Ismael et Emile Cissé.

« Le système des enquêtes fut décentralisé. Le Comité Révolutionnaire établit des commissions à Kankan, Kindia, et pour un certain temps à Gaoual et à Koundara ». Les Guinéens vivaient en sursis. Chaque soir, chacun attendait avec inquiétude les informations de 20 heures à la radio nationale dont les éditoriaux étaient des imprécations contre des personnes détenues ou en liberté. Ensuite c’était la récitation des aveux de détenus enregistrés sous la torture. Ceux qui étaient dénoncés et laissés en liberté subissaient un véritable ostracisme. Parents et amis les évitaient. Les arrestations s’opéraient de façon inattendue et capricieuse, de jour comme de nuit, sur les lieux de travail, à domicile, ou sur la route. L’ordre fut donné aux 8000 comités de base du Parti de procéder à l’arrestation des personnes dénoncées et de les transférer aux permanences fédérales du Parti. Une psychose de justice de foule s’installa dans tout le pays avec des règlements de compte, de la délation tout azimut et des comportements sombres de survie personnelle à tout prix.

Les arrestations étaient systématiquement suivies de la « diète » - une privation totale de nourriture - pour affaiblir les détenus avant de les soumettre aux séances d’interrogatoire sous la torture. La quasi-totalité des accusaient n’avait pas la force de résister. Les détenus acceptaient de reciter les aveux préfabriqués contre un morceau de pain et une tasse de boisson chaude. Ils s’accusaient de crimes monstrueux et dénonçaient des amis ou des parents en liberté ou déjà en prison. Le cycle se répétait tous les soirs.

Arrestation, tortures et assassinat

C’est dans ce climat qu’un soir de juillet 1971, le commentateur de la radio évoqua le nom de Karim Bangoura à plusieurs reprises.

« Après un moment, il fit un rectificatif disant qu'une erreur s'était glissée au cours du bulletin- Il s'agissait bien évidemment du traître Karim Fofana et non du secrétaire d'Etat Karim Bangoura.

Le père de Karim Bangoura, inquiet, fut reçu quelques jours après par Sékou Touré en compagnie de son fils. Sékou les rassura, et précisa même :

- C'est l'un de mes meilleurs cadres. Ce sont les ennemis de la Révolution qui font courir les fausses rumeurs de son arrestation. Il n'est pas question de l'arrêter.

Poussant le cynisme à son comble, quelques jours après, Karim Bangoura fut chargé de l'inauguration de l'usine de céramique que les Coréens venaient de réaliser à Matoto. C'étaient des missions dévolues jusqu'alors aux seuls membres du Bureau Politique du parti.

Cependant, le 1er août 1971, le nom de Karim fut de nouveau cité dans une déposition. Aucun rectificatif n'ayant été fait jusqu'à la fin de la déposition, les responsables du comité mirent à exécution les consignes du parti. Karim Bangoura sera arrêté à son domicile à Matam-Lido dans la journée, en présence de sa maman.  

« Bien entendu Sékou Touré pourra toujours dire qu'il avait tenu parole. Il n'avait pas arrêté Karim puisque c'est le peuple qui l'avait fait. »

Comme tous les suppliciés du PDG, Karim Bangoura sera torturé et fera des aveux grossiers. On le fera avouer d’avoir été recruté par la CIA moyennant la somme de 400 mille dollars par mois (Note 2).  Il sera jeté vivant dans le fleuve Fatala (Boffa), à partir d'un hélicoptère. Les rumeurs de l’époque dirent que le mode d’assassinat avec été prescrit par les chamans comme sacrifice pour la gloire de Sékou Touré.

Notes :

Note 1 :

Beaucoup de données de cet article ont été fournies par la fille ainée de Karim Bangoura, Madame Amy Soumah. Elle a ces mots : « Je souhaite fermement que Dieu me donne le temps de collecter tous ces mémoires avec précision et détails à l’appui.  Je suis si fière de [mon père] et chaque jour que je respire, je m’inspire de ses actions ».

