Le philosophe et académicien Michel Serres est mort

Actualités de Guinée Conakry. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com L’auteur des best-sellers « Les Cinq Sens », « Petite Poucette », « Le Gaucher boiteux », s’est éteint à l’âge de 88 ans, « entouré de sa famille ».

C’était un philosophe comme on en fait trop peu, un bon vivant doublé d’un mauvais caractère, un amoureux des sciences et des saveurs, un esprit encyclopédique, un prodigieux manieur de mots, un grand penseur de tradition orale, un touche-à-tout de génie, un maître plutôt qu’un professeur, un arlequin, un comédien.

Michel Serres est décédé samedi 1er juin, à l’âge de 88 ans. « Il est mort très paisiblement à 19 heures entouré de sa famille », a déclaré son éditrice Sophie Bancquart.

Nombreux sont ceux, parmi ses anciens élèves, qui se souviennent encore de la façon dont il commençait ses cours : « Mesdemoiselles, Messieurs, écoutez bien, car ce que vous allez entendre va changer votre vie... » Et, en effet, il arrivait parfois qu’au sortir de ses cours la vie eût changé. Elle était tout à coup plus colorée, plus gaie.

Trouver un auditoire à sa mesure
Michel Serres était gai. Ou, du moins, faisait très bien semblant de l’être, comme il faisait aussi, par pur caprice, très bien semblant d’être en colère. Il n’ignorait rien des ressources du théâtre, sans avoir eu besoin, pour cela, de fréquenter le conservatoire.

Il était simplement né à Agen, le 1er septembre 1930, à la lisière de cette Gascogne qui a le théâtre dans la peau. Dans ce midi subtil, on naît « vedette », on ne le devient pas. Serres était né « vedette ». Il ne lui restait plus qu’à trouver un auditoire à sa mesure.

Celui du Lot-et-Garonne ne tarde pas à se révéler trop exigu. Tant de choses sollicitent le jeune homme : mathématiques, rugby, musique... Et, surtout, le vent du large, les vastes nuages qui descendent la Garonne en direction de Bordeaux.

Michel Serres décide de naviguer. Puis, à peine admis à l’Ecole navale, il réalise qu’il ne veut pas être militaire, ni piloter, sa vie durant, de paisibles cargos. Démission, retour au lycée. Khâgne parisienne. Entrée à l’Ecole normale supérieure. Sa vocation ? Ce sera la philosophie. A l’agrégation, il est reçu deuxième. Georges Canguilhem (1904-1995), qui règne sur la Sorbonne, le félicite sobrement : « A ce concours, le meilleur est toujours reçu deuxième. Ce fut naguère mon cas. C’est aujourd’hui le vôtre. »

Une intuition lumineuse
Commence alors une carrière universitaire classique : un peu de province (Clermont-Ferrand), puis la capitale (« pour le plaisir d’aller à Roland-Garros »), successivement à Paris-VIII et Paris-I. Commence aussi une longue série de livres. Une soixantaine au moins, en plus des cours – pour ne rien dire des articles et des conférences, innombrables.

Michel Serres écrit beaucoup, tous les matins, de l’aube (il se lève à 5 heures, quoi qu’il advienne) jusqu’à midi. Il écrit aussi facilement qu’il parle, avec le même accent gascon, le même souffle épique. Au risque d’en faire trop, et d’oublier, parfois, que les lois de l’écriture ne sont pas celles de l’improvisation orale.

Le premier livre, la thèse, paraît à un mauvais moment : 1968. Le Système de Leibniz et ses modèles mathématiques (PUF) n’est pas, cette année-là, l’événement qui retient l’attention. Il s’agit pourtant d’un grand travail, soutenu par une intuition lumineuse : contrairement à sa réputation de penseur dispersé, voire brouillon, le philosophe allemand (1646-1716) est un auteur parfaitement cohérent. Son œuvre est sous-tendue par un système. A l’intérieur de celui-ci, le plus petit opuscule, le moindre sous-système reproduit la structure de l’ensemble. Et ce dernier, à son tour, n’est qu’un miroir du monde – un miroir de ce vaste « manteau d’Arlequin » qu’est le monde. « Tout est toujours et partout la même chose, au degré de grandeur et de perfection près » : est-ce la devise d’Arlequin ou bien celle de Leibniz ? Ce sera, en tout cas, celle de Serres.

