La mosquée al-Aqsa à Jérusalem a brûlé en même temps que Notre-Dame de Paris (vidéo)

Actualités de Guinée Conakry. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com CC BY-SA 4.0 / Andrew Shiva / Al-Aqsa Mosque on the Temple Mount (Hebrew: הַר הַבַּיִת‎, Arabic: الحرم القدسي الشريف‎), in the Old City of Jerusalem
13:47 16.04.2019(mis à jour 15:50 16.04.2019)
Alors que les flammes consumaient lundi 15 avril au soir l’un des principaux sanctuaires chrétiens, Notre-Dame de Paris, un incendie, beaucoup moins important, s’est déclaré dans la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, l’un des principaux lieux de culte des musulmans.

Un incendie s'est déclaré dans la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, relate l'agence de presse palestinienne WAFA. L'incident s'est produit à peu près au même moment que lorsqu'à Paris les pompiers se battaient pour sauver Notre-Dame des flammes.

Selon les autorités, le feu est parti de la cour de la mosquée, mais a été rapidement éteint et le site est resté ouvert.

Le Kremlin de Moscou
© SPUTNIK. VLADIMIR ASTAPKOVITCH
«Douleur dans le cœur des Russes»: Poutine exprime ses condoléances suite à l’incendie à Notre-Dame de Paris
L'organisation religieuse Waqf qui supervise le site a affirmé que l'incendie avait été provoqué par des enfants qui jouaient avec du feu, sans fournir plus de détails.
La mosquée al-Aqsa est considérée comme le troisième site sacré de l'islam.

Ravagée lundi par un incendie, Notre-Dame de Paris a été défigurée mais ne s'est pas totalement effondrée grâce à l'intervention des pompiers qui sont parvenus à maîtriser les flammes et sauver la structure de l'édifice. Quelque 400 pompiers ont lutté une bonne partie de la nuit contre les flammes, l'un d'entre eux ainsi que deux policiers ont été légèrement blessés.

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QUI EST SERIGNE MOUNTAKHA BASSIROU, NOUVEAU CALIFE GÉNÉRAL DES MOURIDES DU SÉNÉGAL ?

Respecté par ses pairs pour son humilité, le religieux de 88 ans est devenu le huitième dignitaire de la confrérie soufie.

Vue de la Grande Mosquée de Touba au Sénégal, lors du pèlerinage de la fête religieuse du Magal, en novembre 2017.

C’est une présence discrète mais toujours reconnaissable dans les grandes cérémonies de la confrérie soufie des mourides. Un collier de barbe blanche surmonté parfois de lunettes qui cachent deux épais sourcils d’un blanc éclatant eux aussi. Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a été nommé officiellement, mercredi 10 janvier, huitième calife général des mourides, prenant la place de Serigne Sidy Mokhtar Mbacké, mort mardi dans la ville sainte de Touba, au Sénégal.

Lire aussi :   Au Sénégal, mort du septième calife général de la confrérie mouride

A 88 ans, celui que l’on surnomme déjà « le calife de la continuité » est une personnalité consensuelle habituée des prêches d’union et des prières mortuaires solennelles. Un religieux « détaché des mondanités et doté d’un franc-parler exceptionnel », selon le journal Enquête. L’« intendant des mystères de Serigne Touba » est surtout le plus âgé des petits-fils du fondateur de la confrérie, Cheikh Ahmadou Bamba, dit Serigne Touba, mort en 1927.

Durant sa carrière, Serigne Mountakha a occupé les rôles de bras droit, d’homme de confiance et d’émissaire sous les magistères de plusieurs califes généraux. Il hérite ainsi à son tour de la plus haute fonction religieuse de cette confrérie islamique considérée comme la plus importante du Sénégal avec 3 millions de fidèles estimés et une influence certaine sur la vie publique comme les affaires politiques du pays.

