RECEVANT ALPHA CONDÉ AU PALAIS: Ouattara fait une importante annonce

Actuamités de Guinée Conakry. Nouvelle Républiwue de Guiné, www.nrgui.com Alassane Ouattara et Alpha Condé ont échangé sur des sujets d'intérêt commun.
Le président ivoirien, Alassane Ouattara, a laissé fuiter une information capitale concernant une probable révision prochaine de la Constitution du 8 novembre 2016.

Recevant le président Alpha Condé au palais de la présidence de la République, jeudi 25 avril 2019, au Plateau, le chef de l'État ivoirien a annoncé qu'il prévoit de modifier la Constitution. Mais le président Ouattara, le disant dans une ambiance de taquinerie, cela a laissé penser qu'il blaguait. Plusieurs journalistes étaient dans le doute que Alassane Ouattara ait annoncé officiellement cette révision. En tout état de cause, le numéro 1 ivoirien l'a déclaré. De fait, à la question d'un journaliste adressée au président guinéen, en visite d'État en Côte d'Ivoire pour trois jours, soit du jeudi 25 au samedi 27 avril 2019, sur une révision constitutionnelle dans son pays et l'éventualité de briguer un troisième mandat, c'est Alassane Ouattara qui a d'abord répondu.

« Y a des questions pour le président ? Pas pour moi... (rires) La question s'adresse à moi, j'imagine... Si c'est moi, oui je vais modifier la Constitution. Voilà, j'ai donné une réponse à votre question... », a annoncé le chef de l'exécutif ivoirien, suscitant des rires dans l'assistance. C'était au petit palais au sein de la présidence.

Mais sur la même question, l'hôte guinéen a été on ne peut plus clair. « Je pense que, pour le moment, il y a un débat en Guinée. Moi je ne peux pas vous dire, c'est un débat et j'observe. Le peuple de Guinée est souverain, personne ne peut l'empêcher de s'exprimer s'il veut s'exprimer. J'ai été élu par le peuple de Guinée, je n'ai de compte à rendre qu'au peuple de Guinée et au peuple africain, je n'ai de compte à rendre à l'extérieur. Je fais ce qui sera la volonté du peuple de Guinée parce que c'est lui qui m'a élu, et le peuple africain, parce que lorsque j'étais en prison, tous les pays africains se sont mobilisés... Ce n'est pas un débat qui m'intéresse, mais je laisse le débat se développer dans le pays... », a déclaré le Pr. Alpha Condé, dont l'avion a atterri vers 15h20 à l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët.
Il a été accueilli à sa descente par le président Alassane Ouattara, le Vice-président de la République, Daniel Kablan Duncan, et plusieurs membres du gouvernement. Trois (3) sections de la Garde républicaine (Gr), la musique de la Gr et deux sections de l'École de gendarmerie d'Abidjan, ont rendu les honneurs à l'illustre hôte, quand dans la cour du pavillon présidentiel, attendait une centaine de ressortissants guinéens venus accueillir leur président.

C'est à l'issue d'une entrevue qui a duré environ une heure, que les deux hommes se sont adressé à la presse. Selon le président ivoirien, cette visite était prévue de longue date. Il a exprimé sa grande joie de recevoir cet invité de marque, notant les liens entre la Côte d'Ivoire et la Guinée qui « sont étroits et séculaires ». Alassane Ouattara a salué son homologue « pour les grands succès enregistrés par l'Union africaine (Ua) sous votre impulsion, de même que pour la bonne conduite de la médiation dans les crises sociopolitiques au Togo et en Guinée-Bissau ». Il a indiqué que sous la présidence d'Alpha Condé à l'Ua, l'Afrique a parlé d'une seule voix. « Je vous félicite aussi, monsieur le président, pour les progrès impressionnants réalisés par la Guinée au cours de ces dernières années sous votre leadership », a-t-il affirmé, assurant que leurs échanges ont été « fructueux ». Des échanges qui devraient se poursuivre d'ailleurs dans la soirée. « Nous sommes convenus que nos ministres pourront continuer ces entretiens demain, en vue de nous produire un document précis qui servira de résumé des conclusions de nos entretiens. Les échanges que nous avons eus, a été la volonté de renforcer davantage les relations entre nos deux pays, au regard de nos potentialités économiques et notre volonté commune d'améliorer les conditions de vie de nos populations respectives. Et à cet égard, nous nous sommes accordé sur la nécessité de dynamiser les échanges commerciaux entre la Côte d'Ivoire et la Guinée, car ceci ne reflète pas le potentiel de nos deux pays », a indiqué le président ivoirien. Il a souligné qu'ils ont convenu de l'organisation des assises de la grande commission mixte de coopération ivoiro-guinéenne, qui se tiendra, bientôt, à Abidjan, « en vue d'impulser et de dynamiser les relations bilatérales » entre les deux pays. Selon lui, il s'agit notamment de travailler à l'exploitation des mines du mont Nimba, l'évacuation des minerais de fer de l'ouest sur le port de San Pedro, l'interconnexion ferroviaire des ports de San Pedro et de Conakry pour permettre l'exportation des produits dans les deux sens, l'amélioration des infrastructures ferroviaires et routières reliant les deux pays. Un projet d'interconnexion énergétique entre la Côte d'Ivoire, la Sierra Leone, la Guinée et le Liberia est également prévu.

