Il n’a pas rendu l’argent, et ce n’étaient pas forcément les bons costumes. La police judiciaire a engagé des vérifications sur les embarrassants costumes de luxe offerts, fin 2016, à François Fillon par l’un des derniers survivants des vieux réseaux de la Françafrique, l’avocat Robert Bourgi. Les enquêteurs soupçonnent le candidat des Républicains à la présidentielle de ne pas avoir restitué les bons costumes de la marque Arnys (propriété du groupe LVMH), selon des informations de Mediapart.

Comme le sparadrap du capitaine Haddock, les costumes de François Fillon ne le lâchent plus. Après les révélations, mi-mars, du Journal du dimanche selon lesquelles François Fillon s’était vu offrir par Robert Bourgi d’onéreux costumes d’une valeur de 13 000 euros, l’ancien premier ministre a fini par reconnaître avoir « eu tort » d’accepter de tels présents. En pleine polémique, il avait annoncé à « L’Émission politique » (France 2) avoir consenti à restituer les gênants cadeaux de son mécène. Bourgi les a, à son tour, confiés à la police, qui les lui réclamait.

François Fillon, le 28 mars 2017. © ReutersFrançois Fillon, le 28 mars 2017. © Reuters

De fait, outre les soupçons de détournements de fonds publics et d’emplois fictifs de sa femme et ses enfants, qui valent déjà une mise en examen à François Fillon, la justice avait élargi ses investigations à l’affaire des costumes pour d’éventuels faits de « trafic d’influence ». Des perquisitions avaient même été menées par l’Office anticorruption, à la mi-mars, dans la boutique Arnys à Paris.

« J’ai offert à François Fillon, pour sa victoire à la primaire de la droite, deux costumes. Il en avait d’ailleurs été très touché. C’est la maison Arnys qui l’a appelé pour lui dire qu’il y avait deux costumes qui l’attendaient », s’est expliqué Robert Bourgi dans un entretien à Mediapart. L’avocat a également précisé avoir offert en 2014, pour Noël, un troisième costume à François Fillon, qui lui a également été restitué.

Le 4 avril, jour de l’audition de Robert Bourgi par la police, son avocat, Me Éric Moutet, a été chargé d’amener les trois costumes fabriqués sur mesure aux enquêteurs. Seulement voilà, deux des trois costumes ne ressemblaient en rien à des vêtements Arnys, qui sont pourtant très facilement identifiables.

Contacté par Mediapart, Me Moutet confirme : « Je peux simplement vous dire que M. Fillon a fait rapporter chez Robert Bourgi un ensemble de chez Arnys (pantalon et blazer) offert en 2014, ainsi que deux costumes, sans marque aucune. Un troisième costume, offert par Arnys pour le prix des deux premiers, a été conservé par M. Fillon. Quant aux deux costumes rendus, je ne peux pas dire si ce sont ceux de chez Arnys offerts par Robert Bourgi ou d'autres costumes, puisqu'il n'y avait aucune marque dessus ou griffe de créateur, en dehors d'un “made in Holland”,  le pays, pas le président », s’amuse l’avocat.

Selon des spécialistes d’Arnys sollicités par Mediapart, les ensembles de la marque sont normalement accompagnés d’une griffe visible en transparence moirée dans la doublure du vêtement. Ils sont également accompagnés de deux étiquettes siglées avec, écrites à la main, les mentions du propriétaire du vêtement et sa date de fabrication. La marque vante par ailleurs régulièrement son savoir-faire français. L’hypothèse selon laquelle un costume Arnys puisse porter la mention “made in Holland” paraît, dès lors, hautement improbable. C’est pourquoi la justice a engagé des vérifications.

Contactés par Mediapart, ni l'agence Image 7, qui assure la communication du candidat Fillon, ni son avocat,  Me Antonin Lévy, n’ont souhaité faire de commentaire. Mais dans l’entourage du candidat, on se contente d'indiquer qu’il a « évidemment » rendu les bons costumes, suggérant que le rôle de Robert Bourgi dans cette affaire n'est pas très clair.

Né en avril 1945 à Dakar (Sénégal) dans une famille d’origine libanaise, Robert Bourgi est souvent présenté comme l’héritier de Jacques Foccart, le “Monsieur Afrique” de Charles de Gaulle. Intime de plusieurs dignitaires africains, il avait notamment révélé en 2011 avoir assisté, à plusieurs reprises, à des remises d’argent liquide à des dirigeants politiques français.

« François Fillon est un ami de très longue date. Je le connais depuis la fin des années 1970 quand il était aux côtés du député Joël Le Theule. Par la suite, on se voyait souvent. Il venait au cabinet, on déjeunait ensemble, on cassait la croûte ensemble, et tant et tant de choses, ministre ou pas. Et quand il était premier ministre, il m’a invité deux ou trois fois à déjeuner ou à boire des pots chez lui à Matignon, toujours en tant qu’ami. Je ne lui ai jamais rien demandé. Lorsqu’on se voyait, il sollicitait mon avis et des conseils, en lien généralement avec la politique africaine », a-t-il confié à Mediapart.

Médiapart