Mercredi, au lendemain de la mort du septième calife général dont le règne a duré sept ans et sept mois, le président Macky Sall s’est rendu à Touba, ville-Etat de la confrérie, présenter les condoléances de la nation à la communauté mouride. Puis, vêtu d’un boubou immaculé, il s’est dépêché à Darou Miname pour faire les éloges du huitième calife, où l’émotion de certains fidèles a créé des bousculades jusqu’à la résidence de Serigne Mountakha.

Grand propriétaire terrien

« Nous avons la foi que le nouveau calife pourra, avec l’aide de Dieu, bâtir de grandes choses pour l’islam et le mouridisme », a clamé le chef de l’Etat, assurant son engagement « à poursuivre les efforts de l’Etat auprès de la communauté mouride dont l’œuvre sera préservée et entretenue. »

Considéré comme un homme de dialogue, cultivé, rassembleur et respectueux de l’orthodoxie mouride, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a grandi dans l’ombre de ses frères. Il a étudié le Coran et les préceptes de son grand-père, fondateur de la confrérie, d’abord sous l’égide de son père Serigne Bassirou, puis en Mauritanie. Le 30 août 2007, il sort de sa retraite religieuse et se fait connaître des fidèles lorsqu’il reprend le titre de calife du fief familial de Darou Miname à la suite de la mort de son frère Serigne Moustapha Bassirou Mbacké. Une fonction qu’il a assurée pendant dix ans.

Au fil des années, il entre dans la sphère des dignitaires de Touba, devenant le bras droit du calife général Serigne Sidi Mokhtar Mbacké qui le charge alors des inaugurations de mosquées. Ce dernier lui accorde sa confiance dans la conduite des affaires religieuses de la cité de Touba, jusqu’à lui laisser l’honneur, en novembre 2017, de l’inauguration du Magal, la plus grande fête religieuse du Sénégal qui commémore le départ en exil du fondateur de la confrérie.

Le « Lamp Fall », plus haut minaret de la Grande Mosquée de Touba au Sénégal, lors du pèlerinage du Magal en novembre 2017. C'est la célébration religieuse majeure de la confrérie soufie des Mourides.

Respecté par ses pairs pour son humilité et sa piété, il devient « un élément incontournable dans la marche de la cité religieuse », selon le quotidien Sud. Grand propriétaire terrien, il contribue pour 72 millions de francs CFA (110 000 euros) à la construction de la mosquée de son village. Outre sa résidence, il possède des champs à Darou Salam Typ, où il a créé une daara (école coranique) et enseigne à de nombreux disciples les enseignements de son grand-père.

Lors de son allocution mercredi, il a tendu la main aux guides des autres confréries islamiques du Sénégal (un pays où la population est à 90 % musulmane) comme aux autres religions, poursuivant ainsi l’héritage de concorde religieuse et de pacification instituée par ses prédécesseurs. Il a assuré que sa démarche resterait fidèle aux préceptes mouridiques : adoration de Dieu et culte du travail.

Matteo Maillard

Le Monde

 



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Les Amis d'Allah - Exalté ! - Le rejoignent.

COMMUNIQUÉ DE LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE

 Actualité de Guinée Conakry, 11 septembre 2017. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com - Le Président de la République, Chef de l’Etat, le Professeur Alpha CONDE, a le profond regret d’annoncer au Peuple de Guinée, le décès de l’Erudit El hadj Ahmadou CHERIF, Secrétaire Général de la Ligue Islamique Régionale de Kankan. Décès survenu ce lundi 11 septembre 2017 à 11 heures à son domicile.

Feu El hadj Ahmadou CHERIF est né en 1930 à Kankan et est le dixième fils du Grand Erudit Feu Cheick Fanta Mady CHERIF dit Karamo Sékouba.

Les funérailles de Feu El hadj Ahmadou CHERIF, Erudit de Kankan, seront conjointement organisées par le Gouvernement et la famille CHERIF le jeudi 14 septembre 2017 de 10 heures à 17 heures.