Note 2:

William Attwood, ambassadeur des USA à Conakry (1962-1964), écrivit le 9 août 1988 : “Mon ami Karim Bangoura, ancien ministre de l'information, a succombé à la diète noire après avoir signé une fantastique confession dans laquelle il m'accusait de l'avoir recruté pour la CIA et de lui avoir donné une Ford ainsi que 400.000 dollars par mois ! Bangoura, en réalité, était l'un des très rares hommes politiques africains que j'ai rencontrés et qui ne m'aient jamais demandé la plus petite faveur.”

Note 3 :

Cet article est tiré d’une série d’émission radios que Pottal-Fii-Bhantal et Radio Gandal organisent chaque 15 jours sur l’histoire contemporaine de la Guinée. La version pular sur Karim Bangoura est disponible en ligne sur YouTube.com.  https://www.youtube.com/watch?v=hN_rpWQA7hM

Ourouro Bah

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LA SALE GUERRE DE SÉKOU TOURÉ CONTRE LES PEULS (PREMIÈRE PARTIE)

Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique

Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par Jeune Afrique sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre l’Etat.  La rédaction de l’hebdomadaire — dirigée à l’époque par feu mon neveu Siradiou Diallo —passe au peigne fin et réfute les allégations du leader guinéen. A l’appui de son argumentation Jeune Afrique reproduit de larges extraits des propos incendiaires de Sékou Touré. J’invite les lecteurs à appliquer leur esprit critique sur ces passages. En particulier sa caricature de l’histoire du Fuuta-Jalon, et ses racontars sur la bataille de Poredaka et la fin de l’Almaami Bokar Biro en 1896. Car il s’agit là d’affabulations grossières et de calomnies indignes d’un chef d’Etat. Je compte apporter plus tard des corrections aux élucubrations du président. J’attire pour le moment l’attention sur son interprétation moralisatrice et péjorative de l’Histoire, concernant (a) la rivalité entre les cousins Sori Yillili et Bokar Biro et (b) les résultats du référendum de 1958. La lutte pour le pouvoir est une question d’intérêts et de rapports de forces. Ainsi, lorsqu’il se sentit en position de faiblesse, Daye Kaba, noble de Kankan, fit appel au lieutenant-colonel Archinard contre Samory en 1891. Ce fut le début de la fin pour l’Empereur du Mande … En rétrospective, Sori Yillili et Daye Kaba eurent tort  de pactiser avec les troupes de conquête françaises… Dans son délire anti-fuutanien Sékou Touré n’eut pas  l’honnêteté de rappeler la faillite identique des deux hommes.…  Et il eut l’arrogance de faire des remontrances et des reproches aux dirigeants et familles du Fuuta ! Alors que depuis 1954, il avait déjà fait empoisonner, fusiller, pendre, égorger, enterrer vivants et mourir de faim des dizaines de milliers de Guinéens. Alors que depuis 1958, sa politique ruineuse avait forcé plus deux millions de citoyens à s’exiler. En août 1976 il avait décidé d’assassiner Telli Diallo, qui — avec ses co-accusés, Dr. Alpha Oumar BarryAlioune Dramélieutenant Alhassane Diallocapitaine Lamine Kouyaté, etc. — mourra atrocement de privation totale d’eau et de nourriture (diète noire) au Camp Boiro au premier trimestre de 1977. Sékou détruisit physiquement Telli (voir photo plus bas). Mais le martyre du premier secrétaire général de l’OUA a gravé son nom et son palmarès au fronton lumineux de l’histoire de l’Afrique. Professeur-docteur Charles Diané témoigne que Sékou Touré  “guettait depuis toujours (un Telli), qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène.”
En 2010 le candidat Alpha Condé ne manquait pas d’éloges pour Sékou Touré. Il alla jusqu’à dire qu’il reprendrait la Guinée là où le tyran l’avait laissée. D’une pierre deux coups. D’un côté, il snobbait ainsi le règne de Lansana Conté. De l’autre, il courtisait et flattait un électorat malinké pris — comme celui des trois autres régions naturelles — dans les filets du piège ethnique politicien. La ruse consista alors à se faire passer pour un héritier politique de Sékou Touré ! Je paraphraserai un proverbe bien connu : « Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es ! » Par démagogie électoraliste, M. Condé avait “oublié” ou “pardonné” sa condamnation à mort par contumace en 1971. Toutefois, après sa réélection en 2015, il jetta bas le masque. Tout en évitant de nommer ses cibles, Alpha Condé s’attaqua vicieusement “à certains” cadres de la Haute-Guinée. Dans un discours inflammatoire — à l’image de Sékou, son “idole” —, il dénonça leur duplicité et leur opportunisme. C’est exactement ainsi — en fait pire — que le “Responsable suprême de la révolution” renia, et souvent élimina, ceux qui l’avaient aidé à monter au pouvoir.…
Le texte complet des discours  de Sékou Touré est accessible à la bibliothèque de webGuinée.
Tierno S. Bah