Brouiller les frontières
Reste à en éprouver la validité. Dans la thèse de 1968, la démonstration utilise un modèle mathématique : la théorie des ensembles. Michel Serres est ainsi l’un des premiers à introduire, dans le champ de l’histoire de la philosophie, la notion de « structure ».

Il n’en faut pas plus pour qu’il se voie rangé dans le camp « structuraliste » – lui qui déteste les modes, et a pour habitude de répéter que, à partir de 30 ans, « un philosophe qui se respecte doit cesser de lire ses contemporains ». Structuraliste, Serres ? Disons qu’en bon élève de Gaston Bachelard (1884-1962), qui a été le directeur de son diplôme d’études supérieures, il se refuse à séparer les avancées de la pensée philosophique de celles de la pensée scientifique. Comme Leibniz, là encore, il a envie de brouiller les frontières, de dériver où bon lui semble, de redessiner, à sa façon, la carte de l’univers. C’est pourquoi, à nouveau, il s’embarque. Mais c’est pour naviguer, cette fois, sur l’océan des livres et des savoirs.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Michel Serres, une forme française d’universalité
De ce périple, les cinq premières étapes font date. La série des Hermès – cinq volumes qui s’égrènent de 1969 à 1980 (Minuit) – demeure son grand œuvre. Chacun de ces volumes est un recueil de textes brefs, placés, chaque fois, sous un titre distinct : La Communication, L’Interférence, La Traduction, La Distribution, Le Passage du Nord-Ouest.

Derrière ces titres, y compris derrière la métaphore marine que recèle le dernier, des concepts, reliés entre eux au point d’en être interchangeables. Car si tout « communique », tout « interfère ». Et si tout « interfère », tout, ou presque tout, est « traduisible ». Tel tableau de La Tour renvoie à telle théorie de la perspective ou à telle conception de la grâce, telle œuvre littéraire n’est qu’une image de l’état du savoir à un moment donné, et même Les Bijoux de la Castafiore, d’Hergé (1963), peut se lire comme l’illustration d’un modèle communicationnel.

« Hermès »
Le philosophe ne jouit, ici, d’aucun privilège. Il n’est pas celui qui, le dos au mur, proclamerait la vérité dernière. Il n’est qu’un interprète, un « passeur », un « trafiquant », un « intermédiaire ». Bref, un « Hermès ».

Michel Serres n’est pas seul, à l’époque, à tenir ce genre de discours. Ses travaux entretiennent une certaine proximité avec ceux de Louis Marin (1931-1992).

Pourtant, malgré le succès d’estime des Hermès et de trois ou quatre autres livres qui leur sont contemporains (Jouvences, Minuit ; Feux et signaux de brume, Grasset ; Esthétiques, Hermann ; La Naissance de la physique, Minuit, respectivement consacrés à Verne, Zola, Carpaccio et Lucrèce), la reconnaissance que Serres obtient ne lui semble pas à la hauteur de ses ambitions. A Paris-I, il n’est pas hébergé par le département de philosophie mais par celui d’histoire, où il enseigne l’histoire des sciences. Le Collège de France ne le coopte pas. Quand il en parle, une imperceptible amertume se glisse dans sa voix. Il finit même par se persuader, à tort, qu’il est le grand « maudit » de la philosophie française.

Carrière américaine
Alors, il compense. D’abord, il gère sa carrière américaine. Depuis la fin des années 1960, il se rend fréquemment à l’université Johns Hopkins, à Baltimore, où l’invite René Girard (1923-2015). Puis, quand ce dernier quitte le Maryland, Michel Serres le suit sur la côte Ouest.

C’est à Stanford qu’a lieu, en septembre 1981, un mémorable colloque sur « l’auto-organisation », dont Serres est, le dernier jour, le conférencier vedette. Sommet californien d’une belle carrière, dont le principal bénéficiaire regrette, cependant, qu’elle ne dépasse pas le cadre des départements de français. Il est vrai que, en anglais comme en français, il parle toujours gascon. Et que sa propre indifférence à la philosophie anglo-saxonne ne facilite pas le dialogue.