A cette douloureuse occasion, le Président de la République et le Gouvernement adressent leurs condoléances attristées aux Institutions Républicaines, à la famille éplorée et au Peuple de Guinée.

Que l’âme de l’Illustre disparu repose en paix. Amen !

Le Bureau de Presse de la Présidence

BPP

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« EN FINIR AVEC LES IDÉES REÇUES SUR LES ÉCOLES CORANIQUES EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE »

Négligé et mal compris, l’enseignement arabo-islamique doit être davantage reconnu par le système éducatif formel, estiment des chercheurs.

L’éducation arabo-islamique en général – et les écoles coraniques en particulier – reste la grande oubliée des programmes prônant l’éducation pour tous en Afrique. Pourtant, cette éducation concerne un nombre très important d’enfants, dont une bonne partie est considérée comme se situant hors du système éducatif par les autorités publiques.

Reconnaître l’existence de l’éducation arabo-islamique, son importance et sa diversité est donc un préalable pour construire un cadre de concertation et un dialogue entre tous en Afrique subsaharienne. Mais pour cela, il faut commencer par dépasser certaines idées reçues.

Idée reçue n1 : c’est un phénomène récent en Afrique

L’éducation arabo-islamique est apparue au XIe siècle en Afrique subsaharienne, au moment de la diffusion de l’islam. C’est la première forme d’éducation collective formalisée. Initiée d’abord par des commerçants arabo-berbères en Afrique de l’Ouest, puis propagée par des confréries religieuses à partir du XIXe siècle, elle a d’abord pris la forme des écoles coraniques de type soufi. On y enseigne alors essentiellement la mémorisation du Coran.

Pour concurrencer les écoles coraniques et attirer les élèves musulmans dans l’espace francophone colonial, l’administration française a ensuite créé des médersas coloniales sur un modèle bilingue franco-arabe.

A partir des années 1940, un marché de l’éducation arabo-islamique a progressivement émergé grâce à l’initiative d’entrepreneurs de l’éducation, appuyés et soutenus par des financements extérieurs en provenance du Maghreb et, plus récemment, des pays du Moyen-Orient.

Depuis 2000, en voulant les intégrer dans le système éducatif formel, certains Etats ont développé de nouvelles structures éducatives intégrées (écoles coraniques intégrées ou modernisées et écoles franco-arabes publiques) dans les systèmes éducatifs nationaux.

Idée reçue n2 : c’est l’apprentissage du Coran

L’éducation arabo-islamique regroupe une très grande diversité d’institutions variant selon les contextes géographiques, mais présentes dans presque tous les pays d’Afrique, qu’ils soient à majorité ou à minorité musulmane. En raison de l’absence de données, cette catégorie de structure éducative reste encore peu prise en compte par les chercheurs et les planificateurs des systèmes éducatifs.

Il est possible de distinguer les établissements selon leur niveau de reconnaissance par les Etats : les établissements formels (nommés médersas, écoles coraniques intégrées ou franco-arabes) et les établissements informels (nommées daaramaktab ou kuttāb).

Une école coranique mixte à Diourbel, au Sénégal.

L’éducation formelle est celle qui dispense le curriculum scolaire national dans un cadre officiel, reconnu par les institutions du pays. Elle est prise en charge par le système éducatif national, selon une pédagogie, des règles de fonctionnement, un processus de validation et un calendrier fixé par l’Etat.

A l’inverse, l’éducation non formelle se situe hors du cadre officiel de l’Etat, elle ne forme pas aux compétences attendues dans le curriculum scolaire national ou aux examens et ne donne pas lieu à des évaluations ni à la certification des acquis.

Idée reçue n3 : c’est un épiphénomène

Quantifier le nombre d’enfants pris en charge par des structures éducatives arabo-islamiques est un véritable défi, puisque la grande majorité des pays africains ne collectent pas d’informations sur ce sujet. En effet, les données administratives collectées se concentrent sur les établissements considérés comme formels, dans la mesure où ils sont les seuls à être considérés comme relevant de la responsabilité du ministère de l’éducation.

