Le président en exercice de l’Union africaine serait-il complice des crimes contre l’humanité de 2009 ? Mémorandum de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon

Actualités de Guinée Conakry, 18/04/17. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui. Les dirigeants africains n’ont de cesse de reciter le mantra du développement économique dont la justice est une condition sine qua non. Cependant, l’élection de M. Alpha Condé comme président en exercice de l’Union Africaine en dit long sur le peu d’importance attachée à la justice par ces mêmes dirigeants.

La récente arrestation et extradition de Toumba Diakité et le consensus général sur les risques que Toumba Diakité encoure entre les mains des forces de sécurité guinéennes met en exergue les efforts que le gouvernement de M. Alpha Condé déploie pour entraver le processus judiciaire sur les massacres de Septembre 2009. Pour rappel, le 28 Septembre 2009, les partis d’opposition – dont celui de M. Alpha Condé (absent de Conakry à l’époque) organisèrent une manifestation pacifique demandant que l’armée rende le pouvoir confisqué lors du coup d’état de décembre 2008. La manifestation résulta en un massacre orchestré par les militaires guinéens sous les auspices de Dadis Camara et de ses comparses dont Toumba Diakité. Plus de 150 personnes furent tuées, des dizaines de femmes violées et mutilées et des centaines furent blessés. La commission ad hoc de l’ONU qui conduisit des enquêtes sur les évènements conclut que ces crimes étaient des crimes imprescriptibles contre l’humanité.

C’est suite aux élections consécutives aux massacres, que M. Alpha Condé accéda à la présidence de la Guinée. Il faut noter toutefois qu’il a maintenu dans son entourage immédiat et dans des postes de responsabilité élevée la plupart des officiers accusés et inculpés de ces crimes. En réponse indirecte aux appels répétés d’organisation des droits de l’homme et de victimes demandant la radiation de ces officiers de l’administration, le président guinéen a demandé publiquement, en Octobre 2014, que le dossier soit purement et simplement abandonné. En plus, dans une interview en date du 12 avril 2017 avec le journal français, libération, le président discrédite le processus judicaire quand il déclara que ‘’beaucoup de gens sont accusés à tort dans cette affaire. Certains n’étaient même pas à Conakry. On verra bien qui est coupable ou non lors du jugement’’.

La collusion de fait entre le chef d’état guinéen et des officiers présumés coupables de crimes dont des viols de femmes en plein jour et l’assassinat froid d’enfants ainsi que de coups et blessures est des plus troublantes. Elle indique que la lumière ne sera pas faite sur ces crimes sans une implication de la CPI avec un examen judiciaire de M. Alpha Condé et son inclusion dans les enquêtes. Outre la complaisance envers les accusés de crimes contre l’humanité de Septembre 2009, le bilan accablant de M. Alpha Condé dans le domaine des droits de l’homme depuis son accession au pouvoir justifie largement cette extension des enquêtes.

Depuis l’assassinat du jeune Zakariaou Diallo en Avril 2011, à l’aube du règne de M. Alpha Condé, une centaine de personnes ont été tuées par les forces de sécurité sans qu'aucune enquête ne soit menée pour identifier et punir les auteurs. Les derniers en datent du mois de Février dernier - lors de la grève des enseignants - avec le meurtre par les forces de l’ordre de 8 citoyens dont cinq adolescents et une femme enceinte.

En août 2012, suite à un différend entre villageois et une société minière privée sur des paiements de salaires et d’indemnités, des militaires dans une dizaine de camions investirent nuitamment la localité de Zogota dans la région forestière de la Guinée. Plus d’une dizaine de citoyens seront massacrés.

En Octobre 2013 une trentaine de jeunes furent kidnappés dans les rue de Conakry par les forces de sécurité. Ils furent transférés au camp militaire de Soronkoni à 600 kilomètres de la capitale où ils furent torturés pendant une dizaine de jours. Deux d'entre eux succomberont aux mauvais traitements. A ce jour personne n'a été interpellé pour s'expliquer sur ce crime.