Autre compensation : l’écriture. Michel Serres est, pour les éditeurs, une valeur sûre, entretenue par les articles amicaux d’une pléiade d’anciens élèves. Du coup, le philosophe ne sait plus s’arrêter. C’est dommage car, pour rester un genre « noble », l’essai suppose une exigence de rigueur qui, ici, tend à se relâcher au fil des ans. Le Parasite, ces deux textes curieusement « girardiens » que sont Genèse et Rome (tous trois chez Grasset), puis des ouvrages comme Les Cinq Sens, L’Hermaphrodite, Statues, Le Contrat naturel ou Le Tiers-Instruit (Grasset, Flammarion, François Bourin) ne peuvent pas ne pas décevoir – surtout ceux qui se souviennent des débuts du philosophe.

D’autres lecteurs, en revanche, apprécient sa faconde, se laissent prendre par sa réputation de séducteur, par son look (soigneusement entretenu) de vieux loup de mer, par ses tempes grisonnantes, son accent rocailleux – ainsi que par sa facilité à parler de toutes les choses connues, et de plusieurs autres encore.

Charme fou et folles entreprises
Très logiquement, le grand écrivain finit par dire oui aux honneurs. Il se retrouve à l’Académie française et devient, pour un temps, conseiller de la Cinquième, « chaîne du savoir ». On se gardera bien de le lui reprocher.

Son charme fou a attiré vers la philosophie un public que, sans lui, celle-ci n’aurait jamais conquis, et aidé à monter quelques folles entreprises, néanmoins fort utiles, comme le « Corpus des œuvres de philosophie en langue française ».

On ne reprochera pas davantage à Michel Serres son obscure attirance pour la religion (qu’atteste, entre autres, ce livre bizarre sur La Légende des anges, Flammarion, qu’il accompagna, à New York, d’une conférence-spectacle dans une église d’Harlem).

Il n’est pas de grand voyageur qui ne s’égare, quelquefois, en chemin. Or Michel Serres fut un grand voyageur – ce qui lui permit d’être, aussi, un prodigieux conteur d’histoires. Il fut un philosophe comme on n’en fait plus trop. Et peut-être même, à sa façon, un sage. C’est de cela, de cela avant tout, que l’on se souviendra.

Michel Serres en quelques dates
1er septembre 1930 Naissance à Agen (Lot-et-Garonne)

1955 Agrégation de philosophie

A partir des années 1960 Universitaire, enseignant à Paris et aux Etats-Unis

1968 « Le Système de Leibniz et ses modèles mathématiques » (PUF)

1985 « Les Cinq Sens » (Grasset, réédition Fayard)

1990 Election à l’Académie française

2012 « Petite Poucette » (Le Pommier)

2015 « Le Gaucher boiteux. Puissance de la pensée » (Le Pommier)

1er juin 2019 Mort à l’âge de 88 ans

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Michel Serres : « Ce n’était pas mieux avant, mais ça pourrait être pire après ! »
Christian Delacampagne (philosophe et écrivain, collaborateur du Monde des livres, mort en 2007) et Roger-Pol Droit

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Nouveau single : «Ya Denya» lance la carrière de Sara Moullablad

Actualités de Guinée Conakty. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com La jeune chanteuse marocaine Sara Moullablad, vient de lancer son premier single intitulé «Ya Denya ». Un nouveau tube que cette artiste en herbe a écrit et composé par ses propres soins.

Ce single, qui raconte la relation de l’artiste avec les différents défis de la vie, met, selon ses dires, un focus sur l’amour qu’elle porte pour son défunt père qu’elle chérissait tant.

Outre ce lancement, l’artiste a choisi de tourner ce single en clip réalisé par l’artiste marocain Reda Lahmouid.

Pour l’heure, la chanteuse est installée en Égypte pour poursuivre sa carrière musicale. D’ailleurs son single a été très bien accueilli par la communauté musicale égyptienne.

Née à Casablanca, Sara Moullablad s’est découvert très tôt une passion pour le chant. Elle a hérité de sa famille son amour pour la chanson française. À l’époque, la jeune artiste recourait aux cassettes de ses sœurs aînées pour s’enregistrer en train de chanter des chansons de Lara Fabian et Charles Aznavour, entre autres.

