Sassine, à dans cent ans et quelques..

Un jour au marché de Taouya, à Conakry, j’ai été attiré par un petit groupe de toubabs qui avaient l’air perdu. Plus près, j’ai compris que c’étaient des Italiens qui  cherchaient un restaurant ou un café ; je ne suis pas nul en espagnol, mais l’Italien.. J’ai tout de même entendu « Marco Polo ». J’ai alors pensé à Sassine qui habitait non loin de là, comme moi. Tous les matins, nous nous retrouvions pour avaler, lui son breuvage, moi, mon petit « noir », que je prends toujours dehors, habitude parigo.

Marco Polo !

Illumination !

Venite qui, venez par ici, suivez-moi !

Devant une échoppe, plutôt une gargote, j’entre, en tirant un rideau grasssouilleux.

Mes Italiens étaient restés dehors, cherchant à déchiffrer les tags  griffonnés sur les murs lépreux et salpêtreux.

Omolète au lard, biftec moderne, péti poid francé..

Ils cherchaient évidemment les lueurs de l’enseigne Marco Polo dont la source n’était autre que Sassine ; elles avaient traversé l’épaisse imbécillité ambiante, les océans, pour arriver à l’université de Bologne ! Sassine, fidèle à son poste, avait déjà pris sa première Flag, ou son Sköl. Je suis sorti tirer de l’embarras ces professeurs et étudiants venus de Bologne dans le cadre d’une étude des œuvres de Sassine.

Sassine taquinait le maître des lieux qu’il avait surnommé Marco Polo, grand explorateur connu pour avoir, à 17 ans, traversé l’Europe, l’Asie pour aller jusqu’en Chine où il fut reçu par l’empereur de Chine. Au 13ème siècle ! (Claude Derhan)

Mais pourquoi ce diablotin de Sassine est allé jusqu’en Chine pour trouver ce grand sobriquet à un vendeur d’alcool frelaté, pire, de tambanaya, alcool local fait de nos grains de sésame ouvre-toi !

O quêteurs de vérité ! (Nietzsche) 

Trouvez, moi j’abandonne !

Il est vrai que de Bologne, des gens sérieux ou imbécile heureux, sont venus chercher Sassine, l’ont trouvé dans une sombre taverne alors qu’à Conakry on l’avait refoulé à l’entrée d’une université lors d’un séminaire sur son œuvre ! Pendant une décennie, Sassine qui avait enseigné les mathématiques dans son errance de navetane à travers l’Afrique l’ouest, s’est vu refuser tout poste d’enseignant depuis son retour au bercail, jusqu’au jour où il trinqua la dernière fois, après avoir bu sa vie à notre santé, ce 7 février 1997.

J’ai prié sur le corps de Sassine, à Côté de Sidya Touré alors premier ministre. J’avais eu le temps de voir son visage, lisse, non plus celui d’un alcolo, aviné, mais brillant d’une lumière de sainteté.

A plus, Hombre, à fakoudou !

Was-Salam

Saïdou Nour Bokoum

www.nrguyi.com

NB : A lire absolument : William Sassine, l'indigné, Elisabeth Degon, éd. Karthala

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