PAGE SOUVENIR : Il y a quinze ans Babadjan Kaba (Thierno Saïdou Diakité)

Actualité de Guinée Conakry, 01/12/17. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com. Il y a quinze ans, le 1er décembre 2002,  Babadjan Kaba, ‘’ la voix d’or de la savane’’ nous quittait à jamais des suites d’une longue maladie contractée à Paris, où il avait élu domicile dans les années 90.

Né à Abidjan de la famille Sékouna de Mamoudou Kabala, le destin de cet artiste est considéré comme blasphématoire par sa famille conservatrice. Babadjan est assez peu connu malgré un talent rare.

 

A 12 ans, Babadjan  est un grand mélomane et fanatique des films indous. En face de la concession familiale à Kankan, il y a le Solex Bar où se produit le Horoya Band. Le jeune Babadjan est subjugué par la prestation des musiciens de l’orchestre. Les doigtés de Kabinè Diabaté, alors soliste, la voix suave de Lancinè Kanté retiennent l’attention du jeune garçon.

En 1966, il se cache de son père pour rejoindre Cheick Traoré de l’orchestre de Kankan appelé Kenkenya Kè.

De peur que son fils n’embrasse la carrière de chanteur, son père le transfert à Siguiri. Ne voulant pas en   rester là, Babadjan refuse l’école et se contente de chanter dans la brousse.

Au hasard d’une rencontre, Django Cissé, alors bassiste du Niani Band entend la voix de Babadjan. Il l’intègre dans l’orchestre de Siguiri où il interprète avec brio le titre Boloba. Deux ans plus tard, Babadjan est incorporé dans l’orchestre fédéral, le Manden könö.

En 1970, le décès du père de Babadjan le libère enfin de la contrainte familiale. En 1973, en compagnie de l’orchestre fédéral, le Manden Könö, Babadjan participe pour la première fois au festival national à Conakry. Durant son séjour, il tape dans l’œil des musiciens de l’orchestre national Kèlètigui.

A la suite de négociations ardues avec les autorités de Siguiri, Babadjan débarque enfin à Conakry. En 1977, il entame les répétitions avec l’orchestre de Kèlètigui, et va produire avec cette formation musicale son titre phare, Maderi. Son association au vocal avec le congolais Ange Miguel donnera du tonus au répertoire de l’orchestre.

En 1982, avec Ibrahima Soumano, Bréma RDA pour les intimes, Wendell Kouyaté, Alphadio Condé et Ahmed Kaba, Babadjan enregistre une série de titres. Le groupe improvisé aura pour nom les Etoiles de Conakry. Quelque mois plus tard, il rejoint Abidjan via Bamako pour retrouver Manfila Kanté.

En 1985, Manfila part pour Paris, et Babadjan fonde avec quelques musiciens guinéens le groupe les Etoiles du Mandingue, qui vont se produire à Abidjan. En 1991, Souleymane Koly fait appel à Babadjan pour jouer dans l’opéra mandingue Waramba, qui livrera 19 spectacles en France.

Par le truchement d’Ibrahima Soumano, Babadjan s’installe définitivement à Paris. Là, il va poursuivre sa carrière musicale en produisant en tout et pour tout cinq albums : Sitan, Sabari, Feeling Mandingue, Kankan et A té Foroséla. En tant que requin de studio, il participera à l’arrangement de plusieurs albums d’artistes guinéens comme Dianka Diabaté, Djeli Moussa Kouyaté, et bien d’autres.

Quelques mois avant sa disparition, lors de son dernier séjour à Conakry, Babadjan s’était confié à certains de ses proches. Il avait en projet l’ouverture à Conakry d’un studio pour aider les artistes de la place, qui n’avaient pas les moyens de rallier Abidjan pour des enregistrements. Malheureusement, le destin en a décidé autrement.

Il s’en allé au royaume du silence en nous laissant le souvenir d’un artiste accompli, qui n’avait pas épuisé tout son talent. Son passage dans l’orchestre national Kèlètigui et ses tambourinis a imprimé une touche toute singulière au répertoire du groupe musical. Le titre Maderi est un best off qu’on ne se lasse jamais de déguster. Babadjan aura été une trouvaille qui confirme la maestria de feu Kèlètigui Traoré homme-orchestre pour qui la musique n’a point de secret. Dors en paix l’artiste !

                Thierno Saïdou Diakité

      

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