Après quoi, Sara Moullablad a rapidement commencé à s’ouvrir à d’autres genres musicaux, notamment le flamenco, la bossa nova et le jazz. Bien qu’elle soit une grande passionnée du chant et de la musique, l’artiste est une élève assidue. Poussée par ses parents qui voulaient qu’elle poursuive ses études supérieures et se construise une carrière professionnelle, elle rejoint le monde de la finance une fois son master en poche. Après trois ans, la mélomane alors partagée entre un emploi stable et son rêve de toujours, décide de mettre fin à sa carrière dans les finances pour se consacrer entièrement à sa passion. «J’avais le sentiment que si je ne prenais pas mon courage à deux mains tout de suite, je serais emprisonnée dans le système économique pour toujours», déclare l’artiste. Après une rencontre providentielle avec de talentueux musiciens égyptiens lors d’une résidence artistique, elle décide de s’envoler pour l’Égypte et de s’installer au Caire où elle produit actuellement son album musical. Elle a été charmée par la culture égyptienne, la qualité des échanges entre musiciens et la scène underground vibrante.

Sara Moullablad écrit ses chansons en dialecte marocain. Elle définit sa musique comme un mélange de jazz, de bossa nova, de musique africaine et orientale et souhaite que ses chansons sillonnent les frontières du monde pour transmettre ses inspirations musicales et culturelles. Aujourd’hui, elle mène une vie artistique bohème, conciliant sa culture maghrébine et ses influences musicales dans l’écriture et la composition de ses chansons.

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L’Afrique noire est mal partie

Actualités de Guinée Conakry. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com Première partie : la trahison des clercs
(Ansoumane Bangoura)
Pourtant Ansoumane Bangoura me traite de : "Long , plat , fieleux , frileux , envieux , demeuré . Koly (pas papa qui serait "revenu à à la bouffe " , mais Ile M ' BEMBA Souleymane ) , Koly te voit , t ' entend et t ' attend impatiemment . Dès ton arrivée là où iil est , il t ' attrapera par le toupet et te fera vociférer en prémices de l ' enfer que tu dois viivre éternellement pour avoir été ce que tu es et comme tu es surtout pour nous autres , " tes amis " .Je te suivrai constamment dans tes manifestations de haine , vieillard, qui en veux à la terre entière .
Je suis encore comme nous etions au Lycée Classique de Donka , patriote et honnête ; s ' il n ' en était pas ainsi , je serais milliardaire aujourd'hui . J ' ai refusé l ' argent ; j ' ai refusé d ' être ministre . Je suis fier d ' avoir servi et de continuer à servir la Guinée comme je le fais , sans rien en attendre à part des encouragements qui me procurent le sentiment ô combien réconfortant et exaltant d ' être , différemment de toi , quelque peu utile à mon pays . Du reste , tu es tout seul dans ton cas , et c ' est déjà trop en plus d ' être effroyable . Je te laisse à tes larmes d ' éternel frustré .
P S : Épargne nos enfants . Au moins !"
Je suis un clerc, et ci-dessus, une séquence de la « Crucifixion en rose » à laquelle m’a voué un autre clerc. Il y a longtemps, il y a trente-sept ans, voici ce que j’ai pu faire faire pour mon village natal, l’Afrique.
Les artistes et les comédiens africains : Harkis ou Hurons ?
Étrangers en FranceLe nombre des étrangers vivant en France a doublé en deux décennies. Ils sont plus de quatre millions, un million et demi ayant moins de vingt ans. Augustin Barbara plaide en faveur d'un " contrat de double culture " qui aiderait à l'émergence d'un regard sans frontières. Isabelle Taboada-Léonetti analyse la place dans la société des enfants d'immigrés. Et Saïdou Bokoum dénonce le sort réservé aux créateurs africains exilés en France.
LE MONDE | 06.08.1982 à 00h00 • Mis à jour le 06.08.1982 à 00h00 | SAIDOU BOKOUM (*)