Sékou Touré : “Je déclare la guerre aux Peuls”
Jeune Afrique, no. 827 du 12 novembre 1976, pp.30-35

https://i1.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/sekou-toure-22-aout-1976.jpg?resize=300%2C196 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; border-width: 1px; border-style: solid; border-color: rgb(221, 221, 221); height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; overflow: hidden; padding: 10px; border-radius: 10px; background-color: rgb(245, 245, 245); display: block;">Président Sékou Touré, Conakry, 22 août 1976

Table des matières

Le marxisme-tribalisme
Toute l’ethnie peule est coupable
De violents brassages de populations
Peuls : victimes et non agents du colonialisme
L’exil des Peuls
Discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré : extraits

Le marxisme-tribalisme

Ce n’est pas la première fois que le président Sékou Touré part en guerre contre les Peuls en Guinée. En mai 1958 notamment, le secrétaire général du PDG (Parti démocratique de Guinée) n’avait pas hésité à dresser les chômeurs de Conakry, soutenus par des renforts du même genre recrutés à Freetown (Sierra Leone), contre ceux qu’il désignait alors du terme de saboteurs. Officiellement, il visait tous les militants du parti adverse, ceux du BAG (Bloc africain de Guinée). En fait, les commandos de tueurs, dirigés par le célèbre Momo Jo Soumah, s’en prenaient essentiellement aux Peuls. Motif ? Le leader du BAG, M. Barry Diawadou, appartenait à leur ethnie.
Le parti de M. Sékou Touré, solidement implanté en Basse-Guinée, n’avait jusqu’alors rencontré qu’un succès mitigé au Fouta-Djalon. L’origine sociale du leader du PDG, son style plébéien et ses méthodes directes avaient été à l’origine de sa popularité à Conakry et ailleurs ; ils constituaient autant de handicaps dans la société aristocratique, hiérarchisée, aux normes et aux manières feutrées, du Fouta-Djalon, du Moria (en Basse-Guinée) ou de Kankan (chef-lieu de la Haute-Guinée).

https://i2.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/saifoulaye-sekou-mafory.jpg?resize=300%2C217 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; border-width: 1px; border-style: solid; border-color: rgb(221, 221, 221); height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; overflow: hidden; padding: 10px; border-radius: 10px; background-color: rgb(245, 245, 245); display: block;">Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d’Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite – T.S. Bah)