3000 réfugiés en Guinée

Le chef de l'État ivoirien s'est dit étonné qu'il y ait encore 3000 réfugiés ivoiriens en Guinée. Il a souhaité qu'un retour volontaire se fasse dans les meilleures conditions. « Le rapatriement volontaire des réfugiés ivoiriens. Tout à l'heure, quand je faisais le point avec mes collaborateurs, on m'a indiqué qu'il y avait des réfugiés ivoiriens en Guinée. J'ai dit non ce n'est pas possible. Mais apparemment, il y a à peu près 3000 Ivoiriens qui se sont tellement bien installés en Guinée qu'ils continuent de dire qu'ils sont des réfugiés (rires). Donc, merci de continuer de les accueillir. Mais s'ils veulent rentrer, je suis sûr que vous ferez en sorte qu'ils puissent rentrer dans les meilleures conditions », a recommandé Alassane Ouattara. Non sans évoquer la « persistance du terrorisme, avec la recrudescence des attaques meurtrières dans certains pays de l'Afrique de l'ouest ».
À ce sujet, Alpha Condé, qui est un habitué de la Côte d'Ivoire, s'est dit fier de voir le pays se relever après la guerre post-électorale. Il a salué le dynamisme impulsé par son homologue ivoirien, se félicitant des progrès réalisés. Mais aussi et surtout, Alpha Condé a félicité Alassane Ouattara pour la prise de l'ordonnance d'amnistie, le 6 août 2018. « Le chef de l'État est le père de la nation, tous les enfants sont ses enfants, qu'ils soient de sa mouvance ou de l'opposition. Il est extrêmement important qu'il veille à la concorde et à l'entente nationale. Je sais que ça n'a pas été facile pour vous, parce que beaucoup de vos partisans n'étaient pas d'accord. Mais le rôle d'un président, aussi, ce n'est pas être à ... de l'opinion de ses partisans, mais de ne voir que l'intérêt du pays. Donc, ça a été un acte très courageux. Je vous ai félicité, je vous félicite encore », a-t-il soutenu, admiratif. « Nous souhaitons renforcer nos relations avec la Côte d'Ivoire parce que c'est le même peuple et nous avons les mêmes préoccupations et les mêmes risques... Le point de sécurité est vraiment extrêmement important pour nous, aujourd'hui, parce que cette zone (frontalière) est une poudrière, c'est notre ventre mou. Il est important que nos ministres de la Défense travaillent sérieusement pour éviter les conflits entre les populations qui sont inévitables... », a-t-il indiqué. « Nous devons faire attention au développement du terrorisme... Aujourd'hui, ça descend. C'est facile d'arrêter un Touareg à la frontière quand il veut entrer. Mais quand c'est un Peuhl, un Malinké ou un Mossi, on ne peut pas, d'autant plus que les familles se retrouvent des deux côtés... Aujourd'hui, il est impossible d'arrêter les terroristes parce que nous ne pouvons pas bloquer la frontière. C'est pourquoi, le problème de sécurité devient extrêmement important, la coopération entre nos pays, nos ministres et nos armées, pour sécuriser nos frontières. On ne peut développer nos pays si on doit consacrer l'essentiel du budget à acheter des armes et à protéger les populations », a-t-il tiré la sonnette d'alarme. Avant de prôner la paix et la concorde dans les pays. « J'espère qu'après l'amnistie que vous avez faite, progressivement, la Côte d'Ivoire va retrouver le dialogue pour que les différentes forces puissent se mettre autour d'une table, pour que ce soit un dialogue franc, et que le peuple tranche, parce qu'après tout, c'est la volonté populaire et on doit accepter le verdict du peuple, si on est démocrate. Je souhaite la paix et la concorde, et surtout, je souhaite que le jeu politique en Côte d'Ivoire soit pacifié et que les Ivoiriens se donnent la main, et qu'ils continuent à travailler comme avant », a recommandé Alpha Condé, qui s'est dit favorable pour la création d'une monnaie régionale africaine, parce que, dira-t-il, « le franc Cfa sera dépassé ».

Hervé KPODION

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