On connaît bien le sort réservé aux immigrés africains en France. Mais sait-on celui des artistes, comédiens, et autres créateurs africains exilés ? Les artistes et les travailleurs immigrés africains vivent les uns et les autres dans un même ghetto culturel. Mais puisque la cause des travailleurs semble entendue, au terme de plusieurs années de généreuses litanies, je voudrais évoquer le sort de ces autres laissés-pour-compte de la coopération culturelle entre la France et ses partenaires de la francophonie africaine.
Depuis plus de vingt ans, les créateurs africains n'ont produit aucune œuvre digne de l'intérêt de ceux qui, habituellement, font vivre, par leurs subsides, les créations artistiques. Par exemple, si pour une décennie on peut compter, sur les cinq doigts de la main, les œuvres franco-françaises, candidates à l'éternité, on serait en peine de trouver l'œuvre qui émergera du magma francophone, depuis la nuit de l'impact colonial. L'ensemble des productions intellectuelles et artistiques, sans oublier les prestations des comédiens, artistes et interprètes musiciens, souffre d'une marginalisation généralisée ; cela est vrai pour les arts plastiques, mais aussi pour les arts dramatiques et chorégraphiques, encore que, pour la danse et a musique, il faille chercher cette vérité derrière les engouements faciles et passagers. Il y a eu certes ici ou là une œuvre qui a pu susciter l'événement, mais très vite, elle s'est noyée dans l'anonymat des témoignages et des documents " authentiques et émouvants ". Mieux vaudrait donc en venir à des considérations simples, qui touchent à la vie des artistes, à leur art.
Vingt ans après l'indépendance de leurs pays d'origine, ces artistes en sont toujours à leur baptême du feu, face à ceux qui détiennent le pouvoir de la reconnaissance culturelle. Au fond, pour mieux saisir la situation de la culture africaine et de ses créateurs, du moins de ce côté-ci de la francophonie, on doit méditer la vision, devenue banale, de tout ce bric-à-brac de figurines autrefois sacrées, aujourd'hui étalées sur un bout de macadam qu'elles se disputent avec d'autres reines du trottoir. Il me semble en effet que la mort qui guette la culture africaine, telle qu'elle s'exprime ici et maintenant, sera moins un effet de l'indifférence ou du mépris occidental que de la division des tâches sur le modèle de la division du travail à l'échelle mondiale.
On se heurte au décor
Ainsi existe-t-il deux cinémas africains. Un premier, réalisé par des cinéastes non africains et dans lequel les comédiens africains jouent les éternels défenestrés ; cinéma qui détient l'insigne privilège de déverser en exclusivité sur l'Afrique par Kung-fu et Django interposés, des mers de boues rouges. Un deuxième cinéma de réalisateurs africains dont les œuvres vont, en règle générale, finir leur aventure ambiguë dans une obscure salle spécialisée dans les " Rétrospectives ". La situation du comédien africain est à l'image du sort fait au cinéma africain : il n'existe pas. Les rares fois où l'on croit l'apercevoir sur une scène, on finit par se heurter au décor. L'existence du metteur en scène africain est tout aussi fantomatique. La situation du théâtre nous le montrera de façon plus nette. Il n'est pas excessif de dire que le bilan de quelque vingt ans d'échanges culturels entre l'Afrique et la France, dans le domaine particulier du théâtre, se traduit presque exclusivement par le passage à Paris et en province de quelques ballets nationaux qui ont fini par figer, dans l'espace artificiel des scènes occidentales, ce que la danse africaine avait de complexe et de vivant.
Il n'est pas étonnant que la culture immigrée ait du mal à trouver place dans cet échange de produits d'exportation qui tiennent aisément au double fond d'une valise diplomatique. La culture immigrée se porterait mieux peut-être s'il y avait des dramaturges et des metteurs en scène africains. Mais force est de constater, que, à la manière des comédiens, ils s'agitent dans le décor : ils ont beau s'escrimer à monter avec du bric et du broc des pièces, ils n'arrivent à émouvoir que les organisateurs et les amateurs de colloques, de symposiums, et de commémorations. Et quand il arrive que certains organismes officiels leur viennent en aide, ne remplissant ainsi d'ailleurs que les obligations définies par leur mission ou leur vocation, ces organismes tentent d'excuser le caractère souvent dérisoire de cette aide, en faisant valoir son but... symbolique ; façon courtoise aussi de dire à son bénéficiaire que, tout compte fait, ni l'œuvre et que donc ni l'aide - la formule est réversible - ne s'imposaient.