Note. — Le processus de  marginalisation de Saifoulaye (mon cousin maternel) par Sékou Touré fut graduel et inversement proportionnel au rôle politique pionnier et à l’importance centrale de celui-ci dans l’évolution du PDG.
François Mitterand (1962) évoque “La forte et intéressante personnalité de M. Saifoulaye Diallo, dont le rôle en Guinée est considérable…”
Sur place à Conakry, Pr. Bernard Charles (1963) s’interroge et se rend compte de l’autorité et du prestige du président Diallo. « Il prend rarement la parole, accorde peu d’interviews. Mais il est toujours présent. »
Ameillon (1964) souligne que “Le rôle principal dans (la) réforme (du parti) revint à Diallo Saifoulaye, grand Foula dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique. C’est lui qui avait le mieux assimilé l’enseignement politique, qu’ils avaient tous trois reçu dans la cellule” des Groupes d’études communistes, “créée à Conakry dans les années 1945-1946, par quelques instituteurs européens communistes,” dont Jean Suret-Canale.
De 1947 à 1951 Saifoulaye partagea les commandes du parti successivement avec Madeira Keita et Amara Soumah. Durant cette période Sékou Touré venait au quatrième rang dans la hiérarchie du leadership. En 1951, il usurpa le secrétariat général suite à la démission de Soumah et à l’affectation de Keita et Diallo au Dahomey (Bénin) et en Haute-Volta (Burkina Faso), respectivement. Saifoulaye retourna à Conakry en 1953.  Affaibli par la tuberculose, il continua néanmoins ses activités et réoccupa sa fonction antérieure de secrétaire politique du PDG. Mais, entretemps, les ambitions de Sékou avaient pris de l’envol, surtout grâce au financement  d’Houphouët-Boigny, président du RDA, et à l’appui de Bernard-Cornut Gentille, gouverneur général de l’Afrique occidentale française, basé à Dakar. Il n’empêche. L’ascendant de Saifoulaye sur les cadres du parti demeura intact.
R. W. Johnson
 (1970) note : « Throughout the PDG Saifoulaye Diallo was widely regarded as a more “intellectual” leader than Touré and of greater moral stature. Indeed, there were persistent rumours of a putsch to replace Touré with Saifoulaye Diallo at the head of the PDG, rumours which never came to anything because Saifoulaye Diallo was apparently unwilling to involve himself in such a move.»…
Saifoulaye cumula les fonctions de secrétaire politique et de président de l’Assemblée, territoriale d’abord, de 1957 à 1958, puis nationale, de 1958 à 1963. Le bicéphalisme battit son plein à la tête de l’Etat durant les premières années de l’indépendance. Les portraits des deux hommes décoraient les bureaux et les lieux publics. Et la presse domestique et nationale couvrait les présidents Touré et Diallo. Toutefois, Ibrahima Baba Kaké (1987) souligne qu’au séminaire des cadres tenu à Foulaya, Kindia, en  1962, une majorité simple se prononça en faveur de l’élection de Saifoulaye comme secrétaire général. On demanda à Sékou Touré de se consacrer seulement à la présidence de la république. Mais Saifoulaye déclina et se désista en faveur de Sékou Touré. Cet incident dramatique au plus haut échelon du parti raviva la rivalité qui avait toujours existé entre les deux hommes. La réaction de Sékou fut prompte. Dès janvier 1963 il parvint à supprimer le poste de secrétaire politique, qui faisait de Saifoulaye le numéro 2 officiel du parti. Et il l’enleva de l’Assemblée nationale en le nommant ministre d’Etat. Le parlement était, certes, une simple chambre à échos des décisions du Bureau politique national — dont Saifoulaye était la cheville ouvrière. Mais, en raison de sa stature historique et de son influence réelle, la présence de ‘Saifon’ à la tête de la branche législative constituait en même temps, de jure et de facto, un contrepoids au pouvoir exécutif, exercé par Sékou Touré.…
Si en 1976 le complot peul visait Telli Diallo au premier chef, Sékou Touré n’avait en rien oublié Saifoulaye, son camarade, 
alter ego et adversaire de toujours. Il avait commencé à humilier cet arrière-petit fils du grand Shayku Umaru Rafiyu Daara-Labe Barry à partir de 1971, date à laquelle il décapita la famille de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, grand-oncle maternel de Saifoulaye. En 1976 sa haine décupla. Il enferma au Camp Boiro de nombreux parents et alliés de Saifoulaye : Hadja Kadidiatou Bobo Diallo, soeur cadette, Elhadj Amadou Lariya, oncle, Abdou Bangoura, chauffeur de longue date, etc.…– T.S. Bah

“Toute l’ethnie est coupable”