Dans quelques pays, les données d’enquêtes permettent de donner un ordre d’idée de la proportion d’enfants qui sont pris en charge par des écoles coraniques exclusivement (éducation arabo-islamique non formelle). Leur part représente une proportion assez faible en Côte d’Ivoire (1,5 %), au Nigeria (3,5 %), mais est beaucoup plus importante au Tchad (6,8 %), aux Comores (15,4 %), en Mauritanie (23,1 %) et en Somalie (33,5 %).

Ecole coranique de l’ONG Jamra, située à Dakar. Cette école a intégré la langue française en parallèle à l’enseignement islamique. Les classes sont divisées selon les niveaux et par genre.

Les élèves des écoles coraniques représentent ainsi une très grande partie des enfants considérés comme étant « hors l’école », la plupart des pays ne les distinguant pas des enfants véritablement en dehors de toute structure éducative.

Du côté de l’éducation arabo-islamique formelle, celle-ci prend en charge une partie assez faible des enfants en Mauritanie (0,4 %), au Nigeria (0,5 %), en Côte d’Ivoire (1,7 %), au Burkina Faso (1,8 %), au Sénégal (3,4 %), et est importante en Gambie (10,9 %).

Idée reçue n4 : c’est pour les garçons et pour les pauvres

Si une grande partie des ménages musulmans cumulent un enseignement formel (public ou privé) avec une école coranique, une partie non négligeable des ménages se contentent d’une école coranique.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les écoles coraniques ne sont pas réservées aux garçons et aux ménages les plus pauvres. Un grand nombre de filles sont également prises en charge et, dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria, la Somalie et le Sénégal, l’éducation arabo-islamique peut même être parfois plus favorable aux filles que les autres structures éducatives formelles.

Lire aussi :   L’éducation en Afrique, un objet d’étude mal identifié par la recherche française

Les écoles coraniques concernent une catégorie intermédiaire de la population. Celle-ci se situe entre les ménages les plus urbains et les plus riches (qui placent leurs enfants dans l’éducation formelle), et les ménages les plus pauvres et les plus ruraux (qui ne mettent leurs enfants dans aucune structure éducative). Quant à l’éducation arabo-islamique formelle, elle concerne plutôt les garçons et les ménages disposant d’un niveau de revenu intermédiaire à aisé.

Comment construire un compromis entre les Etats et l’éducation arabo-islamique ?

De fait, il existe un double système éducatif dans la plupart des pays africains à majorité ou à composante musulmane. L’un est d’inspiration occidentale (les écoles publiques ou privées non arabo-islamiques) et l’autre est issu de la culture arabo-islamique et de son acculturation en Afrique depuis des siècles (les écoles coraniques).

Des initiatives sont menées par des courants religieux (d’abord réformistes, puis confrériques) et des Etats (parfois accompagnés par des organisations internationales et non gouvernementales), afin de donner corps à ce qu’on pourrait appeler une troisième voie. Celle-ci tente de réconcilier une demande d’éducation religieuse et un impératif de mise aux normes internationales.

Certains Etats progressent ainsi vers un système « hybride », où, dès le cycle primaire, l’enseignement religieux (ainsi que l’enseignement de la langue arabe) est couplé à un enseignement « profane ». Celui-ci permet l’acquisition d’une éducation de base (en langue française ou anglaise), notamment des compétences en lecture, écriture et mathématiques.

Ces écoles (par exemple, les écoles franco-arabes au Sénégal) sont toujours en voie d’expérimentation (programmes scolaires, taux horaires, enseignement des langues, enseignement du religieux à l’école, formation des enseignants). Des efforts sont ainsi à consentir par toutes les parties prenantes pour dépasser les incompréhensions mutuelles et construire le projet éducatif commun dont l’Afrique subsaharienne a besoin.

Cet article est d’abord paru sur le site français de The Conversation.

Rohen d’Aiglepierre est économiste à l’Agence française de développement (AFD), en charge des recherches sur le capital humain.