Au total, après deux décennies de coopération culturelle, on ne compte pas une seule pièce africaine, montée dans un théâtre " normal ", pendant une saison normale, par un metteur en scène africain. Heureusement pour les Africains, il y a eu un Jean-Marie Serreau pour monter Béatrice du Congo (de Bernard Dadié), un Peter Brook pour adapter l'Os de Mor Lam (de Birago Diop). Donc, il existe bien des textes africains, pour - on nous pardonnera bien cet africanisme - les ci-devant " metteurs " en scène. Mais pour la grande masse des textes africains qui n'ont pas eu la chance d'être marqués par la griffe « universelle » d'un Brook, il reste les officines et organismes publics qui ont vocation à favoriser les échanges entre l'Afrique et la France, mais aussi à promouvoir l'émergence d'une culture immigrée. Ce sont : l'A.D.E.A.C. (Association pour le développement des échanges artistiques et culturels) l'I.C.E.I. (Information culture et immigrés), l'A.C.C.T. (Agence de coopération culturelle et technique), pour ne citer que les plus officiels et les plus communément sollicités. Malgré la diversité et les ambitions des objectifs visés par ces sigles, il faut bien admettre que la reconnaissance d'une culture immigrée en est toujours au stade du vœu pieux.
Une culture d'exil assistée
À l'heure du changement, les intellectuels et artistes africains attendent toujours des signes qui attestent, de façon concrète, que ce " projet culturel ", qui semble sous-tendre toute l'action du pouvoir socialiste, ne se révélera pas être, pour ce qui les concerne, une nouvelle ruse de la " culture universelle ", pour mieux sacrifier leurs espérances sur l'autel des intérêts d'État. On se contentera d'évoquer ici quelques actions prioritaires, dont la première serait d'adopter une attitude de principe, à la lisière de l'éthique et de l'esthétique : elle consiste à prendre les artistes africains pour ce qu'ils sont, à savoir des créateurs qui exigent que le regard porté sur les créations soit critique, expurgé de cette suspicion qui plane sur elles et qui, trop souvent, les range humanitairement dans le " divers social ". À l'inverse, et à l'autre extrême, le maniement généreux de l'encensoir au-dessus de quelques têtes chenues, également trop souvent promises à représenter l'ensemble du continent africain devant l'éternité, ne doit plus faire illusion.
Les artistes africains doivent bénéficier des mêmes avantages et concours financiers que leurs collègues français : il serait culturellement suspect que la culture surgie en terre d'accueil soit condamnée à n'être qu'une culture d'exil, assistée comme une curiosité touristique. Les artistes africains vivant en France ne sont ni des Hurons ni des Harkis ; ils attendent du nouveau pouvoir qu'il mette en œuvre des actions d'incitation auprès des théâtres qu'il subventionne (au moins), pour que ces derniers aient les moyens de s'ouvrir aux productions africaines aussi. Un espace de création devrait également leur être ouvert en priorité. La Maison des nouvelles cultures du monde pourrait, entre autres vocations, jouer ce rôle, à condition qu'elle ne soit pas réservée aux notables et aux notoriétés. Car en art, personne ne peut représenter personne : l'art est un feu sacré et intime qui brûlerait la gloire la mieux assise. Bref, il y a toute une génération d'artistes africains qui ne se reconnaissent plus dans les systèmes ethno-humanistes, qui ne se satisfont plus de cette proto-existence pendue entre une rétrospective et une commémoration.
Depuis le 10 mai, il y a eu des gestes et des actes incontestablement généreux, accomplis à l'adresse des O.S. et des balayeurs africains. Plusieurs centaines d'artistes attendent qu'on leur donne, à eux aussi, les moyens de sortir de la figuration bête dans laquelle ils sont cantonnés depuis trois siècles et vingt ans.
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(*) Écrivain et metteur en scène guinéo-malien.
SAIDOU BOKOUM (*)

