LA JUSTICE BÉNINOISE DÉBOUTE BOLLORÉ ET BLOQUE SON GRAND PROJET FERROVIAIRE

Une bataille judiciaire oppose le béninois Petrolin, gagnant de l’appel d’offres en 2008 de la construction de la ligne Cotonou-Niamey, au groupe de l’industriel français.
Le président béninois Boni Yayi et Vincent Bolloré lors de la cérémonie marquant le début des travaux de construction de la ligne ferroviaire Cotonou-Niamey menés par Bolloré Africa Logistics, le 8 avril 2014, à Cotonou.

La justice béninoise a débouté le groupe français Bolloré après son appel en cassation pour récupérer son projet de chemin de fer devant relier Abidjan à Cotonou, a indiqué, lundi 2 octobre, la partie adverse.

La Cour suprême « a rejeté les moyens de Bolloré [Africa Logistics] et de l’Etat béninois sur le pourvoi en cassation », a expliqué à l’AFP Me Cyrille Djikui, avocat de l’homme d’affaires béninois Samuel Dossou Aworet, concurrent de Bolloré. Le projet « Epine dorsale », « imaginé, conçu et mis en place » par M. Dossou, PDG du groupe Pétrolin, lui « revient » désormais, a-t-il assuré.

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La Cour suprême du Bénin s’est prononcée vendredi dans l’affaire qui oppose Bolloré, partenaire de l’Etat, au groupe privé béninois Petrolin.

En 2008, le Bénin et le Niger avaient lancé un appel d’offres binational pour construire et gérer un réseau ferroviaire reliant Cotonou et Niamey. L’appel d’offres avait alors été remporté par Petrolin, qui prévoit d’étendre la voie de chemin de fer à un port en eau profonde, à des ports secs à Parakou (Bénin) et Dosso (Niger) ainsi qu’à un aéroport international à Kraké, à la frontière du Bénin avec le Nigeria.

Mais, en 2013, le gouvernement du président Boni Yayi dessaisit le groupe Petrolin du projet pour le confier au groupe Bolloré, via la société Bénirail, un partenariat privé-public.

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« J’ai un peu forcé les choses »

Il s’intègre dans le projet de boucle ferroviaire du groupe Bolloré Africa Logistics (BAL), une ligne de chemin de fer reliant Cotonou à Abidjan en passant par Niamey et Ouagadougou, au Burkina Faso. « Lorsque je suis arrivé au gouvernement (…), ça avait bien avancé, c’est à ce titre que j’ai un peu forcé les choses », confiait à l’AFP Gustave Sonon, ex-ministre des travaux publics chargé du dossier.

Selon cette source, le groupe béninois n’avait pas les moyens d’exécuter un projet d’une telle ampleur. S’en est suivie une longue bataille judiciaire.

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C’est « un projet qu’il (M. Dossou) a initié lui-même et dont il a assuré, sur fonds propres, les frais d’études », s’était ainsi insurgé à l’époque Claudine Afiavi Prudencio, membre du conseil d’administration et épouse de M. Dossou, citée dans un journal local. Elle s’est aujourd’hui dite « fière de la justice de son pays ».

Petrolin remporte l’affaire en appel en novembre 2015, obligeant ainsi le groupe Bolloré et l’Etat béninois à porter l’affaire en cassation, devant la Cour suprême. Celle-ci, par sa décision du 29 septembre, conforte donc Petrolin dans sa position.

« Bolloré doit se mettre à l’écart », prévient l’avocat de Petrolin. « L’Etat béninois ne doit plus concéder le même projet à une autre société ». Le groupe Bolloré, contacté par l’AFP, n’avait pas confirmé cette décision lundi soir. A son arrivée au pouvoir en 2016, le président béninois, Patrice Talon, avait repris le dossier qui, selon lui, comprenait « beaucoup de failles » et s’était « fait dans la précipitation ».

Le Monde/AFP

 


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