Clothilde Hugon est docteure en sciences politiques à Sciences Po Bordeaux.

Hamidou Dia est socio-anthropologue et chargé de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Le Monde



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A Lisbonne, l’Aga Khan installe son « Vatican »

                     

          Leader d’une communauté de 15 millions de musulmans, Karim Aga Khan IV établit au Portugal le « saint-siège » des ismaéliens. Le descendant du gendre du Prophète prépare aussi sa succession.

 

   

Il y a comme un malentendu persistant entre la familiarité que suscitent l’évocation du seul nom de l’Aga Khan et le parcours du personnage. Riche héritier d’une dynastie musulmane mythique, qui a connu des épisodes tapageurs – dont le mariage de son père, Ali Khan, avec Rita Hayworth en 1949 –, Karim Aga Khan a, en France et dans le monde occidental, l’image d’un milliardaire à la tête d’une écurie de chevaux réputée aux haras du château de Chantilly, et qui n’investirait dans le développement que pour se donner bonne conscience.

        Lire aussi : Le business de l’écurie France    

Mais l’Aga Khan, c’est d’abord et avant tout un descendant du gendre du prophète Mahomet. Ce 11 juillet, Karim Aga Khan IV, 49e imam de la lignée, sera à l’honneur. Quelque quinze millions de musulmans chiites ismaéliens, agriculteurs ou riches commerçants, médecins ou banquiers, dispersés entre l’Asie, l’Afrique et l’Occident fêteront le 60e anniversaire de son intronisation comme leader spirituel de la communauté. C’était en 1957, Karim Al-Hussaini avait tout juste 20 ans. Il était étudiant à Harvard.

Cette célébration sera l’occasion pour le désormais octogénaire de rappeler son attachement aux valeurs de pluralisme et de responsabilité individuelle de sa communauté. « En islam, les leaders ne sont pas là que pour interpréter la foi. Ils ont une responsabilité pour améliorer la qualité de la vie et des sociétés dans lesquelles vivent leurs fidèles », a-t-il confié au Monde à l’avant-veille des festivités.

Un concordat signé avec le Portugal

En tant que leader spirituel d’une communauté chiite minoritaire, Karim Aga Khan ne prétend pas endosser un « habit papal » pour un monde musulman morcelé et en crise. Mais l’idée d’un concile rassemblant toutes les obédiences l’inspire. Même s’il a conscience des limites d’un tel exercice. « J’ai envoyé des proches étudier les méthodes de médiation qui sont appliquées en Occident dans différents domaines, dit-il. Mais nous constatons que le dialogue entre les musulmans fonctionne mieux au niveau des villages qu’au niveau des Etats à l’heure qu’il est. »

Si dispersée et minoritaire soit-elle depuis plus de 1 200 ans, la communauté ismaélienne est en passe de rayonner à nouveau. Le 3 juin 2015, un accord avait été signé avec le Portugal pour l’installation à Lisbonne d’un siège mondial et permanent de l’« imamat ismaélien » – une sorte de Vatican sans Etat pontifical. « C’est un événement historique dans le sens où une institution théologique musulmane aura son siège dans un Etat laïc chrétien », souligne Karim Aga Khan. Après avoir un temps envisagé de s’installer au Canada, le leader spirituel s’est tourné vers Lisbonne pour son « Saint-Siège », qui emménagera dans le Palacete Henrique Mendonça, un édifice historique à l’architecture remarquable où l’Aga Khan lui-même devrait résider.

« Nous nous sommes inspirés du Concordat qui lie le Vatican et le Portugal », révèle-t-il. En 2015, l’Etat portugais a accepté de signer un concordat avec l’imamat, lui accordant une représentation institutionnelle et diplomatique – une première dans la longue histoire de cette communauté qui ne peut revendiquer aucune patrie. Lisbonne a aussi octroyé des exemptions fiscales importantes, comme à l’Eglise portugaise, notamment sur les biens immobiliers liés au culte et sur nombre de transactions financières.