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1982/08/06/les-artistes-et-les-comediens-africains-harkis-ou-hurons_2908879_1819218.html#qYKDTwKGpg8Cafzj.99

Après cet article, un certain Larquié, conseiller de Jack Lang, je crois, a voulu me voir. L’existence du Théâtre International de Langue Française (TILF) est directemment liée à l’entretien que j’ai eu avec M. Larquié. Si la direction de ce théâtre est allé en d’autres mains, Pierre Débauche (un monsieur bien, puis Jacques Chevrier, je n’en dirais pas autant), c’est tant pis pour la Négraille qui adore cela, la Dépossession. Moi, je suis allé voir ailleurs, en Côte d’Ivoire, où j’ai participé à la création du CAFAC devenu l’INSAT.
Je reviendrai ici, sur le virtuel, le lit de pâmoison d'aucuns, tel Ansoumane Bangoura, qui croit qu'il suffit de refuser d'être ministre pour  pour servir ou ne pas se servir, dans une prochaine contribution au « développement du sous-développement », si Dieu le veut, en attendant, Shalom, Was-Salam.

Saïdou Nour Bokoum

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Quand Victor Hugo évoquait la «grande flamme furieuse» de Notre-Dame de Paris

Actualités de Guinée Conakry. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com La flèche de Notre-Dame s'effondre sous les exclamations horrifiées des parisiens. Censé prononcer un discours ce lundi soir, Emmanuel Macron a été contraint de reporter sa prise de parole après le dramatique incendie.

L’écrivain, qui joua un rôle essentiel dans la rénovation de la cathédrale au 19e siècle, a écrit un passage aux allures de prémonitions dans son roman de 1831, Notre-Dame de Paris.

Il est l’un des artisans de la renommée de Notre-Dame de Paris. Dans son roman du même nom publié en 1831, Victor Hugo faisait de la cathédrale son personnage principal, au même titre que Quasimodo, Esmeralda et Frollo. Une manière pour lui de tenter de sauver le monument, alors fort dégradé. «Si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant des dégradations, des mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui avait posé la première pierre, pour Philippe-Auguste qui en avait posé la dernière», déplorait-il dans son œuvre, maintes fois adaptée au cinéma ou en comédie musicale.

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«Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles»

Victor Hugo, dans Notre-Dame de Paris (1831)

Victor Hugo ne se doutait probablement pas que le monument qu’il chérissait tant - «un majestueux et sublime édifice», disait-il - serait ravagé par les flammes, 188 ans plus tard, le 15 avril 2019. Toutefois, certains passages de son œuvre permettent de tristes rapprochements: «Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure», écrivait-il.

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Pas question ici d’un incendie: le passage décrit une diversion du bossu sonneur de cloches, Quasimodo, afin de distraire les «truands». «À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle», écrivait Hugo. Comme un symbole.
Un incendie en 1830

En 1830, une année avant la publication de Notre-Dame de Paris, l‘archevêché attenant à la cathédrale avait été la cible de divers saccages. Un incendie avait même été déclenché sur la façade sud, où se trouve une des trois emblématiques rosaces. Victor Hugo confiait alors ses craintes: «Les mutilations leur viennent de toutes parts, du dedans comme du dehors», écrivait-il dans la préface de son roman. Avant d’ajouter: «L’église elle-même s’effacera bientôt peut-être de la terre». Un cri du cœur finalement entendu en juillet 1845, lorsqu’une loi fut votée pour la restauration de la cathédrale.

 

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Faya Millimono

O peuple mon beau pays

debout comme un seul homme

tous zhéros pas comme un O mais comme un Aï

quand on siège on ne peut pas être debout

quand on est debout on ne peut pas être sur un siège

debout comme un seul homme

soyez Faya millimono

ne restez pas zéro

car « les zhéros ne sont pas n’importe qui »

Sassine un petit bout d’homme l’avait dit

plus fort assis que debout

malgré tout il n’arrivait pas à joindre les deux bouts

le monde vient d’un kun fa yakun !

qu’il ait nom Mllimono ou dogon Nommo

toto nono

il faut savoir dire non !

c’est comme les magistrats du siège

et ceux dont le magister est de cirer le parquet

qui doit luire comme les godasses

d’un bidasse ou les pompes de nos Technocrasse

ces Dionsanna des temps modernes

commanditaires des pinasses, des jollas

honte des Dioulas autrefois quêteurs de sens

de nos jours marchant de casses en casse

quand un peuple est debout

comme un seul homme

comme Faya Millimono

on ne le libère pas

il se libère, "esto liber !"

comme autrefois les Mandingos jetés aux requins

comme aujourd’hui ceux qui s’abîment depuis Gibraltar

chassés par les mêmes faquins

il faut savoir dire non debout assis couché sur Jabal altar

Shalom, Was-Salam

Saïdou Nour Bokoum

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