Boké c'est les Pérou pour les Chinois et autres miniers !

 

La hausse exponentielle de la demande chinoise en bauxite transforme la Guinée, qui centralise d'importantes réserves du minerai, en véritable eldorado. Aux côtés des géants, la Compagnie des bauxites de Guinée et la Société minière de Boké, de nouveaux acteurs étrangers tentent de se positionner, tandis que quelques locaux essayent aussi de profiter de la manne. 

RusAl rebat les cartes •

Pour mener à bien la relance de son projet de bauxite de Dian-Dian et d'usine d'alumine de Friguia, dont les travaux de réhabilitation ont démarré début 2017 (AMI nº385), le groupe russe RusAl vient de remanier ses équipes en Guinée. Félix Palyutin, ex-responsable d'Azot, l'une des usines d'engrais du russe Uralchem, a été nommé DG de Friguia. Pavel Vasiliev, qui supervisait jusque-là les activités de RusAl dans toute l'Afrique, a, lui, été désigné directeur par intérim de la filiale guinéenne. Ces nominations visent à pallier la démission, en décembre, de Gennady Vlasov de son poste de directeur de RusAl Guinée à un moment clé pour le groupe russe. Ce dernier venait de signer, en avril 2016, la reprise du projet de bauxite-alumine, après plusieurs années de négociations ardues avec le gouvernement d'Alpha Condé (AMI nº368). L'objectif est de produire 650 000 t d'alumine dès 2018 à Friguia et jusqu'à 12 millions t de bauxite en 2021 à Dian-Dian.

La bauxite, creuset des businessmen étrangers ? •

Au sud de sa concession, RusAl a récemment vu l'arrivée du conglomérat indien Ashapura Minechem, qui exporte déjà plus de 10 millions t de bauxite par an dans le monde, sur un permis de 400 km2.

Si Ashapura devrait pouvoir mobiliser les fonds nécessaires à l'exploration de son périmètre et la construction des infrastructures dédiées, les moyens de certains de ses rivaux sont moins évidents. Mi-mars, le trader de minerais californien Javalon Resources a déposé deux demandes de permis au nord de Kindia et s'en était vu attribuer un premier fin octobre dans la même zone. Explorant en parallèle le fer au Mexique, au Chili et au Pérou, Javalon veut financer tous ses projets. Début 2017, Fako Resources, contrôlé par le juriste camerounais vivant aux Etats-Unis David Makongo, ex-conseiller de la Société cameroun aise des dépôts pétroliers, a lui aussi candidaté pour un périmètre, au moment où l'américain CivTek International remportait deux permis (AMI nº387). Quelques semaines plus tôt, VEP Groupe, de l'ukrainien Vadim Pashaev, qui explore aussi l'or et les diamants en Guinée, a également reçu une licence.

Les locaux en embuscade •

La bauxite suscite aussi des vocations chez les entrepreneurs guinéens. Thierno Madiou Barry, dit Barry Angola, vient d'obtenir un périmètre au nord du pays via son groupe de distribution pétrolière Kebo Energy. Ayant déjà tenté de s'immiscer dans la bauxite, il avait, en 2014, remporté les blocs de Boffa, désormais convoités par le chinois Chinalco (AMI nº385), au côté de Saloum Cissé, secrétaire général du RPG-Arc-en-Ciel, au pouvoir. Les titres lui avaient été retirés, la procédure d'attribution étant contraire au code minier (AMI nº328). Woula Mining, détenu par Lancinet Dabo, P-DG du groupe Begec-TP et partenaire en affaires d'Ansoumane Kaba, président du Conseil national du patronat guinéen, s'est positionné sur la bauxite du plateau de Batafong, dans la région de Boké.

La Lettre du Continent

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