LA PREUVE PAR ZIDA ?

« Justice sera rendue à tous ceux qui sont tombés sous les balles assassines du président Blaise Compaoré » ainsi s’exprimait le Premier Ministre (P.M.) de transition Yacouba Isaac Zida le 13 décembre 2014 sur la place de la Révolution. C’était la première fois qu’un P.M. tenait un discours improvisé devant une foule disparate sur une place publique non quadrillée par les forces de l’ordre. Zida est également le premier P.M. militaire du Burkina depuis au moins 31 ans. Tandis qu’à l’inverse, Kafando est le premier président civil depuis 48 ans.


Le 27 novembre 2014, face à la presse nationale, au cours d’une interview de 1h30, le Premier ministre a affirmé que le dossier Sankara serait entièrement rouvert et que le Burkina Faso allait demander au Maroc l’extradition du président déchu Blaise Compaoré si la justice l’exigeait.

Le lieutenant-colonel Zida est apparu en public pour la première fois, juché sur un char posté devant l’Etat-major aux côtés de leaders de la société civile, dans la matinée du 31 octobre 2014. Il a scandé « l’armée va prendre ses responsabilités». Quelques temps après Blaise Compaoré démissionnait. Et depuis, les posters à l’effigie du P.M. se vendent comme de petits pains. Aux yeux de certains, il serait devenu un héros populaire. Cet homme au physique imposant, né le 16 novembre 1965 était précédemment chef de corps adjoint du Régiment de Sécurité présidentielle (RSP). Il occupait ces fonctions depuis le 18 juillet 2011 et serait parvenu à ce grade après avoir été chargé de mater la mutinerie d’une partie de l’armée en 2011. Il aurait été surtout l’agent de liaison de Blaise Compaoré avec la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles de Soro Guillaume.

A l’inverse, les détracteurs de Zida le considèrent comme un démagogue et un populiste, presqu’un imposteur. C’est vrai qu’il aurait pu se passer de décréter la gratuité du match Burkina/Angola le 18 novembre dernier.

On l’accuse d’avoir facilité la fuite, ou de n’avoir rien fait pour empêcher les anciens dignitaires du régime Compaoré de quitter le pays. Certains ont même affirmé dernièrement que le P.M. avait dépêché des soldats au Maroc pour assurer la protection de Blaise Compaoré … juste au moment où ce dernier quittait son lieu d’exil !
Les mêmes détracteurs attestent que le président de la transition est « Under Control » et que c’est Zida le vrai patron de la transition. On serait curieux de savoir comment ce même contrôle s’exercerait sur Cherif Sy ou sur Luc Marius Ibriga ? Augustin Loada, Filiga Michel Sawadogo, René Bagoro ?

Le fait est que Zida fait beaucoup de promesses (vérité et justice pour Sankara, Norbert Zongo et les martyrs de l’insurrection …). Des promesses presqu’impossibles à tenir dans le délai de la transition. Séparation des pouvoirs oblige avec une justice qui vient à pied.
L’autre fait est que Zida et son équipe ont la gâchette facile en terme de démettre certaines personnes de leurs fonctions (SONABEL, SONABHY, CAMEG, INERA, FESPACO, CENOU …). On pense également à la dissolution des conseils municipaux. Les changements au RSP, au chef d’Etat-major particulier du chef de l’Etat et à l’Etat-major général des armées étant davantage du ressort du président Kafando.

Un nouveau palier a été atteint avec la décision surprise de nommer un directeur pour la SOCOGIB par l’entremise d’un ministre du gouvernement. Ce qui équivaudrait d’office à la nationalisation de ce fleuron des entreprises naguère confisquées par Alizeta Ouedraogo. Sans doute que la société Tan Aliz va subir le même sort, elle qui emploie près d’un millier de personnes qu’il faut sauver à tout prix du chômage.

Précipitation, amateurisme ou négligence ? Selon plusieurs observateurs, Zida et son équipe ne manquent pas de commettre des erreurs d’appréciation. Certaines s’apparenteraient même à de la provocation : le cas de la nomination de Adama Sagnon au poste de ministre de la culture et plus récemment l’imbroglio autour du 13 décembre. Dans les deux cas, Zida a su manœuvrer habilement pour reprendre la main et ne pas donner l’impression qu’il exerce une gouvernance dictée par la rue. L’homme est certes un adepte des concertations et des formules inclusives mais il n’a que 11 mois, ça ne donne pas du temps à la tergiversation.

Reste des dossiers sensibles tel le sort de Gilbert Diendéré (trempé dans toutes les affaires d’Etat) et le démantèlement du RSP au sein duquel le P.M. a fait toute sa carrière. Malgré les injonctions populaires, aucune action d’éclat ne sera entreprise dans l’immédiat. Ici on marche sur des œufs.

L’organisation des élections générales en 2015 est la priorité des priorités pour Zida. Mobiliser les ressources, poursuivre l’enrôlement biométrique, permettre les candidatures indépendantes, organiser le vote des burkinabè de l’étranger … Il peut échouer partout mais pas ici.

S’il veut garder les pieds sur terre, Yacouba Isaac Zida doit se garder de prêter une oreille trop attentive aux zélateurs, aux flatteurs et aux courtisans de tous bords. Certains s’inquiètent déjà de la forte influence des membres de son église.

D’aucuns lui prêtent l’intention de travailler à la création d’un parti politique à travers lequel il reviendrait se faire élire président en 2020. Ce n’est pas interdit. Ce qui est interdit c’est de se détourner de l’esprit et de la lettre de la charte de la transition et pour l’heure, la plupart des voyants sont au vert.

Si c’est au pied du mur qu’on reconnait le vrai maçon, c’est devant les tentations de toutes sortes qu’on reconnait le vrai Burkinabè digne et intègre. Alors au travail mon lieutenant-Colonel et rendez-vous, à l’heure des bilans, en novembre 2015.

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