Les actions violentes organisées par le PDG et qui devaient se traduire par plusieurs centaines de morts froidement abattus dans les rues de Conakry visaient un double but : d’une part, intimider les dirigeants du BAG et saper le moral de leurs troupes ; d’autre part, donner un pouvoir sans partage à M. Sékou Touré. En mettant fin aux rivalités politiques de l’ère coloniale, le référendum du 28 septembre 1958 scellait du même coup l’unité nationale autour du president guinéen. Depuis, avec le creuset du parti unique où se fondaient tous les particularismes sociaux et régionaux, les relents tribalistes semblaient s’estomper au profit de l’impératif unitaire.
Aux yeux des Guinéens, l’arrestation et la liquidation physique de tous les anciens leaders peuls ainsi que d’un grand nombre d’intellectuels de la même ethnie ne pouvaient être considérées comme une entreprise d’essence tribale. D’autant que chaque vague d’arrestations emportait des ressortissants d’autres ethnies: soussous, malinkés, tomas, guerzés, etc. Tout au plus pouvait-on noter une forte proportion de Peuls dans chacune des charrettes empruntant le chemin du camp Boiro. Mais cette ethnie représentant à elle seule plus des deux cinquièmes des habitants du pays, avec un rapport encore plus élevé parmi les intellectuels, n’était-il pas logique que la fraction la plus nombreuse de la population soit également la plus représentée en prison ? En outre, comment soupçonner le président guinéen, auréolé du fameux non de septembre 1958 et qui affiche un progressisme militant, de menées tribalistes ? A l’intérieur et, à plus forte raison, à l’extérieur de la Guinée, il présentait, au contraire, le visage charismatique d’un leader entièrement tendu vers la réalisation d’objectifs supranationaux, pour ne pas dire universels. Bref, l’opinion semblait dominée par un syllogisme qui s’articule ainsi : Sékou Touré est révolutionnaire et anti-impérialiste ; la révolution et l’antiimpérialisme sont incompatibles avec le tribalisme ; donc, Sékou Touré ne peut pas être accusé de tribalisme.
Seulement voilà ; aujourd’hui, le président ne s’en prend plus à tel ou tel « agent du colonialisme » et à la « cinquième colonne » comme il en avait coutume. Il déclare ouvertement la guerre à une communauté considérée globalement. A supposer que M. Diallo Telli soit coupable des crimes qui lui sont reprochés, pourquoi étendre sa culpabilité à l’ensemble de son ethnie ? Comment concilier en tout cas le concept de responsabilité collective avec les principes révolutionnaires et généreux dont se réclame le président ? Comment le marxisme-léninisme peut-il s’accommoder de la guerre ethnique ? Car, cette fois, il s’agit bel et bien d’une guerre dirigée contre les Peuls. Entreprise dangereuse s’il en fut puisqu’elle met en cause l’un des piliers de l’Etat : l’unité nationale.
Les dirigeants africains sont généralement si conscients de ce danger qu’ils ne se hasardent pas sur ce terrain marécageux.
L’attitude du président Sékou Touré paraît sans précédent. Alors que tous ses homologues s’efforcent de rassembler les diverses ethnies composant leurs pays respectifs et, par là même, de consolider les bases de leurs nouveaux Etats, comment a-t-il été amené à donner dans le tribalisme, au risque de ruiner l’essentiel de l’oeuvre unificatrice de son parti et de s’aliéner bien des sympathies à l’étranger ? Toujours est-il que sa déclaration de guerre aux Peuls se fonde sur trois arguments. Ils sont :

  • des étrangers
  • des suppôts du colonialisme
  • ils déshonorent leur pays en choisissant le chemin de l’exil.

Pour ce qui est du premier point. les Peuls de Guinée sont arrivés au Fouta-Djalon par petits groupes à partir du 10è siècle, sinon avant. Les vagues les plus importantes se sont échelonnées entre le XVe et le XVIe siècle. A l’issue d’une courte guerre avec les autochtones, en l’occurreoce les Dialounkés, les nouveaux venus conquirent le pays, réduisant ceux-ci en esclavage.

https://i2.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/m-et-mme-telli-diallo-addis-abeba-1966.jpg?resize=239%2C300 239w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; border-width: 1px; border-style: solid; border-color: rgb(221, 221, 221); height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; overflow: hidden; padding: 10px; border-radius: 10px; background-color: rgb(245, 245, 245); display: block;">Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo, secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue l’Union Africaine, au siège de l’organisation. Addis-Abeba, 1966

