Côte d'Ivoire : un vaste front anti-Ouattara se précise

Sous l’impulsion de Henri Konan Bédié, ex-chef de l’État, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda), un vaste front politico-social, sous la forme d’une plateforme, se met progressivement en place en Côte d’Ivoire contre Alassane Ouattara, président du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp unifié).

HKB et Guillaume Soro, qu’il a pris sous sa protection, ont ajouté une autre pierre, le lundi 16 décembre 2018, à Daoukro, à la formalisation de ce projet dont le dessein est de vaincre Alassane Ouattara. C’est le « Tout sauf Ouattara » (Tso) qui prévalait avant 2010 qui est en train de se reconstituer, dans la perspective des élections présidentielles de 2020. Mais, aujourd’hui, le concept brasse dans tous les sens et prospectent dans tous les horizons, intégrant des acteurs proches du chef de l’État. Plusieurs leaders politiques et d’opinion, y compris des personnalités politiques issues de son propre camp, dont Guillaume Kigbafori Soro, président de l’Assemblée nationale, sont partants pour ce projet. Ils sont vent debout contre le président d’honneur du Rassemblement des républicains (Rdr), et veulent en découdre avec lui en 2020. Alassane Ouattara reste, pour eux, l’adversaire politique commun à abattre.

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C’est dans cette dynamique que le « Sphinx de Daoukro » a reçu en grande pompe sur ses terres de Daoukro, Guillaume Soro. A qui il a fait part, longuement, de son projet de création d’une nouvelle plateforme politique. « Le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié a longuement exposé sur le projet de plateforme devant regrouper les partis politiques et les forces vives de la nation. Le président de l’Assemblée nationale a salué l’initiative et en a pris bonne note», indique le communiqué final de cette rencontre entre MM. Bédié et Soro. Selon le texte rapporté par le porte-parole du Pdci-Rda, Narcisse N’Dri, les deux personnalités inscrivent leur rencontre sous le signe de la consolidation de la paix, de la réconciliation et de la cohésion nationale. « Ils souhaitent que les acteurs politiques s’inscrivent dans le processus du pardon et de la réconciliation nationale», a fait savoir M. N’Dri, ajoutant que les deux personnalités ont convenu de se voir «plus régulièrement, afin de conduire à bon port l’ensemble des initiatives, pour le triomphe de la paix, de la prospérité et de la liberté en Côte d’Ivoire ». L’ancien président ivoirien a accueilli son « protégé » Guillaume Soro, dans une ambiance festive, devant une foule de partisans esquissant des pas de danse au son de la fanfare. Cette rencontre entre M. Bédié et M. Soro intervient dans un contexte de relations tendues entre le Pdci-Rda et le Rhdp, la coalition au pouvoir dirigée par le président ivoirien Alassane Ouattara.

Pied de nez à Ouattara

C’est pourquoi, les faits et gestes qui ont marqué cette visite de Guillaume Soro à Daoukro sont perçus comme un véritable pied de nez, aussi bien à Alassane Ouattara qu’aux dirigeants du Rhdp unifié. En marge de sa rencontre avec Guillaume Soro, Henri Konan Bédié s’est entretenu, longuement, sur le même sujet, avec Danièle Boni Claverie. Celle-ci soutient que son parti, « l’Urd se sent interpellée par tout appel qui met l’accent sur la nécessité de se regrouper, de se rassembler autour de valeurs citoyennes qui nous font défaut actuellement ». Il s’agissait, selon elle, «d’échanger avec le président Bédié, de l’écouter, mais aussi d’étudier avec lui, divers schémas qui permettent à l’opposition qui le désire, de lutter au côté du Pdci-Rda, de mener le combat de la démocratie, de la bonne gouvernance et des droits de l’Homme ».

Pour elle, « le peuple ivoirien désire une véritable réconciliation qui regroupera sous quelque forme que ce soit, le Fpi, le Pdci-Rda et l’ensemble de l’opposition. Des accords de partenariat peuvent être signés avec les uns, tandis que ceux qui le désirent, intègrent la plateforme initiée par le président Bédié. De cette manière, un large consensus permettra à toutes les opinions de s’exprimer ».

A Yamoussoukro, le premier responsable départemental du Mouvement des forces d’avenir (Mfa), Gba Bakary, a rejoint les rangs du Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (Raci), un mouvement politique proche du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. Il a été nommé nouveau Coordonnateur national délégué du Raci chargé de la commune de Man, alors que le Mfa auquel il appartenait a intégré le Rhdp et siège au gouvernement. « Ensemble, nous allons bâtir une nation forte », a promis Gba Bakary qui promet de mettre « toute son expérience politique acquise, qui a fait de moi un soldat prêt à combattre pour le Raci », pour implanter le mouvement à Man.

Ce front implique, par ailleurs, la quasi-totalité des leaders significatifs de l’espace politique, y compris ceux qui étaient du côté du chef de l’État, hier. Francis Wodié, ancien président du Conseil Constitutionnel, reçu deux fois, à Daoukro et à Abidjan, par Bédié, estime qu’il « apparaît comme le pont que nous devons construire pour que les Ivoiriens puissent effectuer la traversée ensemble, d’un rivage vers l’autre, au lieu que chacun reste sur son bord politique ».

Tous contre Ouattara

Gnamien Konan, ancien ministre, Anaky Kobenan, fondateur du Mfa, Aka Ahizi du Parti ivoirien des travailleurs ( Pit), Pascal Affi N’Guessan et même certains « Gbagbo ou rien » (Gor) sont sur la même longueur d’onde avec l’ancien chef de l’État. En exclusivité sur les antennes de France 24, jeudi 13 décembre 2018, il a affirmé que l’union avec Alassane Ouattara est terminée, et qu’il est en train de former une nouvelle alliance, avec l’accord de Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. « À la demande de plusieurs autres partis politiques qui m’ont sollicité, nous pensons prendre la tête de la formation d’une nouvelle plateforme plus vaste comprenant tous les partis politiques qui partagent les valeurs de la non-violence, de la tolérance, de l'État de droit », a-t-il expliqué.

Au sujet de Laurent Gbagbo, il a indiqué l'avoir « informé de ce que nous étions en train de mettre en place une nouvelle plateforme, et il m'a donné son accord pour contacter le Fpi ».

Même parmi les supporters du président du Rhdp, la question du Rhdp unifié divise, et le chef de l’État accuse un net déficit de soutien. L’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d’Ivoire (Udpci) d’Albert Mabri Toikeusse est en passe de défaire son lien au Rhdp. La colère monte également dans le milieu de Guillaume Soro, face à l’éventualité de la dissolution du Rdr. Le Raci de Soro Kanigui n’écarte pas l’idée de créer un groupe parlementaire. « Les parlementaires de notre mouvement ont d’ailleurs manifesté au président d’honneur, Soro Guillaume, leur volonté de créer un Groupe parlementaire baptisé « Rassemblement » pour le soutenir, le cas échéant », a déclaré Kanigui Soro, président du Raci, en début de semaine, au Palais des congrès de l’hôtel Ivoire. Pour lui, son conclave veut « lancer les bases d’un leadership nouveau pour une restructuration, et l’élaboration d’un chronogramme d’actions ».

Au total, c’est un vrai ogre politique qui est en train de se mettre en place autour de l’ancien chef de l’État HKB, qui fait des pieds et des mains pour obtenir une alternance en 2020.

Armand B. DEPEYLA

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