Au Portugal, la communauté ismaélienne compte 7 000 membres, bien intégrés, souvent urbains et influents.

Le Portugal est un vieux pays de connaissance pour la communauté ismaélienne. Elle s’y est installée dans la foulée des indépendances africaines et indiennes, et y compte aujourd’hui 7 000 membres, bien intégrés, souvent urbains et influents. Depuis 2005, d’importants partenariats ont été signés avec l’Etat portugais, tandis que la collaboration avec l’Eglise catholique a permis le développement d’un programme d’échanges culturels et confessionnels au niveau universitaire, donnant à la présence ismaélienne dans le pays une image d’excellence intellectuelle. Le Portugal, lui, se dit « très intéressé par la venue d’une institution qui affiche un budget de 600 à 900 millions d’euros », selon un ancien ministre portugais.

Œuvrer pour le développement

« L’imamat n’est que l’institution qui lie la communauté ismaélienne à son leader spirituel. Cela n’altérera pas le fonctionnement du réseau de développement de l’Aga Khan », assure Mahmoud Eboo, l’un des hauts responsables religieux des ismaéliens. Ce déménagement ne remet pas en cause l’attachement de Karim Aga Khan à la France. A l’initiative de la Fondation pour la sauvegarde et le développement du domaine de Chantilly, il a longtemps soutenu l’Académie diplomatique internationale à Paris. Des projets qui lui ont valu d’être gratifié, en 2009, par l’ex-ministre de la culture Christine Albanel, du titre de grand donateur et grand mécène. Le prince a également promis récemment de donner un million d’euros à la Fondation de l’islam de France, au titre de la recherche en islamologie.

Fort de cette double identité, où se croisent Orient et Occident, vie mondaine et vie spirituelle, fréquentation des puissants et attention aux plus déshérités, l’ancien étudiant de Harvard a patiemment bâti, en soixante ans, l’un des plus importants réseaux de développement privés au monde : l’Aga Khan Development Network (AKDN), qui a des activités en France, en partenariat notamment avec l’Agence française de développement (AFD). Basé à Genève, l’AKDN emploie 80 000 personnes dans une trentaine de pays, et ne cesse de multiplier ses domaines d’activités : lutte contre la pauvreté, accès aux soins de santé, infrastructures, éducation, préservation du patrimoine, soutien à la culture, développement des médias… Sa raison d’être : « Concrétiser, à travers l’activité institutionnelle, la vision éthique de la société inspirée par le message de l’islam. »

Pour Karim Aga Khan, le développement est un monde complexe qu’il aime résumer à travers la figure du tabouret à trois pieds : le premier est économique, le deuxième social, le troisième culturel. Si pour fonctionner, l’AKDN peut compter sur l’argent des fidèles, de donateurs privés et de partenaires comme l’AFD, le bras armé de ce véritable « soft power » est la centaine d’entreprises réunies dans un fonds pour le développement économique, l’Akfed (Aga Khan Fund For Economical Development). Cette structure multinationale a engrangé des recettes de 3,5 milliards de dollars en 2015, dans cinq secteurs – industrie, services financiers, aviation, tourisme, médias. « Ce n’est ni une institution charitable ni un moyen d’enrichissement personnel, assure Karim Aga Khan. Ces investissements ont pour objectif l’amélioration des conditions de vie des personnes concernées par ces activités. »

Enseignement et culture

« C’est certainement dans le domaine de l’enseignement et de la culture que l’action de l’AKDN est la plus exceptionnelle », indique Renaud Ego, journaliste et écrivain connaissant bien le réseau. Après la restauration des jardins de Babour, à Kaboul, ou le réaménagement du parc Al-Azhar, au Caire, le réseau de l’Aga Khan œuvre en Syrie. « Nous avons déjà investi dans les régions pacifiées pour la reconstruction du patrimoine syrien, et nous avons pris la décision de continuer à soutenir tout ce qui relève de la culture dans ce pays. C’est l’un des premiers pays musulmans, avec une histoire unique, on ne peut permettre que les conflits d’aujourd’hui détruisent cette histoire », explique « HH » (His Highness, « Son Altesse »), comme le surnomme son entourage depuis que la reine d’Angleterre lui a conféré ce titre en 1957.