En Juin 2016 des militaires agressèrent les populations de la région de Mali-Yembering suite aux manifestations des populations contre la brutalité du chef de la garnison militaire sur la personne d'un conducteur de camion. L'agression se solda par des dizaines de blessés et une centaine de magasins commerciaux brûlés.

Sous le régime de M. Alpha Condé, toutes les manifestations légales organisées par les syndicats et les partis d’opposition sont occasions pour les forces de sécurité pour se livrer – sans inquiétudes - à des violences contre d’innocents citoyens avec un nombre indéterminé de morts, de blessés et de torturés ainsi que le pillage de biens privés.

Dans les rangs de l’administration guinéenne, M. Alpha Condé a institué une terreur insidieuse pour intimider ceux qui osent soulever des questions dans la gestion des biens ou la politique du gouvernement. Comme exemple, il y a les assassinats non élucidés de hauts cadres de l’Etat dont la directrice générale du trésor guinéen, Aissatou Boiro et l’ancien ministre Aliou Diaouné. Des officiers et des personnes ordinaires croupissent en prison sous des accusations fantaisistes de complot contre l’Etat et des parodies de procès.

Le système judiciaire guinéen est incapable de jouer son rôle de régulateur de la vie nationale, à fortiori tenir des procès crédibles sur des dossiers de crimes contre l’humanité. Le Garde des sceaux de M. Alpha Condé, Mtre Cheick Sako, est réduit à un rôle de figurant récitant des promesses pour couvrir le déni de justice pour les victimes et garantir l’impunité aux criminels.

La violence d’Etat et l’injustice institutionnalisée ont fait de la Guinée une nation déchirée où les tensions ethniques sont artificiellement exacerbées afin de masquer l’incurie et la corruption rampante : bradage des ressources naturelles et pillage des biens de l’Etat. Soixante ans après l’autonomie et l’indépendance, la Guinée n’est rien d’autre qu’une nation en faillite. La quiétude précaire qui règne dans le pays s’explique uniquement par la misère rampante et l’exil massif de jeunes qui préfèrent mourir dans l’aventure en haute mer.

Le président en exercice de l’Union Africaine est resté sourd aux appels pour localiser les restes de M. Telli Diallo, premier secrétaire général de l’OUA, qui mourut d’inanition dans les sinistres geôles de Sékou Touré. Des funérailles dignes de cet illustre africain au rôle historique dans la fondation de l’unité et la décolonisation du continent iraient dans le sens d’un apaisement des démons de la répression et des divisions ethniques qui hantent la Guinée. Ce serait en outre une condamnation symbolique puissante des crimes contre l’humanité qui ont essaimé dans l’histoire de l’Afrique indépendante et un geste de reconnaissance des efforts des militants des années de l’indépendance avec le projet d’une Afrique intégrée. Mû par des phobies ethniques et des instincts d’autocrate, M. Alpha a montré être dépourvu d’une telle généreuse vision ou l’envergure d’un homme d’état.

Notre organisation ainsi que de nombreux Guinéens, regrettent le choix d’un homme comme M. Alpha Condé par les instances de l’Union Africaine pour représenter le continent– même à titre symbolique et temporaire. La présidence de l’Union Africaine est pour M. Alpha Condé un blanc-seing pour se donner la légitimité qu’il a perdue avec les populations guinéennes. Il se sert de l’aura du poste pour masquer sa collusion avec des criminels avérés ainsi que les crimes commis par son administration. Son choix comme président de l’Union Africaine renforce l’image peu flatteuse d’une Afrique où les droits de l’homme peuvent être foulés sans conséquences. Il est essentiel de remédier à cet état de fait dans l’avenir en tenant compte dans l’élection à la présidence de l’Union Africaine des crimes commis et les performances de développement d’un chef d’Etat.

La Commission Centrale de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon

Ampliations

  • Président de la Commission de l’Union Africaine – Addis-Abeba
  • Human Rights Watch, Human Rights First
  • Présidents des Etats de l’Afrique.

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