Défi de l’Afrique: si Thomas Sankara pouvait répondre à Emmanuel Macron!

 

«Le défi de l’Afrique, il est totalement différent. Il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel aujourd’hui. Quels sont les problèmes en Afrique? Les États faillis, les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est, je l’ai rappelé ce matin, l’un des défis essentiels de l’Afrique. Quand des pays ont encore aujourd’hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien». Emmanuel Macron, cité par La Tribune Afrique. Ces propos sont simplement consternants, d’autant qu’ils viennent de celui-là même qui a effectué un stage en ambassade au Nigeria alors qu’il était encore en étude à l’ENA de Strasbourg, où il a brillé de 2002 à 2004, dans la promotion Léopold Sédar Senghor, du nom du grand président sénégalais, le plus Français des Sénégalais, l’Immortel de l’Académie française. Les mots sont surtout révoltants et blessants, surtout quand ils ont pour auteur un jeune président dont les Africains, notamment la jeunesse, avaient applaudi à tout rompre l’arrivée au pouvoir. Non parce qu’ils en attendaient forcément des retombées autres, mais parce que les jeunes africains ont vu en ce changement générationnel, un espoir pour l’Afrique qui souffre de la sénilité d’une classe politique vieille mais qui fait de la résistance, en partie grâce à la France des aînés du jeune Macron qui font et défont les régimes en Afrique.

Et comme le ridicule ne tue pas, ce sont ces dirigeants sans relief qui ont bu, sans broncher, ces insultes de celui qui pourrait être leur fils ou petit-fils pour certain et par la force des choses, et surtout de la démocratie, leur dicte aujourd’hui ses volontés. Emmanuel Macron avait dû reste annoncé les couleurs en appelant par exemple les chefs d’Etat à mouiller davantage le maillot dans la lutte contre le terrorisme, alors qu’il effectuait sa première visite hors de l’Europe, en tant que président de la France. C’était en terre malienne où il était allé réconforter les éléments de la Force Barkhane déployés dans le Sahel pour traquer les djihadistes, non pas pour les beaux yeux des Africains mais parce que ceux-ci menacent les intérêts et la vie des ressortissants français sur un continent dont les richesses naturelles et les matières premières font le bonheur de la France, depuis les temps de l’esclavage et de la colonisation. Mais comme ils ont toujours été tenus en laisse par nos ancêtres les Gaulois, ceux qui nous gouvernent et qui ne connaissent pas la honte, comme on le dit en Afrique, ont une fois de plus raté l’occasion de dire «non» à leur maître.

Peuvent-ils seulement s’opposer à ceux qui protègent leurs trônes dressés sur des petits territoires dont les frontières ont été d’ailleurs tracées par le colonisateur? Non. A qui vont-ils tendre la sébile pour endetter leurs pays, aide qu’ils détournent d’ailleurs allègrement pour enrichir les banques suisses, faire marcher l’économie française grâce à leurs séjours fréquents dans les luxueux hôtels privés dont ils sont propriétaires sur les bords de la Seine? Ironie du sort, ce sont ces acquisitions qui deviennent après des «biens mal acquis», et font des dirigeants africains, des clients privilégiés de la justice française. A quelque chose malheur étant bon, il faut féliciter Macron d’avoir provoqué ce choc. Car, ces mots durs ont eu l’avantage, au-delà des premières émotions, de révéler aux Africains les véritables pensées des hommes d’Etat français à l’endroit d’un continent qu’ils ont toujours infantilisé. Et ce, avec la complicité des intellectuels et politiques africain sans vision pour leurs peuples. La France a simplement peur de la surpopulation de l’Afrique, comme le «péril jaune» qui, en son temps, a constitué une menace pour les Occidentaux. La Chine n’est-elle pas aujourd’hui une puissance économique et militaire qui donne des nuits blanches à Paris et à Washington qui n’ont pas pu y freiner cette «démocratie galopante» qu’elles ont pu bloquer en Afrique par divers moyens?

Face à l’attitude poltronne des dirigeants africains actuels, nul doute que Sékou Touré et Thomas Sankara continuent de se retourner dans leurs tombes. «Afrique, mon Afrique», où sont donc tes «fiers guerriers dans les savanes ancestrales» de David Diop?

Par Wakat Séra    

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