De violents brassages de populations

L’histoire universelle fourmille d’exemples analogues. En Afrique, rares sont les peuples qui n’ont jamais été impliqués dans un courant migratoire. En Guinée, qu’il s’agisse des Malinkés ou des Soussous et même de certains peuples de la région forestière, tous ont dû en bousculer d’autres, à un moment de leur histoire, pour s’installer. Dialounkés, Bagas, Landoumas, Tomas, Guerzés et quelques autres sont peut-être les seuls « vrais » autochtones. Et encore.
Au demeurant, le président Sékou Touré est fui-même issu d’une famille venue à une date relativement récente du Mali. Seul son père, Alpha Touré, est né en Guinée ; son grand-père était un Dioula natif de Kayes (Mali), fixé par la suite à Siguiri, puis à Faranah, au gré des vicissitudes de son petit commerce. Les Guinéem ne l’on cependant jamais considéré comme un étranger, même lorsqu’il était l’objet, à l’époque coloniale, des campagnes les plus violentes.
Du reste, sous l’effet conjugué des courants migratoires et des guerres précoloniales, les brassages de populations sont tels, en Afrique de l’Ouest. notamment dans la zone soudano-sahélienne, qu’il faudrait beaucoup de prétention — ou d’ignorance — pour affirmer qu’un peuple occupe encore sa terre d’origine et qu’il n’en a pas bougé.
S’agissant du comportement des Peuls — ou plus exactement de leurs chefs — sous le colonialisme, en Guinée comme ailleurs, l’administration s’est toujours accommodée de la féodalité ou l’a utilisée à ses propres fins. Ce qui est curieux, c’est que le président Sékou Touré, qui gouverne le pays en maître absolu depuis bientôt vingt ans, ne s’en aperçoive qu’aujourd’hui. Et, surtout, qu’il mette ce fait historique à profit pour engager une guerre tribale.

https://i1.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/laveu-telli.jpg?resize=300%2C211 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; display: block;">L’aveu de Telli Diallo sous la torture

Peuls, victimes et non agents du colonialisme

Si des chefs féodaux se sont autrefois compromis, on ne voit aucune raison de s’en prendre aujourd’hui à leurs anciens sujets. Dans la logique de M. Sékou Touré, ces derniers n’étaient-ils pas, dans leur écrasante majorité, des victimes et non des agents du système féodal d’abord, du colonialisme ensuite ? Alors, en dernière analyse, ne sont-ils pas des alliés objectifs des révolutionnaires ? Mais non, le président guinéen rend les Peuls collectivement responsables de tous les maux passés et présents du pays et entend les exterminer en tant que “classe”. Il semble bien qu’on ait affaire à une variété tribale du marxisme !
A entendre le chef de l’Etat guinéen, l’observateur non averti serait tenté de croire qu’au référendum du 28 septembre 1958 le Fouta-Djalon a voté d’un bloc en faveur du oui. La réalité est tout autre. Sur les vingt-six cercles administratifs (préfectures) que comptait la Guinée de l’époque, aucun n’avait donné une majorité de oui. Que ce soit au Fouta-Djalon ou dans les autres régions. C’est à Labé qu’il y eut le plus de votes positifs (27 000 oui sur 113 349 inscrits). Par contre, avec 455 bulletins, Mamou, deuxième ville du Fouta-Djalon, fournit moins de oui que Conakry (991), Kankan (693)et N’Zérékoré (2 158), situées respectivement en Basse-Guinée, en Haute-Guinée et en Guinée forestière.
Si, à l’étranger, les résultats de ce scrutin historique furent considérés comme une preuve de maturité politique des Guinéens, dans le pays nul ne put s’y tromper : le triomphe du non découlait plus de la volonté des dirigeants du PDG et des partis d’opposition, appuyés par les jeunes, les syndicats et les étudiants, que d’une détermination claire des masses paysannes et urbaines en faveur de l’indépendance. En réalité, les électeurs ne purent exprimer leurs suffrages que dans de très rares bureaux de vote. En général, on se contenta de remplir les procès-verbaux sans prendre la peine d’ouvrir les bureaux. Ces vérités sont connues des Guinéens. Et si l’on évite de les rappeler à Conakry, c’est parce qu’elles risquent de ternir la légende tissée autour du non.