        Lire aussi : La Fondation de l’islam de France veut cibler en priorité la jeunesse    

Dans un monde musulman en pleines turbulences, ce chef spirituel sans Etat se doit cependant de garder une réserve diplomatique extrême. Ses relations avec les Etats musulmans dépendent de leur tolérance vis-à-vis des minorités – dont les ismaéliens. Dirigé par les alaouites, une autre minorité chiite, l’Etat syrien demeure, concède l’Aga Khan, un interlocuteur plus proche que l’Etat saoudien sunnite, qui fait peu de cas du respect du pluralisme. Il se sent plus proche des pays d’Asie centrale, où les communautés ismaéliennes sont très présentes. Ainsi, en octobre 2016, a-t-il inauguré le premier campus de l’université d’Asie centrale, à Naryn (Kirghizistan), qui s’ajoute au réseau des universités créées par l’Aga Khan en Tanzanie, au Pakistan et dans divers pays d’Afrique et d’Asie. « Nous sommes une institution séculaire et non un institut théologique, même s’il y aura un enseignement des religions comparées », a-t-il déclaré devant la première promotion, qui comptait des Kazakhs athées, des jeunes filles tadjiks ou des réfugiés afghans.

Histoire tourmentée

Planétaire, la communauté ismaélienne a autant de visages que de pays où elle réside. Karim Aga Khan ne cesse de réaffirmer l’engagement non confessionnel des projets de son réseau. Mais son efficacité repose sur l’attachement viscéral des ismaéliens à leur leader spirituel. Lorsqu’il a célébré son jubilé, en 2007, plutôt que de recevoir de somptueux cadeaux – ou, comme son grand-père, son poids en or – il a demandé à ses fidèles de lui offrir leur « temps » et leurs « connaissances »« Time, knowledge and nazrana [« cadeau », en ourdou]. » Des milliers de volontaires « TKN », médecins, universitaires, ingénieurs, infirmières, architectes, ont ainsi déposé leurs noms dans une base de données, pour aider le réseau. « Je voulais que l’on cesse d’envisager tout sous l’angle de l’argent. On a ainsi mobilisé des ressources humaines extraordinaires », se félicite Karim Aga Khan. « La plupart des “TKN” viennent d’Amérique du Nord, détaille Mahmoud Eboo. Ils ont un haut niveau d’éducation. »

Aujourd’hui plus que jamais, Karim Aga Khan IV entend continuer à incarner une éthique musulmane tolérante, soucieuse de justice et donnant à l’effort intellectuel un rôle essentiel dans le rapprochement des peuples et dans sa foi. Une interprétation de l’islam qui peut désigner sa communauté, chiite, comme cible pour des fondamentalistes sunnites. En témoigne l’attentat contre un autobus transportant une soixantaine d’ismaéliens à Karachi (Pakistan), le 13 mai 2015.

De cette histoire particulièrement tourmentée, Karim Aga Khan IV conserve un principe intangible, talisman de la survie de sa communauté : la discrétion. Ainsi, alors que la question de sa succession commence à se poser depuis qu’il a eu 80 ans, en décembre, rien ne filtrera avant qu’il ne fasse son choix entre ses trois fils pour désigner celui qui sera le cinquantième imam des ismaéliens : le prince Rahim, déjà investi dans le secteur économique de l’AKDN, le prince Hussain, très actif dans la culture, ou le prince Aly Muhammad, qui poursuit ses études. Il leur lèguera un empire économique et confessionnel, puissant et fragile. Les héritiers sauront-ils poursuivre sur la voie de cette modernité mâtinée de tradition dans laquelle s’est engagé leur père ?

Le Monde

         

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