Quand Victor Hugo évoquait la «grande flamme furieuse» de Notre-Dame de Paris

Actualités de Guinée Conakry. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com La flèche de Notre-Dame s'effondre sous les exclamations horrifiées des parisiens. Censé prononcer un discours ce lundi soir, Emmanuel Macron a été contraint de reporter sa prise de parole après le dramatique incendie.

L’écrivain, qui joua un rôle essentiel dans la rénovation de la cathédrale au 19e siècle, a écrit un passage aux allures de prémonitions dans son roman de 1831, Notre-Dame de Paris.

Il est l’un des artisans de la renommée de Notre-Dame de Paris. Dans son roman du même nom publié en 1831, Victor Hugo faisait de la cathédrale son personnage principal, au même titre que Quasimodo, Esmeralda et Frollo. Une manière pour lui de tenter de sauver le monument, alors fort dégradé. «Si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant des dégradations, des mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui avait posé la première pierre, pour Philippe-Auguste qui en avait posé la dernière», déplorait-il dans son œuvre, maintes fois adaptée au cinéma ou en comédie musicale.

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«Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles»

Victor Hugo, dans Notre-Dame de Paris (1831)

Victor Hugo ne se doutait probablement pas que le monument qu’il chérissait tant - «un majestueux et sublime édifice», disait-il - serait ravagé par les flammes, 188 ans plus tard, le 15 avril 2019. Toutefois, certains passages de son œuvre permettent de tristes rapprochements: «Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure», écrivait-il.

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Pas question ici d’un incendie: le passage décrit une diversion du bossu sonneur de cloches, Quasimodo, afin de distraire les «truands». «À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle», écrivait Hugo. Comme un symbole.
Un incendie en 1830

En 1830, une année avant la publication de Notre-Dame de Paris, l‘archevêché attenant à la cathédrale avait été la cible de divers saccages. Un incendie avait même été déclenché sur la façade sud, où se trouve une des trois emblématiques rosaces. Victor Hugo confiait alors ses craintes: «Les mutilations leur viennent de toutes parts, du dedans comme du dehors», écrivait-il dans la préface de son roman. Avant d’ajouter: «L’église elle-même s’effacera bientôt peut-être de la terre». Un cri du cœur finalement entendu en juillet 1845, lorsqu’une loi fut votée pour la restauration de la cathédrale.

 

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