L’exil des Peuls

Nous en venons au troisième grief invoqué par le président guinéen contre les Peuls. Considérer l’exil volontaire comme déshonorant pourrait se défendre. Encore faut-il préciser que les émigrants se recrutent dans toutes les ethnies et couches sociales. Chez les Malinkés, les Peuls, les Soussous, les Tomas, les Guerzés, etc., chacun choisit le pays étranger le plus proche de sa région. Les Peuls, plus nombreux dans le pays comme à l’extérieur, vont au Sénégal, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau ; les Malinkés au Mali et en Côte d’Ivoire, etc. Traditionnellement, il s’agissait de courts séjours (le « navétanat » ). Après avoir travaillé au Sénégal le temps nécessaire à la constitution d’un modeste pécule, les Peuls ne manquaient pas de rentrer chez eux pour se marier et se fixer dans leur village. Ayant ordonné à l’armée et à la milice de tirer à vue sur ceux qui franchissent, dans les deux sens, la frontière sénégalo-guinéenne, le président Sékou Touré ne peut s’étonner que les Peuls soient restés si nombreux dans les pays voisins.
La présence d’émigrés chaque jour plus nombreux à l’étranger témoigne d’un échec gênant pour le président. Faute de développer l’économie guinéenne, de créer des emplois et de garantir la sécurité des citoyens, il est évident qu’aucune mesure administrative ne saura mette un terme à la fuite des bras et des cerveaux.
Voici donc le président Sékou Touré engageant la guerre non plus contre une « cinquième colonne » plus ou moins diffuse, mais contre les Peuls en chair et en os. Les extraits que nous publions du discours à peine croyable qu’il a prononcé au mois d’août 1976 ne laissent aucun doute à ce sujet. Ils contiennent des appels au meurtre répétés. Heureusement, il ne semble pas que, plus de deux mois après, ces appels aient été entendus par les autres ethnies.

A suivre..

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THIS GEORGETOWN FRESHMAN IS 63, AND ATTENDING THE SCHOOL THAT ENSLAVED HER ANCESTORS

 

Washington (CNN)Mélisande Short-Colomb sits cross-legged on the purple comforter draped over her twin bed. She lives in the dorms here at Georgetown University, where she just wrapped up her first semester as a freshman.

Short-Colomb is 63. But that's not all that makes her different from her student peers.
Last year, she learned about her ancestors' ties to the university when she was contacted by a genealogist tracing the descendants of slaves that Jesuits at Georgetown owned almost two centuries ago. She had been working in New Orleans as a chef, but when Georgetown offered her and all of the descendants of the slaves a special legacy admission status, she decided to become a student again.
Like many college students, she has microwavable noodles, instant oatmeal, and a bag of chocolate chip cookies on her shelf. Her half-full french press is still warm, and a rocking chair sits by the window. Short-Colomb, who goes by "Meli," calls her room and adjoining bathroom in Copley Hall her "tiny condo."
 
 
    Georgetown University freshman Mélisande Short-Colomb
     
    "I feel like an alien in a nice place," Short-Colomb said, laughing. She switches off NPR playing from speakers on her windowsill, and turns on a lamp to avoid using the harsh fluorescent overhead light. In an especially neat room, the walls are colorfully decorated with posters from different theater productions, and taking up most of the back of her door is a poster of the iconic 1968 Olympics Black Power salute protest.
    "I love history, I love public speaking, I like theater," she said. She started off the semester "gung-ho" and enrolled in four classes, but then decided it was more manageable to drop down to three. These first couple of months have been about getting acclimated to campus, which, she said, hasn't been easy.
    Short-Colomb walks to history class in her blue sneakers with a pink backpack slung over one shoulder. Her short gray and blond dreadlocks sway with each step. She smiles and waves to a few friendly faces, and a couple of students stop to say hello.
    Getting to her History of the Atlantic World classroom a few minutes early, she slips into a desk in back corner and takes out her laptop and notebook. Most students are typing up notes on their laptops, but she prefers to take notes by hand, and every so often adjusts the brace she wears on her wrist to guard against carpal tunnel.
    In 1838, Georgetown University was in financial trouble and sold hundreds of slaves, including Short-Colomb's ancestors, to pay off steep debts. The Jesuits of the Maryland Province, at the time the most prominent Jesuits in the nation, sold 272 slaves to plantations in Louisiana in exchange for what would be about $3.3 million today. The oldest person sold was 80 years old and the youngest was just a few months.
    Over the past two years, Georgetown has taken several steps to make amends for its participation in the slave trade.
    The university created the Working Group on Slavery, Memory, and Reconciliation, issued a formal apology for its slave trading, and renamed two buildings that had been named for priests and early presidents of the university who sold the slaves. President John. J. DeGioia also visited descendants in Louisiana. 
    "I don't think any institution can ever do enough to pay this incredible debt. But I do think that what Georgetown is doing is shifting in its thinking about its responsibility to the past, as well as thinking about its future differently," said Marcia Chatelain, an associate professor of history and African-American studies at Georgetown and a member of the working group.
    "At the end of the day, what we're trying to model to the rest of the country is that institutions with power and privilege -- when they confront their history, they are actually stronger, they don't fall apart," she said.

    Georgetown's unspoken history

    Short-Colomb has four adult children and two granddaughters ages five and 10. She's a non-traditional student, as she describes herself, which poses its unique challenges. She hasn't joined any clubs, and doesn't go to parties.
    "They aren't my peer group," she said.
    "Physically, it's been challenging." When asked about what has been most difficult to navigate, she instantly quipped, "hills." She worries about her hips when makes her way back and forth on the campus that's aptly nicknamed "The Hilltop." And after catching a nasty virus the first weeks of classes, she avoids touching handrails in the stairwell and now sits with her back against the wall in class so that nobody can cough on her. 
    Professors have checked in with her to make sure she's doing OK. One was worried she might get harassed, but Short-Colomb says she hasn't experienced anything like that on campus. Everyone has been very nice and welcoming, she said. Her professors are working with her to figure out how to make this work, she said. 
    Short-Colomb also works 11 hours a week at the school library in the rare books section as part of her "work-study" financial aid program. She receives financial aid from the Georgetown Scholarship Program, and is also a grant recipient. Work is what she knows, she said, and she loves the familiarity of it. In an environment where everything else is new, she is very conscious about "setting small, accomplishable goals," so that she can build toward larger success at Georgetown. 
    Forty-five years ago, Short-Colomb went to college straight out of high school, but she didn't end up graduating. Now, after learning of her family's history, she feels a certain weight of responsibility being one of the first descendants enrolled at Georgetown. 
    It's important to her that people start telling the uncomfortable truths of wealth and accomplishment in the United States, "and how slavery was, and continues to be a foundation in that accomplishment," she said. 
    Adam Rothman is Short-Colomb's history professor and was also a member of the working group. Rothman said that even though Georgetown's history wasn't hidden or secret, and that historians on campus have known about it for a long time, "What was really striking was how few people were aware of it," he said.
    In addition to Short-Colomb, there is another descendant of the 272 slaves in the same history class. As images of Haitian slaves are projected on the board, five seats ahead of her, Shepard Thomas initials the sign-in sheet being passed around. He is a sophomore transfer student from Louisiana State University. 
    Rothman said having both of them in a class that covers slavery, "is a reminder that it's not an abstract history and it's not a distant history, that it is our history-- the history of people sitting in the class. And that raises the stakes, I think, and makes people pay a little more attention."

    'Those bricks were carried by members of my family'

    Since finding out more about her ancestors who were sold and sent to Louisiana, Short-Colomb has been able to piece together her family tree and has met relatives there she never knew she had. She hopes that she will continue to find out more about her family during her time here at Georgetown. "I'm not here to live the 18- to 22-year-old experience. I'm here for a very specific reason ... to know more," she said. 
    "There are many African-Americans who have not had the opportunity to have this well-established paper trail in their lives," Short-Colomb said. But just because the papers don't exist doesn't negate the experiences, she said. Rothman and Chatelain have been working with many other scholars to compile the Georgetown Slavery Archive, and several descendants have come to campus to see the materials. 
    "I always want to see more curriculum around campus connected to questions of Georgetown's history of slavery," said Adam Rothman, who teaches the class. "To me, this history is too important to be confined to history classes -- I want to see it in theology, I want to see it in business," he said. "None of us in a classroom at Georgetown, or in the United States, is untouched by the history of slavery." 
    Every Sunday morning, Short-Colomb makes a little pilgrimage. "The campus is very, very quiet. Everybody's had a big Saturday night," she said. "I go over to the well in Dahlgren square, and I go over to Anne Marie Becraft Hall, and I go to Old North because those are all the oldest buildings on campus."
    "Those bricks were carried by members of my family, and other families," she said. "I feel them here with me."

    Signer la pétition contre les viols et les assassinats de 2009 https://www.change.org/p/1946560/

    Bashir Bah

     
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